• AU RYTHME LENT DES ELECTIONS

    Au rythme lent des élections

    Yann FIEVET
     
    On vote ce mois-ci ! Les états-majors politiques et leurs armées de militants dévoués sont de nouveau sur la brèche depuis quelques semaines. On ira voter car on se sent encore au fond de soi une âme de démocrate. Mais on a aussi un sacré blues. Le blues de la défaite. Pas la défaite électorale possible du camp que l’on défend éventuellement. La défaite globale du politique réputé incapable de transformer l’espoir des humbles en victoire sur leur sort funeste.
     
    Défaite encore du politique refusant de prendre la pleine mesure de la crise écologique. Quand il conviendrait de mener dans un même élan le combat social et le combat écologique, on préfère la prudence du retranchement sur des bastions émergés pour quelque temps encore. Pourtant, les ferments du possible changement existent. Cantonnés dans les marges du champ politique, ils désespèrent de ne pas trouver de relais dignes de leur clairvoyance.

    Les Régionales ne feront pas un tabac. Il faut probablement le déplorer. Après coup l’abstention élevée sera abondamment discutée. Elle sera attribuée comme à l’accoutumée au défaut de communication des grandes formations ayant pourtant dépensé sans compter dans le marketing politique. Une fois encore, on n’aura pas su se faire comprendre. Les formations plus modestes se rabattront sur le manque de leurs moyens les soumettant irrémédiablement à la concurrence déloyale des gros et maintenant ainsi l’électeur potentiel dans l’ignorance de leurs idées prétendument neuves

    La Gauche se félicitera d’avoir gardé ses Régions et triomphera si le grand chelem convoité est réalisé. La Droite dira qu’elle ne pouvait gagner tant les opposants à son essentiel débat sur l’Identité nationale ont été décidément trop malhonnêtes. Très vite la vie politique ordinaire, confinant souvent au vulgaire, reprendra son cours. On songera déjà aux prochaines. Elections, bien sûr, mais on n’a même plus besoin d’en prononcer le nom. Le rituel est bien installé, quasi immuable.

    Il va bien falloir un jour comprendre enfin que le citoyen qui ne vote plus n’est en rien un imbécile.

    Admettre que celui ou celle qui ne va plus aux urnes régulièrement dressées aspire pourtant au changement nous aiderait sur le chemin du redressement de la démocratie. Ce citoyen-là sait que depuis trente ans son pays glisse sur la pente mortifère du capitalisme néolibéral. Il a constaté que ces derniers temps la pente s’est accentuée sous le poids des réformes d’un gouvernement ouvertement réactionnaire. Il a assisté, un peu médusé, au sauvetage des banques pour que tout recommence comme avant la menace du krach définitif.

    Il pourrait assister bientôt à l’implosion de l’Europe monétariste. Il tempête contre les chefs d’État responsables du fiasco du sommet de Copenhague noyé dans la mésestimation criminelle des périls climatiques. Il a compris que le résultat du vote qu’il va sciemment boudé sera sans effet sur le train des réformes détruisant l’École ou la Santé auxquelles, en bon républicain, il est tant attaché. Le chômage et la précarité vont progresser. Le nombre de miséreux et de travailleurs pauvres aussi. Les non ou mal logés vont rester non ou mal logés.

    Comme il continue de s’informer aux bonnes sources – qui heureusement existent encore – notre citoyen perdu dans ses convictions méprisées sait que les maladies et la morbidité liées à la dégradation – elle aussi criminelle – du milieu naturel vont croître encore. Et tout cela parce que depuis trente ans les deux grandes formations occupant la scène politique mènent, à certaines différences de style près, la même stratégie de soumission au Marché dominé par les firmes et banques multinationales.

    La situation est d’autant plus bloquée que les petites formations négligent, elles aussi, la gravité des maux dont souffrent les sociétés modernes. Les organisations à dominante « sociale » n’intègrent la crise écologique à leurs préoccupations que pour sacrifier à l’air du temps. Elles restent le plus souvent arc-boutées sur les bienfaits sociaux, pourtant désormais illusoires, du productivisme. Les organisations à dominante écologique n’appréhendent qu’en partie la crise sociale.

    Avez-vous déjà entendu Daniel Cohn-Bendit parler de la souffrance au travail ? À ce jeu-là chacun garde son pré carré identitaire, gage d’un électorat fidèle non extensible. C’est donc ailleurs, en marge de la vie politique traditionnelle, que se construit un nouveau champ politique qui n’ose pas toujours avouer son nom à cause du discrédit dont est atteint la « vraie » politique.

    Partout naissent et se développent des alternatives bâties par des citoyens prenant en main leur destinée. Du formidable développement des circuits courts alimentaires au renouveau des Sociétés coopératives ouvrières de production (SCOP), consommateurs et producteurs au vrai sens du terme réinventent le politique en inscrivant l’acte de consommer et l’acte de produire dans une démarche clairement politique de dénonciation de l’ordre économique existant. Là est l’avenir, car là s’établit la nécessaire jonction du social et de l’écologique.

    Les professionnels de la politique comprendront-ils cet impératif avant la prochaine ?

    Yann Fiévet Ici


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