• Sept adultes et cinq enfants ont été massacrés par des hommes encagoulés, mercredi matin, qui ont fait irruption dans leur maison dans la réserve du Gran Rosario. Depuis le début de cette année, le peuple Awá, qui compte une quinzaine de milliers de membres, est la première victime du conflit colombien. L’ethnie vit entre les feux des groupes mafieux et de la guérilla qui se disputent son territoire proche de la frontière avec l’Equateur où est produite une grande partie de la cocaïne colombienne.

    L’arrivée de l’armée a déclenché une vague de représailles qui a fait exploser le taux d’homicides. En février déjà, dix-sept Awá avaient été tués, dont huit au moins par la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Dans un communiqué des FARC, les Awà avaient été accusés de coopérer avec l'armée. Ce massacre avait soulevé l’indignation de l’Onu qui avait alerté Bogota à plusieurs reprises sur cette ethnie sensée être protégée. Face à la lenteur des forces de l’ordre, les Indiens avaient même dû aller chercher eux-mêmes leurs morts dans un secteur semé de mines antipersonnel.

    Selon l’organisation indienne, l’une des victimes de mercredi avait dénoncé, fin mai, l’assassinat de son mari. Elle accusait l’armée d’y avoir pris part. Les Awá demandent aux autorités de faire toute la lumière sur cette nouvelle tuerie.


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  • Honduras : Les grands médias impliqués dans le coup d’État
    par Eduardo Tamayo G.



    Pour savoir d’où vient le coup d’État du 28 juin 2009 contre le président Manuel Zelaya, et d’où vient également le soutien au gouvernement putschiste de Roberto Micheletti, il faut se tourner du côté du pouvoir médiatique, contrôlé par une poignée de familles puissantes qui règnent sur le Honduras.

    Avant le coup d’État, les grands titres de presse écrite (El Heraldo, La Prensa, La Tribuna) et les principales chaînes de télévision ont bien préparé le terrain aux putschistes, en diffusant des messages bien connus sur notre continent. Depuis que Zelaya a décidé d’adhérer à L’Alternative bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) et qu’il s’est rapproché du Venezuela pour obtenir des tarifs préférentiels sur les dérivés du pétrole, les médias ont commencé à répéter sans cesse que le président hondurien s’était aligné sur l’axe communiste dirigé par Fidel Castro et Hugo Chávez. En même temps, les médias faisaient la sourde oreille aux programmes gouvernementaux qui bénéficiaient aux secteurs les plus pauvres de la population en termes de salaires, d’éducation, de santé et d’accès aux services de base.

    Cette attitude des médias n’a rien de surprenant dans la mesure où leurs propriétaires font partie de cette oligarchie hondurienne qui souhaite que rien ne change afin que ses privilèges perdurent. La Tribuna est la propriété de l’ex président Carlos Flores Facussé, du Parti libéral, La Prensa et El Heraldo appartiennent à Jorge Canahuati, un proche du Parti national, et président de la Commission des relations internationales de la Société interaméricaine de presse (SIP).

    Comme les grands médias ne couvraient pas les mesures mises en place par le gouvernement, Zelaya a ordonné que les messages du gouvernement soient diffusés sous forme de communiqués officiels sur les chaînes nationales, en même temps qu’il créait une chaîne d’État, Canal 8 TV del Estado, dans le même objectif. Habitués au monopole de l’information, les grands médias ont crié au scandale et ont commencé à comparer Zelaya à Chávez, à parler de « totalitarisme » et de violations à « la liberté d’expression ».

    Les grands médias ont donné leur aval au coup d’État contre Zelaya qu’ils ont d’ailleurs appelé « succession présidentielle ». Ils appuient le régime putschiste de Micheletti qu’ils nomment « gouvernement de transition », et ils couvrent toutes les manifestations organisées en sa faveur. Ce traitement de l’information s’articule avec un gros travail de manipulation sur ce qu’il se passe dans le pays et à l’étranger. Tous les actes de résistance au coup d’État sont occultés ou minimisés, alors que les micros, les écrans et d’autres espaces sont ouverts à ceux qui appuient le régime putschiste. Le 24 juillet, alors que Zelaya traversait la frontière depuis le Nicaragua et entrait au Honduras, les chaînes de télévision diffusaient des feuilletons, des dessins animés et une manifestation en faveur de Micheletti. Le journal La Prensa, la Banque Ficohsa et l’Association hondurienne des maquiladoras font partie des financeurs ayant souscrit un contrat auprès de trois entreprises de lobbying, dans le but de convaincre le gouvernement étasunien d’appuyer le régime putschiste.

    Supprimer la liberté d’expression

    Pour s’assurer que le coup d’État soit un succès, les putschistes ont imposé une coupure médiatique, afin d’empêcher que les gens s’informent, s’expriment, réagissent et se mobilisent. Dans un premier temps, les militaires ont fait taire les médias qu’ils considéraient comme « dangereux », Canal 8 del Estado, Radio Globo, Radio Progreso, et aussi des chaînes câblées comme Telesur, Cuba Visión Internacional et même CNN. Simultanément, l’électricité a été coupée afin que personne ne puisse émettre ni recevoir d’information.

    Alors que Micheletti avait annoncé que la situation du pays « était retournée à la normale » et que Radio Globo et Radio Progreso pouvaient émettre à nouveau, les deux stations ont été l’objet d’une terrible persécution qui visait à les faire taire à nouveau. En effet, ces deux radios font partie des rares médias qui informent sur ce qu’il se passe réellement dans le pays. Les émetteurs de Radio Progreso, situés dans la ville du même nom, ont été pris d’assaut par les miliaires, après que le directeur de la radio, le prêtre jésuite Ismael Moreno et d’autres collaborateurs de la radio aient été harcelés. Radio Globo fait face à une menace de fermeture depuis que l’avocat José Santos López, qui prête ses services aux forces armées, a présenté une demande auprès de la Commission nationale des télécommunications (CONATEL). Il a sollicité la suspension de Radio Globo, l’accusant « d’inciter à l’insurrection et de mettre en danger la vie des citoyens ». López demande que le matériel de la radio soit saisi et ses installations confisquées. Radio Globo transmet à l’échelle nationale et permet que les gens s’expriment, comme l’on fait Radio Progreso dans le Nord du pays avant d’être contrainte au silence, Canal 36, ou bien encore Eduardo Maldonado dans son émission Hable como hable sur Maya TV canal 66, ainsi que quelques radios communautaires[1].

    Ce climat hostile envers la presse indépendante a donné lieu à des situations bien plus graves encore : des journalistes, des photographes et des cadreurs ont reçu des menaces de mort ou bien ont été victimes d’agressions physiques. Le 3 juillet, le journaliste Gabriel Fino Noriega a été assassiné, son corps criblé de sept balles. Il travaillait pour Radio Estelar dans le département d’Atlántida. Une commission internationale composée de civils ayant visité le Honduras a conclu « qu’avec les informations disponibles jusqu’à présent, il est impossible d’attribuer la responsabilité de cette mort directement à la force publique, même si les informations démontrent que Fino Noriega s’exprimait en faveur de la consultation populaire et contre le coup d’État. Cela pourrait néanmoins permettre, lors d’une future investigation, de lier sa mort au contexte politique actuel[2] ».

    Par ailleurs, les militaires ont mitraillé Radio Juticalpa à Olancho. Les journalistes Jhonny J. Lagos, du quotidien El Libertador, et Luis Galdanes, animateur de l’émission de radio Tras la verdad, ont été menacés. L’émission du Comité des familles de détenus et disparus au Honduras (COFADEH), retransmise par Radio América, a été suspendue, après que plus de 1000 cas de violations des droits humains y aient été dénoncés au cours des deux semaines qui ont suivi le coup d’État. Le caricaturiste Allan Mc Donald a été détenu, en compagnie de sa fille d’un an et demi, par des militaires qui sont allé l’arrêter chez lui, à Santa Lucía, à huit kilomètres de Tegucigalpa. Ils ont pris ses caricatures et les ont brûlées.


    Dans la nuit du dimanche 12 juillet, les autorités ont détenu onze journalistes de Telesur et Venezolana de Televisión pendant quatre heures, avant qu’ils se voient forcés de quitter le Honduras le lendemain.

    Le gouvernement putschiste fait appel à des méthodes subtiles pour abolir le droit à l’information et d’expression : des coupures sélectives d’électricité ont lieu près de certains émetteurs ou des transformateurs afin d’empêcher que les informations parviennent dans certaines localités ; puisqu’il s’agit officiellement de coupures d’électricité et de rien d’autre, le gouvernement donne ainsi la sensation que la liberté de la presse n’est en rien menacée. Les entreprises du câble à l’intérieur du pays ont éliminé de leur programmation les chaînes de télévision qu’ils considèrent comme étant défavorables aux putschistes. À cela, il faut ajouter les menaces de mort contre les journalistes, les écoutes téléphoniques et le blocage d’accès à internet.

    Nouvel alignement de l’information

    Face à la gravité de la situation, la SIP, qui regroupe les propriétaires de médias informatifs, a émis une timide déclaration, alors qu’une bonne partie de ses affiliés adhère aux propos des putschistes. Cela contraste nettement avec les communiqués opportuns et très durs qu’elle émet à l’encontre des gouvernements progressistes du continent qu’elle accuse de porter atteinte à la « liberté d’expression », s’appropriant elle-même un droit qui appartient à l’ensemble des citoyens et que les entreprises sont les premières à violer, à commencer par leurs propres journalistes.

    Le conflit au Honduras a donné naissance à un nouvel alignement international de l’information. D’un côté, CNN a indirectement pris position en faveur des thèses putschistes, en parlant d’une « destitution forcée » et non d’un « coup d’État ». Le groupe espagnol PRISA qui édite le quotidien El País, a pris le parti de faire reposer la culpabilité de tout ce qui s’est passé, sur Manuel Zelaya, car il aurait succombé à la terrible tentation de vouloir être réélu[3]. De l’autre côté, le coup d’État au Honduras a consolidé la chaîne internationale Telesur dans son rôle de réelle alternative face aux grands groupes médiatiques. La chaîne contribue, avec sa couverture systématique et professionnelle, à rompre le cercle de la désinformation - au moins à l’extérieur du Honduras - et rend possible l’expression des acteurs individuels et collectifs de la résistance au coup d’État.

    Aux côtés de Telesur et des quelques radios, émissions et médias que le gouvernement putschiste n’a pu faire taire, de nouvelles formes de communication se sont développées au Honduras, dans ce double contexte de couvre-feux et d’urgence pour le mouvement de résistance. Ces nouvelles formes de communication ont aussi bien servi à informer qu’à appeler à des manifestations et à des mobilisations. Pour cela, les Honduriens utilisent leurs téléphones portables (70% de la population est équipée), leur messagerie électronique et créent des blogs.

    Même si 11% seulement des Honduriens disposent d’un ordinateur, les messages parviennent à des endroits stratégiques où ils sont reproduits et distribués à des franges de la population qui sont déconnectées des réseaux informatifs. Afin de rompre le cercle de la désinformation, un groupe de jeunes étudiants de l’université de Tegucigalpa a créé un espace sur Internet appelé « Telegolpe », où ils mettent en ligne via la plateforme You Tube, les vidéos des rassemblements et des manifestations, ainsi que les actes de répression qu’ils filment avec leurs téléphones portables.

    Capture d'écran du site des étudiants universitaires "Telegolpe"



    Le Front national contre le coup d’État diffuse ces messages à travers son propre site Web[4]. Les agences de communication alternatives latino-américaines comme ALAI, ALER et d’autres, ont accordé une importance particulière au coup d’État au Honduras. À l’intérieur du pays, le service de communication de Via campesina Honduras fournit des informations de première main par l’intermédiaire du site de la Minga Informativa de Movimientos Sociales et de sa liste d’envoi électronique Pasa la voz[5], et Alba TV fait de même[6].

    Notes

    [1] Voir Honduras : annonce da la fermeture de Radio Globo, une des rares radios objectives

    [2] Sur la Mission internationale d’observation sur la situation des droits humains au Honduras, voir Gobierno de facto viola derechos humanos - Informe final

    [3]Voir Honduras y la información en España

    [4] Voir site du Front national contre le coup d’État

    [5] Voir la section spéciale coup d’État au Honduras

    [6] Voir La ternura de los pueblos


    Texte initialement publié en espagnol : Grandes medios involucrados en la asonada, in América Latina en Movimiento, n°447, août 2009, pp 26-28.
    Traduit en français par info sud télé


    Source : http://alainet.org/active/32433&=es
    PUBLIÉ PAR JEAN DORNAC À L'ADRESSE 08:20


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  • Honduras: Le putschiste Roberto Micheletti dans le Wall Street Journal
    Un article d'opinion du dictateur putschiste dans le Wall Street Journal
    de Eva Gollinger


    Le dictateur du Honduras, Roberto Micheletti, a fait paraître dans le Wall Street Journal d'aujourd'hui un article d'opinion intitulé : « La voie à suivre pour le Honduras : la mise à l'écart de Zelaya a été un triomphe pour l'État de droit », dans lequel il justifie le coup d'État et demande au public américain d'appuyer son régime illégal. Le WSJ présente le dictateur Micheletti ainsi : « M. Micheletti, auparavant président du Congrès du Honduras, est devenu président du Honduras après le départ de Manuel Zelaya. » ... Très intéressant, ce n'était donc pas par un coup d'État et l'enlèvement violent du président démocratiquement élu, Zelaya, que Micheletti est illégalement devenu président, mais à cause du « départ » de Zelaya. Hmm, bien sûr, il est plus facile de justifier le coup de cette façon !

    Dans cet article d'opinion, Micheletti explique les « raisons » pour lesquelles le régime putschiste a enlevé Zelaya ; il ment comme d'habitude, allant jusqu'à affirmer que Zelaya a volé des millions de dollars de la Banque centrale du Honduras (première fois que nous l'entendons celle-là ! Je me demande si Micheletti à jamais entendu le terme « diffamation » ?). L'article souligne aussi, fort étrangement, la « volonté » du régime putschiste de travailler avec le plan Arias, énoncé la semaine dernière par le président Oscar Arias du Costa Rica et soutenu par Washington, malgré le fait qu'à chaque occasion le régime ait rejeté la base de la proposition Arias, qui est le retour de Zelaya à la présidence. Bien sûr, l'article a été écrit et publié par l'ami de Clinton, Lanny Davis, lobbyiste du régime putschiste à Washington.

    Cependant, au point de presse du département d'État, il est devenu encore plus évident que Washington n'insiste plus sur le retour de Zelaya comme la base de l'accord Arias (je l'ai déjà fait remarquer, mais pour les sceptiques... voici à nouveau). ..

    « QUESTION : Croyez-vous encore que le retour de la démocratie exige le rétablissement du président Zelaya comme président ?

    MR. KELLY : Notre politique reste la même, nous voulons le rétablissement de l'ordre démocratique. Et cela inclut le retour d'un commun accord du président démocratiquement élu, c'est-à-dire le président Zelaya. » [En d'autres termes, le département d'État soutient le retour de Zelaya que s'il est « mutuel », c'est-à-dire si le régime putschiste est d'accord ! — Commentaire du LML]

    Aussi, cette fin de semaine, le congressiste républicain Connie Mack est allé voir le régime putschiste du Honduras, accompagné d'un autre membre républicain du Congrès, Brian Bilbray, et d'un collègue membre du parti, Tom Dime. Pour donner un plus grand prestige et plus d'attention à cette visite, le régime illégal et répressif du Honduras a menti et qualifié ce trio de sénateurs américains...


    Au fait, Zelaya est campé à la frontière Honduras-Nicaragua et attend toujours l'arrivée de sa famille et de ses supporteurs. Cela fait trois jours maintenant qu'ils sont détenus par les forces putschistes et qu'on les empêche d'atteindre la frontière.

    (Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

    Source : Postcards from the Revolution


    Le Wall Street Journal et la droite états-unienne

    Dans un récent article de l’avocate, auteure et journaliste états-unienne d’origine vénézuélienne Eva Golinger, publié dans Cubadebate, elle écrivait que:

    « Le Wall Street Journal fait partie de l’agence de presse Dow Jones News Corporation. Son propriétaire est le puissant multimillionnaire Rupert Murdoch. Celui-ci, grâce au monopole de News Corporation, contrôle des centaines de journaux, magazines, chaînes de télévision et stations de radio à travers le globe. Murdoch est bien connu pour sa chaîne American Fox News, laquelle favorise la vision impérialiste et néoconservatrice des États-Unis. Certaines de ses autres entreprises médiatiques comprennent le National Geographic Channel, The Film Zone, tous les canaux et studios de FOX, Cine Canal, MySpace (internet) Harper Collins (édition), New York Post (quotidien), The Sunday Times (RU), The Sun (RU), et bien d’autres encore.
    Le Wall Street Journal est un quotidien qui jouit d’un tirage de plus de deux millions d’exemplaires par jour sur l’échelle mondiale et de 931 000 lecteurs sur internet. L’éditorial du dictateur Roberto Micheletti a été rédigé et diffusé par son lobbyiste aux États-Unis, le procureur Lanny Davis, ami intime et avocat de l’ancien président Bill Clinton et de son épouse Hillary, la secrétaire d’État du Président Obama. Le Wall Street Journal a plaidé d’emblée en faveur du coup d’État au Honduras, et il a même publié une série d’articles tentant d’accuser le Venezuela et le président Hugo Chavez d’avoir causé la crise dans ce pays centroaméricain. » ( Version française : « Un article d’opinion du dictateur putschiste dans le Wall Street Journal », par Eva Gollinger, PCML, 27 juillet 2009.)

    Source Voltaire


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  • MEXIQUE : ACTEAL, TERRORISME D’ÉTAT ET IMPUNITÉ

    Femme appartenant à Las Abejas apprenant la décision de la Cour suprême de justice de la nation
    Femme appartenant à Las Abejas apprenant la décision de la Cour suprême de justice de la nation

    Le gouvernement mexicain, par l’intermédiaire de la Cour suprême de justice de la nation, vient de faire libérer 20 des paramilitaires qui en décembre 1997 ont assassiné 45 indigènes tsotsil à Acteal, dans les Hautes Terres du Chiapas. Les victimes, en majorité des femmes et des enfants, appartenaient à l’organisation catholique des Abejas.

    Un mouvement dont les membres ont le tort de soutenir les revendications des zapatistes, avec lesquels la seule divergence porte sur l’organisation armée, refusée par ces chrétiens fervents et pacifistes.

    Les Abejas étaient en prière lorsque les paramilitaires ont surgi pour commettre le massacre. À quelques centaines de mètres se tenait un détachement de l’armée fédérale mexicaine, sous les ordres d’un général.

    La tuerie a entraîné l’exode de plusieurs milliers d’habitants d’Acteal et des communautés voisines, et fait naître dans toute la région un fort sentiment d’insécurité, attisé par la présence des militaires.

    Devant l’indignation nationale et internationale, et la pression de la population locale, la "justice" officielle avait dû opérer des arrestations. Mais les responsables au plus haut niveau, notamment le président de la République, Ernesto Zedillo, et le ministre de l’Intérieur, Emilio Chuayffet, n’ont jamais été inquiétés.

    La stratégie de "guerre de basse intensité", incluant la création et l’utilisation de groupes paramilitaires, a été mise en œuvre par le gouvernement mexicain en réponse aux exigences zapatistes de terre, de justice et de dignité. Les paramilitaires sont recrutés dans les villages indigènes. Payés, armés, entraînés et protégés par l’armée, ils sont également "récompensés" par l’usurpation des terres et des biens des familles qu’ils terrorisent et font fuir. Comme l’expliquaient les anthropologues André Aubry et Angélica Inda (La Jornada du 23 décembre 1997), il s’agit essentiellement de jeunes privés d’accès à la terre. Leur situation est liée en premier lieu au manque de terrains cultivables à disposition des populations indigènes, historiquement dépouillées par les colonisateurs et leurs successeurs. Cette privation est aggravée par l’offensive néolibérale actuelle, visant à supprimer la propriété collective du sol (facteur de stabilité, de gestion équilibrée et d’une culture de solidarité sociale) et à imposer la propriété individuelle, dont on sait qu’elle débouche rapidement sur une concentration des terres au bénéfice de l’agroindustrie. Le PRI, au pouvoir pendant plus de 70 ans [1], a été le principal artisan de cette politique de paramilitarisation. Dans la région d’Acteal, il s’est en outre appuyé sur des églises et sectes évangélistes pour semer la division au sein des villages, et miner l’influence du courant de l’Église catholique proche de la "théologie de la libération [2]".

    Mais le PAN, actuellement détenteur du pouvoir fédéral avec Felipe Calderón, et le PRD, qui gère l’État du Chiapas par l’intermédiaire du gouverneur Juan Sabines, misent également sur le déclenchement d’une guerre civile dans la population indigène, pour tenter de détruire la progression et les succès de l’autonomie zapatiste, laquelle pourrait faire tache d’huile dans le reste du pays. Il aura fallu, au cours des dernières années, toute la patience et la détermination de l’EZLN (celle-ci n’a jamais employé ses armes contre des civils, a fortiori contre d’autres indigènes) et l’exigence d’une justice sans vengeance de la part des membres des Abejas, pour éviter le véritable bain de sang que les gouvernements mexicains des trois niveaux (local, régional et fédéral), par leur politique, espèrent manifestement provoquer.

    En attendant, la libération des tueurs paramilitaires, ordonnée sous le prétexte d’irrégularités dans les procédures pénales qui ont accompagné leur arrestation et leur condamnation, sème le désarroi, la colère et la peur chez les familles des victimes et les survivants.

    Cette décision témoigne d’une volonté réitérée d’assurer l’impunité des auteurs matériels et intellectuels des crimes d’État, au Mexique et ailleurs. Elle s’inscrit dans la continuité de ceux qui ont été récemment perpétrés contre des populations en résistance à Atenco, à Puebla ou dans l’Oaxaca, et fait sérieusement craindre à un retour des pratiques des assassinats massifs (massacre de Tlatelolco en 1968) et de la "guerre sale" (enlèvements et exécutions clandestines opérées par l’armée, tortures et meurtres systématiquement impunis) des années 70 et 80.

    Nous ne devons pas oublier que la "guerre de basse intensité", enseignée à l’École des Amériques [3] de Fort Benning, aux USA, est une "invention" française [4]. En outre, des entreprises vendent du matériel militaire à l’armée mexicaine, et des membres du RAID ont participé à la "formation" de policiers de ce pays. Cela explique probablement l’épais et presque unanime silence de la presse de chez nous à propos de la violence récurrente de l’État mexicain à l’égard des populations.

    Le message envoyé par le président Calderón et ses juges aux victimes d’Acteal ne s’adresse donc pas qu’aux victimes. Il vise également les zapatistes et tous ceux, nombreux au Mexique, qui résistent "en bas et à gauche", sur le terrain, aux politiques brutales de saccage et de destruction. Celles-ci permettent, certes, à une poignée d’individus et d’entreprises [5] de s’enrichir. Mais, ici comme ailleurs, elles ne font que précipiter des pans entiers de l’humanité dans le désastreux cul-de-sac de la société industrielle capitaliste.

    Le 15 août 2009, Jean-Pierre Petit-Gras. lien 

    [1] Le PRI est souvent présenté comme le favori pour la prochaine élection présidentielle.

    [2] Ce courant a été animé au Chiapas par l’évêque Samuel Ruiz, aujourd’hui à la retraite, et dont le successeur désigné a été écarté par le Vatican, à cause de ses engagements similaires aux côtés des Indiens.

    [3] Les putschistes du Honduras, comme la grande majorité des dirigeants des dictatures militaires des années 70 et 80, y ont reçu les enseignements théoriques et pratiques de la contre-insurrection, où tortures et exécutions figurent en bonne place.

    [4] Voir à ce sujet l’excellent documentaire réalisé par Marie-Monique Robin, intitulé "Les Escadrons de la mort".

    [5] On pense ici aux multinationales qui achètent le droit de polluer davantage, avec les "puits de carbone" de la forêt Lacandone, aux projets touristiques, aux productions de biocarburants, ou encore à l’industrie minière, recevant des gouvernements locaux d’importantes concessions, en violation des droits les plus élémentaires des populations indigènes.


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  • Honduras: taxis en grève pour Zelaya et les bons d'essence

    Mercredi 19 Août 2009

    Les chauffeurs de taxi du Honduras ont déclenché lundi une grève nationale pour le retour au pouvoir du président déchu Manuel Zelaya et pour le paiement de bons d'essence qu'ils attendent depuis janvier, ont-ils annoncé

    Honduras: taxis en grève pour Zelaya et les bons d'essence
    Des dizaines de taxis ont rejoint dans les rues de Tegucigalpa une manifestation d'un millier de partisans de M. Zelaya, renversé par un coup d'État le 28 juin.

    «Nous faisons partie de la résistance, nous sommes contre le coup d'État et pour le bon d'essence», a déclaré à l'AFP le président de l'Association des chauffeurs de taxi du Honduras, Gilberto Robles, à la tête d'une longue caravane de véhicules, devant le siège de la Cour suprême de justice.

    Les professionnels attendent le paiement d'une compensation promise depuis janvier face à la hausse du prix de l'essence, l'équivalent de 475 dollars pour les taxis de Tegucigalpa et de San Pedro Sula, la deuxième ville du Honduras, et de 265 dollars dans le reste du pays, selon lui.

    Au même moment, quelques «taxis» réfractaires manifestaient dans un autre quartier de la capitale contre les blocages de circulation provoqués quotidiennement par les manifestations pro-Zelaya.
    Lundi, des représentants d'organisations ouvrières du Pays basque espagnol et d'Argentine ont également rejoint la manifestation pro-Zelaya.

    La Commission interaméricaine des droits de l'Homme (CIDH) devait, elle, commencer à enquêter au Honduras sur des plaintes pour violations des droits de l'Homme contre le gouvernement de facto de Roberto Micheletti, au pouvoir depuis le coup d'État.

    «Nous ne venons pas vérifier s'il y a eu un coup d'État, car cela a été établi par l'assemblée générale de l'Organisation des États américains (OEA) le 4 juillet. Nous venons étudier le dossier des droits de l'Homme dans le contexte du coup d'État», a expliqué le secrétaire général de la CIDH, l'Argentin Santiago Canton.

    Une mission internationale, dont des représentants de la Fédération internationale des droits de l'Homme, avait dénoncé fin juillet à Tegucigalpa des «violations graves et systématiques» des droits de l'Homme commises depuis le coup d'État, dont des exécutions illégales pendant le couvre-feu.
    Source : http://www.wmaker.net/editoveb/nikolas_maury/

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  • Le Front de la Résistance Populaire organise des manifestations et des meetings au Honduras
    Sondage sur cubadebate.cu : El Golpe de Estado en Honduras será derrotado por:

    La resistencia del pueblo. (87,0%)

    La presión internacional. (10,0%)

    La mediación de Oscar Arias. (3,0%)

    Tegucigalpa, 18 août, (RHC)--. Le Front National de la Résistance Populaire au Honduras arrive ce mardi à sa 52e journée consécutive de lutte contre le putsch par la réalisation de nouvelles manifestations dans les principales artères de Tegucigalpa et des meetings dans les quartiers.

    Berta Caceres, dirigeante des Indiens honduriens, a expliqué dans des déclarations à la presse qu’elle ne pouvait pas fournir de détails sur l’endroit et les horaires des actions pour des raisons de sécurité.

    Elle a signalé que l’armée et la police mènent une campagne d’intimidation en poursuivant et chargeant les manifestants.

    De son côté, Juan Barahona, Président de la Fédération Unitaire des Travailleurs du Honduras et coordinateur général du Front National de la Résistance Populaire, a expliqué que la stratégie actuelle est de diversifier les actions afin de contourner la répression.

    Un communiqué de cette organisation confirme la décision de poursuivre la résistance pacifique jusqu'à obtenir le rétablissement de l’ordre constitutionnel et le retour du Président Manuel Zelaya à la présidence.

    Le Front National de la Résistance Populaire exprime dans son 22e communiqué son appui à la convocation d’une assemblée constituante. Rappelons qu’un référendum convoqué par le Président Zelaya dans ce but a été le détonateur du putsch du 28 juin, date à laquelle il a été arrêté chez lui par un groupe de militaires et expulsé du Honduras.

    Le Front organise par ailleurs ce mercredi une caravane et un concert de klaxons à Tegucigalpa pour exprimer l’opposition populaire au régime de facto.

    SOURCE 


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  • D’Arbenz, 1954, à Zelaya, 2009 : Chiquita en Amérique Latine (counterpunch)

    Nikolas KOZLOFF

    Quand l’armée du Honduras a renversé le gouvernement démocratiquement élu de Manuel Zelaya, il y a deux semaines (NDT ; un peu plus maintenant !), il y eut un soupir de soulagement dans les conseils d’entreprise de Chiquita Banana. Un peu plus tôt cette année, la compagnie basée à Cincinatti s’était jointe à Dole [1] pour critiquer le Gouvernement de Tegucigalpa qui avait augmenté le salaire minimum de 60%. Chiquita se plaint que la nouvelle législation rend ses frais plus élevés qu’au Costa Rica et diminue ainsi les profits de la compagnie : pour être exact, 20 centimes de plus pour produire un cageot d’ananas et 10 de plus pour un de bananes. Chiquita se lamente qu’elle perdra plusieurs millions à cause de la réforme de Zelaya puisqu’elle produit environ 8 ou 22 millions de caisses d’ananas ou de bananes par an, respectivement.

    Quand le décret sur le salaire minimum a été publié, Chiquita a cherché de l’aide et appelé le Conseil Hondurien de l’Entreprise Privée, connu sous son acronyme Espagnol COHEP. Comme Chiquita, le COHEP était mécontent des mesures de Zelaya sur le salaire minimum. Amilcar Bulnes, le président du COHEP, disait que si cette mesure était appliquée, elle forcerait les patrons à licencier des employés et ferait monter le taux de chômage du pays. Le COHEP, l’organisation d’affaire la plus importante du Honduras, regroupe 60 chambres de métiers et de commerces dans tous les secteurs de l’économie Hondurienne. Selon son propre site Web, le COHEP est le bras politique et technique du secteur privé Hondurien, qui établit les accords de commerce et assure “un soutien essentiel au système démocratique“.

    La communauté internationale ne doit pas prendre de sanctions économiques contre le régime de Tegucigalpa issu du coup d’Etat, dit le COHEP, car cela aggraverait les problèmes sociaux au Honduras. Dans son nouveau rôle de porte-parole des pauvres du Honduras, le COHEP déclare que le Honduras a déjà assez souffert de tremblements de terre, de pluies diluviennes et de la crise financière mondiale. Avant de sanctionner le Honduras à coup de mesures punitives, déclare le COHEP, l’ONU et l’Organisation des Etats Américains devraient envoyer des observateurs au Honduras pour analyser comment ces sanctions pénaliseraient les 70% de Honduriens qui vivent dans la pauvreté. En même temps, Bulnes a apporté son soutien au coup d’Etat de Roberto Micheletti et déclaré que les conditions au Honduras n’étaient pas propices au retour d’exil de Manuel Zelaya.

    Chiquita : d’Arbenz au Bananagate

    Il n’est pas étonnant que Chiquita recherche et s’allie aux forces politiques et sociales les plus rétrogrades du Honduras. Colsiba, la Coordination Latino-Américaine des Syndicats des Bananeraies, dit que la compagnie fruitière n’a jamais accordé la moindre protection à ses travailleurs et s’est toujours abstenue de signer des conventions collectives de travail, que ce soit au Nicaragua, au Guatemala ou au Honduras.

    Colsiba compare les conditions infernales de travail dans les plantations de Chiquita aux camps de concentration. Bien que provocante, cette comparaison contient une part de vérité. Les femmes travaillent dans les plantations de Chiquita de 6 heures du matin à 7 heures du soir, leurs mains brûlant dans des gants de caoutchouc. Certains ouvriers sont âgés de 14 ans. Les travailleurs de la banane d’Amérique Centrale ont poursuivi Chiquita pour avoir été exposés au DBCP (DiBromoChloroPropane), un dangereux pesticide utilisé dans les plantations, et qui provoque la stérilité, des cancers et des malformations à la naissance.

    Chiquita, anciennement connu comme la United Fruit Company puis United Brands, a une longue et sordide histoire dans la politique de l’Amérique Centrale [2]. Dirigée par Sam Zemuray ou “Banana Man“, United Fruit entre dans le business de la banane au début du 20ème siècle. En ce temps, Zemuray a émis la célèbre remarque “Au Honduras, un mulet coûte plus cher qu’un membre du Parlement“. Dans les années 1920, United Fruit contrôle 650.000 acres (environ 250.000 hectares) des meilleures terres du Honduras, à peu près le quart des terres cultivables du pays. En plus, elle contrôle d’importantes routes et voies ferrées.

    Au Honduras, les compagnies fruitières étendent leur influence dans tous les domaines, y compris militaires et politiques, ce qui leur a valu le surnom de pieuvre. Ceux qui ne jouaient pas le jeu de ces corporations étaient souvent retrouvés la face contre le sol dans les plantations. En 1904, l’humoriste O. Henry inventa le terme “Républiques Bananières“ pour désigner la célèbre United Fruit Company et ses actions au Honduras.

    Au Guatemala en 1954, United Fruit a soutenu le coup d’état militaire fomenté par la CIA contre le Président Jacob Arbenz, un réformateur qui avait mis en train un ensemble de réformes agraires. Le renversement d’Arbenz généra plus de trente ans d’instabilité et de guerre civile au Guatemala. Plus tard en 1961, United Fruit prêta ses bateaux aux exilés Cubains entraînés par la CIA pour renverser Fidel Castro à la Baie des Cochons.

    En 1972, United Fruit (alors renommée United Brands) propulse au pouvoir le Général Hondurien Oswaldo López Arellano. Le tristement célèbre scandale du “Bananagate”, pots-de-vin versés par la United Fruit à Arellano, oblige le dictateur à partir. Un grand jury fédéral a accusé United Brands d’avoir soudoyé Arellano avec 1.25 million de dollars, et la promesse d’un second versement identique si le militaire acceptait de réduire les taxes sur les exportations de fruits. Pendant le scandale du Bananagate, le Président de la United Fruit est tombé d’un gratte-ciel de New York, apparemment un suicide.

    La prospérité des années Clinton et la Colombie

    United Fruit a aussi des affaires en Colombie et pendant ses opérations en Amérique du Sud y a développé des façons de faire aussi marquées. En 1928, 3.000 travailleurs se mirent en grève contre la compagnie pour demander de meilleurs salaires et conditions de travail. La firme refuse initialement de négocier, mais cède finalement sur des points mineurs, déclarant les autres revendications “illégales“ ou “impossibles“. Quand les grévistes ont refusé de cesser le mouvement, l’armée a ouvert le feu, faisant de nombreux morts.

    Vous pourriez croire qu’après cela Chiquita aurait revu sa politique envers les travailleurs, mais vers la fin des années 90 la compagnie s’est adjoint des alliés inquiétants, en particulier des paramilitaires d’extrême droite. Chiquita a payé plus d’un million de dollars à ces hommes. Pour sa défense, Chiquita a déclaré qu’elle payait juste les paramilitaires pour sa sécurité.

    En 2007, Chiquita a versé 25 millions de dollars d’amende après une enquête du Département de la Justice sur ces paiements. Chiquita fut la première compagnie de l’histoire des USA jugée coupable de liens financiers avec une organisation terroriste.

    Dans un procès contre Chiquita, les victimes de la violence paramilitaire ont affirmé que la compagnie avait encouragé des atrocités comme le terrorisme, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Un défenseur des plaignants a dit que les relations de Chiquita avec les paramilitaires “avaient pour but de s’assurer le contrôle de tous les aspects de la distribution et de la vente des bananes en faisant régner la terreur“.

    A Washington D.C., le chef de direction de Chiquita, Charles Linder, s’est occupé de démarcher la Maison-Blanche. Linder a été un grand bailleur de fonds du Parti Républicain avant de couvrir d’argent le Parti Démocrate et Bill Clinton. Clinton dédommagea Linder en soutenant militairement et sans réserves le gouvernement d’Andrés Pastrana (Président de la Colombie de 1998 à 2002) qui régna pendant la période de prolifération des escadrons de la mort d’extrême droite. A cette époque, les USA établissaient leurs programmes de libre échange commerciaux avec leurs “amis“ d’Amériques Latines, sous la supervision stratégique d’un vieil ami d’enfance de Clinton, Thomas McLarty ou “Mack“. McLarty était secrétaire Général et Envoyé Spécial en Amérique Latine de la Maison-Blanche. C’est un personnage intriguant dont je reparlerais bientôt.

    La filière Holder-Chiquita

    Etant donné le passé trouble de Chiquita en Amérique Centrale et en Colombie, il n’est pas surprenant que la compagnie ait voulu s’associer à la COHEP au Honduras. En plus de courtiser les milieux d’affaires au Honduras, Chiquita a aussi cultivé les relations avec des puissantes firmes juridiques à Washington. Selon le Center for Responsive Politics (Centre pour une Politique Réactive), Chiquita a déboursé 70.000 dollars en frais de lobbying auprès des compagnies Covington et Burling pendant ces trois dernières années.

    Covington est une puissante firme juridique qui conseille les sociétés multinationales. Eric Holder, le Procureur Général actuel, un co-président de la campagne d’Obama et ex-Procureur Général Adjoint sous Bill Clinton, était jusqu’à peu un conseiller de cette firme. Chez Covington, Eric Holder a défendu Chiquita comme conseiller principal dans son procès avec le Ministère de la Justice. De son perchoir au nouveau et élégant siège de la direction de Covington, près de l’immeuble du New York Times à Manhattan, Holder a préparé Fernando Aguirre, le directeur général de Chiquita, pour un entretien avec “60 Minutes“ [3] sur les escadrons de la mort Colombiens.

    Holder fit plaider la compagnie fruitière coupable sur un point, “son implication dans des transactions avec une organisation terroriste mondiale reconnue“. Mais le juriste, qui touchait un salaire conséquent à Covington, plus de 2 millions de dollars, négocia un marché de rêves dans lequel Chiquita ne paya que 25 millions de dollars sur cinq ans. Scandaleusement, aucun des six officiels de la compagnie qui avaient approuvé les paiements n’alla en prison.

    Le cas curieux de Covington

    Creusez un peu et vous trouverez que Covington non seulement représente Chiquita, mais est aussi une sorte de centre névralgique utilisé par la droite dans ses tentatives de promouvoir une politique étrangère déstabilisatrice en Amérique Latine. Covington a mené une alliance stratégique importante avec Kissinger (Chili, fameuse année 1973) et les Associés McLarty (oui, le même Mack McLarty que celui de Bill Clinton), une firme internationale de conseil en stratégie renommée.

    De 1974 à 1981 John Bolton à été associé chez Covington. En tant qu’ambassadeur des Etats Unis aux Nations Unies sous George Bush, Bolton fut un critique féroce de la gauche en Amérique Latine, par exemple d’Hugo Chavez au Venezuela. De plus, il y a peu, John Negroponte est devenu le vice-président de Covington. Negroponte est un ancien secrétaire d’Etat Adjoint, directeur du Renseignement National et ambassadeur des USA aux Nations Unies.

    Negroponte, en tant qu’ambassadeur des USA au Honduras de 1981 à 1985, a joué un rôle majeur dans l’aide des USA aux rebelles de la Contra qui voulaient renverser les Sandiniste au Nicaragua. Des défenseurs des droits de l’homme ont accusé Negroponte d’ignorer les violations de ces droits commises par les escadrons de la mort du Honduras, qui ont été payés et en partie entraînés par la CIA. Bien sûr, quand Negroponte était ambassadeur, l’immeuble qu’il occupait à Tegucigalpa est devenu un des plus grands centre névralgique de la CIA en Amérique Latine avec un décuplement de son personnel.

    Bien qu’il n’y ait aucune preuve reliant Chiquita au coup d’Etat récent au Honduras, il y a une convergence de faits troublants et de politiciens importants impliqués pour exiger une enquête plus poussée. Du COHEP à Covington, en passant par Holder, Negroponte et McLarty, Chiquita a recherché des amis haut placés, amis qui n’ont aucun penchant pour les politiques progressistes sur le travail soutenues par le régime de Zelaya à Tegucigalpa.

    NIKOLAS KOZLOFF

    ARTICLE ORIGINAL
    http://www.counterpunch.org/kozloff...
    Counterpunch 17-19 Juillet 2009

    Traduction Laurent EMOR pour le Grand Soir http://www.legrandsoir.info

    Nikolas Kozloff est l’auteur de Revolution ! South America and the Rise of the New Left (Révolution / L’Amérique du Sud et la montée de la nouvelle gauche) (Palgrave-Macmillan, 2008). Consultez son blog sur senorchichero.blogspot.com.

    [1] Historiquement la Dole est la “Hawaiian Pineapple Company“ qui s’installe à Hawaï en 1851 où elle est soupçonnée d’avoir participé à l’éviction de la dernière reine d’Hawaii et aidé les États-Unis à en faire un de ses territoires.

    [2] Lire “Le pape vert“ de Miguel Angel Asturias (Albin Michel, 1956)

    [3] 60 Minutes, un magazine télévisé d’information américain produit par CBS News et diffusé par CBS est régulièrement en tête des sondages d’audience.

    URL de cet article
    http://www.legrandsoir.info/D-Arbenz-1954-a-Zelaya-2009-Chiquita-en-Amerique-Latine.html


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  • Honduras : 46ème jour de résistance populaire

    CADTM

    Au 46ème jour de résistance populaire, la répression à l’encontre des opposants au régime putschiste s’intensifie


    par
    Cécile Lamarque , Jérome Duval , Sabine Masson

    14 août 2009

    Au 46ème jour de lutte du peuple hondurien contre le Coup d’Etat et le gouvernement de facto, la Police et les Forces Armées ont une nouvelle fois fait preuve d’une extrême brutalité et d’une répression féroce à l’égard des manifestants. En dépit de la répression de la nuit dernière, une nouvelle manifestation qui a réuni des dizaines de milliers de personnes, pacifiques et déterminées, est partie de l’Université pédagogique. Elle allait se rendre au Palais présidentiel, mais à l’annonce de la loi votée par le Congrès National visant à rendre le service militaire obligatoire en cas de crise, les opposants au régime putschiste ont décidé de marcher vers le Congrès.

    Alors que les manifestants avançaient vers le Congrès, le centre de la ville s’est vu encerclé par des centaines de militaires et de policiers en armes, empêchant la population de circuler librement et d’exercer son droit à manifester. Les manifestants ont alors subi de plein fouet la violence policière : gaz lacrymogènes, coups aux manifestants pris de panique, arrestations arbitraires, etc.

    Suite à cette provocation des forces putschistes se déroule une confrontation devant le Congrès : la police lance des gaz contre les manifestants démunis, qui répondent par des jets de pierres. Après avoir gazé toute la place autour du congrès et le Parque central, les policiers et militaires pourchassent les manifestants qui essayent de fuir en se dispersant dans les rues, frappent les personnes qu’ils arrêtent. Des femmes ont subi des agressions sexuelles. A 14h30 devant le Congrès, alors qu’une vingtaine de personnes ont déjà été arrêtées, nous sommes témoins de l’arrestation d’une dizaine d’autres, dont nous avons pu noter les identités afin de les communiquer aux associations qui assurent le suivi juridique des personnes détenues, la COFADEH (Comité des Familles de Détenus Disparus au Honduras |1|) principalement. Les militaires et policiers s’en sont pris sans distinction et sans motif aux hommes, femmes et enfants. L’action collective sur la place devant l’édifice du Congrès a permis d’éviter la détention d’un mineur de quatorze ans, tandis que dans la cour du Congrès, on assistait impuissant à l’arrestation d’une professeur, Mabel Carolina Lopez, violemment maintenue au sol pendant près d’une demi heure par les militaires. Les éléments des forces armées qui étaient devant le Congrès élevaient leurs boucliers afin d’empêcher les journalistes de filmer, de prendre des photos. On bloque le passage à la délégation des droits humains, seule une procureur de COFADEH est reçue. Peu après, certains détenus sont apparemment transférés vers une caserne militaire tandis que d’autres sont amenés dans les sous-sols de l’édifice du Congrès. Un journaliste hondurien a également été agressé , les militaires lui ont arraché sa caméra. La répression était semblable voire plus cinglante en d’autres points du centre ville, ainsi qu’a San Pedro Sula, principale ville du Nord du pays.

    Le régime putschiste a notamment utilisé le ’Poste 21’ composé de militaires des forces spéciales Cobra, forces tristement célèbres pour les tortures qui y ont été perpétrées dans les années 1980. Y ont été enfermées de façon tout à fait illégale 26 personnes, dont on apprend par le Front des Avocats contre le Coup d’Etat qu’elles ont été torturées, frappées, humiliées. Toujours détenues, le régime putchiste veut les inculper d’actes terroristes !

    En tant que « Mission d’Observation », nous nous sommes rendus à l’Hôpital Viera où se trouvait le député du parti Unificacion Democratica (UD) Marvin Ponce, blessé par balles au pied, afin de recueillir son témoignage. Impossible d’entrer dans l’hôpital, le gardien avait reçu l’ordre de ne pas nous laisser rentrer !

    Dans un même temps, l’Université pédagogique nationale Francisco Morazán (UPNFM), le point de convergence de la résistance hondurienne, a été transformée en forteresse militaire. Une quarantaine de personnes qui étaient à l’intérieur – professeurs, étudiants, syndicalistes, etc - ont été séquestrées plus de huit heures. Ils et elles ont été forcés à se rassembler au centre du terrain de basket, où les militaires les ont maintenus, l’arme pointée en leur direction. Il s’agit d’une détention illégale, réalisée par des forces militaires dans un lieu d’éducation supérieure publique dont l’autonomie est garantie par la Constitution.

    Nous nous sommes rendus sur les lieux, accompagnés de deux avocates de la COFADEH afin de pousser à la libération des personnes détenues. Non sans mal, une journaliste de la Cofadeh parvient à rentrer, un avocat du Front des Avocats contre le Coup d’Etat était sur place. Le chef de police, Mr. Cerrato, déclare à la presse que les personnes retenues à l’intérieur font l’objet d’une enquête et doivent donner leur déclaration au sujet d’explosifs que la police et l’armée auraient trouvés à l’intérieur l’Université et attribuent aux opposants. Or, les personnes séquestrées expliquent que ces prétendues « preuves » sont du matériel utilisé par des infiltrés, des déchets de balles et de bombes lacrymogènes tirées la veille par la police contre l’Université.

    Aujourd’hui 13 août, on reporte de nombreux blessés à l’Hôpital Escuela, le Consejo Civico de Organizaciones Populares e Indigenas de Honduras (COPINH) déclare que 5 personnes de cette organisation sont portées disparues depuis hier. Les chiffres concernant le nombre de détenus varient selon les sources (police et ministère public). On craint que de nombreuses personnes demeurent disparues.

    Cette nouvelle démonstration de force de la part du gouvernement illégitime de Roberto Michelleti et l’établissement d’un régime autoritaire restreignant chaque jour davantage les libertés fondamentales du peuple hondurien font ressurgir le spectre des dictatures latino-américaines des années 1970-1980. Face à l’escalade de violences et de répression, aux violations graves des droits humains, civils et politiques, la solidarité des citoyens et des mouvements sociaux est indispensable. Entre autres revendications, le Front contre le coup d’Etat appelle à faire pression sur les gouvernements du Nord afin qu’ils bloquent tout soutien financier au régime de facto.

    note :

    |(1)| Comité de Familiares de Detenidos Desaparecidos en Honduras, www.cofadeh.org

    infos article :


    Jerome Duval et Cécile Lamarque sont membres du Comité pour l’Annulation de la dette du Tiers monde (CADTM). Sabine Masson est chercheuse à l’Institut des Hautes Etudes Internationales et du dévellopement à Genève. Tous trois participent à la Mission internationale d’Observation et d’Accompagnement des organisations sociales en lutte contre le putsch au Honduras.

    www.cadtm.org/spip.php?article4678
    Publié par Jean Dornac à l'adresse 09:26

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  • Alerte Honduras !
     
    Les escadrons de la mort reprennent du service.
    Le but est non seulement de mettre à genoux la démocratie hondurienne mais dans le même mouvement mettre à genoux le mouvement d'émancipation du continent latino-américain.

    Cordialement à tous
    Niurka


    Action d'alerte de Via Campesina à Tegucigalpa, Honduras


     
    12 Août 2009

    La nuit dernière à 23h23, pendant le couvre-feu qui avait débuté à 22h00, des individus d'identité inconnue conduisant une Toyota Turismo de couleur crème et immatriculée PCA1981 ont tiré à balles réelles sur les bureaux de Via Campesina situés dans le quartier Alameda de Tegucigalpa, Honduras qui est coordonné par Rafael Alegria.
    C’est acte est une attaque affichée contre notre organisation sociale et nos leaders faisant partie du Front d’Opposition Nationale au Putsch (« National Front Against The Coup » dans le texte). En plus de cette récente attaque contre Via Campesina, une bombe pouvant tué 15 personnes a explosé le 26 juillet 2009 dans les locaux du Beverage Workers Union (STIBYS pour le sigle en espagnol). Chacune de ces organisations font partie du Front d’Opposition Nationale au Coup d'Etat.

    Nous condamnons cet incident sachant que les activités de Via Campesina et du Front d’Opposition Nationale au Coup d'Etat sont entièrement pacifiques. Il est important de préciser que, pendant le couvre-feu, seule la police est autorisée à circuler dans les rues.

    L’organisation Via Campesina du Honduras appelle au soutien des organisations nationales et internationales de défense des droits de l’Homme pour veiller et suivre les attaques visant non seulement cette organisation et son inflence, mais également toutes les attaques visant les droits de l’Homme de l’ensemble du peuple hondurien et de tous ceux qui ont manifesté dans les rues contre le coup d’état ces 46 derniers jours. Rafael Alegria ajoute : « Les droits du peuple sont actuellement violés : cette situation est réellement dramatique. Des gens ont été blessés, emprisonnés et tués. »

    Selon un rapport préliminaire réalisé parles avocats assistant le Front d’Opposition Nationale au Coup d'Etat, des centaines de personnes ont été blessées et plus de quarante seraient retenues prisonnières depuis la massive mobilisation pacifique s’étant tenue dans la capitale du pays ce mardi. Le groupe d’avocats cherche à obtenir la libération par habeas corpus de celles et ceux qui ont été arrêté-e-s. La coordination du Front d’Opposition Nationale au Coup d'Etat insiste sur le fait que les débordements ont initiés par des personnes extérieures au rassemblement souhaitant infiltrer la manifestation dans le but de provoquer des violences et ainsi discréditer le rassemblement pacifique initié par le Front. Les personnes détenues sont, entre autres, accusées de rébellion, de terrorisme et de trahison.

    Alegria ajoute que « le Front d’Opposition Nationale au Coup d’Etat  n’est pas responsable de ces incidents. Par principe, le front soutient les marches pacifiques, les réclamations pacifiques et les mobilisations pacifiques. Jamais notre mouvement n’a eu recours ou n’a fait appel à des actes violents. Il semble que ces incidents sont de la responsabilité de groupes qui désiraient la ruine de notre mobilisation sociale et qui ont sciemment provoqués ce débordement, débordement pour lequel nous nions de manière catégorique une quelconque responsabilité. »

    Etant donné ce qui s’est passé ces dernières 24 heures, Via Campesina-Honduras en apppelle à l’ensemble du réseau Via Campesina, à l’ensemble des mouvements sociaux ainsi qu’à l’ensemble des organisation nationales et internationales de défense des Droits de l’Homme pour envoyer des messages ou des délégations en solidarité avec la résistance au Coup d’Etat, pour la défense des droits humains au Honduras et pour nous aider à mettre fin à tant d’injustices et de violences envers le peuple hondurien.

    S’il vous plaît, envoyez plaidoyers et message de solidarité aux adresses suivantes :

    State Secretary of Public Security
    Coronel Jorge Rodas Gamero
    Fax: (504) 237-9070/ 220-55-47
    E-mail: sseg.06@hotmail.com

    Special Prosecutor for Human Rights in the Attorney General's Office
    Lcda. Sandra Ponce
    Fiscal Especial de Derechos Humanos
    Tegucigalpa, Honduras
    Fax: (504) 221-3656
    E-mail: ponce10s@yahoo.com.ar

    Committee for the Defense of Human Rights (CODEH)
    President Andrés Pavón
    E-mail: andres@codeh.hn, codeh@codeh.hn

    The Committee of Relatives of People Detained-Disappeared in Honduras
    (COFADEH)
    Coordinadora Bertha Oliva
    E-mail: mail@cofadeh.org

    Vía Campesina of Honduras
    E-mail: laviacampesina@cablecolor.hn

    Comunicaciones Via Campesina en Honduras

    SOURCE 


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  • Réflexions de Fidel
    Les bases yankees et la souveraineté latino-américaine

    Le concept de nation est né du concours d’éléments communs comme l’histoire, la langue, la culture, les us et coutumes, les lois, les institutions et d’autres facteurs ayant trait à la vie matérielle et spirituelle des communautés humaines.

    Les peuples d’Amérique, pour la liberté desquels Bolivar réalisa les exploits qui firent de lui le Libérateur, furent appelés par lui à créer «la plus grande nation du monde, moins par son étendue et ses richesses que par sa liberté et sa gloire».

    Antonio José de Sucre livra à Ayacucho l’ultime bataille contre l’empire qui avait fait d’une grande partie de ce continent la propriété royale de la couronne espagnole pendant plus de trois cents ans.

    C’est cette même Amérique que, des dizaines d’années plus tard et alors que l’Empire yankee naissant en avait déjà tailladé une partie, José Martí nomma « Notre Amérique ».

    Il faut rappeler une fois encore qu’avant de tomber au champ d’honneur pour l’indépendance de Cuba, dernier bastion de la couronne espagnole en Amérique,  il avait écrit, prophétiquement, le 18 mai 1895, à peine quelques heures avant sa mort, que tout ce qu’il avait fait et ferait n’avait d’autre but que d’« empêcher à temps, par l'indépendance de Cuba, que les États-Unis ne s'étendent dans les Antilles et ne fondent, avec cette force supplémentaire, sur nos terres d'Amérique. »

    Aux États-Unis, les Treize Colonies récemment libérées ne tardèrent pas à s’étendre en désordre vers l’Ouest en quête de terres et d’or, exterminant les autochtones, pour atteindre les côtes du Pacifique. Les États agricoles et esclavagistes du Sud faisaient concurrence aux États industriels du Nord, exploiteurs du travail salarié, s’efforçant de créer d’autres États pour défendre leurs intérêts économiques.

    En 1848, ils arrachèrent  au Mexique plus de la moitié de son territoire à la suite d’une guerre de conquête contre un pays plus faible sur le plan militaire, occupant sa capitale et lui imposant des conditions de paix humiliantes. Le territoire ainsi volé contenait de grandes réserves de pétrole et de gaz qui commenceraient plus tard à alimenter la richesse des États-Unis pendant plus d’un siècle et le font encore.

    Le flibustier yankee William Walker, encouragé par le «destin manifeste» que son pays avait proclamé, débarqua en 1855 au Nicaragua dont il se proclama président jusqu’à ce qu’il en soit expulsé, l’année suivante, par les Nicaraguayens et d’autres patriotes centraméricains.

    Notre Héros national se rendit compte que l’avenir des pays latino-américains était mis en pièce par le jeune Empire étasunien.

    Après sa mort au combat, celui-ci lança son intervention militaire à Cuba alors même que l’armée espagnole était déjà vaincue.

    Et le puissant voisin nous imposa l’amendement Platt, qui lui octroyait le droit d’intervenir dans notre pays.

    L’occupation de Porto Rico, qui dure maintenant depuis cent onze ans,  même si l’île est devenue aujourd’hui un prétendu «Etat libre associé» - en fait, ni Etat ni libre – fut une autre des conséquences de cette intervention militaire.

    Le pire pour l’Amérique latine était encore à venir, confirmant les prémonitions géniales de Marti. L’Empire en plein essor avait déjà décidé que le canal appelé à relier les deux océans ne passerait pas par le Nicaragua mais par le Panama, si bien que cet isthme, cette Corinthe qui dans le rêve de Bolivar devait devenir la capitale de la plus grande République au monde, serait une propriété yankee.

    D’autres conséquences, pires encore, devaient se succéder tout au long du XXe siècle. S’appuyant sur les oligarchies politiques locales, les États-Unis s’emparèrent peu à peu des ressources et de l’économie des pays latino-américains, multiplièrent leurs interventions, firent passer sous leur coupe leurs forces militaires et leurs polices; leurs transnationales s’emparèrent des productions et des services clefs, des banques, des compagnies d’assurances, du commerce extérieur, des chemins de fer, des compagnies maritimes, des entrepôts, des services d’électricité et de téléphone : toutes les richesses passèrent entre leurs mains, dans leur totalité ou en partie.

    La profondeur des inégalités sociales fit éclater, il est vrai, la Révolution mexicaine dans la seconde décennie du XXe siècle, et ce fut une source d’inspiration pour d’autres pays. La Révolution fit avancer le Mexique dans de nombreux domaines. Mais ce même Empire, qui avait dévoré hier une grande partie de son territoire, dévore aujourd’hui les importantes ressources naturelles qui lui restent, sa main-d’oeuvre bon marché, et y provoque même des épanchements de sang.

    L’Association de libre-échange d’Amérique du Nord (ALENA) constitue l’accord économique le plus brutal imposé à un pays en développement. Pour faire bref, je citerai simplement ce que l’administration étasunienne vient d’affirmer : «Alors que le Mexique a essuyé deux coups durs, résultant de la chute de son économie mais aussi du virus A H1N1, nous souhaiterions probablement que son économie se stabilise avant d’engager de longues discussions sur de nouvelles négociations commerciales.»  Bien entendu, elle ne dit mot du fait que, par suite de la guerre déclenchée par le trafic de drogues et à laquelle le Mexique affecte trente-six mille soldats, presque quatre mille Mexicains ont déjà été tués en 2009. Le phénomène se répète avec plus ou moins d’intensité dans le reste de l’Amérique latine. La drogue ne provoque pas seulement des problèmes de santé : elle engendre la violence qui déchire le Mexique et l’Amérique latine pour la simple raison qu’il existe un marché insatiable, celui des Etats-Unis, source inépuisable des devises qui stimulent la production de cocaïne et d’héroïne et fournisseur des armes utilisées dans cette guerre féroce dont les médias parlent bien peu.

    Ceux qui meurent, depuis le Rio Grande jusqu’aux confins de l’Amérique du Sud, sont des Latino-Américains. Ainsi, la violence bat des records et fait plus de cent mille morts par an en Amérique latine, victimes de la drogue et de la pauvreté.

    Cette guerre contre les drogues, l’Empire ne la mène pas à l’intérieur de ses frontières: il la livre sur les territoires latino-américains.

    On ne cultive ni la feuille de coca ni le pavot dans notre pays. Nous luttons efficacement contre ceux qui tentent d’y introduire des drogues ou de l’utiliser comme point de transit, et le nombre de victimes de la violence diminue d’année en année. Nous n’avons pas besoin de soldats yankees pour obtenir ces résultats. La lutte contre les drogues n’est qu’un prétexte pour établir des bases militaires sur tout le continent. Depuis quand les bâtiments de la IVe Flotte et les avions de combat modernes servent-ils à combattre les drogues ?

    L’objectif véritable est le contrôle des ressources économiques, la domination des marchés et la lutte contre les changements sociaux. A quoi bon rétablir cette flotte, démobilisée voilà plus de soixante ans à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, alors que l’URSS et la Guerre froide appartiennent au passé ? Les arguments avancés pour justifier l’établissement de sept bases aéronavales en Colombie sont une insulte à notre intelligence !

    L’Histoire ne pardonnera pas ceux qui commettent cette félonie contre leurs peuples, ni ceux qui prétextent de l’exercice de la souveraineté pour sanctionner la présence de troupes yankees  De quelle souveraineté parlent-ils donc ? De celle que conquirent Bolivar, Sucre, San Martin, O´Higgins, Morelos, Juarez, Tiradentes, Marti ? Aucun d’eux n’aurait jamais accepté un argument si déplorable pour justifier la concession de bases militaires aux forces armées des USA, un Empire plus dominateur, plus puissant et plus universel que les couronnes de la péninsule ibérique.

    Si ces accords promus de manière illégale et inconstitutionnelle par les Etats-Unis permettaient un jour à n’importe quel gouvernement de ce pays d’utiliser ces bases, comme le firent Reagan avec sa sale guerre et Bush avec celle d’Irak, pour provoquer un conflit armé entre deux peuples frères, ce serait là une grande tragédie. Le Venezuela et le Colombie ont vu le jour ensemble dans l’histoire de Notre Amérique après les batailles de Boyaca et de Carabobo livrées sous la conduite de Simon Bolivar. Les forces yankees pourraient aussi promouvoir une sale guerre comme elles le firent au Nicaragua, voire employer des soldats étrangers entraînés par elles et attaquer un pays. Mais il est difficile de croire que le peuple colombien, combatif, courageux et patriote se laissera entraîner dans une guerre contre un peuple frère comme le peuple vénézuélien.

    Les impérialistes se trompent s’ils sous-estiment aussi les autres peuples latino-américains. Aucun d’eux n’est d’accord avec les bases militaires yankees, aucun d’eux ne manquera de se solidariser avec n’importe quel peuple latino-américain agressé par l’impérialisme.

    Marti, qui admirait extraordinairement Bolivar, ne se trompait pas quand il affirmait : «Ainsi donc, Bolívar est là dans les cieux d’Amérique, vigilant et soucieux… les bottes de campagne encore aux pieds, car ce qu’il n’a pas fait lui-même n’est toujours pas fait à ce jour : Bolívar a encore à faire en Amérique.»

    Fidel Castro Ruz

    Le 9 août 2009

    18 h 32

    SOURCE 


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