• Le reporter imaginaire

    Double page, rubrique "grand reportage", JDD du 8 mars dernier. Bernard-Henri Lévy raconte son séjour en Libye aux côtés des rebelles. Un reportage qui n'obéit pas vraiment aux règles du genre...

    Par Marc Mentré 

    Le Journal du Dimanche du 6 mars 2011 a publié sous la rubrique grand reportage, un article signé Bernard-Henri Lévy titré Dans la Libye libérée. Ce texte fait partie d’un ensemble de 6 pages consacré aux événements qui se déroulent en Libye. Il comprend deux pages et demi d’une interview « exclusive »1 de Muammar Kadhafi, recueillie par un des envoyés spéciaux du journal, Laurent Valdiguié. Ce dossier comprend aussi deux articles de synthèse, l’un sur la situation dans le pays (Massacre à Zawiya, ville martyre) et l’autre sur les réactions diplomatiques (Attentisme à la Maison-Blanche et à l’Onu). Un traitement donc assez complet.

    Dans le Parisien Dimanche de la semaine suivante (daté du dimanche 13 mars 2011), Bernard-Henri Lévy, interviewé par Frédéric Gerschel, revient sur son travail:

    Je suis quelqu’un qui ne fait pas les choses à moitié. Je vais sur le terrain. Je rapporte un reportage sur les horreurs d’une guerre où on envoie des populations désarmées.

    Et effectivement, il va sur le terrain. Mais pourquoi y va-t-il et que rapporte en terme d’informations ce « reporter de guerre » ?

    Personnification de l’image

    La double page, du grand reportage de Bernard-Henri Lévy, telle qu’elle est publiée dans le JDD, est atypique, d’abord par sa mise en page :

    Le Journal du Dimanche du 6 mars 2001

    Sur la page de gauche, une photo de Bernard-Henri Lévy souriant serrant la main d’un rebelle enveloppé dans le drapeau « révolutionnaire » libyen.

    Dans ce dispositif scénique, Bernard-Henri Lévy est au premier plan, surplombant légèrement son interlocuteur. L’absence de légendage2 renforce encore cet effet. Le lecteur ignore qui est l’interlocuteur de BHL, le lieu et la date à laquelle a été prise la photo. En raison de ce flou, il est le seul personnage clairement identifiable, ce qui renforce la personnalisation de l’image.

    Cette « photo » est détourée pour s’imbriquer dans le texte, si cela n’avait pas été le cas, elle occuperait les deux-tiers de la surface de la page, sans doute pour respecter un principe de maquette : la règle des deux-tiers / un tiers.

    Sur la page de droite, le JDD publie deux autres photos, l’une montre [d'après la légende] « les ruines d’un dépôt de munitions situé à Benghazi » et l’autre Bernard-Henri Lévy, posant hiératique, costume de ville sombre, au milieu de personnages, dont certains —lesquels?— seraient [en se fiant à la légende] des « mercenaires de Kadhafi en fuite, mêlés à des réfugiés ».

    Le sens de cette iconographie est donc limpide: le sujet n’est pas la Libye, mais Bernard-Henri Lévy.

    BHL protagoniste

    Maintenant, le texte. Il est rédigé selon un procédé narratif classique —avec l’emploi du « Je »— qui est foncièrement subjectif. L’écriture est donc « raccord » avec l’iconographie. Il l’est d’autant plus que Bernard-Henri Lévy se fait le personnage —et acteur— principal de son reportage.

    « Reportage », il faut immédiatement mettre des guillemets, car dès la première phrase, il nous précise ce qu’il est venu chercher la réponse à une seule question : « Que pouvons-nous faire pour la jeune révolution libyenne ? » Il s’agit donc d’une quête et non d’un reportage, ce travail de terrain où le journaliste est un « témoin direct », où il « se laissera impressionner comme une plaque photographique. (…) Le reporter, c’est un œil, un nez, une oreille branchés sur un stylo », comme l’explique Jean-Luc Martin-Lagardette dans son Guide de l’écriture journalistique.3

    Il ne s’agit pas non plus avec l’emploi de ce « Je », de pratiquer cette forme d’échanges, que décrit Myriam Boucharenc à propos des écrivains-reporters des années 1930:

    Voir, c’est aussi être vu par l’autre. Segalen avait admirablement mis en valeur le décentrement du regard qui permet de se « voir vu », en quoi consiste selon lui la véritable expérience exotique. « Je le regardai avec effarement », note Albert Londres à propos d’un bagnard et aussitôt il ajoute : « Il me regarda avec commisération et lui se demanda d’où je sortais ». L’auteur s’emploie à restituer, en même temps que sa vision des lieux visités, la manière dont les indigènes le voient, lui ou le pays d’où il vient. En faisant ainsi se croiser les points de vue, l’enquête introduit à la relativité des vérités et des jugements, dans la tradition du conte philosophique ».4

    À l’évidence, Bernard-Henri Lévy n’est pas, sur ce point là non plus, l’héritier des Blaise Cendrars, Pierre Mac Orlan et autres Andrée Viollis. Il fonctionne à sens unique.

    Formules vagues

    Peu de choses vues dans le texte : une poignée de dessins dans une école, une scène de bataille « reconstituée » par « deux paysans », une rencontre avec des membres du Conseil national de transition, quelques témoignages… et au final, bien peu d’informations.

    L’auteur au lieu de s’attacher à vérifier, compléter et préciser ses informations, se contente de lancer quelques formules vagues, comme celle concernant une tentative de bombardement des « terminaux de Braygah, à 100 kilomètres de Benghazi ». Elle eut lieu « pendant notre séjour », écrit-il. Quand précisément ? Combien d’avions concernés ? Quels dégâts éventuels ? Le lecteur n’en saura rien. Pas plus qu’il n’aura d’informations précises sur « le mitraillage en piqué de foules de civils manifestants pacifiquement dans les rues de Tripoli ou d’ailleurs ». Quant a eu lieu ce mitraillage ? Où se situe cet « ailleurs » ? [il récidive dans la même imprécision dans son interview au Parisien Dimanche où il parle de nouveau de "ces horreurs d'une guerre où on envoie des avions mitrailler des populations désarmées"].

     

     

    Il ne s’agit pas de faire de la « critique facile », mais de rappeler que le journalisme est aussi un travail ingrat, difficile [et très dangereux dans le cas de la Libye] de collecte et de recoupement des informations. Un travail nécessaire pour que le lecteur comprenne ce qui se passe sur ce fameux « terrain ».

    Mieux. Lorsqu’une information est de notoriété publique5, comme la présence de Daniel Rondeau, ambassadeur de France à Malte, aux côtés d’Henri Guaino, pendant les vacances de Noël de ce dernier dans le Tripoli de Kadhafi, BHL annonce dans les colonnes du JDD qu’il n’a pas pu l’identifier. Il est vrai que Daniel Rondeau et Bernard-Henri Lévy ont un très vieux compagnonnage intellectuel et politique (notamment à propos de la Bosnie). Une omission révélatrice.

    Autre épisode où le manque de précision (voire d’information tout court) est gênant. Il écrit qu’il a rencontré des membres du Conseil national de transition. Mais comment est organisé ce Conseil, qui représente-t-il, qui y siège, etc. ? Autant de questions qui n’auront pas de réponse, car l’important pour BHL est ailleurs. Il tient dans le fait que les membres de ce Conseil « m’ont fait l’honneur d’assister à l’un de leurs conseils et d’y prendre la parole ». Que s’est-il dit ? Quel(s) a(ont) été le(s) sujet(s) abordé(s) ? Là encore, le lecteur du JDD n’en saura rien. Il apprendra par la suite — s’il lit le Parisien Dimanche de la semaine suivante — que BHL a appelé Nicolas Sarkozy, à ce sujet.

    Des commentaires, tous les commentaires, que des commentaires

    Mais l’un des problèmes soulevés par cet article tient au parti-pris de l’auteur. Ce n’est pas tant l’engagement qu’il s’agit de remettre en cause que le traitement qu’il fait subir aux maigres informations qu’il recueille. Faut-il au nom d’une cause que l’on croit juste écrire ceci :

    Ali Fadil, vieux professeur de physique-chimie qui expose dans son école désaffectée, des dessins de jeunes gens où l’on voit Kadhafi affublé de moustaches grotesques; Kadhafi grimé en Sa majesté des rats; Kadhafi en femme fardée et botoxée; Kadhafi nu, les mains cachant son sexe, en train de fuir une foule insolente et joyeuse; la tête de Kadhafi en train de se noyer dans une mer de sang, etc. Merveille d’imagination drolatique et d’invention populaire; la révolution donne du talent… [souligné par moi]

    Au moment d’écrire ce  passage, il aurait dû se souvenir du conseil que reçoit tout journaliste débutant : « Contente-toi de raconter les faits, soit précis. N’en rajoute pas. Ne fait pas de commentaires, ils  affaiblissent ton propos ».

    Il est vrai que ce texte a un rapport très lointain avec le journalisme et que son objet est tout autre. Le problème ne vient de son contenu, il aurait tout à fait sa place dans des pages « opinions » ou « débats », mais du statut que Le Journal du Dimanche lui a donné en le propulsant dans la rubrique « grand reportage ». Il offre ainsi un label de « bon journalisme » à cet article qu’il est très loin de mériter et montre que la loi de Gresham, « la mauvaise monnaie chasse la bonne », ne s’applique pas qu’à l’économie, mais aussi à l’information.

    >> Article initialement publié le 13 mars 2011 sur le blog de Marc Mentré Media Trend sous le titre : “BHL ceci n’est pas du reportage”.

    >> Crédits Photo FlickR CC : researchgirl / Jilligan86

    1. Je ne reviens pas ici sur la polémique qui a accompagné la manière dont cette interview a été obtenue, et qui a provoqué un début de polémique, en particulier au sein du journal. Plus de détails ici. Olivier Jay, le Directeur de la rédaction, a publié une mise au point dans le numéro du 13 mars, précisant que « Notre envoyé spécial a posé librement et sans complaisance ses questions. Les réponses n’ont fait l’objet d’aucune relecture. Cette interview ni people, ni trash, a été obtenue sans contrepartie. » []
    2. En fait, la légende de cette photo existe, mais sur le site de Bernard-Henri Lévy, où l’article du JDD est repris : « Benghazi. Avec un représentant du Comité Jeunesse de défense de la ville. Le 4 mars 2011. » []
    3. Le Guide de l’écriture journalistique (7e édition), par Jean-Luc Martin-Lagardette, La Découverte, Paris, 2009, pp 112-113. []
    4. L’Écrivain-reporter au cœur des années trente, par Myriam Boucharenc, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq (59), 2004, p. 141. []
    5. Il suffit de lire l’interview qu’a accordé Henri Guaino aux Inrocks, et publiée sur le site le 28 février 2011. Ce dernier y cite nommément Daniel Rondeau. []

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  • La presse va vous offrir dans les heures et les jours qui viennent des mines de Français en larme arrivant à Roissy, arborant cette tête des grands malheurs et du jaitouperdu. Et ce sera vrai que pour certains, la tragédie que nous traversons laissera des marques. D'autres encore, que vous avez certainement déjà vu, laisseront derrière eux un travail de trader ou de manager d'une grande banque, d'une grande compagnie d'assurance ou d'une marque de prêt-à-porter. Leur malheur tournera en boucle, ils vous raconteront tous les terribles secousses et puis ce risque radioactif maintenant que l'on sait que des fuites, bien que minimes semble t'il, se sont produites. Le lamento des expatriés à haut salaire dont la plupart ne parlent pas un mot de japonais viendra nourrir ces images déjà vues et revues des jesavaipa en provenance de Cote d'Ivoire, d'Egypte ou d'ailleurs.

    Je ne suis pas membre de ce groupe, comme vous le savez, et ce que je vis est un drame beaucoup plus intime, personnel. Et nous sommes quelques milliers, comme moi, dont vous n'entendrez pas parler car nous sommes le flot anonyme de ceux qui ont fait leur vie au Japon, par choix, par amour du pays, qui ont parfois comme je l'ai fait tout quitté (BNP Paribas, pour moi...) par amour de ce petit bout de pays ou les gens sont chauvins comme des roquets, et parfois gentils comme vous ne pouvez pas en avoir idee sans l'avoir vu. Un petit bout de pays avec l'histoire d'un continent... Un tout petit archipel avec une langue qui peut se faire d'une tendre douceur ou d'une infinie violence, ou la politesse prend la forme de la gentillesse et de l'attention. Ici, on vous laisse parler même si vous dites une abomination, simplement parce que c'est malpoli de dire que l'on est choqué.

    J'en ai appris comme je l'ai pu des rudiments de la langue, de l'écriture, et cela fait longtemps que je prends du plaisir à parler avec ces vieux qui ont parfois tant à raconter. J'ai pris mes petites habitudes, mes promenades du dimanche ou des jours de congés. J'aime le Japon, malgré tout ce nationalisme dans lequel on baigne les gens mais dont on voit qu'il est, face à l'ampleur d'une catastrophe comme celle que nous traversons, bien peu efficace. Quand tout se sera tassé, il faudra sortir l'argent et pour la première fois depuis longtemps, le Japon devra faire face à la crise économique qu'il élude tant bien que mal depuis 20 ans, à ses 220% de dettes qui en font potentiellement un pays pauvre.

    Pour quelques années au moins.
    Un petit bout d'ile du Pacifique où j'ai rencontré mon ami, un petit bonhomme au caractère japonais, introverti et discret, très poli. Combien sommes nous à être plus ou moins dans cette situation. Ici, avec quelqu'un que nous aimons, mariés ou non. Avec un quotidien, des habitudes inscrites dans des quartiers banals, que ni les touristes ni les expatriés que vous verrez à la télévision ne fréquentent. Qui viendrait à Kasai, si ce n'est un amoureux comme moi des quartiers populaires de l'est ?

    Celles et ceux qui habitent loin dans l'ouest vers Hachioji, ceux qui habitent Chiba. Celles et ceux qui ont des métiers qu'on veut bien nous donner. J'ai toujours satisfait mes supérieurs à BNP Paribas ou à Lehman, mais quand je cherche, non, pas assez comme ci ou pas assez comme ça. Il faut croire que celles et ceux qui quittent le Japon après y avoir flambé dans les quartiers à étrangers et qui ne connaitrons du Japon qu'une sorte de mélange Cergy-Pontoise / quartier des Halles / Opéra / Champs-Elysees sont plus compétents que moi; ou que mon ami Yann qui, bien que diplômé et avec de l'expérience en marketing et événementiel, et bien que lisant et parlant le japonais, bien qu'ayant fait des traductions de livres sur le Bouddhisme et des interviews de moines, ne parvient pas à satisfaire les exigences des recruteurs qui lui préfèrent les diplômés standards et couteux envoyés par Paris à Tokyo.

    Ces expatriés qui vous diront à quel point tout est hors de prix, justifiant d'incroyables notes de frais à leur société alors que le Japon est un pays où on mange très bien pour pas cher et où une livre de fraise ne coûte pas forcement 1000 yens (dans mon quartier, en ce moment, c'est entre 250 et 300 yens...). Ces expatriés qui vous parleront de leur appartement à 600.000 yens, payé par leur entreprise, quand en fait on trouve des surfaces identiques et de même qualité pour trois fois moins cher... Ces gens qui ne fréquentent que des étrangers qui, comme eux ne parlent pas ou très peu japonais, et des Japonais qui ne fréquentent que des étrangers, principalement des femmes avides d'un mariage avec un de ces portefeuille ambulant.

    La majorité des Français du Japon sont différents. Il y a les mordus, en vacance-travail, venus ici apprendre ou perfectionner la langue. Il y a les maries, qui supportent, comme je le fais, un travail peu valorisant pour rester ici avec l'être cher. Il y a les passionnés de culture, comme moi, qui aiment être ici, y vivre, y découvrir des lieux différents, les jardins, les temples, et l'incroyable végétation luxuriante, sorte de force vitale sans cesse renaissante, avec ce vert puissant (une secousse un peu forte, à l'instant) pour lequel j'ai tout sacrifie après l'avoir découvert. J'ai proposé à Jun de passer quelques jours à Kyôto, le temps que ça se tasse. Pour moi, le Japon, c'est Fushimi Inari. Je me souviens un collègue à Lehman, un expatrié original, de type "baroudeur", au CV impressionnant, brillant, et aujourd'hui manager dans une grande banque à Singapour, tombant amoureux de Shikoku. Qui ne tomberait pas amoureux de Shikoku...

    Nous, les Français ordinaires, n'intéresseront pas les médias, sauf si nous mourons, car alors nous alimenterons le moulin à désolation sur la "tragédie japonaise". A cet égard, 21 sont toujours portes disparus du cote de Sendai et vous imaginez qu'il y a peu de chance de les retrouver vivants car la ville a été dévastée.

    Pourtant, et c'est là que je suis en colère, l'ambassade de France est fermée. Il y a une ligne téléphonique, injoignable. Nous vivons à l'heure du web, et la France, sa représentation, est injoignable. Des touristes, certains certainement pris de panique, trouvent grille fermée quand ils viennent chercher un peu d'écoute, de réconfort. Nous, les expatries pas trop fortunes, incapables d'acheter ces billets d'avion à tarif prohibitifs, ou bien incapables de quitter notre famille, l'être cher, ne trouvons dans notre ambassade, aucune permanence, rien. Au contraire, l'ambassade a livré sa dernière respiration avant de s'évaporer, sous cette forme :
    Debut de citation :"Dimanche 13 mars à 18.00 heures


    1. Pertes humaines

    Nouveau bilan provisoire : au moins 10.000 morts (source : police de Miyagi)

    2. Points ressortissants :

    Sur les 137 ressortissants français présents dans la région Nord-Est, la
    plus touchée par le séisme, 116 ont pu être contactés et sont indemnes. La
    cellule de crise de l’Ambassade met tout en œuvre pour rentrer en contact
    avec les 21 dont on reste aujourd’hui sans nouvelle.
    Miyagi : 77 personnes sur 93 recensées
    Iwate : 5 personnes sur 10 recensées
    Fukushima : 19/19
    Aomori : 15 personnes sur 15 recensées
    La France envoie en ce moment une équipe de plus d’une centaine de personnes
    de la Sécurité civile au Japon, afin de prêter main forte aux autorités
    japonaises et de les aider dans leur travail de secours.

    3. Point nucléaire :

    Deux scénarios sont actuellement possibles :

    - Une mise sous contrôle des centrales défectueuses : dans ce cas le
    risque reste celui d’une contamination résiduelle liée au relâchement
    contrôlé de gaz radioactifs, avec un risque négligeable pour
    l’agglomération de Tokyo. Ce scénario est actuellement privilégié par les
    autorités japonaises et par un grand nombre de scientifiques.

    - Ou au contraire l’explosion d’un réacteur avec dégagement d’un
    panache radioactif. Ce panache peut être sur Tokyo dans un délai de quelques
    heures, en fonction du sens et de la vitesse du vent. Le risque est celui
    d’une contamination.

    La période critique sera les trois à quatre jours à venir.

    En raison de la mise à l’arrêt d’une partie du parc nucléaire, des
    coupures d’électricité sont annoncées, notamment dès cette fin de
    journée.

    L’Agence Météorologique japonaise vient de faire état de la probabilité
    d’un nouveau séisme de force 7 localisé dans le nord Kantô. Cette
    probabilité est de 70% dans un délai de trois jours et de 50% dans les jours
    suivants.

    4. Recommandations :

    Compte tenu de ce qui précède (le risque d’un fort tremblement de terre et
    l’incertitude sur la question nucléaire), il paraît raisonnable de
    conseiller à ceux qui n’ont pas une raison particulière de rester sur la
    région de Tokyo de s’éloigner de la région du Kantô pour quelques jours.

    Nous déconseillons fortement à nos ressortissants de se rendre au Japon et
    nous recommandons fortement de reporter tout voyage prévu.

    Le lycée sera fermé pour trois jours jusqu’à mercredi inclus, pour
    permettre une inspection des locaux suite au tremblement de terre.

    L’Ambassade continue de suivre de très près l’évolution de la situation,
    en contact à la fois avec Paris et avec les autorités japonaises.

    Nous recommandons à nos ressortissants de suivre en toutes circonstances les
    consignes des autorités japonaises. Il est notamment conseillé à nos
    ressortissants vivant dans les zones à proximité des centrales de se
    calfeutrer dans leur domicile (il faut couper les systèmes d’aération), et
    de faire quand ils le peuvent des provisions de bouteilles d’eau potable et
    de nourriture pour plusieurs heures. En cas de sortie indispensable, il est
    nécessaire de porter un masque respiratoire.

    Nous rappelons que l’absorption de capsules d’iode n’est pas un acte
    anodin. Un usage répété à l’excès peut être dangereux pour la santé.
    Il est donc très important de choisir le bon moment pour en absorber lorsque
    cela devient nécessaire. Là encore, il conviendra de suivre les conseils des
    autorités japonaises et nos propres consignes que nous vous communiquerons

    L’Ambassade ne manquera pas d’informer ses compatriotes si de nouvelles
    consignes devenaient nécessaires." Fin de citation.

    L'incompétence, c'est cela. C'est quand quelqu'un recopie une dépêche, ne l'analyse pas, et la livre, brute.  Et s'en va, laissant les gens à leur solitude, à des choix difficiles, impossibles. Que font mes anciens collègues, petits salaires, mariés, après un tel mail ? On le sait que le Japon est un pays à fort risque, on y vit. Pourquoi ne pas avoir écrit simplement des conseils de vigilance, avoir un peu décortiqué la dépêche de l'agence Kyodo News. Pourquoi avoir fermé l'ambassade ? Et que sont devenus ces "ilotiers" qui étaient sensés nous contacter en cas de crise ? Pas un mail, pas un contact. Rien. Le silence. La solitude. J'etais avec Jun, hier, nous avions fait une belle promenade, il faisait beau, regardez... Ici

    Le mail brutal de l'ambassade, sans aucune pédagogie m'a tué, retourné, torturé. On fait quoi, quand on reçoit ça. Longue conversation avec Jun. Yann, de son coté, traversait la même situation avec son ami Sho. Et je crois sans me tromper pouvoir affirmer que les personnels qui pondent ce genre de dépêche n'ont pas leur place au Japon. Car la réponse de Jun a été extrêmement logique : tu ne savais pas qu'il peut y avoir un tremblement de terre, à Tokyo ?

    Les Japonais vivent avec le risque. Pendant 5 ans, j'ai moi-même vécu avec, et l'ambassade m'a renvoyé à mon état de Français qui "découvre". Ce matin, j'avais retrouvé un certain calme. Ben oui, au Japon, particulièrement à Tokyo, ça peut arriver. Si j'avais eu la responsabilité d'un tel message, j'aurais pondéré sans dissimuler la gravité. Plutôt que reprendre bruts ces pourcentages, j'aurais rappelé que la situation particulière de Tokyo ainsi que la force du tremblement de terre de Miyagi rendaient le risque d'une forte réplique quasiment inévitable (et là, j'aurais donné les pourcentages). Ca peut vous paraitre du chipotage, mais pour nous, les Français du Japon, nous naviguons entre deux psychologie et généralement, avec le temps, pour les séismes, c'est la psychologie Japonaise qui l'emporte.

    Ce n'est pas une question d'enrobage, c'est nous rappeler ce que nous savons. Et j'aurais rappelé les principales précautions à observer en cas de séisme, tout en invitant ceux qui le pouvaient à reporter leur voyage où à visiter leur famille en province. On aurait compris ce que l'on savait déjà, car depuis vendredi ça n'arrête pas de secouer, mais cela aurait été dit comme une piqure de rappel. Pas comme un avis officiel invitant à fuir. Et ainsi, concernant le risque nucléaire, j'aurais juste délayé en une phrase, expliquant que le risque est, compte tenu de la force du tremblement de terre, inconnu, mais est situé (autre secousse à l'instant) entre minime et critique. J'aurais rappelé les précautions à prendre, la proximité de la centrale et la nécessité de suivre les informations. Là encore, c'est peut être du chipotage, mais nous sommes des adultes et nous pouvons comprendre, nuancer et nous organiser. Et non paniquer.

    Et j'en reviens à l'ambassade fermée, aux ilotiers absents. Pourquoi lesdits ilotiers n'auraient pas pu prévoir des regroupements de Français, pour rompre notre solitude, casser ce cycle de rumeurs, ces mails affolés venant de nos proches en France. On aurait pu s'organiser pour se retrouver les uns chez les autres, tranquillement, dès samedi. Pour libérer du stress. Les couples mixtes auraient pu recevoir, donnant ainsi un sentiment de Fraternités. Aujourd'hui, ces ilotiers, l'ambassade auraient pu créer un groupe Google Group, animer un forum. Non. Ils ont fui. Ils nous ont laissé avec un quotidien, nos attaches.

    Et l'ambassade fermée, c'est la France absente. Les commandants autrefois gardaient le navire. Nous sommes aujourd'hui livres au sauve qui peu thatcherien, chacun pour sa gueule. Vous êtes blessés ? On vous avait prévenu, on a envoyé le mail, vous n'aviez qu'a fuir, nous, on a applique le principe de précaution. Je me demande qui ils joindront, les survivants de Sendai, s'il en est. Ils ne trouveront personne, qu'une ligne téléphonique occupée.
    Quand la presse vous parlera de l'impréparation du gouvernement japonais, pensez donc a notre ambassade fermée et à ce message en forme de sauve qui peu indigne de la France, à ces "îlotiers" sensés  nous aider, nous contacter, et qui sont introuvables. Et pensez bien que ces mines défraîchies à Roissy ne représentent en rien le déchirement, la tragédie silencieuse de la communauté française du Japon, amoureuse de ce pays et abandonnée à son sort.

    Le Blog De Suppaiku


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  • Lettre ouverte a Mr Boillon, en réponse aux excuses présentées sur sa page Facebook

    yasmine

    Votre Excellence,

    Monsieur l’Ambassadeur,

    Si je me permet de vous écrire aujourd’hui, c’est parce que, comme vous, lors de votre lettre d’excuses publiée sur votre page facebook « j’estime qu’il est important de sortir des polémiques, » mais auparavant, quelques éclaircissements s’imposent.

    L’action qui vous a été confiée est une mission dont vous avez été investi au nom de la Nation française. Votre fonction est des plus délicates car non seulement vous représentez votre gouvernement, mais aussi la France et les Français, et vous vous devez de faire bonne figure, vous plus que n’importe quel autre diplomate.

    Je ne m’étalerai pas sur les dysfonctionnements des protocoles diplomatiques concernant votre prise de fonction, qui n’a pas respecté les règles de la diplomatie. D’autres s’en sont chargés avant moi.

    La question qui vous a été posée Monsieur l’Ambassadeur, celle de savoir ce « que (vous pourriez) répondre aux préoccupations du peuple tunisien par rapport au comportement de la France durant la révolution », était une question tout à fait légitime compte tenu de la réaction de la France, pays allié et ami depuis toujours, face aux évènements qui ont secoué le pays.

    Par ailleurs, vous semblez avoir oublié, Monsieur l’Ambassadeur, que l’ère Ben Ali dont la France a été complice (il suffit de lire la régente de Carthage), cette ère est révolue, du moins concernant notre liberté d’expression.

    Quelques faits toutefois pour mémo :

    Acte 1 : Interview du 2 février au JT de France 2.

    Mme Alliot Marie reconnaît avoir pris ses vacances en familiale entre Noël et nouvel an en Tunisie et affirme deux choses. La première, plutôt alarmante, compte tenu de la fonction qu’elle occupe. Elle affirme ne pas avoir été au courant de la situation du pays ou du moins ne pas en avoir saisi la gravité. Pour une ministre des affaires étrangères, cela est plutôt inquiétant... surtout quand on passe des vacances dans le dit pays.

    Je rappelle que l’incident qui a mis le feu aux poudres est la mort de Bouazizi, survenue le 17 décembre 2010, soit une petite dizaine de jours auparavant.

    « Quand je suis ministre, je suis ministre,et quand je suis en vacances, je suis comme tous les Français. » dit elle oubliant que tous les Français ne font pas partie des hautes sphères de l’État.

    Acte 2 : Grâce aux révélations de Mediapart confirmées par la cabinet de Madame la Ministre, nous apprenons que MAM a eu l’occasion de s’entretenir avec le président déchu.

    Je fais bref, je passe ce qui me paraît pouvoir être de l’ordre privé si l’on veut rester indulgent. Transaction immobilière , les voyages en jet, et le tutti quanti.

    Quelques jours plus tard, des colis contenant des explosifs et tout le nécessaire pour réprimer la foule en colère ont été interceptés le 14 janvier. Une haute autorité aurait donné l’ordre formel de ne pas faire partir les colis.

    Quelques jours auparavant, Madame la Ministre avait proposé « le savoir-faire français » à la police tunisienne.

    La question qui vous a été posée traduit donc l’angoisse de tout un peuple, Monsieur, dont vous avez à reconquérir la confiance. Elle est d’autant plus justifiée par les éléments que je viens d’évoquer.

    Il était de votre rôle de garder votre sang froid, et de ne pas traiter cette question de « débile »

    Elle révélait juste l’appréhension,d’un peuple privé de son plus vieil ami dans un véritable coup dur.

    La langue d’Ibn Khaldoun que vous maniez avec aisance, et qui vous a valu votre affectation en Irak, mais aussi quelques petits surnoms sympathiques, comme « mon petit arabe » dirait Mr le Président Sarkozy, ou encore « mon fils », dirait Khadafi dont vous avez géré la visite officielle à Paris d’une main de maître, ne suffira pas à gagner le cœur des tunisiens...

    La Tunisie n’est pas l’Irak. Nous ne sommes pas en guerre. Nous entamons une Révolution, avec pour étendard « Liberté, égalité, dignité »

    Votre Excellence, vous semblez avoir oublié que nous avions été humiliés, bâillonnés de longues années durant. La dignité et la bravoure ont permis au peuple non seulement de renverser le pouvoir en place d’une manière presque pacifique, mais aussi le gouvernement mis en place par la suite, jugé trop proche de l’ancien régime.

    De même notre ministre des affaires étrangères, a lui aussi fais les frais pour avoir soutenu votre ministre...

    Non, Monsieur l’Ambassadeur, plus personne ne nous musèlera. Nous veillons a cela.

    J’aurai pensé que la liberté toute nouvelle dont nous venons de faire l’acquisition aurait pu à elle seule tempérer votre comportement. Vous auriez alors fait preuve de vraie diplomatie, en mariant l’art du verbe et celui de l’habilité, pour vous dépêtrer de cette situation, qui, j’avoue, était des plus sensibles.

    C’est là qu’un vrai diplomate aurait fait la différence. Votre manque d’expérience en est en partie la cause, mais vous auriez relevé le défi avec un peu plus de sagesse, et pourquoi pas même une note d’humour. Cela aurait suffit à décrisper la situation.

    Dans votre lettre d’excuses publié sur votre page Facebook, vous dites ceci : « Je suis venu vous parler avec le cœur, avec humilité. »

    Moi aussi, Monsieur l’Ambassadeur, je viens vous parler avec le cœur, avec humilité. Il ne s’agit pas là de vous agresser ni de vous offenser.

    J’ai moi même beaucoup d’amour et de respect pour ma seconde Patrie, la France. C’est un geste sain pour la colère qui ronronne en moi. Vous avez véhiculé une image qui entiche la France, ma France, et les Français. C’est pourquoi j’écris cela.

    J’écris cela pour que mes concitoyens tunisiens ne cristallisent pas un rejet de la France, dû a vous, et à vous seul.

    J’écris cela pour que mes concitoyens français comprennent que notre réaction, alors que nous vivons sous tension depuis prés de deux mois, notre réaction est légitime. Le but n’était pas de faire polémique. Nous nous sommes sentis insultés, humiliés.

    Enfin, j’écris cela parce que je déteste l’injustice et que vous avez été injuste.

    Vous nous dites dans votre lettre Monsieur « que cela a été interprété comme une marque d’arrogance et de respect »

    J’ai visionné la séquence de Mosaique d’une durée de 6.01 .Je l’ai visionné au moins une dizaine de fois. Et j’ai été littéralement indigné a chaque fois.

    Monsieur l’Ambassadeur, dois-je vous rappeler que vous vous en êtes pris à des femmes ? La galanterie, le savoir vivre est le savoir être ne sont-ils pas liés à l’histoire de France ? Dois-je vous rappeler la longue tradition des ambassadeurs français, la galanterie à la cour des rois ?

    Tout dans votre attitude, dans votre verbe prêtait à la désinvolture, au dédain et à l’arrogance. Quel manque de grâce, votre Excellence, pour un homme de votre position !

    En outre, vous qui n’aimez pas que l’on évoque votre jeune âge compte tenu du degré de responsabilités qui vous incombe (sujet de la deuxième altercation avec l’une des journalistes), vous osez vous abriter derrière un « je suis jeune, et je paye le défaut de mes qualités. »

    En l’occurrence deux choses. Ce n’est pas votre jeunesse, Monsieur l’Ambassadeur qui vous a fait défaut, et votre parcours en témoigne pour vous. C’est l’humilité. Vous avez pris ces gens de haut.

    Ni votre position d’ambassadeur, ni vos rapports privilégiés avec le président de la République, Mr Sarkozy ne doivent vous légitimer dans votre attitude. On est tous des semblables. Nous respirons le même air, et nous marchons sur la même terre. Nous nous devons de nous traiter avec respect mutuel.

    Votre Excellence, si vous me permettez, accordez vous un moment seul, coupé de tout parasitage. Installez vous confortablement dans votre fauteuil. Si vous ne voulez toujours pas être sincère avec vous même, revisionnez la vidéo. Décortiquez vos dires. Vos gestes. Le ton. Les expressions de votre visage. Et surtout,s oyez honnête avec vous même.

    Vous avoir imposé ce poste alors que vous êtes encore au stade « trop fougueux et trop impatient comme les révolutionnaires ! » dites vous dans le texte avec un point d’exclamation, n’est pas dû à une erreur de jugement de votre part, mais de ceux qui ont estimé que vous aviez les qualités adjugées nécessaires à ce poste. Ces mêmes personnes ont omis de vous signaler qu’un ambassadeur au service de la nation qu’il représente, fut il le plus jeune ambassadeur de France, ne convient pas d’apparaitre dans le plus simple appareil, maillot bleu extrêmement moulant, et torse nu épilé au poil,a rborant un style à la Mickeal Vandetta,vous qui êtes celui qu’on nomme votre Excellence !

    A moins que la nouvelle diplomatie du quai d’Orsay tente de se refaire une image new age, new look, oubliant les codes de conduite dont doivent faire preuve les représentants d’une nation.

    Quand au terme de bizutage, Monsieur, il a pour définition dans le Larousse (de poche) : « Faire subir des brimades à un bizut, élève de première année d’une grande école, et ce, à son arrivée. »

    Notre peuple, Monsieur, est connu pour son bon vivre, mais aussi pour la qualité de son accueil, la réputation de l’hospitalité tunisienne n’est plus à faire. Nous n’avions pas préparé un guet apens ! Votre bizutage, comme vous le nommez, n’est dû qu’à vous même, votre Excellence.

    Le reconnaître vous permettra de repartir du bon pied, bien que cela aura entiché votre jeune carrière. Mais c’est en forgeant que l’on devient forgeron,n’est ce pas ?

    Vous avez fait la promesse d’être plus poli a l’avenir... On n’attend pas d’un ambassadeur qu’il soit plus poli, Monsieur, il se doit d’être poli ! Ce sont les règles de la bienséance que doit maîtriser tout diplomate, bon ou mauvais. L’ego n’a pas toujours sa place dans la diplomatie. Raison d’état oblige.

    Je crains que la « pont de confiance », cette « nouvelle page », ne soit plus compliqué àmettre en oeuvre, mais rien n’est impossible dit-on....

    Enfin, et j’en aurai fini, dans la diplomatie, l’art du langage a ses propres codes. On ne dit pas « Vous n’avez rien compris, on dit... je me suis mal faite comprendre... ».

    A présent, nous pouvons sortir des polémiques.

    Je vous prie de croire, Monsieur l’Ambassadeur, en l’expression de mon profond respect.

    Yasmine

    URL de cet article 12878
    http://www.legrandsoir.info/Lettre-ouverte-a-Mr-Boillon-en-reponse-aux-excuses-presentees-sur-sa-page-Facebook.html
     

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    Lévy, le philosophe français

    Qu’est-ce qui fait un philosophe ? Probablement, la capacité de viser à l’essence des choses, tout en célébrant l’amour de la sagesse (philo-sophos). Bien que Bernard-Henri Lévy se présente lui-même comme un philosophe français, il paraît manquer de cette capacité élémentaire. Contrairement à un véritable philosophe, Lévy se livre à des pirouettes interminables, dignes d’un agent de la Hasbara (propagande sioniste - ndt).
     
     

    Il y a quelques jours, le Huffington Post a offert une tribune au présumé « philosophe » Lévy.

     

     

    Lévy n’approuve pas la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions). Il prétend qu’elle est « antidémocratique ». Je m’attendais à ce que Lévy soutienne avec éloquence la « liberté de parole » et les droits humains, mais l’ « intellectuel » sioniste a lamentablement raté son coup. Lévy a choisi le modèle usé du sionisme judéocentrique et d’émettre des idées bancales qui tiennent lieu difficilement d’argument. Pathétiquement, dans la plupart des cas, les rodomontades de Lévy sont efficaces, mais contre sa cause.

    « Tout d’abord », dit-il, « on boycotte les régimes totalitaires, pas les démocraties... On peut boycotter le Soudan, coupable de l’extermination d’une partie de la population du Darfour. On peut boycotter la Chine, coupable de violations massives des droits de l’homme au Tibet et ailleurs. »

    Pour une raison bizarre, Lévy semble convaincu que son État chéri, pour juifs seulement, est une « démocratie exemplaire ». « On ne boycotte pas la seule société au Moyen-Orient où les Arabes lisent une presse libre, la preuve quand ils le veulent, où ils envoient librement des représentants se faire élire au parlement, et profitent de leurs droits de citoyens », dit Lévy.

    Je suppose que Lévy, soit n’est pas au courant, soit prétend simplement ne pas l’être, que dans la « démocratie, pour juifs seulement », les lois sont orientées sur une base raciale. La Loi du Retour, par exemple, privilégie les juifs, et les juifs seulement. Lévy devrait aussi s’informer sur le cas du député Azmi Bishara qui a dû s’exiler pour sauver sa vie après avoir proposé qu’Israël devrait se transformer en un « État de tous ses citoyens », fondé sur l’égalité.

    Mais il va en fait beaucoup plus loin ; l’argument de Lévy est totalement fallacieux et contreproductif pour sa cause sioniste. Ce sont les démocraties en réalité, plutôt que les dictatures, qui doivent faire l’objet de boycotts humanitaires : c’est dans les démocraties que les gens sont complices des crimes de leur gouvernement. Nous devons boycotter Israël parce que dans l’État juif, chaque citoyen est coupable des crimes de guerre commis par le gouvernement démocratiquement élu. Nous devons boycotter Israël parce que 94 % de sa population juive ont soutenu les méthodes génocidaires de l’armée israélienne pendant l’opération Plomb durci (contre Gaza, 12/2008-01/2009). Nous devons boycotter Israël parce que sa politique de terrorisme d’État est un reflet de la véritable volonté publique, comme le prouvent les sondages et ses élections démocratiques.

    Selon Lévy, dans une démocratie, les électeurs ont le pouvoir de sanctionner, modifier, et inverser la position de leur gouvernement. Ce serait merveilleux si Lévy pouvait nous éclairer et nous expliquer comment, exactement, la démocratie, pour juifs seulement, progresse vers une approbation des droits universels pour tous.

    Tout comme les agents de la Hasbara, Lévy est scandalisé par la tentative de délégitimer Israël, pourtant le philosophe qui est en lui n’arrive pas à nous dire ce qu’il y a exactement de si mal à délégitimer une entreprise collective meurtrière, motivée sur une base raciale. Je me demande aussi ce qu’il y a de si inacceptable dans la délégitimation d’un État qui a commencé dans l’illégitimité.

    Lévy n’approuve pas les partisans de « l’État unique ». Il préfère de loin diviser le pays en deux États. On pourrait rappeler l’idée boiteuse qu’Israël est actuellement un État qui se situe entre le fleuve et la mer. Ceux qui soutiennent l’État unique sont en réalité loin d’être radicaux. Ils ont les pieds sur terre. Ils acceptent qu’Israël soit un État, avec un indicatif international, un réseau électrique et un système de traitement des eaux usées. Toutefois, les partisans d’un État unique se rendent compte aussi qu’Israël est dominé par le racisme talmudique juif, qui est beaucoup plus malfaisant que l’idéologie nazie. Ils se rendent compte également qu’avant que l’idéologie raciste juive soit vaincue, cet État, entre le fleuve et la mer, ce sera la Palestine.

    Lévy est furieux contre le partisan d’un État unique, Ali Abunimah, cofondateur de The Electronic Intifada, qui, d’après Lévy, « n’hésite pas à comparer Israël à l’Allemagne nazie ». Cela aiderait un peu si le « philosophe » Lévy avait l’amabilité de nous soumettre, une fois pour toutes, ce qu’il y a de si mal à comparer l’État pour juifs seulement avec l’État pour aryens seulement, connu aussi sous le nom d’Allemagne nazie.

    Vers la fin de son article dans le Huffington Post, Lévy en arrive à quelque chose qui pourrait presque passer pour un argument. Pour Lévy, le monde occidental devrait espérer s’être « guéri de son pire passé criminel ». Ce serait efficace et productif si Lévy et les autres sionistes comprenaient que c’est justement le passé problématique de l’Occident qui façonne notre critique du présent meurtrier israélien. C’est notre passé trouble qui fait de nous des ennemis de l’Israël raciste.

    J’étais impatient de lire un « penseur » sioniste qui défende Israël. Avec Lévy, c’est manifestement raté. Toutefois, je dois admettre, comme Lévy, que j’ai aussi des réserves à propos du mouvement BDS : par exemple, je crois que si la demande de boycott des universitaires israéliens est fondée, nous devrions aussi boycotter les universitaires et intellectuels qui défendent la politique israélienne et le sionisme dans le monde entier, parce qu’Israël est raciste jusqu’à l’os et que le racisme doit être combattu. Si le mouvement BDS se considère comme sérieux, alors il doit aussi aller de l’avant et demander le boycott des Lévy, Alan Dershowitz, David Hirsh et de beaucoup d’autres.

    D’une part, une telle initiative prouverait l’intégrité du mouvement BDS. D’autre part, en tant que défenseur de la liberté de parole, je veux vraiment que Dershowitz, Hirsh et Lévy disent ce qu’ils ont en tête. Je crois qu’avec Mark Regev, ils sont les meilleurs promoteurs de la morbidité tribale sioniste.

    Regardez le Lévy Hasbara en action.


    Pour lire la prose du "philosophe" Lévy, voir également : Pourquoi l’appel au «  boycott d’Israël  » est une saloperie et la réponse que lui a faite Omar Barghouti : Le BDS est aujourd’hui un devoir moral (site BDS FRANCE)


    (JPG) Gilad Atzmon est écrivain et musicien de jazz, il vit à Londres. Son dernier CD : In Loving Memory of Americ.

    Du même auteur :

    -  Ein Hod, ‘Aïn ‘Awd et le péché originel israélien
    -  Le buisson ardent
    -  Tout ce que peuvent espérer les 200 criminels de guerre israéliens, c’est une amnistie palestinienne...
    -  Changement : les sionistes font preuve de tolérance
    -  Les vandales proisraéliens à l’assaut de Wikipédia
    -  Les tirs et les larmes


     
     

    4 février 2011 - Media with Conscience - traduction : JPP

     

     


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  • Adler, BHL et Finkielkraut anxieux face à la perspective d’une Égypte démocratique



    Pascal Boniface

    Tout le monde devrait se réjouir de la contestation du régime répressif de Moubarak en Égypte. Mais la joie de voir la mise en place d'une véritable démocratie dans ce grand pays arabe est gâchée par une sombre perspective : la prise du pouvoir par les Frères Musulmans. Mais alors que The Economist qui n’est pas précisément un organe islamo-gauchiste se réjouit d’une révolte pacifique, populaire et séculière, trois des principaux intellectuels médiatiques français sont heureusement là pour mettre en garde les naïfs qui stupidement sont toujours prêts à applaudir à la chute des dictateurs.

     
    Dans le Figaro des 29 et 30 janvier, Alexandre Adler est le premier à tirer la sonnette d'alarme dans sa chronique intitulée « Vers une dictature intégriste au Caire ? » dans laquelle il qualifie au passage Mohamed El Baradei, l'une des figures de proue de l'opposition à Moubarak de “pervers polymorphe”.
     
    Alain Finkielkraut prend le relais dans Libération du 3 février. Il se demande si Mohamed El Baradei sera « l'homme de la transition démocratique ou l’idiot utile de l'islamisme » et doute de la possibilité de l'instauration d'un régime démocratique en Égypte à cause des Frères musulmans. Selon lui, il y avait une tradition démocratique en Europe de l’Est mais il doute qu’il y en ait une en Égypte. C’est faux et stupide à la fois. Seule la Tchécoslovaquie avait été une démocratie avant l’instauration du communisme en Europe de l’Est. Et il est curieux d’exiger le préalable d’une tradition démocratique pour une nation qui veut justement faire chuter une dictature.

    Dans Le Point (dont la couverture est sobrement intitulée « le spectre islamiste »), BHL avoue sa crainte de voir les fondamentalistes bénéficier de la chute de Moubarak avec la perspective d'une Égypte qui suivrait l'exemple iranien.
     
    Ces trois intellectuels relaient en fait les craintes israéliennes face au changement politique en Égypte. Ce qui est assez amusant c'est que les mêmes qui ont dénoncé pendant des lustres l'absence de régimes démocratiques dans le monde arabe s'inquiètent désormais de la possibilité qu'il en existe. Cela ferait tomber leur argument de « Israël la seule démocratie du Proche-Orient » qu'ils psalmodient. Mais surtout cela pourrait signifier la mise en place de régimes moins accommodants avec Israël. Or c’est leur principale pour ne pas dire unique préoccupation.
     
    Il n'est d'ailleurs pas étonnant qu'ils soient passés complètement à côté de la révolution tunisienne ; ils n'ont ni soutenu la révolte populaire comme ils ont pu le faire pour l'Iran, (la Tunisie n’est pas hostile à Israël donc on n’y soutient pas les revendications démocratiques) ni ne se sont inquiétés de ses conséquences comme ils le font pour l'Égypte (la Tunisie n’a pas un rôle clé au Proche Orient).
     
    Ils font un parallèle entre la mise en place d'un régime répressif islamiste en Iran après 1979 et ce qui pourrait se produire en Égypte. Comparaison n'est pas raison ; si le régime des mollahs a pu s’imposer en Iran, c'est en grande partie du fait des craintes d'interventions extérieures américaines (et du précédent Mossadegh) et face à l'agression à partir de 1980 de Saddam Hussein, à l'époque soutenu unanimement par le monde occidental. Le sentiment de menace extérieure a largement servi le régime iranien pour se maintenir en place. C'est d'ailleurs une règle générale qui ne vaut pas que pour l'Iran.
     


    Adler, BHL, Finkielkraut
     

    Curieusement nos trois vedettes médiatiques qui s'inquiètent fortement de l'arrivée au pouvoir d'un mouvement intégriste religieux n'ont jamais rien dit contre le fait qu'en Israël un parti de cette nature soit membre depuis longtemps de la coalition gouvernementale. Le parti Shass un parti extrémiste religieux (et raciste) est au pouvoir en Israël avec un autre parti d'extrême droite celui-ci laïc et tout aussi raciste, Israel Beiteinu. Ces deux partis alliés au Likoud essaient d'ailleurs de restreindre les libertés politiques et mettent une très forte pression sur les différentes O.N.G. de défense de droits de l'homme sans que nos trois intellectuels s'en émeuvent particulièrement.
     
    Les Frères musulmans peuvent-ils prendre seul le pouvoir ? C'est fortement improbable pour ne pas dire impossible. Un gouvernement auquel éventuellement participeraient les Frères musulmans pourrait lever le blocus sur Gaza. Il ne se lancerait pas dans une guerre contre Israël du fait du rapport de forces militaires largement favorable à Israël sans parler de l'appui stratégique américain. Ce qui pourrait se produire par contre, c'est qu’un autre gouvernement égyptien soit moins accommodant avec l'actuelle coalition de droite et d'extrême-droite au pouvoir en Israël. Mais est-ce si grave qu'un pays démocratique d'une part ait une politique indépendante et d’autre part ne laisse pas carte blanche à un gouvernement de droite et d'extrême-droite ?
     
    Les masques tombent. Nos trois intellectuels dénoncent un éventuel extrémisme en Égypte mais soutiennent celui au pouvoir en Israël. Ils critiquent l’absence de démocratie dans le monde arabe mais s’émeuvent dès qu’elle est en marche. Leur priorité n'est pas la démocratie mais la docilité à l'égard d'Israël, fut-il gouverné avec l'extrême droite.





    Merci à Affaires stratégiques
    Source: http://pascalbonifaceaffairesstrategiques.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/02/07/adler-bhl-et-finkielkraut-anxieux-face-a-la-perspective-d-un.html
    Date de parution de l'article original: 07/02/2011
    URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=3743


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  • Le prétexte des droits de l’homme

    Source CCR

    Les droits de l’homme sont devenus une idéologie de substitution qui permet de fermer les yeux sur les dysfonctionnements de notre société. La défense des droits de l’homme, c’est l’argument suprême pour obtenir l’assentiment du public, et pouvoir intervenir contre un autre pays de manière plus ou moins violente. Il sert à justifier notre droit d’ingérence au nom de prétendues valeurs dont nous serions dépositaires. La bonne conscience de l’occident est à géométrie variable.

    Que se soit au Moyen Orient, en Afghanistan, en ex-Yougoslavie, à Haïti, ou au Tibet, les droits de l’homme ne servent souvent qu’à cacher des intérêts économiques ou stratégiques. Déjà les conquistadors et les colons américains ont massacré des millions de « sauvages » pour leur apporter la civilisation. On ne peut pas apporter la démocratie en ensevelissant des pays sous des tapis de bombes !

    Les militants occidentaux des droits de l’homme sur la Chine, l’Iran, ou Cuba, devraient s’interroger sur les rapports de ces pays avec les puissances occidentales, et se demander pourquoi la mobilisation et les médias ne sont pas aussi virulents sur la Colombie, le Mexique, le Koweït, le Nigeria, …. Les droits de l’homme ne sont montrés du doigt que dans les pays qui n’adoptent pas l’idéologie libérale, qui ne veulent pas du contrôle des multinationales sur leurs ressources ou qui occupent une position stratégique. Et sans faire d’angélisme, s’il existe effectivement des problèmes dans ces pays, les droits de l’homme ne sont qu’un prétexte, car nous soutenons des régimes bien pires mais qui ne remettent pas en cause nos intérêts !

    User des droits de l’homme pour se dédouaner de ce qui se passe dans nos sociétés est une manière de vouloir échapper à la réalité. Combien de détenus innocents attendent dans les couloirs de la mort aux États Unis ? Qui sont les prisonniers de Guantanamo ? Combien de palestiniens grouillent dans les cachots israéliens ? Et en France, combien de manifestants arrêtés, frappés, mis en garde à vue ? Combien de personnes perdent leur emploi pour avoir revendiqué ? Oh certes, ce n’est pas encore aussi violent qu’au Honduras, en Birmanie ou en Tunisie… mais ça se passe chez nous ! Et MAM avait même proposé l’assistance de la police pour aider le régime « démocratique » de Ben Ali !

    Les défenseurs des droits de l’homme devraient manifester contre l’OMC et le FMI, qui par des « réformes structurelles » ont anéanti l’autosuffisance alimentaire de nombreux pays du sud en les livrant à des multinationales qui se sont appropriées les semences et ont détruit les services public au profit d’entreprises occidentales. Les défenseurs des droits de l’homme devraient demander l’annulation de la dette des pays, dettes qui ont déjà été remboursées plusieurs fois et soutenir l’accès aux médicaments génériques face à des firmes pharmaceutiques multimilliardaires qui bénéficient de la recherche publique et de nombreuses subventions versées gracieusement sans aucune contrepartie.

    Aucune TV, aucun journal ne cautionnera une telle initiative, car s’il est de bon ton de critiquer un pays ou l’information est contrôlée par l’état, on oublie que chez nous l’information est contrôlée par des multinationales qui se servent du prétexte des droits de l’homme pour des intérêts partisans. En règle générale, les théories libérales du système capitaliste ne sont pas compatibles avec les droits de l’homme. La mondialisation « heureuse » a produit à travers la planète plus de pauvreté que l’on n’en a jamais connue. On ne peut défendre les droits de l’homme sans s’interroger sur les conséquences économiques du système capitalisme.

    fichier ci-dessous en forme de tract, que vous pouvez imprimer, photocopier, distribuer ou joindre à vos contacts mails

    LES DROITS DE L'HOMME


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  • Vrais chiffres chômage décembre 2010 toujours pires ! 7,5 millions

    7,5 MILLIONS environ de demandeurs d’emploi et travailleurs pauvres et précaires, intermittents

    286 700 RADIATIONS en Décembre, juste pour défaut actualisation - 11,% (- 6% sur 1 an), radiation administrative - 6 % ( - 8% sur 1 an), et mystérieuse rubrique "autre cas" -5,2 %, ces 3 seuls motifs de sorties représentent à eux seuls 63,5% du total des sorties des listes des demandeurs d’emploi, ce mois ci.

    Les radiations pour maladie, maternité, retraite 39 300 + 3,1% (- 2 % sur 1 an), 3,1% des sorties 

    Quant aux sorties des listes pour "reprise d’emploi déclaré", elles sont en baisses de 2,2% ! (moins 16,4% sur 1 an) et ne représentent que 19,9% des sorties.


    Décryptage donc des vrais chiffres connus ( Décembre 2010 ) des demandeurs d’emploi, ceux dont les médias classiques ne parlent quasi JAMAIS.

    Ils occultent les catégories D et E quasi systématiquement, les DOM TOM systématiquement, et encore pire, une énorme partie des radiés mensuels (des centaines de milliers tous les mois, radiés, pour autre motif que reprise d’emploi ), et ils ne parlent évidemment JAMAIS des centaines de milliers de demandeurs d’emploi qui ne dépendent carrément pas du tout de pôle emploi pour diverses raisons.

    Décembre 2010, les chiffres sont toujours catastrophiques.
    Les chiffres des travailleurs précaires et pauvres toujours énormes, en même temps que celui du chômage de longue durée qui ne cesse d’augmenter.

    A noter qu’environ 40% des demandeurs d’emploi inscrits, ne sont aucunement indemnisés, ni par les Assedics, ni par la solidarité nationale (RSA ou ASS), encore pire si l’on compte donc, les non inscrits à Pôle emploi qui ne sont pas indemnisés non plus, pour une énorme partie d’entre eux.

    Plus de 7,5 millions de demandeurs d’emploi et travailleurs précaires par intermittences, soit 25% à 30% de la population active, on est très très très loin des annonces mensongères de 9,5% de chômeurs (seule catégorie A, inscrits chez pôle-emploi qui servent à la propagande)


    • Mon analyse :
      VRAIS chiffres du chômage DECEMBRE 2010 : 

       PLUS 27 100 chômeurs disent les médias catégorie A , ou PLUS 32 600 catégorie A, B et C ? 
       
      Réalité : résultat net, catégories A, B, C, D et E  plus 17 300 demandeurs d’emplois inscrits à Pôle Emploi entre Novembre et Décembre :
       
      catégorie A + 1 %
      catégorie B + 2,4 %
      catégorie C - 0,9 %
      catégorie D + 0,8 %
      catégorie E - 0,7 %
       
      catégorie A : 2 725 200 (+ 3 % sur 1 an) 
      catégorie B et C : 1 326 500 ( + 5,2 % B, + 13,9 % C sur 1 an)
      catégorie D et E : 599 000 (+ 5% D, et + 19,6% E sur 1 an)

    catégorie A, B, C, D et E Novembre 2010 : 4 618 600 (hors dom-tom)

    catégorie A, B, C, D et E Décembre 2010 : 4 650 700  (hors dom-tom) + 6,2% sur 1 an

    TOTAL : + 32 100 demandeurs d’emploi, par rapport à Novembre.

     
    MAIS ATTENTION ! LE POT AUX ROSES est toujours là (les chiffres JAMAIS JAMAIS JAMAIS mis en avant) : 

    sorties des listes de pôle emploi pour autres cas que ces 3 cas là : 

    • reprise d’emploi déclaré (89 800) - 2,2 % seules vraies sorties sont encore en baisse .. et encore pour quels emplois ?!
    • ou entrée en stage (35 900) + 12,5 % de difference par rapport au mois passé
    • ou arrêts maladie, retraite, maternité (39 300) + 3,1 %
    donc les Radiés qui échappent complètement au 5 catégories, à toutes les statistiques que l'on peut entendre dans les médias "conventionnels"  : 
    • disparitions des listes pour cessation d’inscription suite à défaut d’actualisation : 187 200 personnes pour ce mois de Décembre 2010 ( - 11%) VOILA LA COMBINE ... ce chiffre, il représente 41,4% des sorties des listes.
    • disparitions des listes pour radiation administrative ( les punis ) 44 600 personnes pour ce mois de Décembre ( -6% de différence par rapport à Novembre)
    • sorties des listes inexpliquées, classées dans mystérieuse rubrique "autres cas" 54 900 personnes ( - 5,2 % ) 

      soit  286 700 demandeurs d’emploi sortis artificiellement des 5 listes A B C D et E ... ce mois ci.
    Ne sont donc pas comptés dans ces chiffres de 4 650 700 demandeurs d'emploi "officieux" : 
    •  Des RSastes qui pour une grosse partie ne sont pas inscrits à pôle emploi , (autre suivi) environ 50% soit 900 000 RSastes
    •  
    •  Des personnes en AAH ou sous pension d'invalidité, qui ne dépendent pas de pôle emploi, + d'un million de personnes
    •  
    •  Les dom-tom (Réunion, Guadeloupe, Martinique et Guyane) , estimation 500 000 personnes minimum (bien + probablement avec les Rmistes et RSTA spécifiques aux dom tom encore pour 2010 et une partie de 2011)
    •  
    •  Des sans droits, car moins de 25 ans, qui ne perçoivent RIEN, incalculable ..
    •  
    •  Des sans droits radiés ou désinscrits, car dépassement du plafond de ressources dans un couple, qui sont donc privés du RSA ou de l’ASS et qui n’ont droit à rien ( exemple votre époux perçoit 600€ d'assedic, vous n'aurez pas droit vous même au RSA, car vous dépasserez le plafond de ressources couple ) des centaines de milliers de personnes
    •  
    •  Des retraités qui cherchent un emploi car leur retraite ne couvre pas les charges fixes pour survivre ( loyer, énergie, assurances, voiture, telephone, eau, nourriture, santé (lunettes, dentiste ..) incalculable
    •  
    •  Des étudiants, boursiers ou non, qui cherchent des petits jobs alimentaires incalculable
    Estimation 3 MILLIONS au bas mot à rajouter aux chiffres "officieux", soit + de 7,5 MILLIONS de demandeurs d’emploi et travailleurs pauvres intermittents, ce qui correspond à un taux de demandeurs d'emploi, de 25% à 30% environs de la population active (en âge de travailler entre 16 et 67 ans)

    Seuls 39% des 55/61 ans sont en encore en activité, je signale en passant, que pour le moment l'AER (allocation équivalent retraite), les demandes sont rejetées, depuis le 1er janvier 2011, pour les personnes sans emploi, qui ont leurs 161 trimestres validés, mais pas encore l'âge légale pour prendre leur retraite à taux plein, ceux qui sont déjà bénéficiaires, conserveront cette allocation "avantageuse" de 33€/jour maxi soit 1023€ pour 31 jours.

    et seuls 32% des 16/24 ans sont en activité en France, j'invite ces jeunes à lire, mon analyse sur le RSA JEUNES, qui est d'un mépris lamentable et incroyable des jeunes : http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/rsa-jeune-c-est-du-pipeau-86935


    et non pas simple communiqué de presse de 2 pages, qui entre bien moins dans les détails et qui est envoyé aux médias.

    Rendez-vous le 24 fevrier 2011, pour connaitre les chiffres du chômage de Janvier 2011.
     
    -catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi ;
     
    -catégorie B : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte (de 78 heures ou moins au cours du mois) ;
     
    -catégorie C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (de plus de 78 heures au cours du mois) ; 
     
    -catégorie D : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi (en raison d’un stage, d’une formation, d’un arrêt maladie court, d'un arrêt maternité …), sans emploi, on y trouve des travailleurs gratuits, ou c'est le patron qui est payé 5€ de l'heure ou +. 
     
    -catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en emploi (essentiellement bénéficiaires de contrats aidés ou l'employeur peut avoir de 50% jusqu'à 105% du salaire payée par l'état et les collectivités locales) on y trouve très souvant, tri en déchetterie, ménage, repassage, aide à la personne, élimination de gravats, débroussaillage, plonge en restauration collective ou non, mais ça touche aussi parfois des métiers à BAC + 5 dans des domaines divers et variés (tourisme, commerce, administrations, etc) !!
     

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  • Denise Hamouri à Alliot-Marie...

    Lettre ouverte à Madame Michèle Alliot-Marie

    Madame la Ministre,

    Comme beaucoup de Français, d’Israéliens et de Palestiniens, je suis avec intérêt votre visite au Proche-Orient .J’aurais souhaité vous rencontrer mais cela ne s’est pas fait… Emploi du temps chargé, oubli... Pourtant, votre rencontre avec les parents du soldat Shalit était inscrite en bonne et due forme dans votre programme... Une fois de plus, une politique du 2 poids 2 mesures. J’aurais souhaité vous rencontrer peut- être pour vous demander encore une fois d’intervenir pour la libération de Salah enfermé depuis 6 ans bien qu’il n’ ait commis aucun acte délictueux. Mais ce qui est possible au Tchad, au Mexique ou ailleurs ne l’est pas de toute évidence en Israël et "les efforts démesurés" de notre diplomatie n’ont pas eu le résultat espéré…

    J’ai suivi avec intérêt votre déplacement á Gaza ou un comité des familles de prisonniers palestiniens vous a accueillie avec une certaine agressivité.

    Madame la Ministre,

    Quelle maladresse de votre part d’aller á Gaza suite á votre visite a la famille du soldat Shalit... Vous n’ignorez pas que des milliers de Palestiniens de Gaza sont enfermés dans les geôles en Israël sans avoir droit á des visites familiales depuis la capture de Shalit et même bien avant pour certains. Peut- être ignorez vous qu’ ils n’ont pas droit au courrier et sont coupés eux aussi de leur famille…

    Madame, vous avez eu de belles paroles de réconfort pour les parents de votre compatriote Shalit mais vous n’avez pas dit un mot sur les 8ooo prisonniers palestiniens, vous avez ignoré le cas de mon fils…

    Madame, si Shalit est d’après vous pris en otage par le Hamas, les prisonniers de Gaza qui n’ont plus droit de visite le sont aussi .. Si la demande de visite de la Croix Rouge pour le soldat Shalit est légitime alors les droits des prisonniers politiques palestiniens et ceux de Gaza pour commencer le sont aussi.

    Madame, les prisonniers palestiniens, á commencer par ceux de Gaza, ne sont pas des numéros ou des terroristes mais des êtres humains tout comme le soldat Shalit. Comme lui ils ont des parents, une femme ou des enfants ….

    Ce qui est vrai pour Shalit est vrai pour les autres, dont Salah, mon fils.

    Je crains que votre attitude ne nuise un peu plus encore à l’image de mon pays - la France - dans la région, et spécialement en Palestine. Je ne vous supplie pas de me recevoir. J’ai ma dignité, vous avez des responsabilités éminentes. Je suis fidèle à la mienne. L’êtes-vous aux vôtres ? Malheureusement : non.

    Mme Denise Hamouri,
    Vendredi, 21 janvier 2011
    Jérusalem

    Source ici


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  • La fierté blessée- De l’exclusion des citoyens dans les démocraties



    Peter Sloterdijk

    Traduit par  Michèle Mialane
    Edité par  Fausto Giudice

     1.La fierté blessée

    Dès que politiciens et politologues réfléchissent à ce qu’est devenue la moderne « res publica », les réminiscences de la Rome antique se pressent en foule. C’est arrivé récemment à notre malheureux ministre allemand des Affaires étrangères qui, souhaitant critiquer l’État-Providence, trop généreux à ses yeux, s’est avisé de comparer l’époque actuelle avec la décadence de l’Empire romain. Ce qu’il entendait par là n’a pu être tiré au clair. Peut-être l’invité, chef de la diplomatie allemande, s’était-il vaguement souvenu du management de la plèbe par les combats de gladiateurs, usité au temps des empereurs romains, peut-être aussi des distributions obligatoires de blé aux masses sans emploi de la métropole antique. L’un et l’autre auraient été un écho de l’enseignement historique bâclé dont ont joui la plupart des lycéens de la classe 1961 (Westerwelle notamment). Rien de bien grave en tout cas.
     
    Mais l’allusion à la décadence romaine, dans la bouche d’un homme politique allemand, n’était pas seulement le signe du vernis culturel un peu mince qui sied à leur office. Et pas davantage un débordement verbal visant à rallier une certaine clientèle. Elle comportait aussi toute une série d’implications périlleuses dont l’orateur se serait sûrement gardé s’il en avait été conscient.
     
    Le système romain du « pain et des jeux » n’était en effet rien de moins que la première forme de ce qu’on nomme depuis le siècle dernier « culture de masse ». Il symbolisait le passage de l’austère République sénatoriale à l’État-spectacle post-républicain centré sur un empereur-acteur. Ce changement était devenu inévitable depuis que l’Empire romain, après s’être converti au césarisme, tendait de plus à plus à éliminer le peuple et le Sénat des affaires publiques. Vue sous cet angle, la décadence romaine n’était rien d’autre que le revers de l’exclusion politique des citoyens : tandis que l’administration de l’Empire s’empêtrait progressivement dans le formalisme, les divertissements - notamment dans les arènes disséminées sur les rivages d la Méditerranée et les orgies des couches supérieures en métropole - se faisaient de plus en plus bestiaux et débridés. La coexistence de l’État administratif et de l’État-divertissement constituait la réponse à un état du monde où seule la dépolitisation massive des populations de l’Empire permettait d’exercer le pouvoir.

    Du SPQR à la néomonarchie

    Jouer avec de réminiscences romaines revient tôt ou tard à jouer avec le feu. Qui dit Rome dit aussi res publica, et quiconque en parle ne devrait pas manquer de s’interroger sur le secret de ses origines. Même si les César continuaient à apposer sur leurs décrets la formule consacrée « Le Sénat  et le Peuple romain » (SPQR), il n’en reste pas moins que ces deux instances ne détenaient pratiquement plus aucun pouvoir.


    Giulio Romano, Tarquin et Lucrèce, fresque du palais ducal de Mantoue (Italie), voûte du Camerino dei Falconi, 1536.

     La « chose publique » de l’Europe antique a commencé par un mémorable déchaînement d’affectivité : le fils du dernier roi romain étrusque, Tarquin le Jeune, s’était avisé des charmes d’une jeune matrone romaine, Lucrèce, après avoir entendu le mari de celle-ci, Collatinus, vanter sa beauté et sa vertu. De toute évidence il n’admettait pas qu’un inférieur puisse être plus heureux que lui sur le plan érotique. Nous tenons le reste de l’Histoire universelle de Tite-Live et de l’écrivain universel qu’est Shakespeare : le jeune Tarquin s’introduit dans la demeure de Lucrèce et au moyen d’un chantage la contraint à se laisser violer. La jeune femme, ainsi déshonorée, convoque toute sa famille, lui raconte ce qui s’est passé et se poignarde sous leurs yeux. Les Romains, jusque-là paisible peuple de bergers et de cultivateurs, se transforme sous le coup de l’émotion en une bande révolutionnaire. On chasse Tarquin le Superbe, ce qui met fin définitivement à la domination étrusque. Plus jamais on ne tolérera d’arrogants à la tête de la chose publique Le nom même de roi est banni pour la suite des temps.
     
    Cette « convulsion » citoyenne donnera naissance à une idée lourde de conséquences : la gestion de la chose publique sera désormais assumée uniquement par les Romains, de manière pragmatique et profane. Deux consuls se tiennent mutuellement en échec, réélus chaque année pour éviter toute confusion entre la personne et la charge. Ces décisions prises en 509 avant J.C. enclenchent la machine républicaine la mieux construite de toute l’histoire ; l’ajout postérieur de la charge de tribun de la plèbe lui confèrera une efficience insurpassable. C’est le début d’une « success story » sans égale qui durera près d’un demi-siècle, jusqu’à ce que le complexe de domination romain s’étende excessivement, contraignant Rome à passer à la situation néomonarchique.
     
    La légende de Lucrèce fait naître la « res publica » de l’esprit de révolte. Ce que l’on appellera plus tard « l’opinion publique » est au début un simple épiphénomène de la colère populaire. C’est le mécontentement d’une foule rassemblée qui donne naissance au premier forum. Le premier ordre du jour ne comportait qu’un point : le rejet d’une infamie commise par le souverain. C’est leur colère synchrone contre l’arrogance sans bornes des puissants qui a appris aux petites gens qu’ils voulaient désormais être des citoyens. Le consensus par lequel a commencé tout ce que nous appelons aujourd’hui « vie publique » a été l’unanimité de la société civile contre un affront infligé aux lois non écrites de la pudeur et du cœur.


    Lucrèce allemande du XXIème siècle (Manifestation contre les transports Castor, novembre 2010)

    2.Monologue d’un club d’autistes

    Pour en revenir au point décisif : ce que nous désignons par le mot grec de « politique »  est un dérivé du sens de l’honneur et des sentiments de fierté de gens ordinaires. Pour l’éventail des affects liés à la notion de fierté la tradition de l’Europe antique dispose du mot de « thumos ». L’échelle du « thumos » recouvre de nombreuses nuances du psychisme humain - depuis la jovialité, la bienveillance et la générosité jusqu’à l’indignation, la colère, le ressentiment, la haine et le mépris en passant par la fierté, l’ambition et le défi. Tant qu’une communauté politique est sous l’empire de sa fierté, c’est sur l’honneur et la respectabilité que se focalise l’attention générale. La dignité du citoyen doit rester intacte, c’est elle le bien suprême. L’opinion publique veille jalousement à ne jamais laisser l’arrogance et l’avidité, ces deux principaux visagesde la bassesse, toujours virulentes, prendre le pouvoir dans la « res publica ».
     
    Les raisons pour lesquelles il n’est pas sans danger de parler de nos jours de la décadence romaine et de lui assimiler des situations contemporaines devraient être claires. En parlant ainsi on se rallie implicitement à l’idée - ou à la crainte- que la république moderne - issue il y a plus de 200 ans de la colère des révolutionnaires américains ou français contre la monarchie, soit un jour ou l’autre suivie d’une phase post-républicaine. Elle serait très précisément caractérisée par le nouveau compagnonnage du « pain et des jeux » ou, pour employer un vocabulaire contemporain, par une synergie entre l’État-Providence et le sensationnalisme industriel.
     
    On ne peut nier qu’il existe partout des signes avant-coureurs de cette gestion bicéphale. Ne relevons-nous pas depuis assez longtemps déjà des indices d’une régression de la vie publique vers l’administratif et le spectaculaire – isolation thermique pour les ministères et casting shows pour les ambitieux ? Le discours sur la « post-démocratie », né en Grande-Bretagne et visant à expliquer que la participation des citoyens aux affaires de la cité peut être avantageusement remplacée par la compétence de décideurs politiques de haut vol, n’a -t-il pas discrètement envahi les centrales des partis et les séminaires de sociologie de l’hémisphère occidental ? D’innombrables individus ne se sont-ils pas retirés du monde, à l’instar des stoïciens et des épicuriens de jadis, s’accommodant de voir la bureaucratie, la société du spectacle et les collections privées  représenter désormais les seuls horizons envisageables?
     
    On pourrait tirer de ces observations la conclusion hâtive que les tendances post-démocratiques s’étaient déjà totalement imposées durant le crépuscule de la seconde ère républicaine, celle que nous nommons la modernité. Il ne nous resterait plus alors, à nous qui habitons la deuxième « res publica amissa » (la chose publique abandonnée) qu’à attendre une deuxième fois les César et leur version bon marché, le populisme, dans la mesure où ce populisme apporte aujourd’hui la preuve que le césarisme peut aussi fonctionner avec des comparses. Devrait-on donc se rallier à Oswald Spengler et à sa dangereuse suggestion : qu’il faut être un théoricien de la décadence pour être capable de lire les signes des temps ?

    On n’a pas tenu compte de la fierté des citoyens

    Nous serons toutefois mieux avisés de ne pas nous laisser entraîner, en cette affaire, par les analogies. Certes les signes ne manquent pas qui nous prédisent l’imminenced’une situation post-républicaine et post-démocratique. Le symptôme le plus net, l’exclusion des citoyens par un pouvoir d’État fonctionnant en circuit fermé est largement perceptible. Dans notre pays la politique ressemble de plus en plus au monologue d’un club d’autistes ; la ligne actuelle du gouvernement jaune-noir [chrétiens-démocrates et libéraux, Ndlt] en matière d’énergie nucléaire le montre bien.
     
    Mais celui qui aurait cru qu’il ne serait pas plus difficile de déconnecter les citoyens dans la deuxième époque post-républicaine que lors de l’établissement du régime césarien se serait trompé. Car les auteurs grecs classiques avaient de l’homme - être à la fois érotique et fier - une connaissance incomparablement plus profonde que nos modernes, qui se sont majoritairement contentés de croire que l’être humain n’était guidé que par la libido, le manque et la soif de posséder. Ils n’ont rien inventé de neuf en matière de fierté et d’honneur depuis plus de cent ans. Rien d’étonnant donc si les politiciens et psychologues actuels sont désemparés face aux manifestations publiques de tout ce qui, dans l’économie du psychisme humain, ressort à des sentiments de fierté aujourd’hui oubliés. Le panorama des troubles politiques en Europe, et en particulier les foyers de crise allemands, devrait nous montrer clairement une chose : si l’on ne réussit pas tout à fait à déconnecter les citoyens, en dépit du règne des experts et de la culture du divertissement, c’est qu’on a tout simplement négligé la fierté du citoyen de base.
     
    Voilà que tout à coup ils refont surface, le citoyen et son « thumos », le citoyen conscient, informé, qui veut réfléchir et décider avec les autres, homme et femme, qui porte devant le tribunal de l’opinion sa déception de voir ses préoccupations et ses prises de conscience si mal représentéespar le système politique actuel. Le revoilà, le citoyen de base, qui a gardé sa capacité d’indignation, parce qu’en dépit de tous les efforts pour le réduire à un blocde libido, il a continué à pouvoir être lui-même, et il le manifeste en portant sa dissidence sur la place publique. Ce citoyen malcommode se refuse à tout gober politiquement, à être docile et à s’abstenir d’opinions « qui ne font pas avancer le schmilblick». Ces citoyens informés et indignés ont tout à coup eu - comment ? on n’en sait rien - l’idée saugrenue de s’appliquer à eux-mêmes l’article 20, paragraphe 2 de la Loi fondamentale [Constitution allemande, Ndlt] en vertu duquel le pouvoir de l’État n’émane que du peuple. Que lui est-il arrivé, lorsqu’il a compris ce mot mystérieux « émaner » comme une injonction à sortir de ses quatre murs pour proclamer ce qu’il veut, sait, et redoute ?
     


    "Stuttgart brûle et "Néron" fait des grandes phrases. Dehors, Mappus !" (Mappus est le président de la région du Bade-Wurtemberg, grand artisan du projet S21)

     

    3.La régulation psychopolitique des affaires publiques part à la dérive

    À la source du goût des Romains pour les affaires de la cité se trouve le refus de tolérer plus longtemps l’arrogance devenue trop évidente des puissants. Même si cette morgue est devenue anonyme et se dissimule dans des systèmes contraintes pratiques - il arrive aux citoyens, notamment en tant que contribuables et récepteurs de discours creux en période électorale, de voir assez clairement à quel jeu on joue avec eux Mais pourquoi d’un seul coup les gens ne peuvent-ils pas rester à la place qu’on leur a assignée ? Pourquoi ne peut-on plus se fier à la léthargie inhérente au système ? En démocratie représentative, les citoyens servent surtout à légitimer les gouvernements C’est pourquoi on les invite, à des intervalles assez larges, à exercer leur droit de vote. Entre temps c’est surtout en restant passifs qu’ils se rendent utiles. Leur tâche la plus louableconsiste à exprimer par leur silence leur confiance dans le système
     
    Restons polis et disons seulement que cette confiance se fait rare. Même les politologues à la botte de Berlin parlent de la désunionmanifeste entre la classe politique et la population. Les experts hésitent toutefois encore à porter le pénible diagnostic : la nécessaire dépolitisation du peuple est en passe d’échouer.
     
    Les Romains de l’époque césarienne ont réussi à dépolitiser leurs contemporains parce que les élites de l’époque ont longtemps su proposer aux citoyens des ersatz à peu près satisfaisants, en dépit de signes manifestes de décadence post-républicaine. Elles s’entendaient fort bien à rendre le « civis romanus » (citoyen romain) fier des succès de l’Empire à apporter sa civilisation; elles reliaient les peuples de la périphérie au centre romain en exerçant un soft power (“douce tyrannie”) ; elles ont eu l’intelligence de faire participer les masses urbaines à la mise en scène narcissique du culte dû à l’empereur. Comparée à elles, la maladresse de notre classe politique à satisfaire toutes les exigences du « thumos » saute aux yeux.
     
    Souvent elle n’a rien d’autre à offrir aux citoyens que la participation à sa propre misère - une offre qui n’intéresse en générale ces derniers qu’en période de Carnaval ou lors des Mercredi des Cendres politiques [tradition politique allemande d’origine bavaroise consistant en des meetings arrosés de bière où les politiciens se livrent à des attaques virulentes contre leurs adversaires, NdE]. Si l’on demande aux sondeurs d’opinion quelle est la réaction la plus répandue aux performances des gouvernants, la réponse la plus fréquente est depuis quelque temps : le mépris. Inutile d’ajouter qu’une telle réponse se range dans le vocabulaire d’analyse du « thumos ». Si le degré inférieur dans l’échelle des sentiments de fierté est, de nos jours, cité avec autant de fréquence et de virulence, cela devrait montrer à quel point la régulation psychopolitique des affaires publiques part à la dérive.

    Profession : Exclure les citoyens des affaires publiques

    Le rêve des systèmes engendre des monstres [paraphrase de la maxime de Goya : “Le sommeil de la raison engendre des monstres”, NdE]. Nos gouvernants en font l’expérience dès que des citoyens mécontents s’opposent à leurs projets et à leurs procédures. Rien de surprenant à ce qu’on réponde au mépris par le mépris. Contre l’inopportune dissidence citoyenne, à Stuttgart et Berlin, le pouvoir effrayé a déployé massivement la police et choisi l’injure. C’est donc ça, ce quelque chose obscur, d’où émane tout pouvoir d’État ? «  Des contestataires de profession, des anarchistes du dimanche, des démocrates de l’affect, de vieux égoïstes, des enfants gâtés de la prospérité ! »
     
    Voilà ce qu’inspirèrent au gouvernement du land et à ses alliés berlinois les dizaines de milliers de gens descendus dans la rue pour protester contre un mégaprojet en pleine bérézina Doit-on excuser ce vocabulaire en invoquant l’état de choc où se trouvaient ceux qui l’employaient ? Bien au contraire : remercions ces politiques d’avoir enfin dit ce qu’ils pensaient des citoyens. Notons qu’une part importante de la presse, y compris des titres sérieux, comprenait très bien la classe politique malmenée :  “Citoyens enragés” - tel est le nom récemment donné aux nouveaux contestataires - ce qui aurait été une bonne chose, s’il avait rappelé le lien originel entre république et colère. Malheureusement, de nos jours, il ne peut servir qu’à chasser les importunes mouches dissidentes. Quoi qu’il en soit : bien des journalistes savent comment contribuer à exclure les citoyens des affaires publiques.
     
    Matraques et gaz lacrymogènes, telle fut la réponse d’une caste affolée à un peuple qui lui opposait résolument des arguments, ayant découvert des faillesdans le projet de la nouvelle gare de Stuttgart. Engager une procédure d’exclusion : telle fut la réaction du vieux et respectable SPD à l’encontre d’un membre réputé coriace, et qui, preuves détaillées à l’appui, avait pointé ce qui n’allait pas dans la politique d’immigration allemande- en présentant des faits plus solides en l’absence de justifications d’ordre génétique qu’en en cherchant. Les deux fois, il paraît que les décisions indispensables - cogner, exclure - n’avaient pas été faciles à prendre. Profession : chasser le citoyen des affaires publiques- c’est quelquefois plus dur encore que de percer des trous dans du bois dur.
     
    Les mêmes réflexes d’enfermement dans son bunker pour ne pas être dérangé dans sa routine, le même malaise lorsque d’aucuns prennent la parole sans y avoir été invités, la même confusion entre constipation et force de caractère sont désormais monnaie courante.
     
    Seule une analyse plus fine du système politique et de ses paradoxes peut dépasser l’absence de réactivité à laquelle nous sommes parvenus : les César ont réussi, apparemment en se jouant, à exclure les citoyens des affaires publiques tout en satisfaisant leurs aspirations. La démocratie représentative moderne en est incapable. Les modernes n’ont donc plus que deux solutions, l’une ruineuse sur le plan économique, l’autre hasardeuse au niveau psychopolitique : payer les citoyens pour se taire ou les paralyser en leur ôtant tout espoir. Le fonctionnement de la première est connu de tous ceux qui suivent les débats actuels autour de l’État pourvoyeur de subsides [en all. Alimentenstaat, un néologisme à partir de Alimente, pension alimentaire, NdE]. On sait aussi comment mettre la deuxième en œuvre. Elle ressemble à première vue à la satisfaction de citoyens bien gouvernés. Mais elle s’en distingue par un sentiment de rancœur impuissante : l’analyse politique se résume alors au “tous pourris”. Un tel climat peut faire tomber la participation électorale au-dessous des 50%, comme c’est d’ordinaire le cas aux USA, sans que la classe politique y voie une raison de s’inquiéter.


    Felice Ficherelli (1605 - 1660), Tarquinius et Lucretia

    4 .Aucun gouvernement au monde n’est à l’abri de la colère de ses citoyens

    Exclure les citoyens des affaires en les décourageant, c’est jouer avec le feu, car ce découragement peut à chaque instant se muer en son contraire, l’indignation ouverte et la colère manifeste. Et une fois que la colère a trouvé son objet, il est difficile de l’en détourner. La forme moderne de l’exclusion veut présenter celle-ci comme une “participation”. La dépolitisation des citoyens doit s’accompagner de la quantité de politisation nécessaire à l’autoreproduction de l’appareil politique.
     
    Nulle part les citoyens de notre hémisphère ne sont davantage exclus que dans le domaine de la fiscalité. L’État moderne a réussi à assigner à ses membres un maximum de passivité lors de leur contribution la plus matérielle aux affaires communes : quand ils passent à la caisse. Au lieu de souligner avec le respect qui leur est dû la qualité de donateurs des payeurs et le caractère de don des impôts, les États modernes accablent leurs contribuables sous le poids d’une déshonorante fiction : ceux-ci auraient d’énormes dettes envers les caisses publiques, des dettes si élevées qu’ils devraient passer leur vie à les rembourser par des paiements réguliers. On fait désormais peser sur eux une dette collective que demain et jusqu’à leur dernier souffle ils devront rembourser, et que leur imposent ceux-là mêmes qui les excluent aujourd’hui des affaires. Qu’on ne dise plus que la politique actuelle n’a plus de perspectives. Il nous reste encore une utopie : si la chance est de notre côté, et si tout le monde fait tout ce qu’il peut, nous accomplirons même l’impossible : éviter la faillite de l’État. C’est elle désormais l’étoile rouge au couchant de notre démocratie.

    La plupart des États spéculent sur la passivité de leurs citoyens

    D’innombrables commentateurs ont évoqué, depuis le début de la crise financière en 2008, les dangers de la spéculation sur les marchés. Mais personne n’a dit mot de la plus dangereuse de toutes les spéculations : presque tous les États, n’ayant tiré de la crise aucune leçon, spéculent maintenant sur la passivité de leurs citoyens. À l’Ouest on escompte qu’ils continueront à s’étourdir dans le divertissement ; à l’Est on parie sur l’efficacité inaltérable de la répression pure et simple. C’est la concurrence entre les deux modèles de déconnection, l’euro-américain et le chinois, qui modèlera le visage de nos lendemains. Les deux procédés partent du principe qu’un gouvernement peut court-circuiter le principe des Lumières, qui stipule qu’il n’est là pour représenter démocratiquement la volonté positive des citoyens et leur bon sens, en escomptant que les citoyens resteront largement passifs. Jusqu’à présent ça a étonnamment bien marché :  même après l’échec de la Conférence sur le climat à Copenhague en 2009, les citoyens européens se sont davantage préoccupés, en ce fatal mois de décembre, de leurs achats de Noël que de politique ; ils ont préféré rentrer chez eux avec des sacs pleins que de rouler dans le goudron et les plumes -au moins symboliquement- leurs “représentants” revenus de la Conférence les mains vides- et qui l’auraient pourtant bien mérité.
     
    Point n’est besoin d’être devin pour prédire que ce type de spéculations est voué tôt ou tard à l’échec, car aucun gouvernement au monde, à l’ère de la civilité numérique, n’est à l’abri de la colère de ses citoyens. Et quand la colère aura réussi son travail, la participation à la vie politique renaîtra sous de nouvelles formes. La post-démocratie qui est à nos portes devra encore attendre.
     
    NdT
    Je trouve ce texte intéressant et intelligent, mais outre que je relisais, par hasard, « Le Sexe et l’effroi » de Pascal Quignard, qui fait du viol de Lucrèce une tout autre lecture - celle de Musset dans « Lorenzaccio » en étant une troisième, qui participe de celle de Sloterdjik- et surtout que je suis très critique à l’égard du « soft power » de la « pax romana » (c’est une de mes tares, je descends en droite ligne de ces Arvernes qui n’en ont pas voulu) , je pense que les critiques actuels de la dépolitisation(et je leur suis reconnaissante, d’autant plus qu’ils sont rares) font une lecture petite-bourgeoise de l’Histoire. Ils croient encore à une autre fiction : celle de la croissance indéfinie de la consommation et des classes moyennes, oubliant que - et Marx l’avait repris à Ricardo - « toute richesse n’est produite que par du travail humain ». Et en prime, que les ressources de la planète sont finies et que notre gaspillage consumériste doublé d’une déraisonnable explosion démographique (due au moins autant au vieillissement abusif de la population en mauvaise santé qu’au taux de fécondité aberrant de certains pays) fait que désormais nous consommons le futur, et qu’il faudrait peut-être penser à nos descendants.

     



    Merci à Tlaxcala
    Source: http://www.spiegel.de/spiegel/0,1518,727904,00.html
    Date de parution de l'article original: 08/11/2010
    URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=3254


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  • Lettre ouverte au Père Noël (Rebelion)

    Cher Père Noël, ou Santa Claus, ou Viejo Pasquero, ou quel que soit votre nom et quelle que soit la façon dont vous aimez vous appeler et être appelé : j’avoue que j’ai toujours ressenti pour vous une certaine affection parce qu’en général j’aime bien la Scandinavie, parce que votre rouge houppelande me paraît prémonitoire et parce que, derrière votre barbe généreuse, j’ai toujours cru reconnaître le visage d’un certain philosophe allemand dont on trouve de plus en plus justifié ce qu’il a écrit dans plusieurs de ses livres souvent cités même s’ils sont moins souvent véritablement lus.

    Ne craignez pas le contenu de ma présente lettre. Ce n’est pas moi cet enfant chilien qui vous a envoyé, il y a quelques années, la lettre suivante : « Espèce de vieux salaud, l’an dernier je t’ai écrit pour te dire que même si j’étais obligé d’aller à l’école pieds nus et sans avoir mangé, j’avais eu les meilleures notes de ma classe et que le seul cadeau que je demandais c’était un vélo, un vélo même pas neuf, et pas besoin non plus que ce soit un mounty byke ou un vélo de course comme ceux qui servent pour faire le Tour de France. Je voulais une simple bicyclette, sans dérailleur, pour aider ma mère à porter à domicile le linge qu’elle lave et repasse à la maison pour les familles qui le lui confient. Une putain de bicyclette, un point c’est tout. Mais Noël est arrivé et j’ai eu, en guise de cadeau, un jouet, une connerie de trompette en plastique que j’ai conservée et que je t’envoie avec ma lettre pour que tu te la mettes où je pense. Je souhaite qu’elle te donne le SIDA, vieux fils de pute ».

    Vos elfes furent-ils les responsables d’un si abominable cafouillage ? Bon, Père Noël, cette année, à tous les coups, vous allez recevoir un tas de demandes de bicyclettes, car l’ultime futur qui attend les jeunes garçons du monde est celui de livreurs à domicile, sans contrat de travail et condamnés à livrer des colis jusqu’à 67 ans. Je ne vous demande pas cependant une bicyclette ; mais je vous demande un effort pédagogique. Je vous demande d’obliger vos elfes et vos rennes à écrire des millions de lettres pour expliquer ce que sont et où se trouvent ces fameux marchés.

    Comme vous le savez très bien, on nous a pourri la vie, on a diminué nos salaires, on a rogné nos pensions, supprimé nos indemnités de chômage et on nous condamne à travailler jusqu’à perpétuité pour rassurer les marchés.

    Les marchés portent des noms et des visages de personnes bien vivantes. Les marchés, c’est un groupe d’êtres humains constitué par un pour cent de l’humanité, mais qui possèdent, à eux seuls, quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la richesse du monde. Les marchés, ce sont les membres du conseil d’administration et les actionnaires d’un laboratoire, par exemple, qui refusent de renoncer à leurs royalties sur toute une série de médicaments lesquels, s’ils étaient génériques, sauveraient des millions de vies. Ils ne le font pas parce que la vie c’est pas rentable, mais la mort, elle, c’est rentable, énormément rentable.

    Les marchés, ce sont les actionnaires des industries de mise en bouteilles du jus d’orange et ces industries ont attendu que l’Union Européenne annonce des lois restrictives pour les travailleurs étrangers à la Communauté qui seront obligés de travailler en Espagne ou dans un autre pays de l’Union Européenne et de se soumettre au droit du travail et aux conditions salariales en vigueur dans leur pays d’origine. Dès que ces lois furent adoptées, dans toutes les Bourses d’Europe, les prix des actions de la prochaine récolte d’oranges montèrent en flèche. Pour les marchés, pour tous et pour chacun de ces actionnaires, la justice sociale n’est pas rentable, mais l’esclavage, lui, est rentable, énormément rentable.

    Les marchés, ce sont les actionnaires d’une banque qui fait saisir l’appartement d’une femme qui a en charge un enfant handicapé. Pour tous et pour chacun de ces actionnaires, pour le Président Directeur Général et pour les Directeurs des divers Départements, les raisons humanitaires ne sont pas rentables, mais le racket, l’expulsion de la pauvreté vers la misère, est rentable, énormément rentable.

    Et pour les arnaqueurs d’espoir, qu’ils soient de droite ou de droite, car il n’y a pas deux options possibles parmi les défenseurs du système responsable de cette crise que ces mêmes marchés ont provoquée, dépouiller de son logement cette femme âgée fut un signal envoyé aux marchés pour les rassurer.

    En Angleterre, la hausse criminelle des droits d’inscription dans les universités a été décidée pour rassurer les marchés. Le mécontentement social va entraîner inévitablement des réactions pour essayer de survivre et les marchés exigeront du sang et des morts pour rassurer leur appétit insatiable.

    Que vos elfes et vos rennes expliquent en détail qu’au milieu de cette crise économique engendrée par la voracité spéculative des marchés et par le renoncement de l’État à contrôler les flux d’argent, aucune banque n’a cessé de faire des profits, aucune multinationale n’a cessé d’engranger des bénéfices et même les économistes les plus orthodoxes de la théorie du marché sont d’accord pour dire que le principal symptôme de la crise c’est que les banques et les multinationales gagnent moins d’argent qu’avant, mais que jamais elles n’ont cessé d’en gagner. Que vos elfes et vos rennes expliquent jusqu’à n’en plus finir que c’est le marché qui s’est opposé à tout contrôle public sur les spéculations, mais qu’il exige aujourd’hui que l’État punisse les citoyens coupables de diminuer son chiffre d’affaires.

    Et pour finir, permettez-moi de vous demander encore une chose : je vous demande des milliers et des millions de drapeaux de lutte, des barricades imprenables, des pavés bien solides, des masques contre les grenades lacrymogènes et que l’étoile de Bethléem devienne une multitude de comètes incandescentes avec une unique cible : les Bourses du monde. Que celles-ci flambent en un incendie immense, car ces flammes de ces cent magnifiques brasiers nous donneront, même si ce n’est que pour un temps assez court, une inoubliable Nuit de Paix.

    Luis Sepúlveda

    REBELION : http://www.rebelion.org/noticia.php...

    Traduit par Manuel Colinas Balbona pour Le Grand Soir

    URL de cet article 12302
    http://www.legrandsoir.info/Lettre-ouverte-au-Pere-Noel-Rebelion.html

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