• Moins massives que celles ayant secoué l’Égypte, la Tunisie, le Yémen ou la Libye, les récentes manifestations au Maroc n’en sont pas moins symboliques d’une profonde évolution politique. Auparavant muselée, la parole se libère : les critiques se multiplient à l’encontre de Mohammed VI. Tristan, qui se rend régulièrement au Maroc, y était récemment. Il témoigne ici des mutations en cours.

    Maroc : Cette parole qui se libère

    Par Tristan

    Je ne suis pas journaliste, ni spécialiste du monde arabe. Et je n’ai pas la prétention de livrer ici une analyse poussée de la situation politique marocaine. Mon témoignage se base simplement sur mon dernier séjour dans ce pays, que je connais bien : j’ai été étonné (et réjoui) de constater une certaine libération de la parole, au sein d’une population beaucoup plus critique qu’auparavant envers le pouvoir de Mohammed VI. Les Marocains ont envie de parler, de s’exprimer sur des tabous trop longtemps réprimés. C’est tout sauf anodin.

    Je me rends au Maroc depuis plus de 15 ans, et l’omniprésence du culte du roi m’a toujours frappé. Pas un établissement sans photographie de Mohammed VI sur son trône, engoncée dans un cadre doré. Quant aux critiques à son encontre, elles étaient d’ordinaire plutôt rares. Mais pas cette fois-ci : à peine embarqué dans l’avion, mon voisin - la cinquantaine, originaire du Nord du Maroc - m’a confié son sentiment sur la situation :

    « On dit qu’il ne se passe rien au Maroc, mais c’est de la désinformation : il y a eu des morts à Tanger et des manifestations dans tout le pays (le dimanche 20 février). Bien sûr, ce n’est pas la même situation qu’en Tunisie, en Égypte ou en Libye, mais les gens en ont assez. Les jeunes, surtout. La génération de mon père n’osait rien dire : la politique et le roi étaient des sujets tabous. Mais ma génération commence à faire entendre ses critiques. Et les jeunes sont encore plus remontés.
    Mohammed VI a fait des progrès par rapport à son père. On a vu quelques hauts gradés être condamnés. Alors que personne dans l’entourage d’Hassan II n’a jamais été jugé, malgré une énorme corruption. Et Mohammed VI a au moins le mérite d’avoir fait cesser la forme d’esclavage qui avait cours dans son palais. Mais il lui reste d’énormes réformes à faire ; et je ne suis pas sûr, qu’il y soit prêt. Il y a aujourd’hui deux choses à faire pour moderniser le Maroc : faire cesser la corruption et instaurer la sécurité sociale.
    Je suis musulman pratiquant et, il est dit dans le Coran qu’un pays doit donner chaque année 20 % de ses bénéfices aux pauvres. Tu crois que c’est appliqué quelque part dans le monde musulman ? Bien sûr que non...
     »

    Manifestation du 20 février, à Casablanca (de même pour toutes les photographies ci-dessous)

    Ces critiques entendues dès mon départ étaient récurrentes tout au long de mon séjour - chez les gens qui m’ont accueillis, mais aussi dans les bars, les taxis... À Casablanca, M. me fait un compte-rendu de la manifestation du 20 février, qui a eu lieu sur la place des Nations-Unies (rebaptisée « Mohammed V » par la royauté) :

    « Avant la manifestation, les riches ont pris peur. On pouvait voir dans les magasins les rayons de pâtes complètement vidés ; mais que les Barilla, hein, pas les pâtes bon marché !
    Près de 2 000 personnes ont manifesté le matin, et plus de 5 000 l’après-midi, avec quatre groupes distincts : les Berbères, qui réclament la reconnaissance de leurs droits, l’extrême-gauche marocaine, les islamistes et les étudiants/groupes Facebook. C’est un peu le problème : personne ne porte les mêmes revendications, même si tout le monde rêve de changements dans cette monarchie poussiéreuse.
    L’après-midi, la police s’est déplacée en nombre, pour encadrer sévèrement les manifestants. À cause d’elle, beaucoup de gens n’ont pas participé à la manif, par peur de la répression.
     »

    Plus tard encore, un chauffeur de taxi me confirme que c’est la « catastrophe ». Au début, je ne sais dans quel sens il utilise le mot. Grave, il me confirme alors que les gens ont eu peur de venir manifester et que le Maroc est peut-être passé à côté de sa révolution.

    Cette imminence de la révolte a toujours été officiellement occultée par Mohammed VI. À preuve, cette précision de B., journaliste, la quarantaine : «  En raison des évènements dans tout le Maghreb, le roi avait préparé un discours. Il était écrit depuis une semaine, et malgré les manifestations qui ont eu lieu dans tout le Maroc, pas une ligne n’a été changé. Il les a complètement ignorées. » [1]
    Le roi a la trouille, pourtant. Et la peur de la contestation se lit notamment dans l’omniprésence policière : les rues de Casablanca sont truffées de patrouilles mobiles qui circulent en moto, à toute heure du jour et de la nuit. Les Casaouis s’en amusent sans être dupes.
    Autre signe : une gigantesque campagne d’affichage envahit toute la ville. Une main de Fatma avec l’inscription « Touche pas à mon pays ! » est censée protéger le Maroc de cette « néfaste » révolution arabe. Ce n’est pas une campagne d’État, mais un soutien privé. L’homme qui l’a commanditée n’est autre que Mounir Majidi, le secrétaire particulier du roi, propriétaire de l’agence d’affichage FC COM qui possède tous les panneaux 4 X 3 du pays... Une campagne symbolique venant s’ajouter à la manipulation des médias, qui, lors des émeutes dans le nord du Maroc, ont unanimement dépeint les manifestants comme des casseurs.

    Les quelques journaux libres ne passent pas sous silence les évènements. Actuel couvre les différentes manifestations dans tout le pays, là ou le roi les ignore. Tel quel propose cinquante réformes pour moderniser le Maroc - mais sans évincer le roi. Comme la plupart des représentants de l’élite critique, ces titres veulent passer à une monarchie constitutionnelle et initier des réformes structurelles. Parmi celles-ci : réformer l’article 24 de la constitution marocaine, qui permet au roi de nommer son Premier ministre même si les élections ont désigné quelqu’un d’autre ; autoriser les sondages d’opinions et assurer la liberté d’expression ; garantir la liberté de cultes et l’indépendance de la justice ; mettre en place une sécurité sociale pour tous ; s’assurer que le roi ne prenne pas de lourdes décisions économiques sans consulter les élus (comme ce gros cadeau fait à la France d’implanter une ligne TGV entre Tanger et Marrakech – un chantier de 20 milliards de Dirhams, dont le résultat ne servira qu’aux touristes et à la bourgeoisie marocaine) ; etc... [2].

    Mais si ces journaux s’expriment plus ou moins ouvertement, ils le font en français, ce qui limite leur portée. Quant à la presse en arabe, elle use de l’arabe littéraire, et non de la Darija, le dialecte du Maroc. La Darija n’est en effet jamais utilisé à l’écrit, ce qui crée une césure entre le langage officiel et la langue du peuple. L’officialisation de ce dialecte est d’ailleurs une revendication chère aux Marocains.
    Cette césure entre l’écrit et l’oral permet au pouvoir de limiter et contrôler l’information (d’où l’importance des réseaux sociaux tels que Facebook). Il en va de même pour l’éducation, comme le rappelle M. : « Le roi laisse son école publique se dégrader. Les programmes sont vieux de 30 ans ! Seule les écoles privés, comme la Mission française, ont un bon niveau : cela permet de construire une élite, tout en s’assurant que les pauvres garderont un niveau médiocre. »

    Des tentatives de garder le peuple sous contrôle et dans l’ignorance, à l’écart de la tentation de la contestation, qui pourraient ne pas suffire à enrayer l’espoir de changement qui anime une partie de la population. Les marocains parlent entre eux et aux autres. Et l’esprit critique fait son chemin...

    Notes

    [1] A noter, que depuis le voyage de Tristan au Maroc, le roi a promis des réformes.

     

     

    [2] Pour une liste complète, consulter cet article de « Tel Quel »


    2 commentaires
  • Dans le désert d'Atacama, l'épopée des “33” a caché la forêt des ensevelis
    Du Guatemala à la Patagonie : tous les ensevelis ne sont pas sous terre




    Michel Porcheron

    Au Chili- personne n’oubliera- les Trente-Trois ont tous été remontés sains et saufs de la mine de cuivre de San José, dans le désert d’Atacama, au terme d’un spectaculaire [1] sauvetage de 69 jours suivi jour après jour par le monde entier. Aucun détail n’a échappé aux 1500 cameramen et journalistes de la presse chilienne et internationale, massés dans le Camp Espoir. Mais tout est bien qui finit bien ? 

    Certes, l’histoire des Trente-Trois et de tous leurs sauveteurs est écrite en lettres d’or. Pendant 69 jours l’épicentre de l’émotion mondiale, mondialisée, a été le Camp espoir et l’Opération San Lorenzo du nom du saint patron des mineurs. A San José, à quelque 850 km au nord de Santiago du Chili, à 250 km à l’est du port de Caldera et à une heure de route de la ville de Copiapo, située au centre de la région d’Atacama, s’est jouée une incroyable aventure humaine avec happy end. Y compris pour le président médiatique chilien, Sebastian Pinera, qui crédité de 46 % d’opinions favorables avant le 5 août 2010, soit le plus bas niveau pour un président au Chili depuis 20 ans, est remonté, lui, dans les sondages. Comment ne pas exploiter un tel filon politique ? [2]

    D’autres incroyables aventures humaines : chaque fois s’affrontent deux rhétoriques inconciliables.
     

    Le Chili a offert aux capitaux étrangers la plus grande réserve d’or au monde

    Un peu plus au sud du Chili, à 150 km au sud est de Vallenar, d’autres hommes vivent une autre histoire, qui vaut aussi son pesant d’or. L’or vierge, pur, contre l’or bleu : La plus grande multinationale d’exploitation d’or au monde, la Barrick Gold, contre les Indiens de la vallée du Huasco. Une autre incroyable aventure humaine Là le happy end n’est pas garanti.

    Ici, dans cette partie de la Cordillère, à la jonction du Chili et de l’Argentine, se trouve la plus grande réserve d'or au monde, objet d'un conflit sans merci, loin des télévisions de la planète y compris celles du Chili du président Sebastian Pinera. [3]

    Seule une équipe de la réalisatrice franco-chilienne Carmen Castillo est allé voir et enquêter, pendant quatre ans. En donnant la parole à tous les protagonistes de cette guerre ignorée, dont on entendra parler quand les pelleteuses et les excavatrices commenceront à charger l’or d’une mine à ciel ouvert, qui devrait être creusée à plus de 4500 mètres d’altitude. La compagnie canadienne, fondée par Peter Munk, d’origine hongroise, prévoit là un chantier pharaonique : le Pascua Lama. Carmen Castillo a titré son film-documentaire (90 mn, 2010) « Pour tout l’or des Andes ». [4]

    Carmen Castillo

    Face à Munk et ses bulldozers géants, que pèseront les paysans andins, dont la seule richesse est la culture de vergers irrigués jusqu’ici par l’eau des glaciers ? Car la Barrick Gold est même décidée à faire sauter à son profit les énormes glaciers proches du Pascua Lama…

    L'extraction de l’or nécessitant le recours à l'eau en très grandes quantités et occasionnant le rejet de nombreuses matières toxiques type métaux lourds (cyanure, mercure, arsenic, etc.), les terres et les eaux des agriculteurs sont menacées de pollutions irréversibles. La plupart des Indiens ont décidé de résister, d’autres, moins nombreux, ne veulent voir dans Pascua Lama qu’une source d’emplois et de développements pour la région, selon les promesses de Peter Munk.

    « Ce docu­mentaire a le mérite de confronter deux rhétoriques. Chacune exprime des intérêts matériels bien réels et irréconciliables. Et c'est le nœud du drame ! » considère Bruno Birolli (BB) de TéléObs, supplément de l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur.

    « Pour défendre leurs champs, les Indiens ont-ils le droit de bloquer ce projet pharaonique ?

    Pour tenter de sortir de leur pauvreté, les autochtones doivent-ils accepter un emploi dans la mine, potentiellement dévastatrice pour l'environnement ?

    Au nom de la soi-disant rationalité économique, Munk peut-il effacer d'un trait un mode de vie ? Il parle comme on discourt à Davos. S'il prétend connaître la vérité, ce n'est que celle des multinationales. » (BB)

    Carmen Castillo filme Peter Munk comme il est : cynique, quand il déplore que « ceux qui mouillent leurs chemises » pour créer des emplois ne reçoivent que des critiques de ces « foutus universitaires » [nda : c'est-à-dire les opposants] ou quand il affirme qu'il n'y a pas de free lunch, qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs ! « En somme, il y a toujours des perdants, et ce sont les paysans de la vallée. Et des gagnants » (B.B) Soit le pays tout entier, selon le cynique Peter Munk.
     


    A travers l'or de Pascua Lama, c'est une histoire universelle que raconte Carmen Castillo. Pour Virginie Félix (Télérama) « s’y entrechoquent, dans une complexité très moderne, enjeux économiques et écologiques, respect des traditions et course inéluctable du progrès ». Carmen Castillo [5], « femme d'engagement soucieuse d'échapper au simplisme, se livre à une enquête fouillée, en prenant soin de donner la parole à tous les acteurs de l'histoire ».

    « Elle ne craint pas de mettre en scène ses propres vacillements, d'interroger à haute voix ses doutes. Elle fore et creuse son sujet, jusqu'aux racines du modèle économique chilien, ce « laboratoire du néolibéralisme » qui, au nom de la croissance, a offert aux capitaux étrangers les ressources naturelles du pays sans contrepartie financière.

    Carmen Castillo raconte ainsi l'histoire de cette "guerre" entre une multinationale canadienne pour qui le progrès, inexorable, est seule source de richesse, et des paysans entretenant un rapport sacré à la terre, mais partagés entre la peur de cette machine sans visage ni scrupules et le besoin de travailler. Ensevelis déjà sous des aconcaguas d’indifférence, les Indiens de la Vallée du Huasco auront le choix entre le déplacement forcé, la mort lente par contaminations et un travail de tous les dangers y compris les éboulements. Ce jour là, les télévisions du monde entier reviendront. On ne sait jamais, et si cette fois 34 ensevelis revoyaient la lumière…

    "Nostalgia de la Luz" (Nostalgie de la lumière), film long métrage du Chilien Patricio Guzmán

    Dans ce même désert d’Atacama, à trois mille mètres d'altitude, les astronomes venus du monde entier sont réunis 24 heures sur 24 heures pour observer les étoiles. C'est leur travail. Le ciel d’Atacama est particulièrement propice pour leurs recherches. Au même endroit, mais au sol, la sécheresse de la terre d’Atacama est réputée pour conserver intacts les restes humains : plus ou moins dans l’ordre, ceux des momies, cadavres d’Indiens qui ont habité la région au temps des civilisations précolombiennes, des explorateurs et des mineurs du XIXe siècle, mais aussi les ossements des prisonniers politiques de la dictature d’Augusto Pinochet.

    D’un côté, les astronomes scrutent les galaxies les plus éloignées en quête d'une probable vie extraterrestre, de l’autre, au pied des observatoires, des femmes remuent les pierres, fouillent le sol, à la recherche de leurs parents « disparus. ».

    Patricio Guzman

    Le film de Patricio Guzman « Nostalgie de la lumière » [6] ilustre un terrible paradoxe. Dans cette partie du désert ocre d’Atacama, on en sait beaucoup plus sur l’Univers et ses 13,7 milliards d'années que sur les centaines de Chiliens et Chiliennes portés « disparus » sous la dictature d’Augusto Pinochet dont la nuit aura duré 15 ans (1973-1989).

    A 3000 mètres d’altitude, grâce au plus grand observatoire au monde, les plus grands professionnels de l’astronomie, visent en permanence un ciel pur et transparent.

    3000 mètres plus bas, des femmes plus très jeunes, pelle à la main, continuent depuis 28 ans de creuser la terre, à la recherche du moindre reste humain, qui appartiendrait à un membre « desaparecido » de leurs familles, en réalité assassiné dans les camps d’internement proches, puis à peine enfoui dans les sables devenus charniers. Dans le désert, la junte militaire avait installé un camp de concentration, à Chacabuco. Elle y enterrait des cadavres. Il existe au moins un charnier avéré, entre 400 et 500 corps ensevelis près de Calama, puis exhumés au bulldozer par les militaires pour être jetés dans la mer, ou ailleurs. Des pelles métalliques ont laissé sur place des restes, pieds ou débris de crânes, dont certains ont été identifiés vingt ans plus tard.

    « J'aimerais que ces appareils, qui scrutent notre lointain passé, balaient aussi le désert pour y retrouver les corps », déclare une femme. Un peu plus loin, des archéologues font leur travail traditionnel d’archéologues.

    Affiche version française

    « Avec douceur et sensibilité, le réalisateur est allé à la rencontre de ceux qui ont la tête dans les étoiles et qui n'ont jamais vécu cette terrible époque, et de celles qui ont les pieds sur terre et qui ne peuvent plus oublier ces années noires. Ensemble, ils parlent de la mémoire, de sa force et des plaies qu'elle empêche de se refermer », a écrit ce critique français pour qui Nostalgie de la lumière « se pose en « piqûre de rappel, en vertige cosmogonique et en documentaire très émouvant. Tout ça à la fois, oui ».

    Pour le quotidien Le Monde, le film de Guzman est «un chef-d’œuvre à la sérénité cosmique(…) Il n'est pas seulement le chef-d’œuvre de Guzman, il est un des plus beaux essais cinématographiques qu'on a vus depuis longtemps ». Le génie de Patricio Guzman a été de mettre en relation toutes ces recherches et leurs protagonistes, Gaspar l'astronome, Lautaro l'archéologue et les veuves Victoria et Violeta.

    D’où dit Jacques Mandelbaum, « une science insolite du montage, une magie de l'association entre les choses et les êtres, un art de mettre au jour des connexions insoupçonnées ». Le film montre d’autres personnages forts, comme Luis, qui fut détenu dans une prison où il eu l’occasion de découvrir l'astronomie qui lui permit de survivre ou comme Valentina, jeune astronome, dont le père et la mère furent assassinés. « Il aura fallu à Patricio Guzman quarante ans de lutte pied à pied, de mémoire à vif et de souffrance intime, pour aboutir à cette œuvre d'une sérénité cosmique, d'une lumineuse intelligence, d'une sensibilité à faire fendre les pierres (…) . Une leçon de vie. Silence et respect ».

    Pour l’hebdomadaire Le Point , « depuis son exil en 1973 Patricio Guzman ne cesse de confronter son pays à son passé. Jamais il ne l’a fait avec une telle sensibilité et une telle élévation d’âme ».

    « Reliant ciel et terre, métaphysique et politique, histoire et géographie, intime et collectif, Guzmán invente le documentaire méditatif, dont la beauté surgit d’un agencement d’idées, d’images et de sons absolument inclassable » (Les Inrockuptibles).

    Pour le quotidien Libération (René Solis), « le calme du film et la beauté de ses images fonctionnent alors comme un antidote au déferlement d’émotion. Nostalgie de la lumière permet sans doute aussi de mieux comprendre un événement récent : le sauvetage des mineurs de San José, toujours dans le désert d’Atacama. Comme si derrière cette histoire de vivants arrachés des entrailles de la terre - et la mise en scène exacerbée de la solidarité et de la compassion sous les caméras du monde entier -, affleurait la mauvaise conscience pour tous les morts sans sépulture ».

    Simple coïncidence : au moment où 33 Chiliens sortent intacts et indemnes d’une nuit de 69 x 24 soit 1656 heures, Patricio Guzman rappelle que des centaines d’autres Chiliens et Chiliennes resteront toujours ensevelis pour une nuit sans fin. [7]

    Plus au sud dans le continent un autre « conte » du néolibéralisme

    « Patagonie, les couleurs de la discorde » Documentaire de José Maldavsky (France, 2010). 52 mn. Inédit. [8]

    Plus au sud du continent latino-américain, un autre « conte » dit communément néolibéral, réunit dans un face à face désormais monnaie courante, une communauté aborigène et les « lois » du commerce mondialisé.

    Encore deux rhétoriques, les mêmes, toujours inconciliables.

    Cette fois c’est le réalisateur José Maldavsky qui en 52 minutes « met en scène »  le conflit qui oppose Luciano Benetton, qu’on ne présente plus et des Indiens de Patagonie argentine, représentés par les époux Mapuche, Curiñanco, Atilio, 52 ans et sa femme Rosa Nahuelquir. En langue mapuche, ils ont pour nom, « L’Aigle noir au ventre blanc » et « La Tigresse qui est sortie ».
     

    Photo Diego Guidice

    Benetton, la firme italienne de Trévise, le plus grand propriétaire terrien d’Argentine, avait acquis en 1991 un million d’hectares patagoniennes, achetés plus de 50 millions de dollars, au gouvernement argentin à l’époque de l’hyper-libéral président Carlos Menem (1900-1999). Un dixième de la laine utilisée par United Colors provient d’immenses troupeaux de moutons – 250.000 et 16.000 vaches-- paissant sur cette « propriété » du milliardaire italien. Leur laine -1000 tonnes par an- sera utilisée pour fabriquer, en Tunisie et en Roumanie, les produits United Colors vendus dans 120 pays. [9]

    Or le 23 août 2002, pour être précis, les Mapuche (« Gens de la terre ») revendiquent un confetti de 525 (« Santa Rosa de Leleque, territoire Mapuche récupéré »), de ce million d’hectares, sur lesquels ils décident de revenir vivre et travailler. Sur leur terre. La terre de leurs ancêtres depuis toujours [10]. « Avec une conviction communicative, le réalisateur José Maldavsky retrace l'audacieuse lutte de cette communauté contre le géant du textile, insensible aux ar­guments culturels avancés par les avocats des Mapuche. Porté par une grande sincérité, Pata­gonie, les couleurs de la discorde tient à la fois du film militant et du conte moral, qui se déroule sur fond de mondialisation. Là résident la force et le vif intérêt de ce documentaire », a souligné François Ekchajzer. (Télérama)

    Que pourront faire les modestes Curiñanco face aux bulldozers du magnat du textile pour qui, dans un monde mondialisé, la propriété physique doit appartenir à celui qui peut la faire prospérer avec compétence et travail, tout en favorisant la croissance et le bien-être d’autrui (sic) ?

    Une fois de plus, comme le montre José Maldavsky, le dialogue n’existera pas, il ne sera même pas un dialogue de sourds. Luciano Benetton aura seul la parole.

    Mais ce David contre Goliath est suivi de près par les médias argentins.

    « Comme toujours on s'est mis au travail. On a bâti une étable, on a nettoyé le sol pour faire un potager. On ne craignait pas qu'ils viennent nous expulser. Et pourtant c'est arrivé... » Les Benetton, en effet, n'ont pas accepté la présence de ces « intrus » sur leur domaine. Ils ne veulent pas dialoguer, ils ont fait jouer l’artillerie lourde judiciaire, convoquer des juges, des avocats et multiplier les sommations.

    Mais les Benetton, s’ils maîtrisent et contrôlent leurs propres lois, semble ignorer certaines lois nationales argentines. Depuis 1994, la Constitution du pays protège en partie les droits des aborigènes. Et depuis 2000, l’Argentine a adhéré à une convention de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) accordant aux Indiens le droit de se regrouper en communautés juridiques et d'être consultés sur toute activité productive menée sur leur territoire.

    Adolfo Pérez Esquivel, prix Nobel de la paix 1980, explique: « Mapuch signifie " les gens de la terre". Si on arrache leur terre aux communautés indigènes, on les tue. Ils ont besoin d'être en communion avec elle. Pour le système capitaliste, en revanche, la terre est un objet qu'on achète et qu'on vend. C'est une différence fondamentale de conception de la vie. Et c'est ce que Benetton ne peut pas comprendre. »

    «Je dis que ces valeurs ne peuvent pas être utilisées pour violer le droit de propriété », a plaidé l'avocat des Benetton qui veut oublier que les Mapuches vivent ici depuis treize mille ans.

    Adolfo Pérez Esquivel: « On a changé de conquistadors. Il y a eu les Espagnols, puis les Anglais, à présent ce sont les multinationales... »

    Avec ce qui va avec. Pots-de –vin, dessous-de-table, combines et corruption. « L'entreprise contrôle la région bien davantage que l'Etat lui-même ! » affirment les Mapuche dont une délégation s’est rendue en Italie pour rencontrer Luciano Benetton.

    « Nous lui avons expliqué l'importance de ce lieu pour nous. Il nous a dit qu'il ne comprenait rien, que c'était un caprice de vouloir revenir ici ! Il a dit qu'il allait régler l'affaire, que ce serait fait dans le mois. Et il a tout embrouillé ! »

    Les Mapuches affirment qu'ils ne partiront jamais. « On veut bien les croire. Leur sincérité, leur foi en leur cause, cet élan vital qui les anime semblent inébranlables. C'est un film grave et beau, d'une vérité et d'une profondeur rares. Son auteur, José Maldavsky, a mené une enquête remar­quable. C'eût pu être un brûlot ; son ton mesuré donne toute sa force à ce document qui nous incite à la réflexion sur les droits des minorités et sur une autre manière de concevoir le monde et son développement durable ». ( Richard Cannavo, TéléObs)

    Le journaliste français Olivier Ubertalli (O.U) a signé pour l’hebdomadaire « Le Point » (10 février 2011) un reportage où il est parti à la rencontre du couple Curiñanco « sans le sou » dans leur « baraque de glaise et de tôle » et d’Argentins, (très) concernés par la présence de la multinationale. Son titre « Les Indiens Mapuche contre l’Empire Benetton ».

    « Dans cette sorte de Far West argentin, domaine public et propriété privée se confondent sous le regard bienveillant des politiques locaux ». Ubertalli cite la construction d’un commissariat de Police, à moins de 10 km du terrain récupéré par le couple Mapuche. A El Maiten (4000 habitants), le maire, péroniste, Juan Manuel Cociolo déclare que « Benetton est un acteur indispensable et primordial pour la vie du village ». Le gouverneur de la région, Mario das Neves qui « durant son mandat a redynamisé la région de Chubut en stimulant les investissements privés, et pas seulement ceux des Benetton » est très clair : « Je n’ai absolument rien contre les Benettonrien. J’ai souvent célébré leurs investissements ». Avec ce « modèle Chubut », Mario das Neves sera candidat à la présidentielle de 2011.

    Selon l’envoyé spécial du Point, pour les attachés de communication des Benetton, des Argentins, « il s’agit d’un investissement productif. Mais nous ne sommes qu’une victime de plus dans cette affaire ». « Une victime... Exagéré ?  » interroge le journaliste français. « Pas tant que cela. L’aventure argentine depuis des années tourne au cauchemar pour les Benetton, qui supportent mal qu’on ternisse leur image ».

    Ce fut Adolfo Perez Esquivel qui porta le coup le plus fort contre les Benetton. En 2004, il publia dans la Repubblica un texte où il écrivait notamment : « Je vous avoue ma consternation et ma douleur en découvrant que, comme entrepreneur de notoriété internationale, vous vous êtes servi de votre argent et de la complicité d’un juge sans scrupules pour retirer des terres à une humble famille de Mapuche »…

    Photo du dessus : Atilio et Rosa

    Cette affaire n’est qu’un exemple de « la lutte pour la terre, sujet ultrasensible en Argentine » (O.U). Fernando Kosovsky, qui défend Atilio et Rosa, cite le cas du GAJAT (Groupe d’aide juridique pour l’accès à la terre) où « les plaintes vont d’un refus de connexion au réseau électrique à la réclamation d’un terrain ancestral dont on les a expulsés »

    Il sort « l’artillerie lourde » écrit Ubertalli à propos des Benetton. « Il s’agit dit, l’avocat, d’un véritable génocide économique. Les Benetton spolient les Mapuche de la même manière que les entreprises allemandes les juifs durant la Seconde Guerre mondiale » Trop énorme ? Probablement oui.

    Pour le spécialiste Gonzalo Sanchez, auteur du livre «La Pata­gonia vendida » (« La Patagonie vendue », éditions Marea), cité par Le Point, «le conflit Benetton symbolise tous ceux qui op­posent les peuples indigènes aux grands propriétaires qui décident d'entourer de barbelés des terrains considérés par les Indiens comme communautaires ».

    «Ils peuvent clôturer l'espace, mais pas les ondes radio» commente pour ses auditeurs, au micro de la petite radio FM Petü Mogelein, aux murs ornés du drapeau jaune, blanc et bleu des Mapuche, Mauro Millan, le porte-pa­role des Mapuche.

    De la Patagonie argentine on remonte jusqu’à la Vallée colombienne de Muzo, au nord de Bogota

    Ici, l’exploitation c’est celle de « la verte », l’émeraude, totalement contrôlée par une entreprise multinationale. Or la Colombie est le plus gros producteur mondial d’émeraude. Là encore les autorités nationales ont accordé toutes les dispositions pour que la multinationale fonctionne le mieux possible, en toute légalité, bénéficiant de toutes les protections…. Avec tous les outils modernes appropriés (le marteau piqueur a remplacé la dynamite, la feuille de paye le « gun » et les ouvriers mondialisés les aventuriers) et toutes les contreparties financières qui en découlent. En toute légalité. Tant de profits pour la multinationale, tant pour l’Etat colombien, tant pour les esmeralderos, et des miettes pour ceux qu’on appelle les guaqueros.

    La compa­gnie américaine vient de rache­ter la mine Muzo au «tsar des éme­raudes », Don Victor, alias Victor Carranza, qui a fait son temps et sa fortune sur le dos des « esmeralderos ».

    Une équipe de reporters de Paris-Match (texte de Pierre Delannoy, photos de Serge Sibert) a démontré comment une énorme exploitation sauvage s’est transformée en une gigantesque société « clean » ayant pignon sur rue, respectant toutes les lois, du marché, du travail, de la protection de l’ouvrier. « Des salaires décents, des conditions de sécurité optimisées, un système de santé efficace, c'est la politique de Muzo International », écrit Pierre Delannoy.

    Un concept nouveau dans cette jungle de montagne.

    Gilles Haumont, le directeur de la diffusion de Muzo International, parle même d'« éthique de la filière émeraude. Nos trois piliers essentiels sont la traçabilité des gemmes de la mine jusqu'au consommateur, l'amélioration des conditions de travail et le respect de l'environnement. Nous avons fermé toutes les mines à ciel ouvert. »

    « Des entrailles de la terre, à 150 mètres sous terre, aux joailliers les plus prestigieux du monde, en passant par les banques de Bogota, la route des émeraudes colombiennes a été sécurisée au maximum (…) L'exploitation de la mine de Muzo obéit aux critères internationaux les plus stricts. Le temps de la légende est mort, l'émeraude de Colombie est entrée dans celui du marché », écrit Delannoy (P.D).

    L'ordre règne désormais dans les petits villages de la vallée de Muzo, dans le département du Boyaca. Les vigiles de la Muzo International, la nouvelle société propriétaire des lieux (plus de 200 hectares), sont omniprésents.

    « Longtemps, selon Paris-Match, le commerce de la «verde» a été aux mains des barons de la «blanche», la cocaïne. Avec l'appui tantôt des gué­rilleros, tantôt des paramilitaires. Des fortunes démentes se sont faites et défaites à grand renfort de règlements de comptes sanglants. Dans les années 90 et 2000, la «guerre de la verde » s'est soldée par des milliers de morts. Don Victor a survécu à deux attentats. Le dernier, en mars 2010, était carrément à la roquette ! Le vieux lion, qui avait commencé tout en bas de l'échelle comme «guaquero », littéralement «pilleur de tombes », s'est décidé à temps à passer la main. La légende et son cortège de morts et de nuits d'ivresse foutent le camp. Place à la modernité » (P.D.)

    Donc tout est bien qui finit bien ? Pas exactement. Il fallait bien une petite ombre au tableau de cette rénovation du site minier de Muzo. On les appelle les «guaqueros». C'est le petit peuple des chercheurs d'or vert. Un tamis et une batée à la main, ils pataugent dans le lit boueux du rio Minero.

     « Guaqueros » rappelle Pierre Delannoy, ce sont les pionniers de la «fièvre verte». Il y a un quart de siècle, ils étaient des dizaines de milliers à tenter leur chance sur des terrasses à ciel libre, ouvertes dans les berges du rio. A mesure que l'extraction des émeraudes est devenue souterraine ils ont disparu. Dans les trois villages de Mata de Cafe, Coscuez et Otanche, on ne dénombrerait plus que 5000 familles environ.

    Restent ce que Pierre Delannoy appellent les irréductibles: Ernesto, une trogne de soudard et les yeux jaunes, a trouvé en 1998 une émeraude qu'il a vendue 25 000 dollars. Rodrigo s’est offert, en 1992, une petite ferme avec les 30 000 dollars d'une belle pierre. Mais rien à faire, l'appel de la «verde» est trop fort, il patauge à nouveau dans la gadoue. Mais pas question qu'il aille travailler à la mine.

    «Ici, quand je trouve une émeraude, elle est à moi. Là-bas, de l'autre côté des barbelés, sous terre, elle est pour "eux". » Le rio Minero est de plus avare de ses «larmes», et les «guaqueros» vivent essentiellement des résidus rejetés par la mine.

    La Muzo a tout prévu, dans sa grande bonté, jusqu’à organiser elle-même le travail des guaqueros : ré­gulièrement, raconte Paris-Match, les gardes armés de la compagnie ouvrent les grilles pour laisser passer des bulldozers qui repoussent devant eux, des tonnes de « material», la roche-mère qui contient les fameuses pierres. Certaines ont pu échapper aux triages successifs.

    Un jour, la rumeur a enflé sous les toits de tôle des baraques en planches de Mata de Cafe. Muzo International aurait extrait des quantités record de «verde». « Les damnés de la vallée des émeraudes veulent leur part du festin ». A l'aube, pelle sur l'épaule, ils prennent le chemin de la mine.

    Au même moment, poursuit Pierre Delannoy, dans le réfectoire de la compagnie minière, Ricardo Espi­nosa, directeur du gisement, donne ses consignes à Fernando Guerrero, chef de la sécurité du site, revolver rutilant à la ceinture. «Les "guaque­ros" vont affluer. Renforcez la sécu­rité et donnez-leur le maximum de déchets.»

    Laisser un minimum d'es­poir aux «guaqueros » est l'une des priorités de Muzo International. Quand les «pilleurs de tombes» arrivent, une montagne de caillasses et de boue les attend. Quand « la suerte » est au rendez-vous, les morceaux de «verte » « disparaissent sous les langues, la meilleure cachette ».

    Ailleurs, près de là, rapporte Paris-Match, dans les mines d'or d'Equateur, au sud de la Colombie, quand les mineurs balancent aux pauvres des pleins wagonnets de déchets de terre aurifère, les gardes enfouraillés hurlent à l'attention de la foule: «C'est à vous. C'est la "puta" ! Profitez-en. »

    La Muzo n’ignore rien du réseau des guaqueros. Dont les intermédiaires s’appellent les « planteros ». Personnel ou collectif. Lesquels vendent leur verde aux grossistes de Bogota lesquels la revendront à des courtiers spécialisés.
     

    La Pachamama, déesse amérindienne de la terre, est très sollicitée.

    Au Pérou, à Olmos, on creuse un des tunnels les plus profonds au monde, sous la Cordillère, un tunnel à hauts risques, de dérivation des eaux de la rivière Huancabamba qui seront retenues dans un lac artificiel et par un barrage. C’est que la Cordillère bloque les pluies : sècheresse à l’est du pays, inondations à l’ouest. Si ce projet réussit deux tiers des terres de l’est deviendront cultivables et 100.000 emplois pourraient être créés.

    Toutefois, les dangers rencontrés par les ouvriers sont multiples : tremblements de terre, glissements de terrain, sécurité insuffisante, délais des travaux.

    Un documentaire « Un barrage au cœur des Andes » (44 mn) écrit et réalisé par Sivan A. Ilamathi fait l’inventaire –technique et humain- de cette construction, parmi les plus impressionnantes de la planète. Tout est prévu. Du matériel le plus sophistiqué au pourcentage scientifique de mineurs qui ne seront plus là lors des cérémonies officielles d’inauguration.

    Le Business de l'or au Guatemala : chronique d'un conflit annoncé

    Au Guatemala, 14 ans après la fin officielle de la guerre civile, officiellement signée, les oligarques au pouvoir ont vendu les richesses du sous-sol au secteur privé national et aux entreprises internationales. En toute légalité : la loi minière de 1997 les autorise à exploiter à leur profit le sous sol, en reversant un pour cent des bénéfices à l’Etat. La « paix » dans le pays – plus violent encore que lors de la guerre civile- est celle d’un pays du libre-échange et de l’arrivée massive des capitaux étrangers.

    Les deux cent mille morts et disparus du conflit armé (la plupart des Mayas) n’avaient pas combattu pour que grâce à trois cents concessions (2001) des sociétés privées, exploitent les richesses minières, essentiellement sur des territoires habités par des populations indigènes. Le film (54 mn) de Gustavo Zaracho Le Business de l'or retrace une lutte contre la colonisation et la spoliation : celle de la communauté de San Miguel Ixtaguacan face au colosse canadien Goldcorp [11].

    Notes

    1. Délivrance, joie, fin du calvaire, déclarations répétées (l’opération de sauvetage est "sans précédent dans l'histoire de l'humanité", a dit le président Pinera), images bouleversantes des « miraculés ». Le sauvetage, rappelle—on, a été suivi en continu notamment par CNN International et BBC World en GB, par iTélé et BFM en France, Euronews en Europe et les principales chaînes japonaises. Ces TV ont captivé des millions de gens dans le monde. Même les télés chinoises étaient sur place.

      Sociologue à l'Université catholique, René Rios faisait part de ses craintes face à cette gloire éphémère : "Les médias vont les oppresser. Nombre d'entre eux se verront bombardés d'offres de télévision, pourraient même y faire carrière. Mais cela va durer quelques mois. En mars, ce sera déjà un souvenir."

      Dans son épicerie à Copiapo, Patricia Robles a souligné que l'odyssée des "33" ne fasse oublier "d'autres drames, comme celui des centaines de sinistrés du tremblement de terre qui sont toujours sans abri. Ou celui des Indiens Mapuches qui réclament les terres de leurs ancêtres, expropriés par la dictature de Pinochet".

    2. Un film de fiction (87 mn) de l’Espagnol Antonio Recio, immortalisant leur épopée, « Atacama’s 33 » a été projeté (le vendredi 11 janvier 2011) à la Berlinale, le marché européen du film. Un record, il a été réalisé en moins de quatre mois (distribué par America Video Films, Argentine). Consulter http://atacamas33.com/-

    3. M. Sebastian Piñera –qui gouverne aujourd’hui avec l’extrême droite, après avoir été élu aussi par les pinochetistes- a su parfaitement tirer profit de l’heureux dénouement à San José, comme il sut le faire dès le lendemain du putsch d’Augusto Pinochet le 11 septembre 1973, date à partir de laquelle il bâtit une fortune qui lui permet aujourd’hui de figurer dans le gotha des 100 plus grandes fortunes du monde.

    4. Réalisation : Carmen Castillo • Montage : Eva Feigeles-Aimé • Photographie : Ned Burgess • Vina Bernfeld • Son :Laurent Rodriguez • Coproduction : ARTE France • EX NIHILO

    5. Virginie Félix a rencontré cette ancienne militante chilienne du MIR, exilée en France à la fin des années 1970 après avoir vécu l'horreur et la défaite de ses idéaux, laminés par la dictature de Pinochet. Pour elle, «  il y a, encore et toujours, mille raisons de s'engager ». Veuve de Miguel Enriquez (mars 1944 – 5 octobre 1974) elle évoque pour la journaliste française ses derniers combats avec une « ardeur que ni les années ni les drames ne semblent pouvoir éteindre ».

      Carmen Castillo est une mili­tante « sans nostalgie, qui cherche et s'interroge ». Si elle résiste, c'est aussi « au simplisme » à « la dénonciation facile », parce que les faits sont toujours compliqués ». Ces dernières années elle a trouvé une aide précieuse dans l’idée de « l’écologie socialiste » vue par Daniel Bensaïd, théoricien français de la gauche radicale, dans les réflexions du philosophe John Berger et les poèmes du palestinien Mahmoud Darwich. « Les Indiens des Andes sont comme les Palestiniens : dans la posture du désespoir invin­cible », explique-t-elle.

      Carmen Castillo qui, dès ses débuts de réalisatrice, a eu à son actif diverses œuvres majeures , comme La Flaca Alejandra (1994) , La véridique légende du Sud-Comandante Marcos (1995) ou Inca de Oro (1996) puis plus tard Calle Santa Fe (2007) , se rendra pour son prochain film en Bolivie pour y examiner l’expérience politique inédite du président Evo Morales.

    6. « Nostalgie de la lumière » - Scénario : Patricio Guzmán • Photographie : Katell Djian • Stéphane Guisard. Montage Patricio Guzmán • Emmanuelle Joly • Ewa Lankiewicz • Son Freddy Gonzalez Jacques Quinet • Musique Miranda & Tobar • Production Atacama Productions - Bande-son 2mn 05 sur (notamment) : http://www.lexpress.fr/culture/cinema/nostalgie-de-la-lumiere-bande-annonce_930882.html

    7. Patricio Guzmán, un des plus grands réalisateurs de documentaires, est né en 1941 à Santiago et a fait des études de cinéma à Madrid, Après le coup d'état du général Pinochet, emprisonné il parvient à s’exiler et s'installe à Cuba puis en Europe. Entre 1973 et 1979, il réalise La Bataille du Chili, une trilogie sur le gouvernement de Salvador Allende et plus récem­ment Le cas Pinochet (2001) et Salvador Allende (2004). CONTACT : distribution@pyramidefilms.comwww.pyramidefilms.com

    8. "Patagonie, les couleurs de la discorde". Documentaire de José Maldavsky (France, 2010). 52 mn. Inédit. Production : ETHAN PRODUCTIONS, LA REALIDAD, MOROCHA FILMS

    9. Mais pour les Benetton, ce n’est pas la laine qui fait leur bas du même nom. La culture de céréales dans la province de Buenos Aires, et la production de bois, des pins à bois lourd dans la province de Chubut, constituent les objectifs majeurs. Dans le Chubut, les Benetton de « United Colors of Benetton », possèdent deux estancias, Leleque et El Maiten sur 340.000 hectares. Le groupe français Chargeurs est loin devant Benetton dans la production de laine.

    10. Aux XIXe siècle, alors que la Patagonie figure en dehors des limites du pays, le président Julio Ar­gentino Roca lance la «campagne du dé­sert ». Euphémisme pour évoquer une conquête militaire visant à soumettre et exterminer les peu­ples indigènes. Parmi eux, les Mapuches. Ils ont la résistance dans le sang. Les Es­pagnols le savent bien: ils n'ont pas réussi à les vaincre. Aujourd'hui, il reste environ 75 000 Ma­puches sur 4o mil­lions d'Argentins.

    11. Le film (54 mn) de Gustavo Zaracho Le Business de l'or est disponible en DVD, 15 euros. Le film est produit par le Collectif Guatemala qui en assure la diffusion (ajoutez 3 euros de frais de port) : 21 ter, rue Voltaire, 750 1 1 Paris, 01-43-73-49-60 ou collectifguatemala@gmail.com.

     





    Merci à Michel Porcheron
    Date de parution de l'article original: 31/01/2011
    URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=4166

     


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  • La presse va vous offrir dans les heures et les jours qui viennent des mines de Français en larme arrivant à Roissy, arborant cette tête des grands malheurs et du jaitouperdu. Et ce sera vrai que pour certains, la tragédie que nous traversons laissera des marques. D'autres encore, que vous avez certainement déjà vu, laisseront derrière eux un travail de trader ou de manager d'une grande banque, d'une grande compagnie d'assurance ou d'une marque de prêt-à-porter. Leur malheur tournera en boucle, ils vous raconteront tous les terribles secousses et puis ce risque radioactif maintenant que l'on sait que des fuites, bien que minimes semble t'il, se sont produites. Le lamento des expatriés à haut salaire dont la plupart ne parlent pas un mot de japonais viendra nourrir ces images déjà vues et revues des jesavaipa en provenance de Cote d'Ivoire, d'Egypte ou d'ailleurs.

    Je ne suis pas membre de ce groupe, comme vous le savez, et ce que je vis est un drame beaucoup plus intime, personnel. Et nous sommes quelques milliers, comme moi, dont vous n'entendrez pas parler car nous sommes le flot anonyme de ceux qui ont fait leur vie au Japon, par choix, par amour du pays, qui ont parfois comme je l'ai fait tout quitté (BNP Paribas, pour moi...) par amour de ce petit bout de pays ou les gens sont chauvins comme des roquets, et parfois gentils comme vous ne pouvez pas en avoir idee sans l'avoir vu. Un petit bout de pays avec l'histoire d'un continent... Un tout petit archipel avec une langue qui peut se faire d'une tendre douceur ou d'une infinie violence, ou la politesse prend la forme de la gentillesse et de l'attention. Ici, on vous laisse parler même si vous dites une abomination, simplement parce que c'est malpoli de dire que l'on est choqué.

    J'en ai appris comme je l'ai pu des rudiments de la langue, de l'écriture, et cela fait longtemps que je prends du plaisir à parler avec ces vieux qui ont parfois tant à raconter. J'ai pris mes petites habitudes, mes promenades du dimanche ou des jours de congés. J'aime le Japon, malgré tout ce nationalisme dans lequel on baigne les gens mais dont on voit qu'il est, face à l'ampleur d'une catastrophe comme celle que nous traversons, bien peu efficace. Quand tout se sera tassé, il faudra sortir l'argent et pour la première fois depuis longtemps, le Japon devra faire face à la crise économique qu'il élude tant bien que mal depuis 20 ans, à ses 220% de dettes qui en font potentiellement un pays pauvre.

    Pour quelques années au moins.
    Un petit bout d'ile du Pacifique où j'ai rencontré mon ami, un petit bonhomme au caractère japonais, introverti et discret, très poli. Combien sommes nous à être plus ou moins dans cette situation. Ici, avec quelqu'un que nous aimons, mariés ou non. Avec un quotidien, des habitudes inscrites dans des quartiers banals, que ni les touristes ni les expatriés que vous verrez à la télévision ne fréquentent. Qui viendrait à Kasai, si ce n'est un amoureux comme moi des quartiers populaires de l'est ?

    Celles et ceux qui habitent loin dans l'ouest vers Hachioji, ceux qui habitent Chiba. Celles et ceux qui ont des métiers qu'on veut bien nous donner. J'ai toujours satisfait mes supérieurs à BNP Paribas ou à Lehman, mais quand je cherche, non, pas assez comme ci ou pas assez comme ça. Il faut croire que celles et ceux qui quittent le Japon après y avoir flambé dans les quartiers à étrangers et qui ne connaitrons du Japon qu'une sorte de mélange Cergy-Pontoise / quartier des Halles / Opéra / Champs-Elysees sont plus compétents que moi; ou que mon ami Yann qui, bien que diplômé et avec de l'expérience en marketing et événementiel, et bien que lisant et parlant le japonais, bien qu'ayant fait des traductions de livres sur le Bouddhisme et des interviews de moines, ne parvient pas à satisfaire les exigences des recruteurs qui lui préfèrent les diplômés standards et couteux envoyés par Paris à Tokyo.

    Ces expatriés qui vous diront à quel point tout est hors de prix, justifiant d'incroyables notes de frais à leur société alors que le Japon est un pays où on mange très bien pour pas cher et où une livre de fraise ne coûte pas forcement 1000 yens (dans mon quartier, en ce moment, c'est entre 250 et 300 yens...). Ces expatriés qui vous parleront de leur appartement à 600.000 yens, payé par leur entreprise, quand en fait on trouve des surfaces identiques et de même qualité pour trois fois moins cher... Ces gens qui ne fréquentent que des étrangers qui, comme eux ne parlent pas ou très peu japonais, et des Japonais qui ne fréquentent que des étrangers, principalement des femmes avides d'un mariage avec un de ces portefeuille ambulant.

    La majorité des Français du Japon sont différents. Il y a les mordus, en vacance-travail, venus ici apprendre ou perfectionner la langue. Il y a les maries, qui supportent, comme je le fais, un travail peu valorisant pour rester ici avec l'être cher. Il y a les passionnés de culture, comme moi, qui aiment être ici, y vivre, y découvrir des lieux différents, les jardins, les temples, et l'incroyable végétation luxuriante, sorte de force vitale sans cesse renaissante, avec ce vert puissant (une secousse un peu forte, à l'instant) pour lequel j'ai tout sacrifie après l'avoir découvert. J'ai proposé à Jun de passer quelques jours à Kyôto, le temps que ça se tasse. Pour moi, le Japon, c'est Fushimi Inari. Je me souviens un collègue à Lehman, un expatrié original, de type "baroudeur", au CV impressionnant, brillant, et aujourd'hui manager dans une grande banque à Singapour, tombant amoureux de Shikoku. Qui ne tomberait pas amoureux de Shikoku...

    Nous, les Français ordinaires, n'intéresseront pas les médias, sauf si nous mourons, car alors nous alimenterons le moulin à désolation sur la "tragédie japonaise". A cet égard, 21 sont toujours portes disparus du cote de Sendai et vous imaginez qu'il y a peu de chance de les retrouver vivants car la ville a été dévastée.

    Pourtant, et c'est là que je suis en colère, l'ambassade de France est fermée. Il y a une ligne téléphonique, injoignable. Nous vivons à l'heure du web, et la France, sa représentation, est injoignable. Des touristes, certains certainement pris de panique, trouvent grille fermée quand ils viennent chercher un peu d'écoute, de réconfort. Nous, les expatries pas trop fortunes, incapables d'acheter ces billets d'avion à tarif prohibitifs, ou bien incapables de quitter notre famille, l'être cher, ne trouvons dans notre ambassade, aucune permanence, rien. Au contraire, l'ambassade a livré sa dernière respiration avant de s'évaporer, sous cette forme :
    Debut de citation :"Dimanche 13 mars à 18.00 heures


    1. Pertes humaines

    Nouveau bilan provisoire : au moins 10.000 morts (source : police de Miyagi)

    2. Points ressortissants :

    Sur les 137 ressortissants français présents dans la région Nord-Est, la
    plus touchée par le séisme, 116 ont pu être contactés et sont indemnes. La
    cellule de crise de l’Ambassade met tout en œuvre pour rentrer en contact
    avec les 21 dont on reste aujourd’hui sans nouvelle.
    Miyagi : 77 personnes sur 93 recensées
    Iwate : 5 personnes sur 10 recensées
    Fukushima : 19/19
    Aomori : 15 personnes sur 15 recensées
    La France envoie en ce moment une équipe de plus d’une centaine de personnes
    de la Sécurité civile au Japon, afin de prêter main forte aux autorités
    japonaises et de les aider dans leur travail de secours.

    3. Point nucléaire :

    Deux scénarios sont actuellement possibles :

    - Une mise sous contrôle des centrales défectueuses : dans ce cas le
    risque reste celui d’une contamination résiduelle liée au relâchement
    contrôlé de gaz radioactifs, avec un risque négligeable pour
    l’agglomération de Tokyo. Ce scénario est actuellement privilégié par les
    autorités japonaises et par un grand nombre de scientifiques.

    - Ou au contraire l’explosion d’un réacteur avec dégagement d’un
    panache radioactif. Ce panache peut être sur Tokyo dans un délai de quelques
    heures, en fonction du sens et de la vitesse du vent. Le risque est celui
    d’une contamination.

    La période critique sera les trois à quatre jours à venir.

    En raison de la mise à l’arrêt d’une partie du parc nucléaire, des
    coupures d’électricité sont annoncées, notamment dès cette fin de
    journée.

    L’Agence Météorologique japonaise vient de faire état de la probabilité
    d’un nouveau séisme de force 7 localisé dans le nord Kantô. Cette
    probabilité est de 70% dans un délai de trois jours et de 50% dans les jours
    suivants.

    4. Recommandations :

    Compte tenu de ce qui précède (le risque d’un fort tremblement de terre et
    l’incertitude sur la question nucléaire), il paraît raisonnable de
    conseiller à ceux qui n’ont pas une raison particulière de rester sur la
    région de Tokyo de s’éloigner de la région du Kantô pour quelques jours.

    Nous déconseillons fortement à nos ressortissants de se rendre au Japon et
    nous recommandons fortement de reporter tout voyage prévu.

    Le lycée sera fermé pour trois jours jusqu’à mercredi inclus, pour
    permettre une inspection des locaux suite au tremblement de terre.

    L’Ambassade continue de suivre de très près l’évolution de la situation,
    en contact à la fois avec Paris et avec les autorités japonaises.

    Nous recommandons à nos ressortissants de suivre en toutes circonstances les
    consignes des autorités japonaises. Il est notamment conseillé à nos
    ressortissants vivant dans les zones à proximité des centrales de se
    calfeutrer dans leur domicile (il faut couper les systèmes d’aération), et
    de faire quand ils le peuvent des provisions de bouteilles d’eau potable et
    de nourriture pour plusieurs heures. En cas de sortie indispensable, il est
    nécessaire de porter un masque respiratoire.

    Nous rappelons que l’absorption de capsules d’iode n’est pas un acte
    anodin. Un usage répété à l’excès peut être dangereux pour la santé.
    Il est donc très important de choisir le bon moment pour en absorber lorsque
    cela devient nécessaire. Là encore, il conviendra de suivre les conseils des
    autorités japonaises et nos propres consignes que nous vous communiquerons

    L’Ambassade ne manquera pas d’informer ses compatriotes si de nouvelles
    consignes devenaient nécessaires." Fin de citation.

    L'incompétence, c'est cela. C'est quand quelqu'un recopie une dépêche, ne l'analyse pas, et la livre, brute.  Et s'en va, laissant les gens à leur solitude, à des choix difficiles, impossibles. Que font mes anciens collègues, petits salaires, mariés, après un tel mail ? On le sait que le Japon est un pays à fort risque, on y vit. Pourquoi ne pas avoir écrit simplement des conseils de vigilance, avoir un peu décortiqué la dépêche de l'agence Kyodo News. Pourquoi avoir fermé l'ambassade ? Et que sont devenus ces "ilotiers" qui étaient sensés nous contacter en cas de crise ? Pas un mail, pas un contact. Rien. Le silence. La solitude. J'etais avec Jun, hier, nous avions fait une belle promenade, il faisait beau, regardez... Ici

    Le mail brutal de l'ambassade, sans aucune pédagogie m'a tué, retourné, torturé. On fait quoi, quand on reçoit ça. Longue conversation avec Jun. Yann, de son coté, traversait la même situation avec son ami Sho. Et je crois sans me tromper pouvoir affirmer que les personnels qui pondent ce genre de dépêche n'ont pas leur place au Japon. Car la réponse de Jun a été extrêmement logique : tu ne savais pas qu'il peut y avoir un tremblement de terre, à Tokyo ?

    Les Japonais vivent avec le risque. Pendant 5 ans, j'ai moi-même vécu avec, et l'ambassade m'a renvoyé à mon état de Français qui "découvre". Ce matin, j'avais retrouvé un certain calme. Ben oui, au Japon, particulièrement à Tokyo, ça peut arriver. Si j'avais eu la responsabilité d'un tel message, j'aurais pondéré sans dissimuler la gravité. Plutôt que reprendre bruts ces pourcentages, j'aurais rappelé que la situation particulière de Tokyo ainsi que la force du tremblement de terre de Miyagi rendaient le risque d'une forte réplique quasiment inévitable (et là, j'aurais donné les pourcentages). Ca peut vous paraitre du chipotage, mais pour nous, les Français du Japon, nous naviguons entre deux psychologie et généralement, avec le temps, pour les séismes, c'est la psychologie Japonaise qui l'emporte.

    Ce n'est pas une question d'enrobage, c'est nous rappeler ce que nous savons. Et j'aurais rappelé les principales précautions à observer en cas de séisme, tout en invitant ceux qui le pouvaient à reporter leur voyage où à visiter leur famille en province. On aurait compris ce que l'on savait déjà, car depuis vendredi ça n'arrête pas de secouer, mais cela aurait été dit comme une piqure de rappel. Pas comme un avis officiel invitant à fuir. Et ainsi, concernant le risque nucléaire, j'aurais juste délayé en une phrase, expliquant que le risque est, compte tenu de la force du tremblement de terre, inconnu, mais est situé (autre secousse à l'instant) entre minime et critique. J'aurais rappelé les précautions à prendre, la proximité de la centrale et la nécessité de suivre les informations. Là encore, c'est peut être du chipotage, mais nous sommes des adultes et nous pouvons comprendre, nuancer et nous organiser. Et non paniquer.

    Et j'en reviens à l'ambassade fermée, aux ilotiers absents. Pourquoi lesdits ilotiers n'auraient pas pu prévoir des regroupements de Français, pour rompre notre solitude, casser ce cycle de rumeurs, ces mails affolés venant de nos proches en France. On aurait pu s'organiser pour se retrouver les uns chez les autres, tranquillement, dès samedi. Pour libérer du stress. Les couples mixtes auraient pu recevoir, donnant ainsi un sentiment de Fraternités. Aujourd'hui, ces ilotiers, l'ambassade auraient pu créer un groupe Google Group, animer un forum. Non. Ils ont fui. Ils nous ont laissé avec un quotidien, nos attaches.

    Et l'ambassade fermée, c'est la France absente. Les commandants autrefois gardaient le navire. Nous sommes aujourd'hui livres au sauve qui peu thatcherien, chacun pour sa gueule. Vous êtes blessés ? On vous avait prévenu, on a envoyé le mail, vous n'aviez qu'a fuir, nous, on a applique le principe de précaution. Je me demande qui ils joindront, les survivants de Sendai, s'il en est. Ils ne trouveront personne, qu'une ligne téléphonique occupée.
    Quand la presse vous parlera de l'impréparation du gouvernement japonais, pensez donc a notre ambassade fermée et à ce message en forme de sauve qui peu indigne de la France, à ces "îlotiers" sensés  nous aider, nous contacter, et qui sont introuvables. Et pensez bien que ces mines défraîchies à Roissy ne représentent en rien le déchirement, la tragédie silencieuse de la communauté française du Japon, amoureuse de ce pays et abandonnée à son sort.

    Le Blog De Suppaiku


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  • Colombie : La nuque de Cano


    La patience n’est sans doute pas la première vertu des dirigeants colombiens. Empressés d’annoncer  la fin des FARC, ils encourent le risque de se ridiculiser si ces dernières parviennent, une nouvelle fois encore, à déjouer les tentatives militaires de leurs adversaires.

    Mais peut être bien que le ridicule n’effraie pas un gouvernement qui n’hésite pas à habiller des cadavres de civils assassinés avec des tenues de guérilleros afin de les exposer comme trophées de la lutte “anti-terroriste” ; poussant la gaffe jusqu’à leur mettre des bottes neuves et à l’envers (1).

    Non, le ridicule ne gêne pas un gouvernement dont l’armée déclarait, il y a quelques années, la mort de trois chefs guérilleros et qui, le 8 mars 2011, reconnaissait qu’ils « sont vivants et avec plus de pouvoir qu’avant » (2) (il s’agit d’Albeiro Cordoba”, de “Byron Yepes” et de “Campesino”). Non, décidément le ridicule n’a pas sa place au sein des autorités colombiennes qui, en mars 2006, organise la mise en scène d’une démobilisation fictive du Front Cacica Gaitana des FARC et dont les fuites éclaboussent l’armée aujourd’hui. Selon des témoins, sur les 66 supposés guérilleros, seules 14 étaient réellement membres de la guérilla.

    Pour le reste il s’agissait de vagabonds et marginaux recrutés pour l’occasion (3). L’armée colombienne a néanmoins réussi à porter des coups durs considérables à la guérilla grâce aux bombardements ciblés, enfin, même si parfois dans la foulée c’est une jeune adolescente qui périt sous les bombes (4). La mort de Jorge Briceño, alias Mono Jojoy, le 22 septembre 2010, a été amplement exploité comme le signe de la phase descendante de la guérilla.

    Dans ce jeu du chat et de la souris, la jeune combattante hollandaise Tanja Nijmeijer, alias “Alexandra”, reste introuvable (5). Mis en échec sur leur propre sol, les services de renseignements colombiens s’en vont chasser les souris en Europe. Le 15 février 2011, Leyla Ordoñez, militante du Parti Communiste de Colombie, réfugiée politique vivant à Madrid, est arrêtée par les autorités espagnoles et risque l’extradition.

    Le gouvernement colombien l’accuse d’appartenir au groupe insurgé et d’en être le contact européen. Rapidement l’info circule et les dénonciations se multiplient de la part des groupes politiques de gauche radical. Le lendemain, Leyla Ordoñez est mise en liberté par la justice espagnole avec l’assurance qu’il « n’existe pas de risque de fuite » (6) de la jeune femme de 39 ans.

    Mais le record en matière de chasse à l’homme revient à Victor Ramon Vargas, 36 ans, qui a réussi à ce qu’Interpol déclenche, mercredi 9 mars 2011, le “code rouge” (son plus haut niveau d’alerte) pour sa capture, selon Semana.com (7). Accusé d’entretenir des liens avec le groupe séparatiste basque ETA pour le compte de la guérilla colombienne, Ramon Vargas, alias “El Chato”, aurait tenté de planifier des attentats en Espagne notamment contre les anciens présidents colombiens Andrés Pastrana et Alvaro Uribe.

    Tout ceci n’effrite en rien l’optimisme des autorités colombiennes. Le 7 mars dernier le ministre de la Défense, Rodrigo Rivera, a annoncé que mars « sera un mois noir » pour les FARC (8). L’armée colombienne a récemment accentué son offensive à l’encontre du “Bloque Central” où se trouve, selon eux, le principal dirigeant guérillero, Alfonso Cano.

    A son propos le président Santos avait déclaré en février : « nous savons exactement où il se trouve (...) il a notre souffle sur sa nuque » (9). Le tout étant de savoir si cette proximité résulte d’un rapprochement de la part des militaires colombiens ou, à l’inverse, de celui des guérilleros qui, selon le général Henry William Torres, entament des opérations afin de se réinstaller dans la province de Cundinamarca (au centre du pays) où se trouve la capitale, Bogota (10).

    Loïc Ramirez

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    http://www.legrandsoir.info/Colombie-La-nuque-de-Cano.html
     

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