• OBAMA AU PIED DU MUR : DEMOCRATIE OU CHAOS EN AMERIQUE LATINE ?

    Obama au pied du mur : démocratie ou chaos en Amérique Latine

    L’Amérique latine est au seuil d’une nouvelle ère : soit une ère de retour à l’incertitude politique, à la violence et au chaos, soit une ère de stabilité politique et de prospérité économique. Le Honduras en est un indicateur crucial.


    Partisans du président élu Zelaya - Le comportement des Etats-Unis en Amérique Latine n’auraient sur le fond pas changé, restant les adeptes des coups de force afin d’imposer leurs intérêts par le biais d’oligarchies et de dictatures militaires
    Les résultats possibles de la crise hondurienne sont susceptibles de définir la prochaine ère pour l’Amérique latine ainsi que le futur rôle des Etats-Unis dans cet hémisphère, et même au delà. En effet, l’Histoire est beaucoup plus complexe que celle d’un courageux président réfugié dans une ambassade étrangère dans son propre pays.

    Lors de sa deuxième visite en Asie comme secrétaire d’état, Hillary Clinton a déclaré le 21 juillet à Bangkok, « Les Etats-Unis sont de retour. » La déclaration a déconcerté beaucoup de pays asiatiques, en dépit de toutes les explications de Clinton qui ont suivi. Les pays asiatiques, à la recherche d’une unité et d’une coopération économique au niveau régional se rendent bien compte de la subtile signification des termes employés. Cependant, il est peu probable que ces pays politiquement stables et économiquement prospères soient d’accord pour autoriser sans garantie des interférences extérieures, particulièrement avec une influence régionale chinoise croissante et l’élection de Yukio Hatoyama comme premier ministre du Japon.

    Mais qu’éprouve l’Amérique latine face aux ingérences des Etats-Unis ? Les résultats du coup de force hondurien devraient permettre de répondre à cette question.

    Depuis l’introduction de la doctrine Monroe en 1823 [1], la politique et les structures économiques des pays latino-américains étaient des composantes des politiques extérieures des Etats-Unis, indépendamment de savoir qui présidait à la Maison Blanche. Les économies de la région ont paru, à l’occasion, servir de laboratoire pour des théories économiques concoctées dans des universités américaines. Beaucoup de pays latino-américains ont vécu - et une vie plutôt chiche - entre les interventions des Etats-Unis, des oligarchies locales égoïstes, et une sauvagerie et un désordre produits par les dictatures militaires. Dans beaucoup de cas, ces trois composantes ont été intrinsèquement liées.

    Mais l’influence des USA dans cette région, comme dans le reste du monde, a commencé à décliner. Les guerres des néo-conservateurs au Moyen-Orient et en Asie du sud ont eu lieu mais étaient des tentatives désespérées, et aujourd’hui manquées pour récupérer en partie une influence en perte de vitesse.

    L’ancienne administration Bush a laissé l’Amérique latine à elle-même alors que les aventures militaires des Etats-Unis ailleurs dans le monde représentaient un poids considérable pour le pays, militairement, économiquement et politiquement, à l’intérieur comme à l’extérieur. Mais comme Clinton a promis un retour vers l’Asie, l’administration d’Obama a tenté un retour vers l’Amérique latine, une région qui est sensiblement différente de ce qu’elle était auparavant, avec une nouvelle forme de socialisme populaire prenant pied (au Venezuela, en Bolivie, et ailleurs) sans complètement bouleverser les modèles économiques qui ont longtemps régi ces pays. Tandis que beaucoup supportent mal la franchise du Président Hugo Chavez, peu de monde en Amérique latine, excepté les quelques alliés qu’il reste aux Etats-Unis, le considére comme une menace. Tout au contraire, le nouvel âge a promis une plus grande coopération dans tous les secteurs économiques entre les pays latino-américains, que ne l’a fait n’importe quelle autre période dans le passé. La nouvelle Amérique latine faisait ses débuts, plus équitable qu’avant, politiquement stable, et économiquement prometteuse, voir dans certains cas, prospère.

    En effet, les Etats-Unis se sont retrouvés face à une réalité différente, leur retour ayant d’abord été bien accueillis, même par Chavez lui-même. Obama a utilisé un langage qui a apaisé beaucoup de craintes et pouvait s’avérer prometteur.

    « Parfois nous avons cherché à imposer nos conditions. Mais je m’engage devant vous à ce que nous cherchions une association équilibrée. Il n’y a pas d’associé principal et d’associé secondaire dans nos relations ; il y a simplement un engagement basé sur le respect mutuel et les intérêts communs et les valeurs partagées, » a déclaré Obama le 19 avril au Sommet des Amériques, au plaisir et au soulagement de son auditoire.

    Est-ce que cela signifiait la fin des coups de force, des interventions militaires, des sanctions économiques, de l’intimidation politique et toutes les formes de coercition qui ont régi une grande partie des rapports entre les deux hémisphères durant tant d’années ? Assurément, comme les dirigeants latino-américains, ou au moins la plupart d’entre eux, ont voulu le croire.

    Et pourtant, le président démocratiquement élu du Honduras, Manuel Zelaya a été renversé le 28 juin. C’était un coup classique de junte latino-américaine. Le dirigeant populaire a été escorté encore en pyjama et expulsé vers un autre pays. Le chef du coup de force, Roberto Micheletti, a pris toute une série de mesures draconiennes, commençant par l’installation d’un nouveau gouvernement fait d’alliés et de copains - avec la bénédiction de l’oligarchie locale - et terminant avec la déclaration de l’état d’urgence limitant les libertés civiles. Après plusieurs tentatives et beaucoup d’épisodes dramatiques, Zelaya est revenu dans son pays et est maintenant confiné à l’ambassade brésilienne dans Tegucigalpa, encerclé par une armée qui ne fait que représenter les très riches d’un pays très pauvre : les oligarches et les généraux.

    D’une certaine manière, le coup de force au Honduras met en lumière le nouvel ordre dans le continent, comme l’ont prouvé l’unité entre beaucoup de pays latino-américains, la permanence de leurs organisations régionales, et l’influence croissante des gouvernements démocratiquement élus. Mais il a également mis en lumière la difficile position du gouvernement des États-Unis : condamnant le coup d’un côté (ce qu’a fait le Président Obama, et même clairement) et condamnant de l’autre l’action courageuse de Zelaya (ce qu’a fait Hillary Clinton, et tout aussi clairement.) Clinton a décrit l’action de Zelaya comme « inconsidérée. » Elle n’était pas la seule, naturellement, puisque l’ambassadeur des États-Unis à l’Organisation des États Américains, Lewis Amselem, a déclaré que le retour de Zelaya était « irresponsable et stupide. » Zelaya devrait cesser « d’agir comme s’il se tenait le premier rôle dans un vieux film, » a-t-il recommandé. Pire encore, les Républicains aux Etats-Unis - qui considèrent les respnsables du coup de force comme des alliés de confiance qui leur rappellent leurs alliés du passé - se précipitent dans la capitale hondurienne, voulant dangereusement légitimer comme hommes d’Etat les dirigeants du coup de force.

    Entre la posture « anti-coup » d’Obama, et la rhétorique anti-Zelaya de son propre Département d’État (et la stupidité républicaine à propos du « retour » de leur pays en Amérique latine), la position des Etats-Unis manque de clarté, quelque chose de dangereux à un moment où l’Amérique latine s’était attendue à une claire rupture avec les Etats-Unis du passé, et à un « un engagement basé sur le respect mutuel et les intérêts communs et les valeurs partagées. » Le Président Obama peut être sincère, mais il doit s’assurer qu’il agit selon ses promesses, pas dans l’intérêt de l’Amérique latine mais pour les futurs rapports de son propre pays avec cette partie du monde. Quant à l’Amérique latine elle-même, les répercussions du siège de l’ambassade brésilienne et le futur de la démocratie au Honduras créeront un précédent terrible dans une période d’espoir, ou serviront alors de preuve que les fantômes du passé ne hanteront plus l’Amérique latine, quelle que soit la façon dont s’activent les généraux.


    * Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est écrivain et publie pour PalestineChronicle. Ses écrits sont publiés par de nombreux journaux, quotidiens et anthologies à travers le monde. Son dernier livre : La Seconde Intifada : une chronique du combat du peuple (Pluto Press, Londres) et son prochain : Mon Père était un combattant de la liberté : l’histoire non dite de Gaza (Pluto Press, London).

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    SOURCE INFO PALESTINE 


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