• 25/03/2011

    Egypte: La contre-révolution

    Le Caire, 25 mars 2011. Le jour se lève sur un jour anniversaire. Nous fêtons aujourd'hui le deuxième mois de la révolution. En réalité on ne fête rien du tout, du moins pas ceux qui entendent, pour ce qu'il est, le mot démocratie. Les déçus cachent leur amertume et leur inquiétude et redoublent d'efforts et de réunions pour résister au rouleau compresseur de l'armée. 

    Le gouvernement de transition n'y va pas de main morte pour conduire le pays vers ce qu'il appelle la stabilité. Et qu'on se le dise: les ennemis de la stabilité sont des fauteurs de trouble! des ennemis de la patrie! You're either with us or against us, aurait dit George W. Bush.

    Les manifestants célébrés il y a quelques semaines sont en passe d'être criminalisés. L'armée a annoncé une loi criminalisant les manifestations et les grèves. Celle-ci sera sans doute passée dans les jours à venir à moins que… à moins qu'il se passe quelque chose tout à l'heure, et ce n'est pas impossible.

    Depuis l'euphorie (injustifiée) du référendum du 19 mars, certains commencent à regarder la réalité telle qu'elle est et non telle qu'ils la rêvent. On ne connaît pas leur nombre car depuis que l'armée casse les manifestations en torturant ceux qu'elle arrête, mes concitoyens ont tendance à préférer le salon, surtout les femmes qui, si elles se font arrêter par l'armée, risquent de subir mille humiliations dont des "tests de virginité" effectué par des hommes. Les femmes qui affirmaient être vierges et dont les tests étaient négatifs ont reçu, d'après rapport d'Amnesty, des chocs électriques et ont été accusées de prostitution. Nausée.

    Pourquoi euphorie injustifiée. Parce qu'on a pris "une-élection-avec-un-taux-de-participation-record" pour le signe ultime d'une démocratie enfin trouvée. Pour qu'une élection soit démocratique, ne doit-elle pas, d'abord, être juste? Et à quoi reconnaît-on une élection juste si ce n'est par l'application d'au moins quelques principes universels tels que: le secret du vote, la validité des bulletins de vote, les mesures contre la fraude, contre le double ou le triple vote, un temps de parole égal pour chaque camp sur les chaînes de télévision et les radios nationales, la surveillance du vote et des bulletins par une autorité judiciaire, l'accès — à tous — à un bureau de vote ouvert, l'empêchement de toute tentative de "harcèlement politique" ou religieux par des bandes organisées à l'intérieur des bureaux de vote…

    Chacun de ces points à été violé dans ses grandes largeurs (lien vers un rapport en langue arabe par l'Organisation Egyptienne des Droits de l'Homme) et spécialement dans les villes et les villages de province. Commençons par le plus comique. Pour éviter qu'ils votent plusieurs fois, les électeurs trempaient un doigt dans de l'encre rose lavable à l'eau et au savon. Les bureaux de vote sans isoloir se comptaient par centaines. Les zones à forte communautés coptes ont vu leur bureaux fermés, ouverts, fermés — notamment les bureaux de la ville de Naga Hammadi. La télévision nationale diffusait… non elle martelait que le devoir patriotique de chacun était de voter "oui" à la stabilité. La première page du premier quotidien national, Al Ahram, a publié un encadré expliquant que voter "oui" était un devoir qui incombait à tout citoyen. Des Frères Musulmans et des salafistes en bandes, que nulle autorité n'empêchaient, accaparaient les bureaux de votes et vociféraient qu'en votant "oui" on irait au paradis et qu'en votant non… Pour comprendre l'ampleur des dégâts, il faut imaginer des villages ou le taux d'analphabétisation atteint parfois 70 ou 80%.

    Les Frères Musulmans. Encore. Souvenez-vous quand nous disions que, trente années durant, le régime Mubarak avait agité le spectre de l'islamisme pour asseoir son pouvoir et légitimer sa dictature. L'armée, peu imaginative sans doute, se sert des mêmes ruses en ouvrant aux islamistes une voie royale telle qu'il n'aurait jamais pu la rêver.

    L'accélération du processus électoral voulu par l'armée — allant contre toutes les demandes et mises en garde du camp pro-démocrate — donne bien sûr l'avantage aux partis et aux mouvements déjà constitués : le Parti National Démocratique et, donc,  les Frères Musulmans avec lesquels il semble clair que l'armée ait passé un accord. S'il l'on ignore les termes de l'accord, on semble déjà en connaître les conséquences: 30% des sièges au prochain parlement dit, à qui veut l'entendre, Essam El Erian, porte-parole de la confrérie.

    Ne devrait-on s'étonner  d'ailleurs que le nom du Parti National Démocratique de Moubarak soit encore prononcé? Oui bien sûr, il faudrait s'en étonner, tout comme il faudrait s'étonner qu'Hosni Mubarak lui-même arpente les plages de Sharm el Sheikh, que Safwat el Sherif, tortionnaire corrompu et ex-président du Conseil d'Etat ne soit sous le coup d'aucune poursuite judiciaire, pas plus que Fathi Sorour, ex-Président de l'Assemblée du Peuple, maître en corruption lui aussi.

    Assez.

    Bonne nouvelle. Des centaines de fonctionnaires de la radio et de la télévision se sont mis en grève et constestent leurs conditions de travail. C'est pour eux une façon polie de tourner les choses. Ce qu'ils contestent c'est qu'on les oblige — et depuis toujours — à se rendre complices de toutes les campagnes de désinformation et de manipulation populaire, notamment la campagne féroce qui aura largement contribué à la victoire du camp du "oui" à une constitution qui menace, en profondeur, l'avenir démocratique de l'Egypte. 

    "Libérer l'information" est le nouveau combat de ceux qui ont compris — avec raison — que la Radio-Télévision d'état était l'arme fatale de ce qu'il est convenu d'appeler… la contre-révolution.

    Le Caire, 25 mars 2011, 18h30. Des manifestants se sont réunis à Maspero, le siège de la Radio-Télévision égyptienne. Les slogans à l'endroit de Hussein Tantawi sont directs et c'est une grande première : Tantawi ne serais-tu pas le prochain dictateur? Jamais un slogan n'avait-il été prononcé contre l'armée.

    De grandes banderoles dénoncent également la triangulaire de la corruption évoquée plus haut: Safwat el Sherif, Fathi Sorour et Zakaria Azmi (ex-chef du personnel de la présidence).

    Les manifestants sur place appellent à passer la nuit devant Maspero et de braver le couvre-feu de minuit. Cela annonce peut-être de nouvelles confrontations violentes avec l'armée et des arrestations sommaires.

    Contre contre révolution? Ç'en a tout l'air.

    Voir la vidéo de la manifestation de Maspero, un peu plus tôt dans la journée.

    — — — — — — —

    Bonus Track : Maa'lesh… tout ira bien - معلش ماعلينا


    © Aalam Wassef - mars 2011 - Chanson libre de droits.


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  • Une attaque de civils armés de couteaux et de machettes était menée le 9 mars dernier sur la célèbre place Tahrir, au Caire, contre des manifestants pro-démocratie. L’armée, qui a été appelée à la rescousse, a procédé au "nettoyage" de la place en emportant dans ses filets environs 170 manifestants. Tous auraient été victimes de tortures et jugés devant un tribunal militaire. Sur son site Internet, l’association Arabic Network For Human Rights condamne ces tortures, en les qualifiants d’inhumaines. Selon le quotidien égyptien Al-Ahram, certains ont été relâchés et témoignent devant les ONG et les journalistes du calvaire qu’ils ont vécu. Voici leur histoire, également reprise par Rue89 et Youtube.

    Walid, porté disparu…

    Walid est un jeune égyptien porté disparu depuis le 9 mars dernier. Il a été arrêté par l’armée et est aujourd’hui détenu dans la tristement célèbre prison 28, à Nasser City. Il est accusé de troubles à l’ordre public. Sa mère, Oum Walid, est à ce jour sans nouvelle de son fils, elle a la voix brisée, les mains moites et les lèvres tremblantes d'angoisse. Pourtant, Oum Walid est une maman égyptienne comme les autres. Mais voilà, depuis le mercredi 9 mars, cette maîtresse d'école à Zamalek, un quartier chic du Caire, est sans nouvelle de son fils.  C’est en larmes qu’elle s’est exprimée, le 16 mars dernier, lors d’une conférence de presse organisée à cette occasion. « Nous sommes des gens bien ! Nous ne sommes pas des baltagi (des hommes payés par le régime d’Hosni Moubarak pour semer la terreur) ! Je veux mon fils ! Je veux Walid ! », martelait-elle.

    Ali Sohby

    Ali Sohby a aussi été arrêté puis relâché. Devant la presse, il déclare avoir été torturé avant d’avoir était libéré trois jours plus tard. Battu et jugé devant un tribunal militaire, il a déclaré : « Je n’arrivais pas à croire ce que je voyais. C’était un cauchemar. Nous passions 30 par 30 devant les juges. Nous avons raconté ce qu’il s’était passé, mais ils ne nous écoutaient pas. Une déposition écrite était déjà prête. Ils nous ont obligés à la signer ».

    Ramy Assam

    Ramy Assam, chanteur, était l’une des figures artistiques de la révolution du 25 janvier. Victime de tortures, il a reçu des décharges électriques et a été battu jusqu’au sang. Les images montrent Ramy sur la Place Tahrir en train de chanter. Puis, c’est un corps mutilé que laisse découvrir les caméras.

    Ces atrocités lui ont inspiré une chanson. Après avoir entonné à pleins poumons, comme des milliers d'Egyptiens, le slogan " lève la tête haut, tu es Egyptien ! ", il chante, désillusionné, " baisse la tête, tu vis dans un pays démocratique ! ".

    Salwa El Hosseiny

    Les femmes n’ont pas été épargnées ce 9 mars. Salwa El Hosseiny est l’une d’entre elles. Elle a été retenue prisonnière puis torturée, avant d’être relâchée trois jours plus tard.

    Source ici


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    Les Latino-Américains ne sont pas des criminels nés et ils n’ont pas inventé les drogues.

    Les Aztèques, les Mayas et d’autres groupes humains précolombiens du Mexique et d’Amérique centrale étaient d’excellents agriculteurs et ne cultivaient pas la coca.

    Les Quechuas et les Aymaras produisaient des aliments nutritifs sur des terrasses parfaitement alignées qui suivaient les courbes de niveau des Andes. Ils cultivaient le quinoa, une céréale riche en protéines, et la pomme de terre sur la puna, parfois à plus de trois ou quatre mille mètres d’altitude.

    Ils connaissaient et cultivaient aussi la coca, dont ils mâchaient les feuilles pour alléger les rigueurs de l’altitude. Son usage actuel remonte donc à la nuit des temps, à l’instar de produits cultivés par d’autres peuples comme le café, le tabac ou le vin.

    La coca est originaire des versants abruptes des Andes amazoniennes. Les habitants la connaissaient depuis bien avant l’Empire inca dont le territoire, à son apogée, s’étendait du sud de la Colombie au Nord-Ouest de l’Argentine, couvrant l’Équateur, le Pérou, la Bolivie et l’Est du Chili, soit près de deux millions de kilomètres carrés.

    Mâcher la feuille de coca devint un privilège des empereurs incas et de la noblesse durant les cérémonies religieuses.

    Une fois disparu l’Empire inca à la suite de l’invasion espagnole, les nouveaux maîtres stimulèrent la mastication traditionnelle de la feuille de coca pour que les indigènes puissent travailler plus longtemps dans la journée, et ce droit a perduré jusqu’à ce que la Convention unique sur les stupéfiants adoptée par les Nations Unies en ait interdit l’usage, hormis à des fins médicinales ou scientifiques.

    Presque tous les pays la signèrent. C’est à peine si l’on discutait les questions relatives à la santé. Le trafic de cocaïne n’atteignait pas encore sa gigantesque ampleur actuelle. Depuis, de très graves problèmes ont surgi qui exigent des analyses profondes.

    L’ONU affirme avec délicatesse, au sujet de cette question épineuse du rapport entre la drogue et la criminalité organisée : « L’Amérique latine n’est pas efficace dans son combat contre la criminalité. »

    Les informations publiées par différentes institutions varient à cause du caractère sensible de cette question. Les données sont parfois si complexes et si nombreuses qu’elles peuvent induire en erreur. En tout cas, ce qui est incontestable, c’est que le problème s’aggrave, et très vite.

    Voilà presque un mois et demi, le 11 février 2011, le Conseil citoyen pour la sécurité publique et la justice du Mexique a publié un rapport qui offre des données intéressantes sur les cinquante villes les plus violentes au monde compte tenu des homicides commis en 2010 : le Mexique en réunit le quart. Et, pour la troisième année consécutive, Ciudad Juárez, à la frontière étasunienne, occupe le premier rang.

    Le rapport affirme : « Cette année, le taux d’assassinats à Juárez a été supérieur de 35 p. 100 à celui de Kandahar, en Afghanistan, qui occupe la seconde place, et de 941 p. 100 à celui de Bagdad », autrement dit presque dix fois plus que la capitale iraquienne, qui apparaît au cinquantième rang de la liste.

    San Pedro Sula, au Honduras, occupe la troisième place avec 125 assassinats pour 100 000 habitants, seulement dépassée par Ciudad Juárez, au Mexique, avec 229 et Kandahar, en Afghanistan, avec 169.

    Tegucigalpa, au Honduras, occupe la sixième place, avec 109 assassinats pour 100 000 habitants.

    Ainsi donc, le Honduras, le pays où se trouve la base aérienne étasunienne de Palmerola où un coup d’État a été fomenté sous l’administration Obama, compte deux villes parmi les six premières au monde en matière d’assassinat. La capitale du Guatemala atteint 106.

    Toujours selon ce rapport, Medellín (Colombie) figure parmi les villes les plus violentes d’Amérique et du monde avec 87,42 assassinats.

    Le discours du président étasunien Barack Obama en El Salvador et sa conférence de presse postérieure m’imposent le devoir de publier ces lignes sur ce point.

    Dans mes Réflexions du 21 mars, je l’ai critiqué pour son manque d’éthique : n’avoir même pas mentionné au Chili le nom de Salvador Allende, un symbole de dignité et de courage pour le monde entier, mort des suites du coup d’État fomenté par un président étasunien.

    Comme il devait se rendre le lendemain en El Salvador, un pays centraméricain qui symbolise les luttes des peuples de Notre Amérique et qui a été parmi ceux qui ont le plus souffert de la politique des USA sur notre sous-continent, j’ai écrit : « Là, il va falloir qu’il s’ingénie pas mal, parce que les armes et les instructeurs reçus des administrations étasuniennes ont fait couler bien du sang dans ce pays frère. Je lui souhaite un bon voyage et un peu plus de… bon sens. »

    Je dois avouer qu’il a été un peu plus délicat à cette dernière étape de sa tournée latino-américaine.

    Tous les Latino-Américains, croyants ou non, admirent monseigneur Oscar Arnulfo Romero et les six jésuites lâchement assassinés par les nervis que les Etats-Unis ont entraînés, soutenus et armés jusqu’aux dents. Le FMLN, une organisation militante de gauche, livra en El Salvador une des luttes les plus héroïques de notre continent, et le parti issu des rangs de ses glorieux combattants – dont l’histoire profonde n’a pas encore été écrite – fut élu par le peuple à la présidence du pays.

    Il est urgent en tout cas de se colleter avec le dilemme dramatique que vit non seulement El Salvador, mais encore le Mexique, le reste de l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud.

    Obama en personne a affirmé qu’environ deux millions de Salvadoriens, soit 30 p. 100 des habitants, vivaient aux USA où des centaines de milliers d’habitants ont été contraints d’émigrer à cause de la répression brutale orchestrée contre les patriotes et du pillage systématique de ce pays par les États-Unis.

    Ce qu’il y a de nouveau, c’est qu’à la situation désespérée des Centraméricains, sont venus s’ajouter le pouvoir incroyable des bandes  terroristes, le trafic d’armes sophistiquées et la demande de drogues en provenance du marché étasunien.

    Dans le bref discours qu’il a prononcé avec son visiteur, le président salvadorien a affirmé :

    « J’ai insisté devant lui sur le fait que la criminalité organisée, le trafic de drogues, l’insécurité des citoyens n’étaient pas des questions qui inquiétaient uniquement El Salvador, le Guatemala, le Honduras ou le Nicaragua, ni même le Mexique ou la Colombie, mais qu’elles préoccupaient la région dans son ensemble, et que nous œuvrons à cet égard pour la mise en place d’une stratégie régionale à travers l’Initiative centraméricaine concernant la sécurité régionale (CARCIS). 

    « J’ai insisté sur le fait que cette question ne devait pas être abordée seulement par la répression de la criminalité à travers le renforcement de nos polices et de nos armées, mais qu’il fallait aussi mettre l’accent sur la prévention du délit et que la meilleure arme pour combattre la délinquance en soi dans la région était par conséquente d’investir dans des politiques sociales. »

    Le président étasunien a répondu :

    « Le président Funes s’est engagé à créer plus de possibilités économiques ici, en El Salvador, pour que les gens ne soient pas obligés à se rendre dans le Nord pour maintenir leur famille. 

    « Je sais que c’est particulièrement important pour les quelques deux millions de Salvadoriens qui vivent et travaillent aux États-Unis. […] J’ai donc informé le président des nouvelles lois de protection du consommateur que j’ai signées et qui informent mieux les gens et garantissent que les envois de fonds familiaux parviennent à leurs destinataires.

    « Nous engageons aussi de nouveaux efforts pour faire face aux trafiquants de drogues et aux gangs qui ont provoqué tant de violence dans tous nos pays, en particulier ici en Amérique centrale. […]

    « …nous dégagerons deux cent millions de dollars pour appuyer les efforts ici dans la région, y compris pour aborder… les facteurs sociaux et économiques qui poussent les jeunes à la délinquance. Nous aiderons à renforcer les tribunaux, les groupes de la société civile et les institutions qui défendent la légalité. »

                Rien de mieux pour exprimer l’essence même d’une situation douloureuse et triste.

    Le fait est que de nombreux jeunes centraméricains sont poussés par l’impérialisme à tenter de traverser une frontière toujours plus rigide et plus infranchissable ou de prêter service aux richissimes gangs de narcotrafiquants.

    J’ai une question à poser à Obama : Ne serait-il pas juste que les États-Unis promulguent une Loi d’ajustement pour tous les Latino-Américains, à l’image de celle qu’ils ont inventée pour punir Cuba voilà plus d’un demi-siècle ? La quantité de personnes qui meurent à la frontière des USA ou qui meurent d’ores et déjà chaque année par dizaine de milliers dans les peuples auxquels vous offrez une « Alliance entre égaux » continuera-t-elle de croître à l’infini ?

    Fidel Castro Ruz

    Le 25 mars 2011

    20 h 46


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  • L’Enfer est pavé des bonnes intentions occidentales.

    Dans le combat mené pour maintenir les opinions publiques occidentales assises à leur place, et les faire applaudir au moment où leurs gouvernements leur disent de le faire, comme dans ces jeux télévisés stupides, dans ce combat interminable et répétitif, les mots magiques sont à nouveau à l’honneur.

    « Frappes ciblées ».
    « Frappes chirurgicales ».
    « Dommages collatéraux ».
    « Zones d’exclusion aérienne ».
    « Coalition internationale ».

    Dans la réalité, il n’y aura point de frappe chirurgicale ou ciblée, mais des boucheries, et la coalition, si elle implique toujours les mêmes pays belliqueux, n’a pas l’assentiment de toute l’humanité que le mot international pourrait laisser supposer.

    Mêmes prétextes fallacieux qu’en 1991, lors de la première guerre du Golfe, et qu’en 2001, pour l’Afghanistan, en 2003 pour la seconde invasion de l’Irak.

    Le langage et la propagande sont les premières armes des agresseurs, les plus puissantes, avant les bombes et les missiles.

    Les opinions publiques occidentales sont prises dans les filets du vocabulaire travaillé et des connotations orientées habituelles de leurs gouvernants, pendant que les Libyens tomberont eux sous le coup des armes de destruction massive occidentales.

    Le peuple Libyen, les enfants, les femmes, les civils, les vrais, opprimés par le régime corrompu de Kadhafi, souffriront tout autant de l’intervention « humanitaire » de Nicolas Sarkozy et de ses alliés, vassaux des Etats-Unis.

    Ils mourront tout autant de faim, souffriront de la misère et des maladies causées par les déplacements de population, les déportations, les confinements dans des camps improvisés.

    Tortures, viols, destructions, exils, corruptions, exactions, pauvreté attendent les civils Libyens, ceux dont ces messieurs Sarkozy, Cameron, Obama ou de l’OTAN prétendent se soucier, à en croire nos journalistes disciplinés.

    Comme toujours dans ce cas et depuis longtemps, nos journalistes sont au garde-à-vous.

    Les laboratoires irakien et afghan permettent le mieux de prédire ce qui attend la Lybie, et tout autre pays sur la triste liste des interventions « humanitaires » occidentales ou de l’OTAN, qu’une caution de l’ONU soit obtenue ou non.

    Plus personne, ou presque, ne le croit aujourd’hui, mais nous serions allés fièrement en Afghanistan et en Irak pour libérer leurs peuples, affranchir les femmes, protéger les enfants, et mettre dehors un affreux dictateur, un « gentil » tyran devenu subitement monstrueux, ou des intégristes, hier alliés et invités [1] en Occident, puis infréquentables du jour au lendemain.

    Depuis, dix années ont passé en Afghanistan (2001), et huit en Irak (2003, seconde guerre du Golfe).

    Vérifions les résultats des bonnes intentions occidentales, pour nous faire idée du sort futur des Libyens et de tous les peuples qui auront le malheur d’attirer la cupidité des dirigeants occidentaux.

    Selon Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch (HRW),

    « Huit ans après l’invasion américaine, les conditions de vie en Irak s’empirent pour les femmes et les minorités, tandis que les journalistes et les détenus subissent de graves violations de leurs droits. » [2]

    Pour Human Rights Watch (HRW), qui a enquêté dans sept villes d’Irak en 2010 [3],

    « […] la détérioration de la situation sécuritaire a encouragé le retour à certaines pratiques de justice traditionnelle et à un extrémisme politique à caractère religieux, qui ont eu un effet délétère sur les droits des femmes, tant au sein du foyer qu’à l’extérieur. »

    « Diverses milices qui font la promotion d’idéologies misogynes ont pris les femmes et les filles irakiennes pour cible, recourant à des assassinats et à des actes d’intimidation afin de les empêcher de prendre part à la vie publique. De plus en plus, les femmes et les filles sont persécutées dans leurs propres foyers pour une diversité de transgressions supposées contre l’honneur de leur famille ou de leur communauté. La traite des femmes et des filles à des fins d’exploitation sexuelle tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays est par ailleurs répandue. »

    Toujours selon Joe Stork,

    « Pour les femmes irakiennes, qui bénéficiaient avant 1991 des degrés les plus élevés de la région en matière de protection de droits et de participation sociale, cela a représenté une pilule extrêmement amère à avaler. »

    Toujours selon HRW, en Irak, huit ans après l’invasion « pacificatrice » de l’Occident,

    « […] Des milliers de personnes déplacées internes vivent désormais dans des bidonvilles sans accès à des besoins essentiels tels que l’eau potable, l’électricité et les installations sanitaires. »

    Des tortures qui n’ont rien à envier à celles du régime de Saddam Hussein continuent d’être pratiquées sous le nouveau gouvernement irakien. Ainsi [4], en 2010,

    « Des Irakiens détenus dans un centre de détention secret à Bagdad ont été pendus par les pieds, empêchés de respirer, frappés à coup de poing et de pied, fouettés, soumis à des chocs électriques et sodomisés. »

    Les bombardements ciblés, chirurgicaux, euphémismes dont raffolent nos médias télévisés et radiophoniques, sont un artifice de langage.

    « Comme l’a rapporté en détail Human Rights Watch dans son rapport de décembre 2003 sur la guerre, les efforts américains pour bombarder des cibles abritant des responsables ont été un échec total. Le bilan de 0 succès pour 50 tentatives a reflété une méthode de ciblage se rapprochant d’un comportement à l’aveuglette, avec des bombes larguées sur la base de preuves suggérant à peine plus que la présence d’un responsable dans une communauté. Un tel comportement a causé, de façon tout à fait prévisible, de substantielles pertes civiles. » [5]

    Pour un occidental assis bien au chaud devant le spectacle de ces feux d’artifice « chirurgicaux », on serait tenté de dire que tout est mieux plutôt que de vivre sous la tyrannie de Saddam Hussein hier, de Kadhafi aujourd’hui, mais malheureusement, il existe des scénarios bien pires. Aussi vicieux que furent ces régimes, le chaos, une guerre civile entraînant des abus se révéleront encore plus meurtriers, comme le montrent l’Irak et l’Afghanistan aujourd’hui.

    La peine de mort a été réinstaurée en Irak avec 79 pendaisons en 2009, tandis que 900 condamnés y attendaient leur tour. [6] En 2009.

    Sabah Al Mukhtar, interviewé en 2010, nous dit,

    « En apparence, tout va pour le mieux : on a 350 partis politiques, 26 satellites TV, 60 journaux. Des élections législatives auront lieu le 7 mars. Une femme va même s’y présenter. Mais en réalité, le pays est laminé, il n’y a plus aucune infrastructure, ni éducation, ni santé, ni sécurité. Quatre millions de réfugiés, deux millions de morts, des milliers de viols et d’emprisonnements […] » [7]

    Plusieurs années après la « libération » et l’apport du « savoir-faire occidental »,

    « L’effondrement des infrastructures en Irak a entraîné une pénurie d’eau qui ne fait que s’aggraver et qui tue un grand nombre d’Irakiens.

    Une grande partie du pays souffre d’un manque d’eau aigu, et les faibles quantités fournies sont impropres à l’utilisation humaine.

    Le 19 juillet 2007, l’ambassadeur des Etats-Unis, Ryan Crocker, a confirmé que les habitants de Bagdad n’avaient accès, en moyenne, qu’à une heure d’électricité par jour. Avant l’invasion menée par les Etats-Unis, ils en recevaient entre 16 et 24 heures [malgré l’embargo]. Or, sans électricité, on ne peut pas pomper de l’eau vers les habitations.

    Un rapport publié le 30 juillet 2007 par l’ONG internationale Oxfam et NCCI, un réseau d’organisations d’aide qui travaillent en Irak, disait que huit millions d’Irakiens – presque un sur trois – avaient un besoin désespéré d’aide d’urgence. Ce rapport, intitulé Répondre au défi humanitaire en Irak déclarait que 70% des Irakiens n’ont pas des fournitures d’eau adéquates, alors qu’en 2003, année de l’invasion de l’Irak menée par les Etats-Unis, ce pourcentage était encore de 50%. Selon ce même rapport, environ 80% des Irakiens manquent d’infrastructures sanitaires.

    Selon le rapport d’Oxfam : « le taux de malnutrition infantile, qui était de 19% avant l’invasion menée par les Etats-Unis en 2003, atteint maintenant 28%. » Le manque d’eau potable est à l’origine de la plupart de ces cas. » [8]

    Et du côté de l’Afghanistan.

    La presse française se demande si vis-à-vis des femmes afghanes, Hamid Karzai, l’homme placé par la coalition victorieuse, n’est pas pire que les talibans [9],

    « Les talibans ne sont plus au pouvoir à Kaboul... mais "la situation des droits de l’homme en Afghanistan empire", s’alarme la Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay [10]. Et notamment pour les femmes.

    Que dit cette loi exactement ? Elle ne laisse une liberté de mouvement aux femmes chiites afghanes que pour des raisons "légitimes". De ces raisons "légitimes", sont exclues des activités telles que travailler ou suivre des études, précise un communiqué de l’ONU.

    Cette nouvelle loi "permet explicitement le viol conjugal, réduit le droit des mères à avoir la garde de leurs enfants dans le cas d’un divorce et rend impossible pour les épouses d’hériter des maisons et des terres de leur mari", poursuit ce communiqué.

    En Afghanistan,

    « Les chefs de guerre ont remplacé les talibans en adoptant des politiques similaires envers les femmes. » [11]

    En attendant l’arrivée de l’équivalent Libyen d’Hamid Karzai, nous saurons dans quelques années comment le peuple de Lybie aura survécu à l’uranium et aux bombes humanitaires de l’Alliance occidentale, mais nous pouvons nous en faire une idée précise en observant le présent de l’Irak et de l’Afghanistan dévastés.

    Pascal Sacré

    [1] « Guerre et mondialisation », Michel Chossudovsky, Edition Le Serpent à Plumes, 2002, p. 134.

    [2] Irak : Les citoyens les plus vulnérables sont dans une situation de danger, http://www.hrw.org/fr/news/2011/02/...

    [3] Ibid.

    [4] Irak : Des détenus ont témoigné de tortures subies dans une prison secrète, http://www.hrw.org/fr/news/2010/04/...

    [5] La guerre en Irak : tout sauf une intervention humanitaire, http://www.hrw.org/fr/news/2004/01/...

    [6] "L’Irak reste sans infrastructure, ni éducation, ni santé, ni sécurité" http://www.infosud.org/spip.php?art...

    [7] Ibid.

    [8] IRAK. Le manque d’eau tue http://www.alterinter.org/article11...

    [9] Femmes afghanes : Karzai pire que les talibans ? http://www.lexpress.fr/actualite/mo...

    [10] Afghanistan : Pillay dénonce une loi restreignant les droits des femmes http://www.un.org/apps/newsFr/story...

    [11] http://sisyphe.org/spip.php?article381 Le pouvoir des chefs de guerre met en péril la sécurité des femmes en Afghanistan

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    http://www.legrandsoir.info/L-Enfer-est-pave-des-bonnes-intentions-occidentales.html

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  • Née dans une famille de célèbres joueurs de squash pakistanais, Natasha Khan parcourt le monde dès son plus jeune âge et se forge un imaginaire propice à l’évasion. Etablie à Brighton en Angleterre, la jeune femme étudie le cinéma et la musique, rencontre Devendra Banhart et le projet Bat For Lashes voit le jour.

            

    Quatuor féminin composé de Ginger Lee, Abi Fry, Lizzie Carey et Natasha Khan.

     


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