• COLOMBIE : LE DEFI DES FARC

    L’enjeu médiatique du conflit colombien se polarise autour de Tanja Nijmeijer

    Colombie : le défi des FARC

    « Qu’ils viennent, qu’ils viennent me sauver, et nous allons les accueillir avec des AK (AK47, fusil mitrailleur) »  ironise la jeune hollandaise tout en lançant un avertissement à l’adresse du gouvernement colombien et de l’armée. Dans une vidéo postée par Radio Nederland (RNW), le mercredi 3 novembre 2010, Tanja Nijmeijer se prononce sur sa présence au sein des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) voulant ainsi démontrer qu’elle n’est pas une prisonnière de la guérilla.

    Activement recherché depuis que des photos où elle apparaissait avaient été retrouvées dans l’ordinateur de Mono Jojoy, tué lors d’une attaque aérienne le 26 septembre 2010, la jeune hollandaise a récemment suscité la polémique quant aux raisons de son engagement dans la lutte armée aux côtés des FARC. Le journaliste colombien Jorge Enrique Botero, auteur de cet entretien filmé, diffusé par la chaîne hollandaise, assure que bien que celui-ci date du mois d’août 2010 (avant le bombardement du camp) la guérillera est toujours en vie. Diffusé en deux extraits, la seconde partie de la vidéo témoigne du parcours de Tanja et de son adhésion à la guérilla. « Je suis une guérillera des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, et je le serai jusqu’à vaincre ou mourir » affirme-t-elle.

    Des déclarations qualifiées d’absurdes par le ministre de la Défense, Rodrigo Rivera. Selon lui se sont là des propos qui montrent une « attitude menaçante et obstinée de ceux qui ont perdu tout contact avec la réalité colombienne ».

    Sans cesse présentées “sur le déclin” par le pouvoir, les FARC ne semblent pas prêtes pour autant à déposer les armes. Partisan depuis plusieurs années de l’affrontement militaire au détriment de la négociation, le gouvernement colombien mise énormément sur l’obtention de résultats concrets face à la guérilla. Le discours se veut offensif et surtout, confiant. L’actuel président Juan Manuel Santos s’était lui même prononcé sur le sort réservé au groupe rebelle en affirmant, suite à la mort de Jorge Briceño (Mono Jojoy), qu’il « est possible de dire que c’est le début de la fin des FARC ». Un son de cloche qui s’est amplement répandu depuis quelques temps au niveau international dans les médias avec pour point d’appui les nombreux coups durs portés à la guérilla. La mort de Raul Reyes en mars 2008, puis celle de Ivan Rios peu de jours après, suite à une trahison, ont été deux événements fortement exploités dans ce sens. La libération d’Ingrid Betancourt par l’armée colombienne en juillet 2008 avait inspiré le président de l’époque, Alvaro Uribe, qui déjà avait annoncé que « la fin des FARC est proche ». La mort de Manuel Marulanda, dit Tirofijo, chef historique des FARC, rendue publique en mai 2008, était venue s’ajouter à l’ensemble des revers infligés au groupe armé comme étant un signe de délitement de ce dernier.

    Cette succession de “victoires” pour Bogota, fortement exploitée, dissimule une réalité plus complexe. Les célébrations hâtives de la “fin des Farc” et l’exhibition, tel des trophées, des différents cadavres de commandants tués, cachent mal la persistance d’un conflit interne qui date déjà de plus de quarante ans.

    En retrait depuis quelques temps, la guérilla a repris une attitude offensive depuis l’été 2010, surtout suite à la succession de Santos à la présidence. De nombreuses attaques ont été enregistrées durant le mois d’août et début septembre : dont une embuscade, le 1er septembre, dans le Caqueta (sud du pays), qui coûta la vie a 14 soldats. Autre fait majeur, les Farc et l’ELN (Armée de Libération Nationale en espagnol) parviennent à un accord de cessez le feu entre les deux organisations et l’annoncent dans un communiqué le 14 septembre 2010.

    Le scandale des “falsos positivos” (faux positifs) est un autre révélateur du piège dans lequel s’est engouffré le pouvoir colombien : face à l’exigence d’obtenir des résultats de la guerre menée contre les Farc, un grand nombre de citoyens sont assassinés par l’armée et par des groupes paramilitaires pour ensuite être présentés comme membres de la guérilla. La découverte de ces meurtres camouflés en affrontements entre guérilleros et soldats a fortement secoué l’opinion publique et a alerté les différents observateurs internationaux (1400 cas supposés en septembre 2010, impliquant 2400 victimes, selon le journal Semana).

    Le conflit colombien dépasse amplement le champ militaire, il embrasse également celui des médias. Pour Bogota il est important que sa stratégie puisse se révéler fructueuse, dans tous les cas qu’elle le paraisse aux yeux du pays. La tentative de présenter Tanja Nijmeijer comme étant une jeune ayant perdue toute illusion sur la guérilla, lors de la publication de son journal intime en 2007, s’est heurtée à la réapparition de celle-ci dans l’actualité, un discours engagé en bouche. Rapidement le pouvoir s’est empressé de pointer du doigt cet engagement, relayé par les médias, soulignant une démarche “absurde”. Deux jours après la diffusion de la vidéo, la soeur de Tanja, Marloes Nijmeijer, s’est adressé à la guérillera sur une vidéo également, relayé sur le site du journal El Tiempo . On y voit une femme qui se dit “en colère” contre sa soeur et affirme ressentir de la “honte” pour celle-ci. Elle l’exhorte également à quitter la guérilla « avant qu’il ne soit trop tard » et ce afin « de faire quelque chose de réellement constructif ». Un message qui, pour El Tiempo, se résume par le titre de “La soeur de l’Hollandaise demande pardon pour les actes de Tanja” . Pour le journal La Vanguardia, l’isolement de la jeune femme se fait plus explicite encore si l’on en croit le titre : “l’Hollandaise membre des Farc assombrit son pays en annonçant qu’elle tirera sur celui qui viendra la « libérer »” .

    L’occasion est exploitée pour faire de “Holanda” (nom de guerre de Tanja) une femme mise au ban, par sa propre famille, par son propre pays ! Face à cela, les Farc savent qu’ils ont là un élément politique de résonance internationale. Sûr que la jeune femme va jouer un rôle plus important au niveau de l’image que souhaite renvoyer le groupe armé. Pour le moment, reste cet extrait vidéo en guise de réponse, en guise de défi lancé au pouvoir par celle qui se dit « fière d’être une guérillera, fière de travailler ici auprès du peuple colombien et aux côtés d’autres guérilleros, travaillant quotidiennement pour la prise de pouvoir et la révolution ».

    Loïc Ramirez

    7 novembre 2010

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