• LOI SUR LA BURQA : BIENVENUE DANS UN ÉTAT POLICIER, AUTORITAIRE, RÉPRESSIF ET ISLAMOPHOBE

    Au royaume de la honte, l’obscurantisme est roi. Le régime de Vichy n’aurait peut-être pas fait mieux en termes de performance médiatique. Nous savions déjà que l’État providence et les libertés individuelles s’amenuisaient au fur et à mesure que le processus de globalisation se poursuit. Plus nombreux sont ceux à se rendre compte que notre pays est devenu en peu de temps un espace où l’on a peur de la police bientôt privatisée, des arrestations arbitraires, et de leur abus de pouvoir. Ce printemps 2010 est placé sous l’obole de la honte internationale et marque la mort de l’État laïque.

    1 - Journalisme de faits divers, rentabilité actionnariale, propagande et consorts, objectifs : noyer la réalité sociale dans l’idéologie dominante.

     Depuis plusieurs années déjà, le pouvoir politique profite de la propagande proférée par les journalistes du fait divers pour faire passer en tout impunité ses lois discriminatoires. Un organisme de presse choisit de médiatiser un accident de la route, où une voiture aurait renversé des gens, le gouvernement projette de limiter la vitesse sur tout le territoire. Un taré viole une femme, et voila que l’on ressort les vieux dossiers de la castration chimique, voire, pourquoi pas tant qu’on y est, chercher « le gêne délinquant chez les bébés ». Certes c’est un crime ignoble, mais il y a deux poids deux mesures. On n’attire pas les mouches avec du vinaigre !

    Désormais, à chaque fait divers correspond une loi, comme si les deux complotaient ensemble : le gouvernement, du moins le cortège d’hommes d’affaires déguisés en hommes politiques veulent serrer la vis pour enfermer les libertés du peuple dans un cercueil et combler ses vices oligarchiques, il suffit alors aux services médiatiques de la communication publique d’orienter la propagande pour obtenir l’assentiment des électeurs-lecteurs. La polémique enfle, branle-bas de combat au bal des courtisans du royaume, les sinistres du gouvernement prennent le micro pour communiquer leurs réactions, donner l’impression qu’ils agissent pour l’intérêt général là où leurs lois s’appliqueront à des minorités.

    Presse et pouvoir marchent ensemble, l’État se targue de ne plus avoir le monopole étatique sur l’information, mais les camarades financiers de l’actionnaire majoritaire de l’entreprise France sont tous à la tête des grosses entreprises de presse, et les journalistes ensuite vomissent à tour de gorge leur « liberté de la presse » pour cacher l’autocensure sur les sujets non rentables qui fâchent… Et les choses s’accélèrent. Nous sommes tous éberlués devant la rapidité de transmission des données, noyés dans un océan d’informations finement sélectionnées par les médias, qui nous empêchent de réfléchir sur le fond des choses. La loi sur le port du voile intégral en est un bel exemple.

    Moi qui pensait que le faux débat public sur l’identité nationale lancé en octobre 2009 était une stratégie électorale pour les régionales en piquant les voix du FN, c’était une erreur. C’était juste le lancement de la course pour 2012. Tout est programmé au planning de la guerre des idées. Identité nationale, immigration, polémique sur les minarets suite au référendum Suisse, loi discriminatoire sur le voile intégral, d’abord dans les services publics, puis partout…c’est à se demander ce qu’ils vont être capable de faire avaler pendant ces deux années à venir. La politique, c’est comme une série télévisée : chacun attend l’épisode suivant, que va-t-il se passer dans l’affaire de la conductrice portant un niqab, et il faut dire que jamais nous n’avions pu observer tel scénario.

    Les services de communication à l’Élysée sont très prolifiques en matière d’imagination, et feraient de bons metteurs en scène. Bref, tout est monté en épingle, de telle manière que les successions de faits divers, de lois et de polémiques, de propos volontairement manipulant à caractère racistes, alimentent l’amalgame autour de l’islamophobie à la française. Les gens qui gobent ce discours volontaire de peste brune digne des années 1940 à Vichy, font alors le mélange entre une personne d’origine maghrébine qui pourtant née en France, est considérée comme devant faire ses preuves d’intégration dans son pays. On assimile sans distinction un arabe à un délinquant des banlieues, sans se pencher sur la cause sociale du problème des banlieues, et sans voir que les propos racistes proférés par les politiques sont finement calculés en fonction de cette stratégie. Cette rhétorique de la haine islamique n’est que de la communication, et n’augure rien de bon.

    2 - La burka, ou l’aubaine d’un fait divers pour masquer la création de la misère en arrière cour

    Le gouvernement français va imposer l’interdiction du port du voile intégral dans tout l’espace public. Soit. Rien ne sert de tomber dans la critique pure et dure de cette mesure pour le fait qu’elle est l’initiative d’un gouvernement de droite extrême. Il est vrai que porter le voile est une marque d’endoctrinement énorme et de soumission intolérable des femmes à une tradition religieuse qu’un pays soi-disant laïque n’a pas à tolérer. Disons que lorsque je croise une femme voilée de la tête aux pieds dans la rue, même en plein été sous un soleil de plomb et 35°, j’ai quand même envie de lui retirer tout ça, de lui botter les fesses comme on dit, et de mettre une bombe sur tous ces édifices et institutions religieuses quels qu’ils soient (églises, mosquées, synagogues etc).

    Mais j’aimerais qu’on me dise quel est l’intérêt de faire cette loi dans l’urgence, comme si l’intégrité de la société était menacée soudainement par une invasion de « barbares » venus du sud… La stratégie est claire à mon sens, pour les médias et les milieux du pouvoir : faire croire que la France ou l’Europe du XXIème siècle est encore menacée par les questions identitaires et les guerres de religion dignes du XIIIème siècle. Et si l’objectif était de préparer, telle une commission Creel (1917 aux États-Unis, propagande pour obtenir le consentement du peuple à rentrer en guerre sur le front des Ardennes), l’invasion de l’Iran par l’OTAN ? On ne peut que spéculer mentalement sur cette théorie du complot, mais depuis 2007, ensemble tout est possible…

    En tout cas, cette stratégie de la peur islamique fonctionne à merveille, à en croire les sondages qui pullulent. Récemment, un sondage d’opinion relatait que 63% des français étaient pour l’interdiction du voile intégral dans les services publics, légitimant le commerce du pouvoir politique. Voyez comment tout cela est dénué de sens : premièrement, on ne peut que douter de l’efficacité des sondages, lorsque ces instituts d’enquêtes d’opinion sont dirigés par des hommes d’affaires, dont la chef du Medef (Ifop) et des industriels français, et dont la méthode est loin d’être sociologique.

    Deuxièmement, l’on demande à des gens dans la rue, s’ils sont pour ou contre le port de la burka, encore une fois, sans se pencher sur l’aspect social de la mesure. Évidemment que l’on répond que l’on est contre, je pourrais d’ailleurs dire que je suis favorable à cette loi. Le problème, c’est qu’elle est un moyen supplémentaire de stigmatisation des populations musulmanes françaises, et une instrumentalisation politique au service de la peur sociale envenimée en vue des élections de 2012. Les populistes qui matraquent la nécessité de cette soudaine loi ne vont réussir qu’à faire monter des tensions sociales déjà bien trop perceptibles.

    D’une part, on peut douter de la légitimité d’une loi s’adressant à seulement deux ou trois mille femmes en France. On peut parler de la règle de droit générale, impersonnelle et coercitive lorsque la loi s’adresse à tout le monde, pas à une catégorie de personnes. Pourquoi ne pas interdire tout simplement tous signes religieux quels qu’ils soient ? L’État criminalise le port du voile islamique, mais pas celui des bonnes-sœurs, ni les signes religieux portés par les juifs. Rien non plus sur les soutanes des curés qui eux, ne sont pas poursuivis en errant sur l’espace public laïque.

    Je sais que je m’attire les foudres de certains en écrivant ceci, mais si nous étions dans un État laïque et démocratique, cette législation s’appliquerait à toute religion si vraiment l’objectif défendu était les valeurs républicaines. Quoi qu’il en soit, le projet de loi stipule que "nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage". En gros, tout individu qui portera un voile, ou quelque chose qui masque le visage, sera placé pendant un an en prison.

    En extrapolant un petit peu, est-ce qu’en hiver, si je mets une capuche pour me protéger de la pluie, une écharpe jusqu’au nez à cause du gel, et que je porte des lunettes à cause d’une faible vue, je tomberai sous le coup de la loi qui interdit de cacher son visage, dans un pays où la réflexion et la tempérance de certains agents policiers laissent à désirer ? Si je me déguise pour le carnaval, et qu’on ne voit pas mes yeux, ou si j’enfile un masque dans la rue lors d’une manifestation quelconque, alors je peux être condamné à une peine de prison et à cent cinquante euros d’amende ? La formulation de cette loi, et sa portée à tout l’espace public paraît dangereuse.

    La loi est censée protéger les droits de la femme et le respect de la dignité humaine, mais avec toute ce lavage médiatique de cerveau anti islamique, j’ai comme la crainte que les femmes qui continueront par provocation de porter le voile intégral ne seront pas à l’abri des violences policières, dans l’ombre des cellules de garde à vue, leur parole contre celle du justiciable. L’autorité publique et ses valets savent qu’en jouant sur ce sentiment communément partagé d’atteinte à la dignité de la femme, la loi permettra de créer de nouvelles interpellations, un renforcement du dispositif policier déjà relativement conséquent dans les villes, de nouvelles recettes pour l’État.

    Aujourd’hui la burka, et demain ? L’interdiction de s’embrasser dans l’espace public, l’interdiction des groupes de plus de quatre personnes ? De fumer dans la rue ? Il faudra beaucoup plus de mises à l’amende pour construire les prisons nécessaires à l’enfermement systématique et futur du citoyen. Il serait grand temps que les hommes politiques pensent que l’interdiction, la coercition, et la répression ne mènent qu’à l’escalade des tensions : c’est comme pénaliser le commerce de cannabis, cela donne encore plus envie aux mômes d’en acheter en cachette, ou d’en faire pousser, les autorités renforcent alors les dispositifs policiers. Une loi, plus d’infractions, et plus de répression en retour, d’où la création par l’autorité publique des tensions sociales.

    Me direz-vous, c’est l’objectif recherché : créer de la délinquance, inciter le citoyen soit à verrouiller sous clé son propre périmètre d’action par peur des sanctions ou par autocontrôle permanent, soit enfermer ceux qui ne sont pas assez dociles et qui refusent de se soumettre. Le traitement médiatique de la burka permet d’occulter les sujets importants qu’il ne faut surtout pas révéler à la société civile. Tout le monde s’enflamme pour savoir s’il faut l’interdire, ou la limiter, la réprimer partout ou seulement dans les services publics. Mais on oublie trop souvent que de plus en plus de gens qui approchent aujourd’hui les soixante ans, n’ont pas de pensions de retraite, même en ayant travaillé pendant quarante ans, sont obligés pour se nourrir ou se soigner de pomper sur ce qu’ils ont épargné toute leur vie, ou de continuer à travailler…« au noi r ». Merci, gentille burka de nous faire oublier ces petits tracas de la vie quotidienne au bal de la misère ambiante !

    Après un mois d’obsession médiatique, l’on nous vend cette islamophobie pour que le lecteur oublie les politiques économiques drastiques de l’État faites depuis 2007 et 2008 pour flatter le grand capital, l’actionnariat, le patronat, permettre les rentes abyssales des banques. Pour qu’on oublie que nous sommes tous des futurs chômeurs potentiels sur un marché où les salaires sont gelés depuis des années. Pour qu’on ne voit pas, en ce 1er mai, journée traditionnelle de mobilisation sociale, que le FMI s’attaque à nouveau à l’Europe, avec pour toile de fond davantage l’asservissement des peuples même dans les pays riches plutôt qu’un « plan d’aide » à la Grèce... (Les prochains rendez-vous du FMI : Espagne, Portugal, Italie, France, Royaume-Uni, Allemagne ?)

    Ce genre de matraquage idéologique, culturel, identitaire et stratégique à propos de la burka, tel que nous en avons en permanence, permet de faire oublier que dans une poignée de mois, ce qui reste de service public en France (et en Europe) sera privatisé, racheté par des mercenaires du type Veolia, Bouygues, ou Suez, etc. Enfin, cela permet de fermer les yeux sur le mythe d’un déficit de la sécurité sociale, du déficit public impliquant restriction budgétaire, sur la hausse significative du taux de chômage, de la précarité qui s’en suit, sur le saignement à blanc des politiques sociales en continu. Tous ces faux problèmes, que l’État pourrait gérer en reprenant son rôle interventionniste, qui ne cessent de faire des ravages au sein des opinions publiques formatées par l’Empire de la pensée unique. À quand sa chute ?

    Samuel Métairie

    sam-articles.over-blog.com

    ** Aux dernières nouvelles : Le Conseil d'État a émis un «avis défavorable» au projet de loi du gouvernement visant à interdire complètement le port du voile intégral. Selon mes informations, les Sages réunis en assemblée mercredi, en présence du secrétaire général du gouvernement, ont une nouvelle fois expliqué, comme dans leur étude remise il y a un mois à Matignon, qu'"une interdiction absolue et générale du port du voile intégral en tant que telle ne pourrait trouver aucun fondement juridique incontestable» et qu'elle serait "exposée à de fortes incertitudes constitutionnelles et conventionnelles".

    La Cour européenne des droits de l'homme a consacré le "principe d'autonomie personnelle" selon lequel chacun peut mener sa vie selon ses convictions, y compris en se mettant physiquement ou moralement en danger. Dès qu'il y a consentement, il devient donc difficile d'invoquer la dignité de la femme pour fonder une interdiction générale.

    Bien évidemment pour Copé et ses potes de l'UMP :

    l'avis de la haute juridiction est "respectable mais contestable". 

    RLB

     


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