• Un an après le coup d'Etat, le Honduras résiste. Entretien avec le président Manuel Zelaya

    Manola Romalo   
    « Nous devons vaincre le coup d'État, l'impunité et  la terreur ». Manuel Zelaya, président légitime du Honduras depuis janvier 2006, a été dérogé le 28 juin 2009 par un coup d'État. Depuis le 27 janvier 2010, il se trouve avec son épouse et sa cadette en République Dominicaine.  Entretien réalisé par Manola Romalo, publié en exclusivité par Junge Welt (Allemagne), Rebellion (Espagne) et michelcollon.info (Belgique).

     



    Ce 28 juin le peuple hondurien sort protester dans tout le pays contre le coup d`État perpétré il y a un an par une clique d’oligarques, parrainé par Washington. Sous l’hospice d’un gouvernement fantoche mis en place en juillet 2009 -  suivi par les élections présidentielles manipulées  de  janvier 2010 -  des  paramilitaires ont assassiné à ce jour des dizaines de membres de la Résistance, des syndicalistes, des enseignants, des journalistes. Protégeant ses  intérêts économiques, l’Union Européenne n’y voit que du feu.

     

    Manola Romalo: Monsieur le Président, cela fait un an aujourd’hui qu’une clique d'entrepreneurs envoyèrent des militaires vous kidnapper dans votre maison sous le feu des balles. Que signifie cet acte pour l’avenir du Honduras ?

    Manuel Zelaya: En ce moment, ils ont plus de problèmes qu’auparavant : ils ont fait prendre conscience, non seulement au peuple hondurien mais aussi  aux peuples d’Amérique Latine,  de la menace que représente l’ambition économique pour les démocraties.  Avec cette attaque, ils ont réussi à accélérer les processus de transformation à travers lesquels sont nées de nouvelles forces d’opposition.
    L’influence des grandes multinationales s’étend à la politique étrangère des Etats Unis,  preuve que l'administration d’Obama - de même que celle de son prédécesseur - est tombée dans l’effrayante erreur d’appuyer le terrorisme d’État. Ils ont recommencé à faire des coups d’État, méthode pratiquée déjà dans le passé par une extrême droite acharnée à semer la barbarie à travers le monde.

    Manola Romalo: Quoique les putschistes,  parrainés par Washington, essayèrent de maquiller en démocratie les élections présidentielles de novembre 2009,  une grande partie de la communauté internationale n’a pas reconnu la légitimité du gouvernement  en place.  Quelles transformations  démocratiques veut le peuple hondurien?   

    Manuel Zelaya: J'ai présenté un plan de réconciliation en 6 points qui passent par le respect des Droits Humains et la fin de l’impunité. C'est le chemin correct pour annuler le putsch et retourner à l’Etat de droit.
    Avec leur position inflexible et extrémiste de laisser impuni ce putsch au Honduras, les États-Unis et leurs alliés créoles n'appuient pas ce plan et n’aident en rien la réconciliation du peuple hondurien.
    Contrairement à ce que nous avons espéré, avec ses déclarations, le Département d’État ignore le crime  qu’il condamna antérieurement et nomme « crise politique» des faits qu’il occulte : l`'mmunité et les privilèges des putschistes. 

    Manola Romalo: Le Ministère allemand des Affaires Extérieures informe sur son site Internet , qu’ « après le coup d`État », le gouvernement allemand ne reprendra pas de nouveaux  projets d’aide pour le Honduras, mettant également court aux « consultances gouvernementales ». Quelle est la situation économique du pays?

    Manuel Zelaya : Les chiffres sont plus éloquents que les mots. En trois ans nous avions réalisé les meilleurs indices de croissance de l’histoire du Honduras : 6,5 et 6, 7 %. Pour la première fois en trente ans, la pauvreté avait été réduite à plus de 10 %. 
    Par contre, depuis le coup d'État, le pays est entré dans une récession économique,  le nombre de pauvres  a augmenté,  les investissements de l’Etat et ceux des particuliers ont été réduits de façon significative. Les dommages causés par le coup d'État dans le processus de développement économique du pays vont durer au moins dix ans avant d’être réparés. 

    Manola Romalo : Ce 28 juin, il y aura de grandes manifestations dans tout le pays, le peuple va débattre les principaux articles de la Déclaration Souveraine. La Résistance veut  « refondre le Honduras ». Quelles sont les étapes nécessaires ?

    Manuel Zelaya: Nous devons vaincre le coup d'État, l'impunité et la terreur.  L'Assemblée National Constituante, avec la participation de tous les secteurs, est l’instrument légitime pour reconstruire la démocratie, l’ordre constitutionnel et l’Etat de droit.
    L’organisation, la conscience et la mobilisation sont nécessaires pour renforcer le Front National de Résistance Populaire (FNRP) qui est la force sociale et politique de la Résistance contre le coup d’État.  Nous avons la responsabilité de la reconstruction, le peuple doit reprendre les affaires en cours pour transformer le pays. 

    Manola Romalo: Monsieur le Président, dans le contexte politique du Honduras, le peuple réclame énergiquement votre retour. Quels sont vos projets ? 

    Manuel Zelaya: Le futur n'est pas très loin. Toutefois je fais des projets pour le présent: je veux réussir à vaincre les espaces d'impunité avec lesquels les putschistes prétendent couvrir les crimes contre la démocratie et contre l'humanité.   
    Mon retour devra être immédiat, il n´existe aucun prétexte ni justification qui expliquerait l'absence absolue de garanties pour mon retour. Il n’est pas possible que quelqu’un prétende voir les victimes soumises à la justice de leurs bourreaux.
    Mon retour est lié à la  reprise de l’Etat de droit au Honduras. Le propre président Porfirio Lobo affirme être menacé, ajoutant en même temps qu’il garantit ma sécurité.

    Évidemment, ils utilisent les Honduriens comme des cobayes, les putschistes font de ce pays un laboratoire de violence. Ils recourent aux castes militaires pour réprimer le peuple et  créer le chaos afin de maintenir le contrôle sur la société.  Peu leur importent les conséquences du processus d'intégration régionale et la confrontation,  doublement éprouvés,  avec les organismes multilatéraux.
    Les preuves sont sous nos yeux : ils ont créé un nouveau régime de terreur et de persécution. Et les Etats Unis ont beaucoup perdu de leur prestige en Amérique Latine.

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  • Le Gaza du Mexique (counterpunch)

    Les bénévoles se mirent en route, pleins d’énergie, pour aller porter des tonnes d’aide humanitaire à une communauté assiégée qui manquait depuis des mois de tous les produits de première nécessité. Mais presque arrivé à destination, le convoi fut attaqué par des paramilitaires lourdement armés et dans le désordre qui a suivi, un respectable militant des droits de l’homme et un observateur international furent tués et une douzaine de personnes furent blessées, y compris plusieurs reporters qui accompagnaient la caravane.

    Ca vous rappelle quelque chose ?

    Sauf que cette mission n’était pas destinée à Gaza et que les assassins n’étaient pas des Israéliens. Les bénévoles se rendaient à la Municipalité Autonome de San Juan Copala dans le lointain territoire des Indiens Triqui au nord-est de Oaxaca. Cela fait 9 mois que 700 familles Triqui, soit environ 5000 villageois, n’ont pu recevoir aucune nourriture, ni électricité, soins médicaux ou services éducatifs. Les lignes téléphoniques ont été coupées et les paramilitaires contrôlent la route de Copala.

    Tout comme les Israéliens avaient averti les organisateurs de la Flottille de la Liberté de ne pas mettre le cap sur Gaza, le gouverneur de Oaxaca a dit aux militants que s’ils ne faisaient pas demi-tour ils en paieraient les conséquences. Comme leurs homologues internationaux ils ont refusé d’obtempérer.

    Quand les militants ont quitté la grand route à La Sabana, un hameau situé à quelques kilomètres de leur destination, le 27 avril dernier, des tireurs dirigés par un cacique local (chef de village) Rufino Juarez, le "directeur" d’un groupe de paramilitaires surnommé le UBISORT ("Unis pour les bien être social de la région Triqui") et affilié au gouverneur actuel Ulises Ruiz, ont mis la caravane en joue. De nombreux bénévoles ont abandonné les véhicules, se sont enfuis et se sont cachés derrière des rochers à proximité. Mais Bety Carino, une militante indienne autochtone qui luttait pour la sauvegarde du maïs ancestral et qui était une des organisatrices du convoi, est tombée sous les balles. Jiry Jaakkola, un militant solidaire finnois s’est jeté immédiatement sur le corps ensanglanté de Bety pour la protéger en prenant sa tête dans ses mains, et lui aussi a été fauché par les tirs des paramilitaires.

    Jaakkola qui avait 33 ans est le second militant international à être assassiné par le régime meurtrier du gouverneur Ruiz. Le 27 octobre 2006, un journaliste indépendant militant pour la justice sociale Brad Will fut tué par balles par la police de Ruiz sur une barricade à la sortie de la capitale de l’état. Au moins 25 Mexicains ont été tués par les agents de sécurité de Oaxaca pendant le soulèvement de 7 mois qui a éclaté quand la police a attaqué des enseignants grévistes.

    Inspiré par l’enseignement de Ricardo Floré Magon, un idéologue de la révolution mexicaine anarchiste né à Oaxaca, Jiri Jaakkola est allé au Mexique en 2009 en tant que représentant d’un Mouvement de Solidarité finnois pour rendre compte des violations aux droits humains perpétrées dans le conflictuel état du sud. Lui-même anarchiste, Jyri était très influencé par les écrits de Murray Bookchin, l’écologiste décédé du Vermont, et l’éducateur radical brésilien Paulo Freire, dont il a appliqué l’enseignement à la lettre quand il a voulu protéger Bety Carino :"La solidarité c’est se mettre à la place de ceux dont on est solidaire".

    Cela fait littéralement des siècles que des militants internationaux se rendent au Mexique pour prendre part aux mouvements sociaux. L’Espagnol Javier Mina combattit la Couronne pour l’indépendance du Mexique en 1821. Les "San Patricios", bénévoles américano-irlandais prirent les armes contre l’invasion américaine en 1846 et furent pendus pour leur peine. Les écrivains John Reeds et John Kenneth Turner furent des voix significatives de l’historique Révolution Mexicaine.

    Les gouvernements qui suivirent la révolution devinrent souvent chatouilleux sur le chapitre des critiques formulées par des non-Mexicains. L’article 33 de la Constitution Mexicaine de 1917 donne le droit aux Présidents d’expulser tout "extranjero" (étranger) qu’ils jugeraient "gênant". La photographe américaine d’origine italienne,Tina Modotti fut expulsée du Mexique en 1930 à cause de son affiliation au parti communiste.

    Dans une crise de rage xénophobe, pendant les moments les plus brûlants de la révolte des Zapatistas du Chiapas, le Président Ernesto Zedillo a ordonné l’expulsion de plus de 400 militants des droits humains non-mexicains, la plupart américains du nord, italiens et espagnols et pour quelques uns norvégiens. Une classe entière d’étudiants du Evergreen College de l’état de Washington fut expulsée après avoir accompagné les fermiers persécutés de San salvador Atenco pendant la marche de la Journée Internationale du Travail du premier mai.

    Tout comme les militants internationaux Rachel Corrie et Tom Hundall ont été assassinés par l’armée israélienne à Gaza, Jyri Jaakkola et Brad Will ont laissé leur vie dans la terre gorgée de sang de Oaxaca. Comme le gouvernement israélien, Ulises Ruiz se lave les mains de toute responsabilité. "Qui sait ce que ces visiteurs aux yeux bleus voulaient ? est-ce qu’il sont venus en touristes ou pour nous causer des ennuis ?" a-t-il demandé aux reporters après le meurtre de Jaakkola par ses sbires. Le procureur de l’état Luz Candalaria Chinas a tout autant de doutes sur les motivations des bénévoles internationaux, et quand elle les décrit comme des "fauteurs de trouble déguisés en militants humanitaires" on croirait entendre Israël.

    San Juan Copala, où se rendait le convoi, est dévasté par des actes sporadiques de violence meurtrière depuis des décennies. L’écheveau de meurtres remonte à 1976 quand le populaire leader communautaire, Luis Flores, a été assassiné par des inconnus. En mars 1984, Amnistie Internationale a envoyé une équipe dans la région Triqui pour enquêter sur 37 meurtres de militants indiens. La plupart des victimes étaient membres du MULT, le mouvement unifié pour la lutte des Triqui, créé en 1981 pour empêcher la destruction de 13 000 ha de terres boisées par des caciques métisses de la ville voisine de Putla de Guerrero.

    L’année suivante, l’équipe de AI a publié le rapport de sa première enquête sur la violence généralisée dans le sud du Mexique, intitulé : "violations des droits humains dans le Mexique rural des états de Oaxaca et Chiapas". Le rapport faisait état de " témoignages permettant d’accréditer" des abus policiers, des assassinats extra judiciaires, l’usage de la torture, des aveux extorqués, et le refus des autorités d’enquêter lorsque des citoyens déposaient plaintes.

    Le rapport de AI fut instantanément rejeté par le gouvernement mexicain appartenant au PRI (Parti institutionel révolutionnaire) alors au pouvoir. Le sous-secrétaire d’état, Victor Flores Olea, (qui est aujourd’hui journaliste à la Jornada) a émis des réserves sur "l’objectivité" d’Amnistie Internationale. 25 ans plus tard, le gouvernement du Président Felipe Calderon et le très décrié gouverneur Ulises Ruiz ont perpétué la tradition en rejetant tous les rapports suivants d’AI sur les violations des droits humains dans l’état sous le même prétexte.

    Muni du rapport d’Amnistie, je me suis rendu à San Juan Copala au printemps 1987. Les tensions étaient fortes. Les soldats de la Section 28 qui avaient été associés au massacre perpétré par la MULT patrouillaient dans les rues poussiéreuses. J’ai été reçu par le Conseil des Anciens et j’ai comparé les listes des morts - il y en avait 13 de plus que sur la liste du rapport d’Amnistie. Un peu plus tard, j’ai grimpé sur une colline qui surplombait la ville et j’ai pris des photos. Tout à coup, cinq soldats sont sortis des buissons et ont pointé leurs armes sur ma tête. Puis ils ont pris mon appareil photo (je protestais que j’avais seulement photographié les poulets du voisinage) et m’ont escorté jusqu’à la grand route en me disant de ne plus jamais remettre les pieds à San Juan Copala.

    Ajourd’hui, presque 25 ans après le premier rapport d’Amnistie Internationale, le nombre de morts violentes dans la région Triqui s’élève à plus de 400.

    Les tensions incessantes qui agitent la majorité indienne de Oaxaca sont exacerbées par les élections qui approchent pour choisir le successeur de Ulises. Selon les sondages, le dauphin du candidat sortant, Eviel Perez, du PRI, parti qui est depuis longtemps au pouvoir dans l’état, est à égalité de chance avec Gabino Cue, le représentant d’une étrange coalition qui comprend le parti du centre gauche et le parti de la révolution démocratique (PRD) et le parti de droite de Felipe Calderon, le PAN. Beaucoup de gens au Mexique pensent que le PAN a volé les élections nationales à Andres manuel Lopez Obrador, le candidat du PRD. Bien que le PRI ait du céder le pouvoir au PAN au niveau national en 2000, il a continué à diriger Oaxaca d’une main de fer.

    Les tensions électorales se répercutent à San Juan Copala. Pendant l’élection volée de 2006, des leaders du MULT se sont alliés au PUP, le parti local d’unité populaire, un parti fantoche du PRI qui a pour but de siphonner les voix des Indiens autochtones pour enlever des voix à Lopez Labrador. Peu après le MULT se scinda et le premier janvier 2007, le MULT-independant ou MULT-pacifique a pris le pouvoir à Copala, déclarant que le village Triqui était une municipalité indépendante sur le modèle des "Municipalités Autonomes" des Zapatistes du Chiapas.

    Selon le Traité de San Andres concernant les droits et traditions des autochtones qui avait été négocié entre l’Armée Nationale de Libération Zapatiste et le gouvernement mexicain en 1996 et qui n’a jamais été ratifié, les Municipalités Autochtones indiennes devaient obtenir une autonomie totale sur le terre, l’habitat, l’exploitation des ressources naturelles, l’environnement, l’éducation, la santé, et la politique agraire. Les responsables devaient être désignés selon les us et coutumes des Indiens et non par les partis politiques. Les Communautés Autonomes auto-déclarées des états de Chiapas, Guerrero et Mexico (San Salvador Atento) ont, depuis, toujours vécu sous le régime du "mal gobierno" ou " mauvais pouvoir" des armes.

    Sous l’effet conjugué de la scission du MULT et du MULTI et de l’augmentation des agressions de l’UBISORT d’Ulises, une violence croissante déchire San Juan Copala. Marcos Albino, le représentant pour les Droits Humains de la municipalité a comptabilisé 25 nouveaux meurtres dans les six derniers mois seulement.

    Le 26 mai, Timotéo Alejandro Ramirez et sa femme Tleriberta, les fondateurs historiques du MULT qui quittèrent l’organisation en 2006 pour former le MULT-I furent assassinés chez eux à Yosoyuxi près du chef-lieu Copala. Les raisons du double meurtre ne sont pas claires. Ramirez a été accusé par ses ennemis politiques de la disparition de deux soeurs Triqui, de 14 et 21 ans dont les familles étaient associées au MULT. Deux personnalités de la radio communautaire, Felicia Maritnez et Teresa Bautista furent aussi assassinées en avril 2009 sur la route de Copala. Felicitas et Teresa, des protégées de Bety Carino, animaient une émission populaire sur la station de radio locale MULT-I : "la voix qui brise le silence".

    Bien que ces assassinats s’accumulent depuis des années et que AI ait alerté les autorités par de nombreux rapports, le gouvernement fédéral et celui de l’état de Oaxaca refusent d’intervenir pour mettre fin à la violence. "C’est leur problème. c’est la faute de leurs idiotes us et coutumes, s’ils s’entretuent. Il n’y a que les Triqui eux-mêmes qui peuvent résoudre ça," affirme Chinas, le procureur de Oaxaca.

    La violence révoltante qui règne dans la région Triqui et les meurtres de bety Carino et de Jyri Jaakkola ont eu un écho national et international. Au début du mois de juin, le Parlement Européen a demandé au président Felipe Calderon d’ouvrir une enquête sur la mort des militants. Un nouveau convoi a été organisé par une délégation de membres du Congrès du PRD. Le gouverneur Ulises Ruiz a immédiatement condamné cette nouvelle tentative d’acheminer de l’aide humanitaire à San Juan Copala, la qualifiant d’ingérence dans les élections gouvernementales à venir.

    Le 8 juin, 250 militants, dont beaucoup sont affiliés à l’Autre Campagne des Zapatistes, mais menés par 15 députés fédéraux du PRD ont quitté la ville de Mexico pour faire les 500 km de route pour Copala, avec un convoi de 7 autobus chargés de 30 tonnes de nourriture, vêtements et fournitures médicales. L’armée mexicaine et le gouverneur de Oaxaca ont tous les deux refusé de fournir une protection au convoi, bien que le Procureur Chinas ait promis que l’état enverrait des agents pour contrôler les papiers des observateurs internationaux et prévenir les convoyeurs des dangers éventuels.

    Une fois de plus, les militants refusèrent de faire demi-tour et, comme en avril, le convoi ne réussit pas à dépasser La Sabana. La route de Copala était bloquée par d’énormes rochers. Un cordon de femmes Triqui dirigées par Rufini Juarez et épaulées par des paramilitaires armés de longs fusils refusèrent de laisser passer les bus. On entendit des coups de feu plus bas dans la vallée. La police d’état qui surveillait les bus renonça tout de suite. Le bus qui transportait les députés PRD fit demi-tour et repartit pour la ville de Mexico, suivi à contre coeur par les militants de l’Autre Campagne.

    Comme dans la lutte pour briser le blocus de Gaza, les militants du Mouvement Solidaire ne renoncent pas ; une troisième caravane composée uniquement de femmes est programmée.

    Le massacre de neuf pacifistes turques par l’armée israélienne le 31 mai a déclenché une vague d’indignation mondiale, y compris à Mexico. Au cours de la première semaine de juin, quand des quantités de Mexicains se sont rassemblés devant l’ambassade israélienne dans le riche secteur occidental de cette énorme métropole, la moitié des manifestants étaient des femmes Triqui vêtues de leurs huipils brodés traditionnels d’un rouge éclatant qui leur donnent l’air de grosses fraises. Derrière les portes barricadées de l’ambassade, les diplomates israéliens n’en sont sûrement pas revenus.

    "Ce que le gouvernement israélien a fait aux militants qui apportaient de l’aide humanitaire à Gaza, est exactement ce que Ulises et ses paramilitaires nous ont fait" a expliqué Marcos Espino "nous sommes venus ici par solidarité avec nos frères et soeurs de Gaza. Beaucoup d’entre nous ont été tués aussi."

    John ROSS ici

    John Ross est chez lui dans la gueule du monstre en train de regarder la Coupe du Monde. Vous pouvez lui exprimer vos doléances à l’adresse suivante : johnross@igc.org

    Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/ross061...

    Traduction D. Muselet


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  • Colombie élections : Pour qui va gouverner Santos ?

    lundi 21 juin 2010, par Primitivi

    Finalement le second tour de dimanche n’a fait que confirmer le premier. Santos, l’homme d’Uribe, le coordonnateur de la "sécurité démocratique" l’inventeur du terme "faux-positifs", l’homme condamné par l’Équateur voisin, est le nouveau président colombien.

    Mais ça n’est pas parce qu’il a été choisi par le plus grand nombre de votants qu’il représente la population colombienne. Orlando Flores nous explique un peu mieux qui vote et qui ne vote pas en Colombie et remet un peu les pendules à l’heure.

    Pour qui va gouverner Santos ?
    Orlando Flores

    Oui, Juan Manuel Santos est président de ce pays. Quelqu’un doutait-il de cela dans la plus vieille démocratie du monde ? La [démocratie] colombienne est une "démocratie" au style féodal dans lequel les familles ayant du pouvoir se battent pour elle tous les quatre ans et cherchent à faire participer la majorité de la population, qui souffre de leurs actes, à leur "fête" électorale. La famille Santos est lié à l’oligarchie depuis qu’au XVIIIe siècle Antonia Santos Plata a participé dans la confrontation qui a donné lieu à ce qu’on appelle aujourd’hui l’Indépendance de la Colombie, dont on commémore le bicentenaire cette année.

    Juan Manuel Santos se prépare depuis des années à être président de la République — comme l’était son oncle Eduardo Santos entre 1938 et 1942 — après avoir été Ministre du Commerce Extérieur sous la présidence de César Gaviria, Ministre des Finances avec Andrés Pastrana et Ministre de la Défense avec Álvaro Uribe. Tant d’années aux côtés du pouvoir donnent lieu à beaucoup d’astuces dont le point culminant, à ce que l’on a pu confirmer, est arrivé lors du premier tour de ces élections présidentielles, avec les fameuses "inconsistances" des décomptes de votes.

    Cette "inconsistance" empêche de parler de “fraude“ conduit tout de même à des plaintes directes ou indirectes qui viennent soutenir la méfiance à propos de la "légalité" de ces élections, comme celle de l’ex-candidat présidentiel pour le Pôle Démocratique Alternatif qui a assuré que le Registre a sous-traité une partie de la logistique des élections avec une entreprise liée à Santos.

    D’un autre côté plusieurs chiffres d’exclusion sont inquiétants : 46% de la population est pauvre et 17,8% extrêmement pauvre, le chômage atteint 12,8% et la Cour Constitutionnelle a déclaré que 32 des 102 peuples aborigènes sont en danger d’extinction. La possibilité qu’un jeune adulte meure assassinée en Colombie est cinq fois plus haute que la moyenne de l’Amérique Latine. Est-ce que ça c’est une démocratie ?

    Une élection historique ?

    Les médias parlent d’une élection historique à cause des plus de neuf millions de votes qu’a obtenu l’héritier de la Sécurité Démocratique d’Álvaro Uribe. Ils vont jusqu’à dire que Santos jouira d’une plus grande légitimité qu’Uribe pour gouverner, car il a obtenu presque deux millions de votes de plus que l’antioqueño. Ils évoquent également le taux important d’abstention — qui a dépassé les 55% — et le mettent en rapport sans de plus grandes analyses avec les fortes pluies tombées durant toute la journée et à la coïncidence entre la journée de scrutin et le Championnat du monde de football en Afrique du Sud.

    La population estimée colombienne par le Département Administratif National de Statistique (DANE) pour le 20 juin 2010 à 9 heures du soir est d’environ 45 494 892 personnes parmi lesquelles 29 983 279 peuvent exercer leur droit de vote selon le Registre National. De ces quasi 30 millions de personnes ayant le droit de vote, seulement un peu plus de 13 millions (13 337 658 exactement) l’ont exercé, ce qui donne une abstention de plus de 55,5% (55,5163...%). Cette donnée rend compte de la "légitimité" avec laquelle va gouverner celui qui sera le seul président au monde a être sous le coup d’un ordre d’arrestation de la part d’un autre pays. [1]

    Pour commencer, Santos va gouverner un pays de 45 millions d’habitants avec l’appui électoral de 9 millions d’entre eux, c’est-à-dire 20% de la population. Il est certain que cette donnée peut sembler tendancieuse puisque seules les personnes majeures peuvent voter et que plus de 30% de la population n’a pas atteint cet âge, mais les immigrés (plus de 109 000 personnes en 2005) non plus, de même pour beaucoup de personnes qui ont été déplacées de force. Sont aussi exclues du droit de vote, les personnes condamnées pour rébellion ou pour d’autres délits politiques, il y en a tout de même 7000 en Colombie. Sont également exclue du vote environ 500 000 membres de la force publique. De même que les milliers de membres de l’Union Patriotique assassinés, victimes des “faux-positifs” militaires. Les morts non plus ne peuvent pas voter, mais en Colombie des votes post mortem apparaissent toujours.


    Source : Prensa Rural "¿Para quién va a gobernar Santos ?"
    Traduction : Primitivi

    Notes

    [1] Santos fait l’objet d’un mandat d’arrestation émis par l’Équateur pour avoir été responsable d’une opération militaire violant l’intégrité du territoire équatorien : le bombardement d’un campement des FARC sans même que la présidence équatorienne n’ait été tenue au courant de l’opération.


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  • Alvaro Uribe, la fin d’un mandat n’est pas la fin d’un système

    Lionel Mesnard   

    La fin de la présidence d’Alvaro Uribe ne signifie pas pour autant la fin de l’uribisme. Comme l’ont démontré les élections législatives et sénatoriales du 14 mars 2010, la Colombie est repartie de nouveau pour un régime très ancré à droite, mais au-delà de l’appartenance partisane c’est un système politique qui dans son ensemble se perpétue.




    Une gangrène qu’il importe de comprendre, tant elle joue une place centrale dans les dérives de l’État colombien Si l’on débat sous nos cieux de l’abstention, les électeurs colombiens depuis de nombreux scrutins sont environ 6 électeurs sur 10 à  ne pas voter, voire à ne jamais se prononcer. Ils furent 64% le 14 mars à bouder les urnes. Comment peut-on comprendre que dans un pays se réclamant de la démocratie, on arrive à 36% de votants sur des enjeux nationaux d’une telle importance ? De plus, il existe plus que des doutes sur le bon déroulement du scrutin hors des grands centres urbains. Pour évidence, nous sommes dans un pays en guerre, ou le vote se monnaie et peut aussi s’imposer par la force dans les campagnes. Et si nous limitons notre regard aux résultats intervenus, ce vote à de nouveau investi des élus de droite proche des paramilitaires et de leurs réseaux maffieux. Se perpétue ainsi des mécanismes qui ont pour rôle d’engendrer la violence et l’effroi au détriment des populations civiles.



    De 300.000 à 800.000 civils et militaires morts


    On n’imagine pas à quel point, il est martelé en Colombie une seule perception, et ceux qui s’y opposent sont menacés dans leur intégrité. Il est difficile de définir un climat de terreur vous imposant le plus souvent au silence, aussi parce que souvent les apparences sont trompeuses ou sourdes aux souffrances. Face à cette réalité, il vaut mieux rester discret et ne pas trop faire part de ses opinions, surtout si elles ne calquent pas avec les maîtres du pays. Ce climat de suspicion n’a rien de nouveau, il n’a fait que se renforcer depuis 2002. Ce pays qui devrait être un paradis est un enfer, et il l’est depuis au moins sa séparation avec le Venezuela en 1830. De nombreuses guerres, révoltes sociales au long du XIX° et du XX° siècle vont émailler l’histoire de la nation colombienne. Une des récurrences de ces affrontements va résider pour bonne part autour de la question du bipartisme.

    La république de Colombie va connaître de nombreuses querelles entre les conservateurs et les libéraux. Ces divergences donneront suites à des guerres meurtrières et à un flot régulier de victimes. Rien qu’entre 1948 et 1958, il est fait état de 300.000 à 800.000 civils et militaires morts. Et, ne se sont jamais véritablement éteintes les braises, sauf à noter la naissance des guérillas «marxistes» dans les années 1960, puis la montée en puissance des narcotrafics dans les années 1970. Ces phénomènes dessineront pour bonne part le visage de la Colombie actuelle.



    Pouvoirs politiques, paramiltarisme et pègre


    Il est fait peu état des relations entre les pouvoirs politiques colombiens, le paramiltarisme et la pègre. Mais contrairement à ce que l’on peut lire le plus souvent, il faut pouvoir distinguer les acteurs clefs du narcotrafic, notamment un certain Monsieur Alvaro Uribe qui favorisera le développement des milices privées et du paramilitarisme avec la création des CONVIVIR en 1991. Le but non avoué fut de s’assurer le contrôle du marché des drogues et de s’approprier des terres hors de tout contrôle légal. Ces connexions n’ont jamais été aussi puissantes, elles rongent une bonne part de l’appareil étatique, elles participent à une guerre qui ne semble pas connaître de nom et de fin, et nous fait vivre une hypocrisie hors de toute proportion.

    Ces dernières années ont été marquées par d’innombrables atteintes à la dignité humaine, il est facile de tout mettre sur le dos des mouvements rebelles, l’objet n’est pas de nier leurs responsabilités criminelles, mais toute proportion gardée ils ne sont qu’un rouage dans l’organisation des trafics de drogue et en premier lieu chez les achemineurs. Pour évidence, les FARC ou l’ELN ne disposent pas des relais et moyens suffisants, ils ne contrôlent pas les circuits de distributions et le recyclage de l’argent sale. Bien que certains de ses parrains se trouvent incarcérés aux USA, les mafias colombiennes sont toujours aussi actives et nocives. La première incidence est le niveau record de la criminalité. Son point culminant a été d’environ 32.000 morts en 2002 dont 8 à 10.000 morts en raison du conflit armé, de 1979 à 2002, il s’agit d’une multiplication par cinq ou six fois du nombre de décès civils par mort violente en vingt ans (80% des homicides étant le fait d’une arme à feu).


    La Colombie n’est pas un pays pauvre


    Alvaro Uribe en se faisant élire président en 2002 met un terme au bipartisme, toutefois il consolide une pensée binaire et perpétue une domination quasi moyenâgeuse des rapports sociaux. Que dire d’une économie nationale aux mains d’une infime minorité, ou vendue à la pièce et au profit de multinationales ? Que dire de tous ces mécanismes obscures qui alimentent les marchés parallèles et noyautent le monde politique colombien ? Au nom de l’ouverture à des capitaux extérieurs, le président n’a fait que défaire le peu de mesures sociales existantes en privatisant l’assurance sociale et l’éducation, et en fermant des hôpitaux publics. La Colombie n’est pas un pays pauvre si l’on prend en compte ses richesses minérales et vivrières, sauf que 54% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et qu’en parallèle 2% des plus riches détiennent plus de 50% des terres agricoles.

    Cette nation est très attractive pour les investisseurs, c’est même une fierté du président que d’avoir quintuplé les investissements étrangers (2 milliards de dollars à son arrivée au pouvoir). La force d’Uribe aura été de faire croire qu’avec lui la guerre n’existait pas et se limitait à un phénomène qualifié de terroriste. Dans la même veine, il s‘appuya sur le discours son ami Bush junior sur le thème de cette menace, en assimilant tout ce qui lui était opposé à des terroristes et en désignant les Forces Armées Révolutionnaires comme la cause de toutes les horreurs se produisant dans le pays. Le martelage a gagné bon nombre d’esprits en Colombie et via bon nombre de médias internationaux, mais pour autant la guerre a continué, et le déplacement de dizaines de milliers de réfugiés par an s’est poursuivi et s’est plutôt amplifié sous le deuxième mandat du président Uribe (plus de 300.000 en 2008).


    Effet Ingrid Betancourt aidant...


    Car ces dernières années, effet Ingrid Betancourt aidant, les FARC sont devenues responsables de toutes les difficultés du pays, et tous ceux qui critiquent la politique de sécurité nationale sont désignés publiquement comme des «amis» des FARC. Des syndicalistes, des journalistes ou des militants d’ONG s’activant en faveur de la paix ou pour les droits sociaux se sont trouvés amalgamés dans cette rhétorique quelque peu outrancière. Et la Colombie au fil des ans est et demeure la nation la plus dangereuse pour l’exercice du syndicalisme. Avec un tel angle de dénigrement, il devient difficile de relater une insécurité qui dépasse quand même l’entendement, et qui est loin d’être la seule responsabilité des guérillas (ELN et FARC).

    Elles seraient responsables d’un quart des victimes civiles du conflit armé. Mais attention, ces chiffres ne prennent pas en compte les disparus dont les estimations varient de 150 à 300.000 personnes pour ces dix dernières années. Les guérillas ne sont pas exemptes de condamnations, elles ont à leur actif des crimes de guerre et contre l’humanité qui au titre du droit international sont passibles du Tribunal Pénal International. En premier lieu ce qui touche à la question des populations civiles non armée sur un territoire en guerre, et à ce sujet chaque combat provoque son lot de victimes innocentes et souvent plus que le nombre de soldats tombés sur un champ de bataille. Le sort des populations civiles en temps de guerre n’est pas simple, il est même paradoxale, car les civils sont toujours les premières victimes.

    Surtout quand le but est de ne pas aborder certaines évidences, c’est-à-dire les 75% de crimes perpétrés par l’armée régulière et les milices paramilitaires ces dernières années, mais à nouveau en ne prenant pas en compte les personnes disparues, et le haut niveau de criminalité, notamment maffieuse, qui n’est en rien hors du conflit en cours, commerce de la drogue oblige. Vous comprenez ainsi qu’il est presque impossible d’établir des données fiables sur le nombre des décès civils, particulièrement dans un univers où l’on a découvert plusieurs charniers ces dernières années dans les campagnes, et la dernière fosse commune trouvée en ce début d’année 2010 rassemblait 2000 cadavres. Dans les faits les crimes du paramiltarisme et de l’armée régulière sont sous-évalués, et il y aura inévitablement de nouvelles découvertes macabres dans les mois et années à venir (l’on estime à minima à 2.000 charniers restant à découvrir).


    Méthodes pour ne pas avoir un état réel du nombre de morts


    Il est à souligner que le journal La Croix est le premier quotidien français a relaté l’existence de fours crématoires en Colombie (1), comme il est peu fait état des disparus donnés en pâture aux crocodiles, des méthodes très utiles pour ne pas avoir un état réel du nombre de morts. Qui va se soucier de petits paysans ou ouvriers agricoles ? Ils sont non seulement confrontés de chaque part à des pressions des forces en présence, mais en plus, ils subissent une guerre au quotidien sans véritable relâche. Rajouté à tout cela près d’un millier de réfugiés par jour obligés de fuir les affrontements armés, nous atteignons des sommets de cynisme quant à l’efficacité du président Uribe et sa politique de «sécurité démocratique».

    Ces huit années passés au pouvoir ont simplement légitimé un mensonge d’État visant à manipuler les esprits. En pur produit hollywoodien Uribe s’est fait passé pour le «chevalier blanc» qui allait tout nettoyer sur son passage. Et le «nettoyage» au sens militaire du terme a certes marqué des points, mais les mécanismes criminels n’ont pas changé, et ils sont restés conformes à un ordre manifestement peu soucieux des règles d’un état de droit. Certains aspects de cette guerre peuvent nous échapper, si l’on ne pose pas la question du mélange des genres entre politique, le paramilitarisme et le contrôle des cartels toujours en présence sur les narcotafics. Cet ensemble politico-militaire et maffieux est le résultat de la complexité et de l’ampleur des déséquilibres existants depuis le milieu des années 1970 et des liens étroits qui se sont établis entre les pouvoirs politiques, judiciaires, militaires et les pieuvres locales de la drogue.


    Liens entre paramilitaires et réseaux de drogues mis à jour

    Si le président Uribe n’est pas le «chevalier blanc », mais qui est-il, et que nous connaissons-nous de ses liens avec le paramilitarisme ou bien le dénommé Pablo Escobar ? Il contribua à la création des CONVIVIR, des groupes paramilitaires ou milices privées, qui ont été financer avec l’appui des grands propriétaires terriens et le narcotrafic. Les liens entre les paramilitaires et les réseaux de drogues ont autre été mis à jour, entre autre par les aveux ou confessions récentes de Salvatore Mancuso (2), il fut un proche d’Alvaro Uribe, lui et sa famille (3).

    Pour ce qui est du lien entre Pablo Escobar et Alvaro Uribe, il marque à la fois l’entrée en politique de ce dernier et l’élimination du premier pour accomplir un chemin jusqu’au mandat suprême. Pareillement, pourquoi Alvaro Uribe Velez est-il répertorié comme le narcotrafiquant numéro 82 au sein des archives du Département d’État étasunien? (4). Comment se fait-il que les USA aient accepté que cet homme puisse se faire élire avec de telles charges pesant sur lui, tout en continuant à financer par milliard de dollars un plan de lutte contre la culture et le trafic des drogues, le plan « Colombia » initié par Bill Clinton et son homologue colombien Pastrana ? Et question au demeurant sans réponse réelle à apporter pourquoi en 12 ans de lutte, personne n’a pu constater un infléchissement véritable  du marché ? Il est resté stable à environ 700 à 800 tonnes de cocaïne exportées et concernant principalement deux marchés, les USA et l’Europe.     


    Une continuation certaine 

    Les derniers mois de la présidence d’Alvaro Uribe ne signalent pas la fin d’un système, tout semble se présenter dans une continuation certaine, si Juan Manuel Santos devenait le prochain président de la Colombie. Ce dernier fut au poste de ministre de la défense et s’est retrouvé en première ligne lors du scandale des exécutions extrajudiciaires de jeunes hommes civils, ceci pour le but de faire du chiffre et de toucher des primes sur de faux combattants prétendument tués au combat. Cette affaire des « faux positifs » (4) est un des révélateurs, de comment a été organisé ces dernières années un silence de plomb au sein de la société civile. Des outils de délations permettent à des citoyens de dénoncer contre une rétribution un mal-pensant ou «un terroriste» en puissance, c’est le cas récent par exemple de comment dans les universités, il est possible de toucher un petit pécule pour dénoncer ses petits camarades.

    Il en est de même à l’extérieur du pays via certaines ambassades surveillant leurs ressortissants à l’étranger et traquant des nationaux non conformes et toujours sous le titre d’appartenance aux FARC. C’est ainsi que croupi en prison un académicien, Miguel Angel Beltrán. Jusqu’à l’an dernier, il donnait des cours au Mexique. Il s’est retrouvé extradé et mis sous les verrous sous la fallacieuse accusation d’appartenance aux FARC. Et ce n’est pas un cas isolé, il est question de 7.500 prisonniers politiques. Un jour qui sait, il sera temps de porter un regard lucide sur la Colombie… C’est un peu tout l’enjeu de comprendre, pourquoi cette société supporte depuis des décennies de tels déséquilibres ? Il en va surtout d’une guerre qui plonge le pays tout entier dans l’anonymat, une négation patente des crimes qui y sont commis.

    Source: "Le Grenier" de Lionel Mesnard

    Notes :

    (1) « Les paramilitaires colombiens avouent 30 000 meurtres » par Christine Renaudat
    http://www.la-croix.com/Les-paramilitaires-colombiens-avouent-30-000-meurtres/article/2415418/4077
    (2) Ancien chef paramilitaire ou milicien des AUC (Armées Combattantes Unies), Salvatore Mancuso est actuellement en prison pour narcotrafic aux USA.
    (3) PANTUANA TV , Uribe en sus tierras (vidéo en espagnol) :
    http://www.dailymotion.com/video/x8tkag_uribe-velez-en-sus-tierras_news
    (4) PANTUANA TV, Alvaro Uribe, saint ou démon ? (vidéo en espagnol) : http://www.dailymotion.com/video/xb2bjk_alvaro-uribe-santo-o-demonio_news
    (5) PANTUANA TV, Los Falsos-Positivos (vidéo en espagnol)
    1ère partie : http://www.dailymotion.com/video/xb2x0g_falsos-positivos-1-2_news
    2éme partie : http://www.dailymotion.com/video/xb2w6t_falsos-positivos-2-2_news

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  • L'Union européenne récompense la violence du gouvernement colombien

    Investig'Action   
    L'Union européenne a ratifié un traité de libre échange avec la Colombie le 18 mai. En même temps, quatre Colombiens membres du REDHER (Réseau de fraternité et de solidarité avec la Colombie) étaient venus, sous l'initative de J.L. Mélenchon du Groupe Unitaire Européen (GUE), témoigner au Parlement européen de la répression qui sévit dans leur pays, des nettoyages ethniques et des catastrophes écologiques causées par l’exploitation des ressources. Ces témoignages devaient servir d’arguments pour que l'Europe rejette cette alliance qui récompense un régime bafouant les droits de l'homme. Investig'Action était le seul média à couvrir l’événement.


    « L'action de l'Union européenne sur la scène internationale repose sur les principes qui ont présidé à sa création. Elle vise à promouvoir dans le reste du monde: la démocratie, l'État de droit, l'universalité et l'indivisibilité des droits de l'homme, le respect de la dignité humaine. L'Union s'efforce de développer des relations et de construire des partenariats avec les pays qui partagent ces principes. »

    Il s'agit de l'article III – 292 de la constitution européenne. On pourrait donc en déduire que la Colombie, en train de signer un accord de libre-échange avec l’UE, est un pays qui respecte les droits de l’homme.

    Zoraida HERNANDEZ, avocate et présidente de l’association SEMBRAR, dont le but est d’offrir des services juridiques aux communautés indigènes et paysannes.

    La Colombie traverse un conflit social armé depuis plusieurs décennies où sont reconnus deux acteurs : les guérillas et l'Etat. Dans le cadre de cette guerre, l'Etat a initié une série de violations des droits de l'homme systématiques et généralisées, surtout au dépend des communautés et de la société civile. Pour donner des chiffres :
    5 millions de déplacés
    80 000 homicides ou exécutions extra-judiciaires attribuables à des groupes paramilitaires formés par l'Etat.
    15 000 personnes torturées
    50 000 personnes disparues dont la responsabilité directe est attribuée à l'Etat.
    7500 personnes incarcérées

    C'est pour cela que nous disons qu'il n'existe ni liberté, ni démocratie, bien que ce soit écrit dans notre Constitution. La démocratie, ce n'est pas seulement aller voter pour un candidat, mais c’est avoir une liberté d'expression et d'association, le pouvoir de décider sur le développement et le futur des communautés. Cela implique une participation réelle dans la vie politique, un respect envers l'opposition politique et envers les défenseurs des droits de l'homme.


    Ceci est justifié, nous dit-on, par la présence d'une guérilla qui se bat contre l'Etat et par l'existence du trafic de cocaïne...


    Z.H. : Cela a été l'excuse : on aurait formé des groupes paramilitaires pour combattre les guérilleros. Ce projet paramilitaire a été négocié de manière directe par l'Etat et appuyé par les USA dans une supposée lutte contre l'insurrection, mais L'Histoire nous a montré que ces soi-disant insurgés sont en fait des victimes de la répression, ce sont des membres de la société civile, des syndicalistes, des étudiants organisés, l'opposition politique, les défenseurs des droits de l'homme et les communautés qui s'opposent à un certain modèle de développement économique.

    Qui bénéficie de la guerre dans notre pays ? Qui est donc le responsable de ce type de violations ? L'objectif réel de ce projet paramilitaire était de pouvoir développer des méga-projets économiques dans notre pays. La Colombie est un pays riche en ressources naturelles (pétrole, or, bois précieux...) et presque tout le territoire est sollicité par des entreprises transnationales qui souhaitent extraire ces ressources. La guérilla a été une excuse pour déplacer les populations, pour l'extermination et le génocide.

    Le trafic de drogue est aussi une excuse. Il existe bien-sûr, mais uniquement pour garantir un pouvoir qui s'est maintenu jusqu'à maintenant. Nous avons dénoncé l’existence d’une mafia au pouvoir au sein de ces gouvernements qui se succèdent.


    Que demandez-vous à l'Union européenne ?


    Z.H. : Nous sommes ici dans ce parlement européen et nous avons honte de notre parlement. Suite aux dénonciations des victimes et grâce à notre travail, il y a des enquêtes sur 113 de nos parlementaires. Il y a des enquêtes sur les financements réalisés par ces parlementaires aux groupes paramilitaires.
    C'est une honte et malgré cela l'Union européenne va signer un traité de libre échange avec la Colombie. Nous sommes ici pour demander à l'Europe pourquoi elle apporte son soutien à un tel régime. Quel est le soutien aux défenseurs des droits de l'homme dans le monde ? Quel est le soutien aux initiatives de la paix, si on récompense un gouvernement qui viole les droits de l'homme de manière évidente ?
    Au lieu de récompenser ce gouvernement, nous voulons que l’UE annule ce traité de libre échange et, qu’à l'inverse, soit récompensées les initiatives et les propositions de paix qui se construisent en Colombie.

    La ratification de ce traité signifierait une légitimation de cette guerre dont nous sommes fatigués. Ce serait un double discours sur les droits de l'homme dans le monde. Ce serait approfondir un modèle de développement destructeur, contraire à la vision du futur que souhaitent construire les peuples indigènes ou de descendance africaine et les paysans colombiens qui proposent un modèle différent. Ce serait contribuer à la continuation cette répression féroce. Ce serait renforcer l'impunité qui existe en Colombie.

    Ce traité de libre échange ne doit pas être signé parce que cela approfondirait le conflit armé. Sinon ce serait tourner le dos aux défenseurs de droits de l'homme et aux communautés qui sont en train de construire un pays différent.

    Nous voulons vivre dignes, respectés, avec nos visions propres du développement.

    Nous alertons aujourd'hui la communauté internationale que le paramilitarisme continue à exister, qu'il n y a aucun processus de démobilisation, mais au contraire : un processus de légalisation des paramilitaires et d'amnistie par le gouvernement d’Alvaro Uribe. Il n'y aura pas de réconciliation, ni de pardon tant que la vérité ne sera pas connue et la justice faite.


    Quelles formes prennent ces violations des droits de l'homme ?


    Adelso GALLO - Leader paysan et président de la mutuelle agricole Coagrosarare :

    L'Etat colombien a mis en œuvre des méthodes systématiques pour réprimer. Cette répression est exercée par le gouvernement et l'oligarchie transnationale, sur les organisations de défense juridique, mais pas seulement : tous ceux qui sont dans l'opposition politique, au sens large, pas au niveau électoral, mais au niveau social.

    Les paramilitaires utilisent tous les moyens pour générer la terreur. Par exemple, ils essaient de nous intimider, de nous terroriser avec des lettres anonymes, des appels téléphoniques, en effrayant nos enfants qui se rendent à l'école située à de nombreux kilomètres. Toute une série de harcèlements. Ils vont jusqu'à utiliser des tronçonneuses pour intimider des gens qui doivent aller témoigner. 

    Mais il y a encore plus grave : les captures massives. Ils opèrent dans ce qu'ils appellent les zones de réhabilitation et de consolidation qui sont en fait les régions qui sont connues pour leurs avancées en matière d'organisation sociale. Les captures massives ont réussies, non seulement à déstabiliser le tissu social, mais aussi humain. Ces opérations servent à en finir avec le tissu social et implanter leur modèle de sécurité « démocratique ». En plein 21ème siècle, la Colombie est un pays où on peut encore trouver des camps de concentration de type nazi. Et je peux le dire très précisément car j'ai vécu cela en 2002, où j'ai été déporté avec 3500 personnes, en un seul jour.
     
    Nous avons été embarqués, puis concentrés sur une place où nous fumes attachés comme des animaux pour ne pas sortir de là. Ensuite, ils ont sélectionnés ceux dont ils devraient se débarrasser. Ils ne peuvent pas nous emmener en justice lors de captures massives car c'est illégal. Ils libèrent alors les leaders sociaux parce qu'il n'y a aucune charge contre eux. Mais ensuite, les militaires changent simplement de brassard et deviennent paramilitaires, pour terminer le massacre. Ils découpent les corps, puis les brulent dans des fours crématoires ou les jettent aux caïmans pour qu'on ne puisse pas trouver les corps. Une activité macabre inimaginable ! Nous avons des preuves. Puis ils retournent le brassard à nouveau et redeviennent militaires de l'armée officielle. Ça date de 2002,  mais maintenant, en 2010, cette pratique continue de la même manière. On continue à emmener des villages entiers dans des camps de concentration. Il y a de nombreux cas dénoncés et vérifiés.

    Il y a aussi les exécutions extrajudiciaires pour montrer au monde, qu'en Colombie, on tue des terroristes. Mais en fait ce sont des paysans, des pauvres des quartiers, des marginaux ou des handicapés mentaux que l'on a trompés. On leur a proposé un travail à l'autre bout du pays. Ils ont été transportés là puis exécutés. Ensuite, on les a habillés d'uniformes et on a placé des armes avec eux, pour montrer à la presse internationale les résultats de la guerre contre le terrorisme. Ils font croire qu'ils tuent des guérilleros au combat. Plus de 1800 cas sont prouvés, mais malheureusement, nous devrions en atteindre plus de 3000 avec ceux qui sont encore sous enquête. Tous ces cas ont été dénoncés, c'est pour cela que nous sommes persécutés.

    Ils utilisent aussi le système judiciaire pour nous persécuter. Avec notamment les lois anti-terroristes. Ils peuvent m'accuser que dans ma ferme un acte terroriste a été planifié et me prendre ma ferme. Ou ils peuvent dire que des guérilleros sont passés près de ma ferme et que je ne les ai pas dénoncés : je deviens un collabo et je perds mon terrain.
    Ils prennent aussi les terres aux paysans au moyen de décrets. Même si cette pratique devient moins courante car elle est connue du grand public et la Cour constitutionnelle en a honte. Ce qu'ils font ne peut plus être dissimulé. On peut prendre un terrain à un paysan si ce bout de terrain est considéré d'intérêt national pour les minéraux. Mais ce n'est même pas une compagnie nationale qui va l'exploiter, c’est une multinationale !

    Et c'est seulement pour montrer quelques unes des méthodes de terreur face aux mouvements sociaux.


    Quelle est le rôle des entreprises étrangères ?


    A.G. : Pour comprendre ce qu'il se passe au niveau de la violation des droits de l'homme, il faut savoir qu'il y a un objectif : l'appropriation du territoire pour l'exploitation des ressources naturelles par les multinationales présentes dans le pays. Par exemple : les 3 plus grandes compagnies pétrolières au monde : Exxon (USA), BP (Britannique), Repsol (Espagne) se retrouvent à l'est du pays dans la région d'Arauca, frontalière avec le Venezuela. Toutes trois sont auteurs de massacres. BP est tristement célèbre pour l'élimination physique de tout un village. Il y a des preuves et des militaires au service de BP sont actuellement dans un processus judiciaire. Les exemples sont très nombreux. On élimine physiquement et on s'accapare les territoires. Les compagnies pétrolières possèdent actuellement un quart de la région d'Arauca, une région écologiquement riche qu'elles sont aussi en train de mettre à mal. Dans les zones forestières, ils détruisent des niches écologiques dans le poumon du monde qu'est l'Amazonie.

    Si on prend l'exemple de la compagnie bananière Chiquita. Ils ont dû accepter le fait que des tueurs à gages et des paramilitaires ont reçu des fonds directs de l'entreprise pour nettoyer ces territoires en éliminant les paysans qui s'y trouvaient. Ceux qui réclamaient leurs terres, ils les tuaient avec des armes en provenance des Etats-Unis. Ils ont dû déclarer combien de millions de dollars ils avaient dépensé pour ces armes.

    Mais que dire encore de Coca Cola ? Il y a une campagne internationale qui les a obligé de déclarer jusqu'où ils étaient compromis avec le gouvernement colombien dans l'assassinat de syndicalistes.

    Que peut-on dire encore de l’Anglogold Ashanti qui est compromise dans un massacre dans la zone d'exploitation de l'or ? Et ils demandent encore 3,2 millions d'hectares, 11,5 % du territoire national, pour continuer l'exploitation. Si on donne ces 11,5 % à cette multinationale qui a déjà fait déplacer 75% des paysans vers les zones urbaines, combien de paysans vont devoir quitter la Colombie ? Parce que ces multinationales, toutes réunies peuvent avoir toute la Colombie.

    Là aussi, il ne s'agit que de quelques exemples, mais il y en a beaucoup.


    Isabel Cristina Pardo - Directrice de la FCSPP (Fondation Comité de Solidarité avec les Prisonniers Politiques) :

    Nous pouvons parler de 5 millions de déplacés, 7500 détenus politiques dont la grande majorité sont des leaders sociaux, des étudiants, des paysans, des travailleurs, des femmes et seulement 500 sont des guérilléros.
    Les conditions dans lesquelles ils vivent en prison ne sont pas humaines. Ils sont soumis à des tortures physiques et psychologiques. Physique, comme avec la méthode de l'étouffement par immersion ; ils sont frappés et subissent des fractures des membres, des côtes. Les officiers de l'Etat disent qu'ils ne violent pas les droits de l'homme, mais qu'ils sont en légitime défense face à ce qu'ils nomment des terroristes. Mais cela ne s'arrête pas là. Leurs familles subissent également cette torture car elles sont déplacées dans des zones éloignées de leur région d'origine. Les prisonniers se retrouvent sans la possibilité de voir leurs proches. Il s'agit bien de torture psychologique à ce niveau.


    J.G. réfugié en Europe (émotion forte dans la voix) :

    J'ai été victime d'enlèvement, de torture et condamné à mort par des paramilitaires sous commandement direct de l'armée. J'ai pu m'enfuir, très blessé. Ils m'ont poursuivi. Et pas seulement moi, mais toute ma famille. Ils ont réussi à désintégrer toute la famille. Un de mes frères est en prison. Et tous les autres ont été déplacés. Des cas comme celui-ci, il y en a beaucoup. Et peu témoigneront parce qu'ils ont été poursuivis jusqu'à être assassinés.


    Mais ils ne se contentent pas de nous faire disparaître physiquement. Administrativement, je n'existe plus. Ils sortent les actes de naissance des registres, toutes les données personnelles, les brûlent, puis vont prendre leurs cibles à leur domicile, les tuent, les découpent en morceau et les jettent dans la rivière. Terminé. Ils appliquent cette méthode depuis longtemps. Et les familles se retrouvent sans défense car sans registre civil, il ne peut pas y avoir de plainte. Rien.


    On ne peut pas dire que les responsables sont seulement les paramilitaires car en fait ils sont l'Etat même. Ceux qui commettent les massacres sont membre de l'Etat. Nous avons le cas de ce village où ils sont entrés, ont torturé les paysans, pillé les maisons et le jour suivant l'armée est arrivé, mais c'étaient les mêmes visages avec des bracelets de l'armée colombienne pour redonner quelques objets volés aux paysans. Ils ont dit qu'ils étaient désolés de ce qui était arrivé et qu'ils pouvaient recevoir les plaintes s'il y en avait... pour ensuite les assassiner. Ceux qui ont osé parler, ont dû abandonner la région immédiatement.


    A.G. : Il y a d'autres mécanismes, plus sournois, que l'Etat met en pratique pour mettre la population civile dans le conflit armé et pour que n'importe quel paysan ou lutteur sociale devienne une cible.

    Par exemple : le programme « Soldadito por un dia » (petit soldat d'un jour). Les enfants des quartiers pauvres ou des zones rurales contrôlées par l'armée sont emmenés une journée dans les casernes. Ils mettent un uniforme, apprennent à se servir d'un fusil. Ils leurs apprennent que quand ils seront grands, ils devront tuer l'ennemi. Ils réalisent un bombardement idéologique pour préparer les cerveaux à se mettre au service de la guerre. Les enfants de Colombie ne veulent pas faire le service militaire et se servir d'armes avec lesquelles leur famille a peut-être été tuée. Mais nous sommes obligés. Si on refuse, nous sommes exclus de la société.

    Autre programme : le « million d'amis ». Ils recrutent des étudiants et des chauffeurs de taxi qui pour 30 euros par mois deviennent des informateurs.

    Mais il y a pire que ces « programmes sociaux » où ils cherchent à embrigader les gens sans leur permettre de réfléchir.  Des paysans ou habitants des zones naturelles doivent signer des actes où est écrit : « Forces militaires, brigade X ou Y, de l'armée nationale de Colombie ». Les gens se retrouvent dans la liste du réseau des collaborateurs de l'Etat. Il y a eu des plaintes dans mon village et personnellement je l'ai vu dans un terminal d'autobus, la police faisait signer les gens sans savoir ce qu'il y avait écrit : « Liste des assistants de la police ». Et ces listes peuvent se retrouver dans la guérilla pour leur donner des cibles militaires. Alors cela donne au gouvernement des excuses pour encore plus de répression.

    Z.H. : La législation a été changée. Avant on ne pouvait pas aller en prison pour un délit de rébellion. Si on allait en prison, c'était pour ce qu'on aurait pu faire comme rebelle : porter une arme, commettre un homicide... Mais depuis 2001, le délit de rébellion a été transformé en crime terroriste avec des peines de neuf à dix-huit ans à quoi s'ajoutent toutes les autres peines ! L'accusation de terrorisme s'applique à de nombreux cas de protestation sociale. Il s'agit d'une criminalisation de la lutte sociale. Des étudiants qui vont aller manifester peuvent être accusés de terrorisme et ils vont être harcelés par de multiples enquêtes. Pendant que les paramilitaires condamnés pour des massacres ne vont pas plus de huit ans en prison, certains leaders sociaux y resteront quinze ou dix-huit ans pour rébellion.

    Les médias colombiens dénoncent-ils ces abus ?

    Z.H. : En Colombie la réalité est totalement cachée et les premiers complices sont les médias de communication. Nous voudrions que les médias étrangers puissent connaître la réalité et que leurs sources ne soient pas uniquement les médias officiels de Colombie. Il faut réinventer de nouvelles formes d'accéder à l'information. Allez à la source directe de l'information, là où les populations souffrent de la guerre en Colombie !


    Ces médias, colombiens ou européens, nous disent pourtant que le gouvernement a fait des avancées en matière de droits de l’homme…


    Z.H. : Le gouvernement colombien veut montrer que l'opposition est respectée et que les défenseurs des droits de l'homme peuvent travailler sans problèmes. Mais ils présentent ceci avec cette argumentation : « il y a eu moins d'assassinat de défenseurs des droits de l'homme et de syndicalistes. »

    C'est une honte ! Nous ce que nous voulons est qu'il n'y ait plus d'assassinats, d'arrestations, de poursuites et au contraire garantir la protection et son travail.

    Un exemple pour montrer que l'on nous empêche de travailler : tout l'ensemble d'actions illégales et arbitraires orchestrées depuis la présidence en créant des bureaux d'intelligence comme le Département Administratif de Sécurité qui peuvent absolument tout contrôler, de manière illégale. 1808 lignes sont sur écoute dont celles des défenseurs des droits de l'homme, de la Cour suprême de justice, de la Cour constitutionnelle, des représentants des communautés et même des internationaux comme des fonctionnaires des Nations Unies, des diplomates et des eurodéputés, en fait, toutes les personnes vues comme une menace pour le pouvoir.

    De nombreux avocats sont détenus. J'ai pleuré nombre de mes camarades qui ont été assassinés, j'ai été témoin de départ de gens devant quitter le pays. C’est une honte de voir une responsabilité aussi directe du gouvernement colombien dans ces persécutions.

    Ma maison a été photographiée, surveillée, mes communications ont été interceptées et pas pour des raisons d'intelligence d'Etat, mais pour pouvoir se charger de nous. Car tous les défenseurs des droits de l'homme qui ont été listé par le DAS n'existent plus. Des ordres ont été donnés, ils ont été assassinés.

    Nous travaillons dans des conditions d'isolement et d'hostilité permanente. Et non seulement de la part des paramilitaires, mais aussi des hauts fonctionnaires. Bien sûr, notre travail dérange car nous essayons de dire la vérité au monde. Alors on essaie de nous mettre des bâtons dans les roues en insinuant que nous travaillons pour les guérilleros.

    Le 9 avril 2010, nous avons été victime d'un coup monté judiciaire. On a voulu nous impliquer dans un cas d'homicide. Depuis plusieurs semaines, je reçois des appels anonymes. Ils veulent me déstabiliser.

    Mais la lutte contre nous se fait aussi de manière publique et ouverte. Il y a quinze jours, le prêtre Javier Girardo, une figure emblématique de notre lutte pour les droits de l'homme, a subi des menaces. En plein centre de Bogota, sur les murs de la ville, on pouvait lire des menaces de mort à son encontre.

    Il y a 15 jours, le groupe paramilitaire Los Rastrojos, dans le sud de la Colombie, a donné une liste de 60 organisations devenant cibles militaires, dont une fait partie du programme des Nations Unies de défense des droits de l'homme (PNUD)

    Malgré toutes les recommandations qui ont été faites, le gouvernement ne cesse pas cette répression et stigmatisation de nos mouvements. Au contraire...

    C'est une honte que la communauté internationale en ce moment récompense cette situation avec l'Union européenne signant ce traité de libre échange.


    1.Un « Forum social et Humanitaire » aura lieu du 26 au 28 juillet à Arauca – Colombie, dans le  cadre de la campagne contre la présence de multinationales pétrolières dans la région. La souveraineté, dignité, le respect des droits de l’homme.
    2.« Le Forum des femmes des Amériques pour la souveraineté des peuples et contre la présence des bases militaires nord américaines » se déroulera du 16 au 24 août à Barrancabermeja – Colombie


    DOSSIER : COLOMBIE, AMIE DE L'EUROPE

    Investig'Action - L'Union européenne récompense la violence du gouvernement colombien
    Des millions de vies détruites pour une poignée d'euros

    Lionel Mesnard - Alvaro Uribe, la fin d’un mandat n’est pas la fin d’un système
    Ce vote à de nouveau investi des proches des paramilitaires et de leurs réseaux maffieux

    Michel Collon - Monsanto, Del Monte et Cie assassinent les arbres. Et les gens
    Omniprésentes dans nos supermarchés, ces multinationales sont des serial killers


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  • Colombie : La mort BIO

    Cela a été annoncé comme une faveur faite aux Colombiens et à leurs terres. Il ne s’agit pas de décréter la moindre réforme agraire favorisant le paysan. Il ne s’agit pas de commencer à faire en sorte que les cinq millions d’habitants indigents mangent à leur faim. Ni que l’armée et ses paramilitaires cessent d’assassiner des innocents. Il ne s’agit pas non plus de la volonté de négocier avec la guérilla pour mettre fin à la guerre.

    Rien de tout cela : les Forces Armées se mettent à la mode mondiale avec le bio, le vert, l’écologique. Voilà l’extraordinaire nouvelle.

    L’Industrie militaire, Indumil, a annoncé le premier juin qu’elle était en train de perfectionner les bombes « intelligentes » de 250 kg, les mêmes qui sont déjà fabriquées en Colombie avec les technologies israélienne et étasunienne.

    Comme le dit ce même communiqué militaire, l’innovation réside dans le fait qu’elles seront « écologiques », car fabriquées avec des « explosifs biodégradables, qui cherchent à protéger la population civile des attaques indiscriminées ou des accidents ». Texto.

    Le journal El Tiempo de Bogota note à ce sujet : « Les bombes que fabrique Indumil, outre le fait d’offrir une meilleure précision, possèdent un composant écologico-humanitaire. En collaboration avec différentes universités, elle a travaillé à l’élaboration d’explosifs "biodégradables". » Encore une fois, c’est ce qui est écrit mot pour mot, bien que cela paraisse insensé.

    Ce qui les rend « écologico-humanitaires », c’est que celles qui n’explosent pas « perdent leur puissance au bout d’un certain temps, ce qui évite les risques pour la population civile et les combattants. » Il n’est pas précisé quelle sera l’action ’bio’ ni ’écolo’ sur les corps détruits par les bombes qui exploseront.

    Etonnant hasard, à la fin de cette même journée (le premier juin), dans la ville de Cali, au sud-ouest du pays, les habitants des quartiers proches du bataillon Pichincha ont commencé à ressentir des brûlures aux yeux, des maux de tête, des difficultés à respirer, des congestions nasales et des fortes nausées. Comme le dit un témoin, « des symptômes qui s’accentuaient proportionnellement au désespoir de ne pas savoir ce qui se passait ni comment agir. » Démunis, les gens se sont précipités dans les rues à la recherche d’une aide qui n’est jamais arrivée.

    Quand ils ont appelé la police et les organismes de secours, ils ont appris que des expériences sur les bombes avaient lieu dans le bataillon, que « des gaz s’étaient échappés », mais qu’il n’était pas possible de faire quoi que ce soit, car l’armée est autonome. Il n’y avait qu’à attendre que les effets s’estompent tout seuls. A huit heures du soir, des personnes avaient encore des maux de tête et de vives irritations aux yeux.

    Si cela peut arriver dans l’une des villes les plus importantes du pays, que ne se passe-t-il pas dans les campagnes ?

    Devant ces bombes ’vertes’ et ’intelligentes’, des questions se posent, comme celles-ci : Combien de milliers de paysans sont-ils morts sous les bombes ’stupides’ lancées depuis 1964, quand il fut décidé d’en finir militairement avec les guérillas ? Combien de milliers de kilomètres carrés de terres ont-ils été contaminés par les produits toxiques contenus dans ces explosifs ? Quand donc l’Etat colombien commencera t-il à investir dans le maïs, les maisons, la santé, l’éducation, et tout ce qui amène la vie et la paix, que ce soit de façon écologique ou même traditionnelle ?

    Hernando Calvo Ospina ici
    http://www.hernandocalvoospina.com/

    Traduction : Hélène Anger


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  • “Nous sommes en guerre économique”, dit le Président vénézuélien

    2 Juin 2010 par Eva Golinger, http://www.chavezcode.com/2010/06/we-are-in-economic-war.html, traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société


    “Faites hurler leur économie, avait écrit Henry Kissinger dans une note aux forces de la CIA qui travaillaient à renverser le Président Salvador Allende au Chili au début des années 1970. Peu après, le pays Sud Américain était submergé par une vague de sabotage économique, tandis que des travailleurs se mettaient en grève et que des patrons montaient leurs prix, fermaient leurs portes temporairement et causaient une inflation massive, créant un climat général d’instabilité, qui a conduit au coup d’Etat qui a renversé Allende.

    La même stratégie a été appliquée au Venezuela en 2002. Un coup d’Etat d’abord réussi, mais qui s’est ensuite soldé par un échec, a été suivi par un sabotage économique qui a fait fermer l’industrie pétrolière et privé la nation de produits de consommation de base, provoquant plus de 20 millions de dollars américains de dégâts à l’économie, mais échouant à chasser Chavez du pouvoir. Les groupes patronaux, médiatiques, politiques et syndicaux qui ont soutenu le coup et le sabotage ont reçu un financement direct de Washington et de ses agences, y compris l’USAID, la National Endowment For Democracy, l’International Republican Institute et le National Democratic Institute For International Affairs.

    En 2007, ils ont à nouveau essayé, provoquant, à l’échelle de la nation, des pénuries de produits qui ont fait monter en flèche l’inflation, tout en faisant descendre des manifestations dans les rues et en alimentant l’attention des médias internationaux qui tentaient de dépeindre le gouvernement de Chavez comme dictatorial, répressif et en pleine crise.

    L’ancien Secrétaire d’Etat Américain Lawrence Eagleburger, a expliqué la stratégie et le rôle américains à l’époque sur Fox News, “la capacité de [Chavez] à attirer derrière lui le peuple vénézuélien, ne fonctionne que tant que le petit peuple du Venezuela voit la possibilité d’un meilleur niveau de vie. Si à un moment l’économie va vraiment mal, la popularité de Chavez dans le pays va diminuer à coup sûr et c’est l’unique arme que nous ayons contre lui et que nous devions utiliser : les outils économiques permettant d’essayer de rendre la situation économique encore plus difficile pour que son aura dans le pays et dans la région décline”

    Eagleburger, également conseiller du Président George W. Bush à l’époque, a continué en déclarant que “Tout ce que l’on peut faire pour rendre leur situation économique du moment plus difficile est une bonne chose, mais faisons le si possible d’une façon qui ne nous mette pas en conflit direct avec le Venezuela.”

    Sabotage

    Peu après les déclarations d’Eagleburger, l’économie du Venezuela a dégringolé. Mais la vague de nationalisations de plusieurs industries et compagnies menée par le gouvernement Chavez, combinée avec la ferme action légale engagée contre les entreprises stockant leurs produits et montant illégalement les prix, a sauvé le pays de la récession. L’année 2007 au Venezuela a été incroyablement difficile : même le papier toilette manquait dans le pays. On a découvert des tonnes de produits cachés au consommateur dans des entrepôts appartenant à des compagnies nationales et transnationales. D’autres produits étaient transportés illégalement à travers la frontière, vers la Colombie et le Panama, pour être revendus à des prix plus élevés.

    Ces dernières semaines, les vagues de sabotage se sont poursuivies. Parfois, le sucre est absent des rayons des supermarchés, provoquant la panique, d’autres fois, c’est le lait, ou la farine de maïs, les mouchoirs ou les haricots noirs. Ensuite, des quantités massives de ces produits sont trouvées dans des containers ou des entrepôts appartenant à des entreprises privées ou gérés par des fonctionnaires corrompus.

    Tout récemment, 32 tonnes de nourriture décomposée, y compris de l’huile, du café, du sucre, du beurre, du riz, des pâtes, de la viande et du lait, ont été découverts par l’agence de renseignements vénézuéliens, Sebin, dans 1300 containers à Puerto Cabello, au milieu de la côte nord. Les produits étaient destinés à être vendus dans les supermarchés subventionnés par l’Etat, Mercal et Pdval, mais des fonctionnaires corrompus les avaient volontairement laissés pourrir là pour provoquer des pénuries. Plusieurs fonctionnaires ont déjà été détenus et font l’objet d’enquêtes sur leur rôle dans cette affaire et dans d’autres actes de corruption et de sabotage dans l’industrie alimentaire.

    Le Président Chavez a déclaré la « guerre à la corruption » mercredi, ajoutant que «  Ces vices sont des vices du passé, et nous avons découvert de nombreux fonctionnaires impliqués dans la corruption, sur lesquels nous enquêterons pour les envoyer devant la justice. Personne ici n’est protégé de la corruption, celui qui tombe, tombe.» Chavez a révélé que, ces dernières années, plus de 30 fonctionnaires ont déjà été jugés et emprisonnés pour des faits de corruption liés à l’industrie alimentaire.

    Guerre économique

    Lors d’un événement qui s’est tenu mercredi dans une nouvelle usine socialiste, Diana Oil, Le Président Chavez a répondu à ses détracteurs du secteur privé, tempérant leurs accusations. “Ils disent que Chavez est en train de détruire le pays, que les travailleurs n’ont pas la capacité de gérer des compagnies et que la production gérée par les travailleurs est une idée folle. Ils disent que nous détruisons toutes les compagnies que nous dirigeons.”

    Chavez a également appelé à une réponse à ce qu’il perçoit comme une “guerre économique déclarée” contre le peuple et la Révolution. “J’appelle la vraie classe ouvrière du Venezuela à prendre part à la guerre économique contre la bourgeoise” s’est-il exclamé, ajoutant, “Je suis né pour cette bataille. Ils ont déclaré la guerre économique contre moi et j’appelle les travailleurs à me rejoindre dans le combat pour reprendre notre économie”

    Le Président Vénézuélien s’est exprimé en particulier en direction du plus gros producteur et distributeur d’aliments et de boissons du pays, Lorenzo Mendoza. L’un des hommes les plus riches du Venezuela, et un millionnaire répertorié par le magazine Forbes, Mendoza dirige les Entreprises Polar, qui produisent et distribuent des produits tels que la bière Polar, Pepsicola et toutes sortes de jus, vinaigres, sauces, crèmes glacées, céréales, conserves et surgelés.

    Chavez a répondu directement à l’affirmation de Mendoza que le Président Vénézuelien est en train de détruire le pays et a déclaré : “J’accepte votre défi. Allons-y. Vous avec vos millions et moi avec ma morale. Voyons qui dure le plus longtemps, vous avec votre Polar et vos riches, ou moi avec mon peuple et ma dignité de soldat révolutionnaire.” Chavez a également averti Mendoza que si sa compagnie continuait à stocker des produits, à spéculer et à violer la régulation des prix, Les Entreprises Polar seraient nationalisées.

    “Je n’ai pas peur de nationaliser Polar, Mendoza, alors faites attention. La loi est la loi” a déclaré le chef de l’Etat Vénézuélien.

    Polar a été l’une des principales compagnies qui ont provoqué des pénuries alimentaires ces dernières années, en stockant les biens de consommation dans ses centaines d’entrepôts dans tout le pays jusqu’à ce qu’assez de panique et de mécontentement aient été générés dans le pays. Ensuite, les produits sont mis sur le marché à des prix plus élevés, violant les régulations financières, provoquant l’inflation et dans le but d’handicaper l’économie.

    Mais cette semaine, le Président Chavez en a appelé à tous les secteurs, privés et publics, pour résister et combattre cette guerre économique. “Nous travaillions pour le bien être de tout le monde, même des classes supérieures et des entrepreneurs privés. Vous n’aurez pas la stabilité avant que le reste du pays ne l’ait, alors travaillons ensemble pour l’atteindre.”

    En dépit de la tourmente économique qui affecte le Venezuela, le taux de chômage a décru ces dernières années, et la pauvreté a été réduite de 70% à 23% depuis 1999.

    Source ici


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  • Honduras : L’ère du Loup

    Bilan de la présidence de Porfirio Lobo

    jeudi 10 juin 2010, par Primitivi

    Depuis que Porfirio Lobo assure la plus haute charge de l’État du Honduras les exactions, les tortures, les assassinats, et les violations des plus élémentaires des droits n’ont pas cessé, au contraire. Par contre les exécutants en ont appris avec le temps et ces actions sont devenues plus discrètes, laissant moins de traces pour d’éventuelles action en justice [1].

    Mais ces délits ne pourraient être conduits sans l’aval et la complicité des institutions judiciaires. C’est cette mise au pas d’un pays que décrit Giorgio Trucchi en interviewant Bertha Oliva, coordinatrice nationale du Comité des Parents de Détenus Disparus au Honduras.

    La démocrature du Honduras : L’ère du Loup

    Plus de 700 violations des droits de l’homme - incluant douze assassinats - c’est le résultat des observations réalisées du 30 janvier au 28 mai 2010 par le COFADEH. Plus de 9 000 violations et 544 "incidents" contre des défenseurs des droits de l’homme enregistrées depuis le coup d’État.

    En manquant de quelques semaines [2] la commémoration du premier anniversaire du coup d’État sanglant, Sirel a discuté avec Bertha Oliva, coordinatrice nationale du Comité des Parents de Détenus Faits disparus au Honduras (COFADEH), pour faire le point sur la situation.

    Quel est le bilan des droits de l’homme au Honduras après quatre mois du gouvernement Lobo ? Ce que nous avons réussi à compiler pendant ces quatre mois du gouvernement de Porfirio Lobo est un peu terrifiant. C’est encore une preuve qu’au Honduras des violations sélectives et systématiques des droits de l’homme continuent d’être faites, elles obéissent à une politique fine et silencieuse de l’État, et par conséquent dangereuse et inquiétante.

    Au niveau international, le président Porfirio Lobo essaie de présenter l’image d’un pays différent, d’un pays en voie de normalisation et de réconciliation... La communauté internationale, la coopération et les gouvernements du monde doivent comprendre qu’au Honduras les hommes politiques ne font jamais ce qu’ils disent publiquement. Il y a une hypocrisie totale, et quand ils annoncent qu’un gouvernement plus humain s’est installé, qui permet une réconciliation et respect les droits de l’homme, les faits montrent bien que ce sont des mensonges.

    Les détentions illégales, les poursuites, les tortures et les assassinats continuent. Ils continuent de violer les lois tous les jours. Au Honduras les forces économiques et politiques continuent de s’imposer, à travers des institutions publiques qui sont supposée se charger d’appliquer la justice.

    Y a-t-il eu un changement de stratégie répressive dans le pays à la suite du coup d’État ? Avant le coup il y avait une répression, mais elle l’était surtout par abus d’autorité. Maintenant la majorité des violations des droits de l’homme sont faites pour des raisons politiques et les oppresseurs ont accordé leurs instruments et leurs méthodes.

    Pour les organisations des droits de l’homme, il est actuellement plus difficile de travailler dans un climat de violence. La stratégie s’est affinée et diversifiée, et les oppresseurs sont plus attentifs à ne pas laisser de traces.

    C’est une politique systématique de la part de l’État, accompagnée par une campagne médiatique des plus cynique et agressive menée par les médias corporatifs qui tendent à disloquer tout type de travail ou d’expérience structurante et sociale.

    Nous le voyons ces jours-ci avec la fermeture de la radio communautaire de Zacate Grande, de la persécution des leaders ruraux, des représailles judiciaires et patronales contre les syndicalistes de l’Université Autonome du Honduras (UNAH) et du licenciement des juges et des magistrats qui se sont opposés au coup.

    Cela fait des semaines que ces derniers sont en grève de la faim et il n’y a aucune intention (de la part de l’État) de résoudre le conflit. Ils créent des crises déguisées en actions légales, imposent le droit avec les concepts utilisés pendant le coup militaire

    Il y a aussi des signes très inquiétants. Est-ce que les menaces et les attaques dont les directeurs du STIBYS ont souffert et la campagne pour discréditer la direction de la Résistance font partie de cette stratégie ? Le COFADEH s’inquiète beaucoup de ce qui est arrivé durant les derniers jours. Il y a des signes clairs comme les menaces contre Carlos H. Reyes [3], l’assaut contre le siège du STIBYS à San Pedro Sula et la campagne de discrédit contre les dirigeants du Front National de Résistance Populaire (FNRP) font partie de la même stratégie répressive.

    Une stratégie qui veut nous faire taire, nous dominer, en nous laissant sans le droit de nous organiser et de protester contre ce qui arrive dans ce pays. Jusqu’à présent le Ministère public n’a absolument rien dit sur ces faits.

    Le secrétaire général de l’OEA, José Miguel Insulza, a assujetti le retour du Honduras au sein de l’OEA au retour de l’ex-président Manuel Zelaya avec l’assurance “d’une tranquillité absolue”. Qu’est-ce que vous pensez de cette proposition ? Il a le droit de la faire, mais il n’a pas de droit de manipuler des mensonges. Ce gouvernement continue de mentir à la communauté internationale et se propose de compenser le processus d’unité et d’organisation qui a surgi après le coup [4].

    On ne peut pas négocier le retour du président Zelaya en échange de sa sécurité, et nous croyons que ce n’est pas juste considérer le retour du Honduras dans les instances internationales alors qu’il n’y a aucun signe de vraie vie commune en démocratie, de respect des droits de l’homme et d’application correcte de la justice.

    Nous avons plus de 700 violations des droits de l’homme depuis que Porfirio Lobo est arrivé au pouvoir en janvier dernier. Il faut maintenir l’isolement du Honduras jusqu’à ce que les forces répressives réfléchissent, donnent un signe clair de repentir et acceptent de répondre pour les délits qu’elles ont commis.

    Nous allons continuer de dénoncer et de travailler, même si nous savons qu’à tout moment ils peuvent essayer nous faire taire.

    Ici personne ne se réconcilie avec personne. Au contraire, ceux qui ont le contrôle du pouvoir et des armes, ceux qui ont assailli les institutions de l’État, continuent avec leur stratégie du crime et peut leur importe ce que dit la communauté internationale.

    Quel sorte d’anniversaire va être le 28 juin prochain ? Cela va être une rencontre que le monde va avoir avec le peuple hondurien. Il n’y a pas de raison de pleurer, au contraire, nous allons nous embrasser et célébrer cela, parce que nous nous sommes rendus compte qu’il y a des millions de personnes sur la planète qui ont exprimé leur solidarité, et qui ont souffert quand ils ont senti que le Honduras était toujours attaqué.

    A cette date nous allons installer la Commission de Vérité Alternative. Cela va être un bon message pour chercher la mémoire, pour récupérer l’histoire. Pour dire aux peuples du monde, au gouvernement du Honduras qui a préféré être la continuation du coup, qui continue de violer les droits de son peuple, que cette affaire n’a pas été une succession constitutionnelle, mais un coup d’État militaire.

    Le 28 juin il faudra le vivre avec joie, en pensant qu’il y a douze mois le peuple s’est éveillé et continue de le démontrer dans les rues.

    par Giorgio Trucchi


    Source : Rel Uita "La democradura en Honduras : La era del Lobo"
    Traduction : Primitivi

    Notes

    [1] Le cas de Roberto Micheletti est actuellement étudié par le Tribunal Pénal International, mais Micheletti a pu décrocher un mandat de député à vie - charge non prévue dans la Constitution hondurienne - qui lui offre l’immunité parlementaire jusqu’à la fin de ses jours.

    [1] Le cas de Roberto Micheletti est actuellement étudié par le Tribunal Pénal International, mais Micheletti a pu décrocher un mandat de député à vie - charge non prévue dans la Constitution hondurienne - qui lui offre l’immunité parlementaire jusqu’à la fin de ses jours.

    [2] Le coup d’État fut lancé le 28 juin 2009 par Romeo Vásquez Velásquez (chef des états-major des forces armées) et Roberto Micheletti (président de la chambre des députés), l’un kidnappant le président Manuel Zelaya dans la nuit et l’autre se faisant porter au pouvoir suite à une soit-disant "succession constitutionnelle" décidée unilatéralement par le Parlement et la Cour Suprême. Le Honduras tombait alors sous le joug d’un nouveau "type" de dictature. Celle où l’on fait semblant d’utiliser l’appareil démocratique pour mieux imposer un diktat oligarchique soutenu par l’armée et des centre de pouvoirs extérieurs -autres gouvernements ou multinationales-.

    [3] Carlos Reyes, leader du Front National de Résistance Populaire hondurien.

    [4] le mouvement de résistance populaire, du jamais vu dans ce pays


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  • Trois cents militaires et policiers à l’assaut d’une radio communautaire : “La marque du coup d’État contre la presse”

    Près d’un an après le coup d’État du 28 juin 2009, les manœuvres répressives engagées contre la presse d’opposition ou communautaire restent en vigueur. En témoigne l’assaut militaire et policier dont la radio communautaire La Voz de Zacate Grande 97.1 FM a été la cible, dans la matinée du 3 juin 2010, dans la péninsule du même nom au sud du pays. Dépositaires d’un mandat d’arrêt contre cinq dirigeants paysans, quelque 300 soldats et policiers ont envahi la communauté et réduit son média au silence. Une bande plastique jaune portant la mention “scène de crime” ceinture désormais le local de la petite radio, d’après l’Association mondiale des radios communautaires (AMARC).

    L’occupation militaire d’un média avant sa fermeture est caractéristique des procédés employés au moment du coup d’État. C’est de cette façon que Radio Progreso a été exclue des ondes, quelques heures seulement après le renversement de Manuel Zelaya (http://fr.rsf.org/honduras-<wbr>radio-progreso-quand-l-armee-<wbr></wbr></wbr>et-la-23-11-2009,35064.html).

    <wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr>

    <wbr><wbr>

    <wbr>La même méthode a présidé aux fermetures de la station Radio Globo et de la chaîne Canal 36-Cholusat pendant l’état de siège qui a suivi en septembre - après le retour clandestin au pays du président déchu -, ou aux réquisitions d’antennes du réseau câblé pour censurer la presse étrangère (http://fr.rsf.org/honduras-<wbr>fermeture-de-deux-medias-et-<wbr></wbr></wbr><wbr><wbr>29-09-2009,34612.html). </wbr></wbr></wbr>

    <wbr><wbr><wbr>

    <wbr><wbr>Comment expliquer, cette fois, un tel déploiement sinon par la volonté de faire taire à tout prix la voix de communautés engagées dans un grave conflit agraire ? Que signifie cette bande jaune ceinturant la radio sinon la criminalisation d’une population à travers son média ? Que La Voz de Zacate Grande ait payé les conséquences du conflit foncier ou qu’elle ait été l’objectif premier de cette opération (http://fr.rsf.org/honduras-<wbr>un-septieme-journaliste-<wbr>assassine-21-04-2010,37100.<wbr></wbr></wbr></wbr><wbr><wbr><wbr>html), il s’agit d’un acte de censure politique et d’une violation de la Convention interaméricaine des droits de l’homme. Par ailleurs, la législation hondurienne ne répond toujours pas aux standards internationaux en matière de médias communautaires.</wbr></wbr></wbr></wbr></wbr>

    <wbr><wbr><wbr><wbr><wbr>

    <wbr><wbr><wbr>La Voz de Zacate Grande a vu le jour le 14 avril dernier. Elle plaide la cause de l’Association pour le développement de la péninsule de Zacate Grande (ADEPZA), dont les représentants sont accusés par le magnat de l’agro-industrie Miguel Facussé Barjum d’“usurpation de terre” et de “fraude fiscale”. La petite station était pour cette raison dans le collimateur de la justice locale, laquelle a émis un mandat d’arrêt contre cinq dirigeants de l’ADEPZA. Sa fermeture a eu lieu en marge de l’exécution de cet ordre judiciaire. </wbr></wbr></wbr>

    <wbr><wbr><wbr>

    Déjà très dégradée depuis le coup d’État, la situation du pluralisme et de la liberté de la presse au Honduras s’est encore aggravée depuis l’investiture du nouveau gouvernement, le 27 janvier 2010. Le pays est même devenu le plus dangereux de la planète au cours de ce semestre pour la sécurité des journalistes et aucune avancée judiciaire réelle n’a encore permis de faire la lumière sur les assassinats de six d’entre eux et d’un animateur en l’espace d’un mois et demi. Un mandat d’arrêt vient, certes, d’être lancé contre quatre individus identifiés comme les auteurs matériels et intellectuels de l’assassinat de David Meza Montesinos, le 11 mars dernier à la Ceiba, sur la côte atlantique. Qu’en est-il, en revanche, pour son collègue Nahum Palacios Arteaga, abattu trois jours plus tard après des menaces attribuées à l’armée ? (http://fr.rsf.org/honduras-<wbr>un-troisieme-journaliste-<wbr>assassine-16-03-2010,36714.<wbr></wbr></wbr></wbr>html).

    <wbr><wbr><wbr>

    <wbr><wbr><wbr>Ce dernier cas est le seul figurant au baromètre en raison de liens avérés avec la profession. Nous constatons, pour autant, que les autorités excluent systématiquement tout lien entre ces atteintes gravissimes à la liberté d’expression et la violence politique qui ravage le pays depuis un an. Que répondent-elles alors aux deux résolutions prises par la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), les 3 mai et 2 juin derniers, leur enjoignant d’assurer la protection de quinze journalistes de Radio Progreso sous la menace. Parmi eux, le père jésuite et directeur de la station Ismael Moreno et la chef de rédaction Karla Rivas ? Radio Progreso et son personnel sont visés en raison de leur ligne politique et éditoriale.</wbr></wbr></wbr>

    <wbr><wbr><wbr>

    Nous maintenons le contact auprès de ces personnes. La responsabilité de l’État est engagée quant à leur protection. Les autorités honduriennes ne peuvent espérer une réintégration prochaine de leur pays à l’Organisation des États américains (OEA) si elles persistent dans le déni ou pire, la complicité dans certaines affaires. Elles devraient accepter le principe d’une commission d’enquête internationale indépendante. 

    Benoit Hervieu
    Despacho Américas / Americas Desk
    Reporters sans frontières
    47 rue Vivienne 
    75002 Paris - France

    tél : +33 (0) 1 44 83 84 68
    fax : +33 (0)1 45 23 11 51
    email : ameriques@rsf.org
    skype : rsf_americas

    -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
    Reporteros sin Fronteras
    Comunicado de prensa
    4 de junio de 2010

    Honduras  
                        <wbr>                              <wbr>                              <wbr>                              <wbr>                              <wbr></wbr></wbr></wbr></wbr></wbr>                     300 militares y policías al asalto de una radio comunitaria: “la marca del golpe de Estado contra la prensa”
    <wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr><wbr>


    Cerca de un año después del golpe de Estado del 28 de junio de 2009, las maniobras represivas emprendidas contra la prensa de oposición y comunitaria siguen vigentes. Lo demuestra el asalto militar y policiaco del que fue blanco la radio comunitaria La Voz de Zacate Grande 97.1 FM la mañana del 3 de junio de 2010, en la península que lleva el mismo nombre, en el sur del país. Con una orden de captura de cinco dirigentes campesinos, unos 300 soldados y policías invadieron la comunidad y redujeron a su medio de comunicación al silencio. Una cinta de plástico amarillo que dice “escena del crimen” rodea el local de la pequeña radio, señala la Asociación Mundial de Radios Comunitarias (AMARC).

    La ocupación militar de un medio de comunicación antes de su cierre es característica de los procedimientos empleados durante el golpe de Estado. De esta manera Radio Progreso fue sacada del aire apenas una horas después del derrocamiento de Manuel Zelaya (http://es.rsf.org/honduras-<wbr>radio-progreso-victima-del-<wbr></wbr></wbr>golpe-23-11-2009,35065.html).

    <wbr><wbr><wbr><wbr>

    El mismo método se empleó en el cierre de la radiodifusora Radio Globo y del Canal 36-Cholusat durante el estado de sitio que siguió en septiembre –tras el retorno clandestino al país del presidente depuesto–, y en las requisiciones de antenas de la red de cable para censurar a la prensa extranjera (http://es.rsf.org/honduras-<wbr>cierre-de-dos-medios-y-<wbr>represion-29-09-2009,34613.<wbr></wbr></wbr></wbr>html).

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    ¿Cómo explicar esta vez tal despliegue si no por la voluntad de hacer callar a todo precio la voz de las comunidades que enfrentan un grave conflicto agrario? ¿Qué significa esa cinta amarilla rodeando la radio si no la criminalización de un población a través de su medio de comunicación? Ya sea que La Voz de Zacate Grande haya pagado las consecuencias del conflicto principal o que la radio haya sido el principal objetivo de esta operación (http://es.rsf.org/honduras-<wbr>un-septimo-periodista-es-<wbr>asesinado-21-04-2010,37101.<wbr></wbr></wbr></wbr>html), se trata de un acto de censura política y de una violación de la Convención Interamericana sobre Derechos Humanos. Por otra parte, la legislación hondureña no cumple todavía con los estándares internaciones en materia de medios de comunicación comunitarios.

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    La Voz de Zacate Grande nació el 14 de abril pasado. La radio defiende la causa de la Asociación por el Desarrollo de la Península de Zacate Grande (ADEPZA). Los representantes de esta organización fueron acusados por el magnate de la agroindustria Miguel Facussé Barjum de “usurpación de tierra” y de “fraude fiscal”. Esta era la razón por la que la pequeña radiodifusora estaba en la mira de la justicia local, que emitió una orden de arresto contra cinco dirigentes de la ADEPZA. El cierre de la radio se llevó a cabo en el marco de la ejecución de esa orden judicial. 

    La situación del pluralismo y de la libertad de prensa en Honduras, de por sí deteriorada tras el golpe de Estado, se ha agravado después de la toma de posesión del nuevo gobierno, el 27 de enero de 2010. Así, en este primer semestre el país se ha convertido en uno de los más peligrosos del planeta para la seguridad de periodistas. En espacio de un mes y medio seis periodistas y un locutor han sido asesinados. Ningún avance judicial real ha permitido aún esclarecer el asesinato de ninguno de ellos. Cierto, acaba de ser emitida una orden de arresto contra cuatro individuos identificados como los autores materiales e intelectuales del asesinato de David Meza Montesinos, el 11 de marzo pasado en la Ceiba, en la costa atlántica. Por el contrario, ¿qué ha pasado con el de su colega Nahum Palacios Arteaga, asesinado tres días después de recibir amenazas atribuidas al ejército? (http://es.rsf.org/honduras-<wbr>asesinan-a-tiros-a-un-tercer-<wbr></wbr></wbr>16-03-2010,36716.html).

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    El caso de Nahum Palacios Arteaga es el único que figura en nuestro barómetro debido a que se confirmó que está ligado a la profesión. No obstante, constatamos que las autoridades excluyen sistemáticamente todo nexo entre esos atentados gravísimos a la libertad de expresión y la violencia política que azota el país desde hace un año. ¿Qué responden las autoridades a las dos resoluciones tomadas por la Comisión Interamericana de Derechos Humanos (CIDH) el 3 de mayo y el 2 junio pasados, solicitándoles asegurar la protección de 15 periodistas de Radio Progreso amenazados, entre ellos el sacerdote jesuita y director de la estación, Ismael Moreno, y la jefa de redacción Karla Rivas? Radio Progreso y su personal son perseguidos por la línea política y editorial del medio.

    Nos mantenemos en contacto con esas personas. Su protección es responsabilidad del Estado. Las autoridades hondureñas no pueden esperar que su país se reintegre próximamente a la Organización de Estados Americanos (OEA) si siguen negando o, peor, en complicidad en ciertos casos. Ellas deberían aceptar el principio de una comisión de investigación internacional independiente. 

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    Honduras

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