• Egypte: L'armée torture

    Le Caire, 6 mars 2011. Depuis quelques jours, des images-choc circulent sur la toile, mais elles se font curieusement oublier par d'autres actualités plus étourdissantes encore: la forteresse de la "Sécurité d'Etat", la STASI égyptienne, est tombée hier soir aux mains d'un millier de manifestants. Nous venons, hier soir, de pénétrer en son sein pour y trouver des montagnes de documents broyés, et des centaines de mètres de rayonnages sur lesquels reposaient les fiches soigneusement rédigées sur des millions de citoyens.

    L'armée, qui gardait les lieux comme elle garde tous les bâtiments administratifs, était pour le moins complaisante et s'est gentiment tenue à l'écart tandis que nous nous précipitions à l'intérieur, le sang glacé par ce temple du mal.

    A l'arrivée du procureur général, et après avoir rempli nos yeux et nos appareils photos des mille scandales susceptibles de disparaître, nous avons laissé la justice prendre le relais.

    La nouvelle est fracassante. La chute de la Sécurité d'Etat est plus importante encore que celle de Moubarak qui, et c'est un manifestant qui l'a hurlé en ouvrant un dossier par hasard, était fiché lui aussi.

    Il est cependant essentiel de revenir sur ces images sordides qui confirment que l'armée égyptienne a bel et bien deux visages.

    Ces images ont été montées sur une chanson que j'ai écrite et enregistrée. Elle sera diffusée demain dans la blogosphère égyptienne.

       

    Traduction française des paroles

    De qui se moque l'armée égyptienne?
    Des Égyptiens, bien sûr.
    Des martyrs, nous en avons assez.
    Laissez-nous donc vivre en paix.

    "L'armée et le peuple, une seule main"
    "L'armée et le peuple…" c'est ça, ouais.

    Dis moi Salma, l'armée défend qui?
    Ses confrères hommes d'affaires… ah! j'oubliais!
    Casse-toi Maréchal Tantawi!
    Et sauve-nous Major Shoman! (*)
    C'est que le Maréchal, vois-tu, torture nos amis.

    "L'armée et le peuple, une seule main"
    "L'armée et le peuple"… c'est ça, ouais.

    L'armée-Vodafone (**), on n'en veut plus
    Trouvez-nous des gens dignes de nous
    Ceux qui nous attaquent au Taser
    Nous leur tiendrons tête jusqu'au bout
    Jeunes officiers il est temps de faire un "coup"

    Fiers officiers, braves soldats, la justice n'attend pas

    "L'armée et le peuple, une seule main"
    "L'armée et le peuple, une seule main"
    "L'armée et le peuple, une seule main"
    Ah ben voilà, c'est mieux comme ça…
    "L'armée et le peuple, une seule main"
    "L'armée et le peuple, une seule main"

    Paroles, musique et chant: Aalam Wassef. Chanson libre de droits.

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    Notes

    (*) Le Major Shoman s'est rendu célèbre en déposant les armes, avant la démission de Moubarak, et en rejoignant les manifestants.

    (**) Le Conseil Suprême de Armées, comme le Ministère de l'Intérieur déchu avant lui, se sert librement dans les bases de données des opérateurs Vodafone et Mobinil pour envoyer des SMS à la population. Recommandations, mise en garde, menaces. Les opérateurs aux engagements et aux obligations multiples sur la protection de la vie privée, curieusement, collaborent.

     

    Cris D'Egypte


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  • Libye: Kadhafi, portrait total - De fossoyeur de la cause nationale arabe à fossoyeur de son propre peuple



    René Naba رينيه نبعة

    La révolte arabe de 2011: Un ça va, trois…….bonjour les dégâts

    Zine el Abidine Ben Ali (Tunisie), en janvier, Hosni Moubarak (Égypte), en février, Mouammar Al-Kadhafi, aux ides de mars… …

    En hommage à la révolte du peuple arabe, première révolution démocratique du XXIème siècle, en ce qu’elle se fait, contrairement à celle des peuples d’Europe orientale dans la décennie 1990, sans soutien extérieur, contre ses oppresseurs et les protecteurs de ses oppresseurs, par articulation de la dialectique de l‘ennemi intérieur sur l’ennemi extérieur.

    Avec mention spéciale pour les peuples en lutte (Arabie saoudite, Bahreïn, Jordanie, Irak, Yémen, Algérie, Maroc, Somalie, Djibouti), dont le combat marque la faillite de la doxa officielle occidentale et la déconfiture de l’élite politico-médiatique occidentale.

    L’annonce samedi 25 février 2011 par l’ancien ministre de la Justice de Libye, M.


    Kadhafi : "Nous n'avons pas encore fait usage de violence" (sic)-Dessin de Sherif Arafa, Égypte

    Moustapha Abdel Jalil, de la formation à Benghazi d’un gouvernement provisoire représentatif de toutes les provinces du pays et de ses couches socio-politiques en vue de piloter la transition de l’ère post Kadhafi a porté le coup de grâce à la légitimité et à la représentativité du guide de la Jamahiriya.
     
    Au dixième jour des combats marqués par le ralliement à la contestation populaire de tous les survivants du groupe des Officiers libres - tombeur de la dynastie senoussie en 1969 -, de la quasi-totalité des provinces et des tribus du pays, de larges couches de l’administration civile, des forces armées et de la sécurité, le ministre démissionnaire a fait planer la menace de poursuites pénales internationales sur le dirigeant libyen, affirmant détenir de preuves sur la responsabilité directe du Colonel Mouammar Kadhafi dans la destruction du Boeing US au dessus de la localité de Lockerbie (Ecosse).
     
    Arc-bouté sur la garde prétorienne du régime, une milice de 30.000 hommes dirigée par ses quatre fils, Mou’tassem Bilal, Saadi, Khamis et Hannibal, épaulés par un duo de collaborateurs sulfureux, son chef des services secrets Abdallah Senoussi, impliqué dans l’attentat anti-français de contre l’avion d’UTA au-dessus du Ténéré, et de son ministre des Affaires étrangères, Moussa Koussa, abandonné par ses anciens frères d’armes, y compris le commandant en chef de l’armée, le commandant opérationnel des forces spéciales et le ministre de l’Intérieur, le colonel Mouammar Al Kadhafi subit le dernier quart d’heure de son long mandat, retranché dans la caserne militaire d’ Al Azizya, à Tripoli, qui lui tient lieu de résidence, ployant sous l’assaut de son peuple dans une véritable guerre de libération populaire contre sa dictature.
    René Naba revient sur ce bilan de 42 ans de règne narcissique.
     

    1 – Le fossoyeur de la cause nationale arabe

    Paris, 1er Mars 2011 – Doyen des chefs d’État arabes depuis l’an 2000, et, paradoxalement, parmi les moins âgés des dirigeants arabes, Mouammar Al Kadhafi a longtemps été leur benjamin. Sa longévité, loin de consolider sa maturité, a accentué sa fatuité et accéléré les rythmes de ses foucades jadis juvéniles, désormais séniles.
     
    Son accession au pouvoir en 1969, au lendemain de la traumatisante défaite de juin 1967, en pleine guerre d’usure le long du Canal de Suez, a fait l’effet d’un séisme stratégique. En amputant le camp occidental de deux importantes bases, une américaine, la base aérienne et d’interception des communications de Wheelus Air Field, à Tripoli, et la base anglaise d’El Adem, à Benghazi, chargée de formater et de contrôler la police libyenne, la garde prétorienne du régime monarchique, Kadhafi a dégarni l’alliance atlantique d’une large portion de la façade maritime de la Méditerranée orientale au profit du camp soviétique.
     
    Des trois coups d’État qui ont sanctionné la défaite arabe de 1967 - le coup d’État baasiste de juillet 1968 en Irak, le coup d’État nassérien du Soudan du général Gaafar al Nimeiry, en mai 1969, et le coup d’État de Mouammar Al Kadhafi, en septembre 1969, le basculement pro-nassérien de la Libye aura eu l’effet le plus durablement dévastateur sur le dispositif occidental en Méditerranée orientale, zone de mouillage de la VIème flotte US, zone de maillage de la zone pétrolifère arabe, avec les bases anglaises d’Akrotiri et de Dékhélia (Chypre), de Massirah (sultanat d’Oman), ainsi que la base navale du protectorat britannique d’Aden et la plateforme aéronavale US de l’île de Diego Garcia, dans l’océan Indien.

    Si la révolution de mai 1969 au Soudan a élargi le champ de manœuvre égyptien en faisant du Soudan la base arrière stratégique de l’Égypte, le point de regroupement de la flotte des bombardiers à long rayon égyptiens, le coup d’État de Kadhafi a amplifié la percée soudanaise, neutralisant au passage les effets de la perte du sanctuaire nassérien en Irak. Dotant l’Égypte des infrastructures aéroportuaires militaires anglo-américaines alimentées par les gigantesques réserves pétrolières libyennes, il a atténue quelque peu les effets de la défaite de 1967, en privant de surcroît les Occidentaux d’un point d’observation et d’intervention sur le flanc méridional de la Méditerranée. Mais très vite ce double avantage va se transformer en handicap et la promesse d’une ère nouvelle du combat arabe tourner au cauchemar du fait des revirements du Soudanais et des reniements du Libyen.

    Parvenu très jeune au pouvoir, en 1969, à l‘âge de 26 ans, à la faveur d’un coup d’État, Mouammar Al Kadhafi s’y maintient depuis 42 ans, univers indépassable de trois générations de Libyens, au point que dans les recoins du pays beaucoup s’imaginent que la Jamahiriya -littéralement la populocratie (le gouvernement des masses) -, est sa propriété et non la propriété du peuple, telle qu’il l’a décrétée il y a trente ans.
     
    Plus fort que les Wahhabites, Kadhafi. Unique pays arabe portant le nom de son fondateur, l’Arabie saoudite, propriété de fait de la Famille Al Saoud, a tout de même vu se succéder depuis 1969 quatre monarques: Faysal, Khaled, Fahd et Abdallah. En Libye, Kadhafi se succède à lui-même.
    Dirigeant nationaliste arabe, en 1969, il sera au gré des appellations journalistiques de la presse occidentale en manque de sensation mais non d’imagination, un chef de file du «trotskysme musulman», un «révolutionnaire tiers-mondiste», un «sage africain» pour finir sa mutation en chantre du pan-capitalisme financier proaméricain. Mais par ses faits et ses méfaits, il aura été le meilleur allié objectif des USA et d’Israël, contribuant activement à la liquidation physique de ses alliés potentiels, les chefs de file du combat anti-américain et anti-israélien. Nul depuis n’a réussi à égaler sa performance.
     
    Adoubé par Nasser, le plus populaire des dirigeants arabes de l’époque, qui voyait en lui son héritier, le fougueux colonel a fait chavirer le cœur des foules par son allure fringante et ses coups d’éclat: Nationalisations de l’industrie pétrolière, nationalisation de la gigantesque base américaine de Wheelus Airfield, rebaptisée «Okbah Ben Nafeh» du nom du grand conquérant arabe, nationalisation de la base anglaise d’Al Adem rebaptisée base «Gamal Abdel Nasser», Tripoli était surpeuplée d’hôtes nombreux qui logeaient à bord de bateaux ferries pour fêter l’évènement. Pas un mois sans qu’un festival, un colloque, une conférence des Indiens d’Amérique, une manifestation des musulmans de l’Île philippine de Mindanao ne donne lieu à des réjouissances. Beyrouth et Alger servaient de plateforme opérationnelle aux mouvements de libération du tiers-monde et Tripoli tenait de la kermesse permanente.

    L’euphorie aura duré deux ans. Jusqu’en 1971. À partir de cette date, chaque année apportera son lot de désolation, détournement d’un avion de ligne anglais pour livrer au Soudan des dirigeants communistes aussitôt décapités à Khartoum, évaporation sans raison du chef du mouvement chiite libanais Moussa Sadr, soutien résolu au Président soudanais Gaafar Al Nimeiry, pourtant un des artisans du transfert vers Israël de plusieurs milliers de juifs éthiopiens Falashas.
     
    Un phénomène d’hystérésis se produisit alors. Mais Kadhafi, et son entourage l’en persuadait, s’imaginait encore en phase avec son auditoire. En saltimbanque, le dirigeant libyen se livrait périodiquement à des exercices d’équilibrisme devant un public de plus en plus sceptique, à la réceptivité tarifée.
     
    Retour sur le sombre bilan de celui qui aura été le héraut de l’unité arabe avant de devenir un allié objectif des États-Unis et d’Israël.
     
    En 42 ans de pouvoir erratique, le chantre de l’unité arabe aura été l’un des fossoyeurs du nationalisme arabe, le démineur par excellence des menées US dans la sphère arabe, le meilleur allié objectif d’Israël et le fossoyeur de son peuple.

    Tombeur de la dynastie Senoussi, première conséquence directe de la défaite arabe de juin 1967, l’héritier présomptif de Nasser sera propulsé au firmament politique lors de sa nationalisation des installations pétrolières anglo-saxonnes et de la gigantesque base aérienne de Wheelus Air Field, en juin 1970. Mais, simultanément, l’homme de la relève s’appliquera fougueusement à dilapider systématiquement le capital de sympathie qu’il s’était spontanément constitué et à affaiblir méthodiquement son propre camp.

    Éternel second de la politique arabe réduit à un rôle d’appoint, Mouammar Kadhafi, épris de rêves de grandeur mais affligé d’un mouvement pendulaire, n’a jamais cessé d’osciller entre les deux pôles du monde arabe, le Machrek (le Levant) et le Maghreb (le Ponant), épousant toutes les formes d’union – confédération, fédération, fusion – tour à tour avec les États de la vallée du Nil (Égypte-Soudan), en 1970, avec les bureaucraties militaires prosoviétiques (Égypte, Syrie, Libye, Soudan), en 1971, puis avec l’Égypte seule, avant de se tourner vers le Maghreb, avec la Tunisie (1980), puis l’Algérie… pour finalement jeter son dévolu sur l’Afrique où il s’est appliqué depuis le début de ce siècle à jeter les bases d’un État transcontinental.
     
    Par ses pulsions, impulsions et compulsions, ce fringant colonel n’aura jamais tiré le moindre coup de feu contre ses ennemis déclarés, Israël et les USA. Mais sur son sombre tableau de chasse, il épinglera, tragiquement, certaines des figures les plus emblématiques du mouvement contestataire arabe, le chef charismatique du Parti communiste soudanais, Abdel Khaleq Mahjoub, en 1971, ainsi que le chef spirituel de la communauté chiite libanaise, l’imam Moussa Sadr, en 1978 (1).
     
    La disparition du chef charismatique des chiites libanais, une communauté longtemps négligée par les pouvoirs publics libanais, qui se trouvait alors en pleine phase de renaissance trois ans après le début de la guerre civile libanaise, de surcroît en pleine montée en puissance de la Révolution islamique iranienne, a conduit à une radicalisation des Chiites libanais et, au terme de nombreuses scissions, à la création du mouvement Hezbollah.
     
    Autres victimes célèbres des turpitudes libyennes, Mansour Kikhiya, ancien ministre des Affaires étrangères de Libye et militant éminent des droits humains, porté «disparu», depuis décembre 1993, au Caire, où il a été vu pour la dernière fois, tout comme Jaballah Matar et Izzat Youssef Al Maqrif, deux personnalités de l’opposition libyenne «disparues», également au Caire, en mars 1990.
    Fantasque il ordonnera un jour le rasage du crâne d’Ibrahim Bachari, l’ancien chef des services de renseignement, coupable d’avoir déplu au Guide, et sa rétrogradation au rang de factotum en affectation en faction dans une guérite devant le palais présidentiel. Bachari trouvera la mort quelque temps plus tard, à la manière du général Ahmad Dlimi, son compère marocain, par accident de la circulation.
     
    Autre supplicié célèbre, Daif Al Ghazal, journaliste au quotidien gouvernemental «Al-Zahf al Akhdar» (La marche verte), puis au journal en ligne «Libya Al Youm» (la Libye aujourd’hui), assassiné pour avoir dénoncé la «corruption et le népotisme» du Colonel Kadhafi. Son cadavre, mutilé, particulièrement les doigts de sa main qui soutenaient sa plume, a été retrouvé le 1er juin 2005 dans la région de Benghazi (Nord-est de la Libye), le jour même de l’assassinat à Beyrouth de Samir Kassir, mais, mystère du journalisme à sensation, alors que l’assassinat du journaliste franco-libanais du quotidien beyrouthin Al Nahar faisait l’objet d’une légitime condamnation unanime et de non moins légitimes commémorations régulières, le supplice du libyen était frappé du sceau de l’anonymat le plus complet.
     
    En 1984, Une tentative de coup de force déclenchera une véritable chasse aux opposants de tous bords. Luxe de raffinement, pour réprimer la tentative de coup de force dirigée contre sa résidence, la caserne militaire de Bab Al Azizyah, le 8 mai 1984, le Colonel Kadhafi s’est fait délivrer un permis de meurtre légal par les «Congrès populaires de base», l’instance suprême du pouvoir dans ce pays.
     
    Dans la foulée du vote de cette motion, le 13 mai 1984, autorisant la constitution d’«unités suicides» pour «liquider les ennemis de la révolution à l’étranger», deux ressortissants libyens -Oussama Challouf et Ibrahim Al Galalia- présentés comme des membres de l’organisation intégriste des «Frères Musulmans» et «Agents de la CIA » étaient exécutés le 17 mai.
     
    En 1979, une motion identique avait été votée contre les dissidents libyens résidant à l’étranger et neuf d’entre eux avaient été assassinés entre février 1980 et octobre 1981, à Athènes, Beyrouth, Londres et Rome notamment.
     
    À son actif aussi, au passif de la cause qu’il était censé promouvoir, la destruction des avions de lignes commerciales, un appareil de la compagnie US Panam à Lockerbie (Écosse), en 1988, un avion de la compagnie française UTA au dessus du désert tchadien, ainsi qu’un attentat contre une discothèque à Berlin. Ces deux attentats, l’attentat contre le jumbo de la Panam au dessus de Lockerbie (Ecosse), le 21 décembre 1988, et celui contre l’avion de la compagnie française UTA, en Afrique, l’année suivante, le 19 septembre 1989, auront fait, à eux deux, 440 morts. 270 pour Lockerbie et 170 pour celui de l’UTA.

    Son palmarès en la matière, sans doute l’un des plus impressionnants au monde, soutient la comparaison avec les tyrans les plus redoutables de la planète. Menant une traque tous azimuts, il pourchassera aussi bien les figures de proue du chiisme, du communisme que du libéralisme, portant une responsabilité particulière, mais non exclusive, dans l’absence du pluralisme dans le monde arabe.
    L’épisode des six infirmières bulgares et du médecin d’origine palestinienne, –incarcérés «en guise de monnaie d’échange» pendant huit ans en Libye et torturés pour leur prétendue responsabilité dans l’inoculation du virus du Sida à des jeunes Libyens–, demeure en mémoire pour qu’il soit besoin de le rappeler.
     
    L’engouement occidental pour la Libye ne saurait occulter les singulières méthodes du dirigeant libyen, dont les turpitudes passées le rendent passible, selon les critères en vigueur, de la justice pénale internationale. L’homme est en effet coutumier de l’effet de surprise et des procédés tortueux. C’est ainsi qu’il mettra à profit un déplacement à l’étranger du vieux Roi Idriss Ier pour s’emparer du pouvoir, par un coup d’État, le 1er septembre 1969.
     
    Il mettra en pratique cette même méthode à l’encontre de ses opposants et épinglera sur son tableau de chasse de prestigieuses personnalités arabes, opérant en toute quiétude et en toute impunité tout au long de ses 42 ans de pouvoir.
     
    Au regard de ce bilan, les démarches de la communauté internationale pour traduire devant la Justice internationale les auteurs de l’attentat contre l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri, le 15 février 2005, paraissent sinon dérisoires du moins anachroniques, en tout cas frappées du sceau de la partialité et de la duplicité.
     
    L’animateur du groupe des Officiers libres libyens, ainsi dénommé sur le modèle de leurs aînés égyptiens, fera cause commune avec les Britanniques, au mépris de son aversion déclarée pour ses anciens colonisateurs, au mépris des règles de la navigation aérienne internationale, au mépris des règles sur le droit d’asile, en ordonnant le déroutement d’un avion de ligne de la BOAC (British Overseas Airways Corporation), en juillet 1971, pour livrer à son voisin soudanais, les auteurs communistes d’un coup de force, notamment le colonel Hachem Al Attah, un des plus brillants représentants de la nouvelle génération des jeunes officiers arabes, contribuant ainsi à décapiter le plus grand parti communiste arabe.
     
    Les remords marmonnés en 1976 devant cet acte de forfaiture ne l’empêcheront pas de récidiver deux ans plus tard contre l’imam Moussa Sadr, mystérieusement disparu, en 1978, au paroxysme de la guerre du Liban. Le tortionnaire soudanais se déconsidérera par la suite, et son complice libyen avec, en supervisant le premier pont aérien d’Éthiopiens de confession juive vers Israël. Saluée par la presse occidentale comme un acte de bravoure, l’opération dans la foulée de la double décapitation du plus grand parti communiste du monde arabe et du premier mouvement militant chiite du monde arabe (Amal), a affecté durablement les capacités combatives du camp progressiste et renforcé les capacités démographiques d’Israël avec l’apport de 80 000 juifs d’Éthiopie.
     
    L’homme fera le délice des journaux occidentaux trop heureux de cette aubaine médiatique. Mais sa désinvolture suscitera des pulsions mortifères dans de larges couches du monde arabe. En 1982, dans Beyrouth assiégée, à Yasser Arafat ployant sous le pilonnage de l’aviation israélienne face à un immobilisme arabe quasi-général, l’homme de Tripoli, confortablement tapi à Aziziah, la caserne militaire transformée en résidence officielle, à des milliers de kilomètres du camp retranché libanais en ruines, plutôt que de forcer le blocus israélien pour voler au secours du chef palestinien, plutôt que de se taire, lui conseillera, affligeant conseil, non le «martyr», la sublimation symbolique de la mort au combat, mais le suicide, infligeant une épreuve supplémentaire au supplice palestinien.
     
    Quatre ans plus tard, terré pendant une semaine dans son abri tripolitain au premier coup de semonce de l’aviation US, en avril 1986, Kadhafi, orchestrera, sans crainte du ridicule, une campagne médiatique visant à élever Tripoli au rang de «Hanoi des Arabes», occultant le combat singulier des Beyrouthins durant les soixante jours de siège israélien, s’attirant par la même le sarcasme des correspondants de guerre plutôt avertis des réalités du terrain.
     
    L’homme fera aussi la fortune des marchands d’armes et la ruine de son pays. L’impressionnant arsenal militaire dont il s’est doté dès son arrivée au pouvoir en 1970 par des achats massifs d’armes à la France – dont le contrat du siècle portant sur la livraison de 75 avions de combat Mirage, de l’ordre de 15 milliards de francs de l’époque (environ 2,3 milliards d’euros) – sera carbonisé en 18 mois par son propre fournisseur français par suite de retentissants revers au Tchad, en 1985 et 1986, notamment à Wadi Doum et Faya Largeau.

    Sans égard pour les conséquences tragiques de sa décision, Kadhafi ordonnera l’expulsion de 200 000 travailleurs égyptiens, au début des années 1980, pour sanctionner l’équipée solitaire du président Anouar El Sadate dans ses négociations de paix avec Israël. Récidiviste, il ordonnera cinq ans plus tard, en 1984, l’expulsion de près d’un million de travailleurs africains pour sanctionner les réticences des dirigeants africains à l’égard de son activisme belliqueux.
     
    Nul dans son entourage n’a osé lui souffler alors que le chantre de l’Unité Africaine ne pouvait être crédible en ordonnant l’expulsion de près d’un million d’Africains, que le chantre de l’Unité Arabe ne pouvait être audible après sa décapitation des chefs de file du camp anti-impérialiste.
     
    Notes
     
    1 – Le parquet militaire libanais a lancé le 5 août 2007 un mandat d’arrêt, par défaut, pour un procès par contumace, à l’encontre de quinze personnalités libyennes qui pourraient être impliquées par cette disparition. Parmi les personnes recherchées figurent le Commandant Abdel Salam Jalloud, à l’époque N°2 du régime libyen, évincé en 1993, Ali Abdel Salam Triki, à l’époque ministre des Affaires étrangères, le Commandant Wakil Al Roubeihy, commandant de la police de Tripoli, Ahmad Chehata, chef du bureau de liaison des relations internationales au ministère des Affaires étrangères ainsi que Mahmoud Ould Daddah, ambassadeur de Mauritanie en Libye.
     
    M. Abdel Moneim Al Houni, ancien membre du groupe des Officiers libres, a affirmé que Moussa Sadr a été assassiné et enterré dans la région de Sebha dans le sud du pays. Le pilote Najmeddine Al Yaziji, à l’époque pilote de l’avion de Kadhafi, avait été chargé de transporter le corps de l’Imam Sadr pour l’enterrer dans la région de Sebha.

    Peu de temps après, Al Yaziji a été lui-même liquidé par les renseignements libyens pour que l’affaire de l’assassinat de Sadr ne soit pas divulguée, a ajouté M. Abdel Moneim Al Houni, dans une interview au quotidien Al Hayat, mercredi 24 février 2011, après sa défection de son poste de représentant de Libye auprès de la Ligue arabe. L’Imam Sadr était accompagné de son bras droit, cheikh Mohammad Yacoub, et, du journaliste Abbas Badreddine. Il y avait été vu pour la dernière fois le 31 août 1978. Depuis cette date, les trois hommes n’ont plus donné aucun signe de vie.
     
     

    2- Un théoricien de pacotille en toile de fond des frasques de la fratrie

    Piètre stratège, piètre tacticien, d’une nocivité vibrionnante, l’homme s’aliénera alors définitivement la sympathie de ses alliés naturels. Il ne devra sa survie qu’à la protection de l’Union soviétique qui pensera compenser par la Libye la défection de l’Égypte post-nassérienne, à la vigilance des services de renseignements est-allemands qui déjoueront de nombreuses tentatives de coup d’État fomentés contre lui, ainsi qu’à celle des aviateurs nord-coréens et syriens qui assureront une protection permanente de son espace aérien.

    La guerre verbale aura été la seule guerre qu’il aura véritablement menée. L’homme avait en effet développé une phraséologie outrageusement polémique dans le souci d’accréditer l’idée qu’il menait l’avant-garde du combat contre «l’impérialisme américain» et faire oublier ainsi ses connexions antérieures anglo-saxonnes. Kadhafi usait, ainsi que ses médias, d’une terminologie à telle point outrancière que la population avait peine parfois à la décoder.
     
    Un sommet Reagan-Thatcher était présenté comme une rencontre entre «le chien enragé d’Israël et la tueuse d’enfants» par allusion au raid US d’avril 1986 contre Tripoli au cours duquel la fille adoptive du colonel avait été tuée. Le Caire qui signifie en arabe «la victorieuse» était désignée, par inversion  la «vaincue» et le mouvement chiite Amal qui signifie en arabe «l’espoir» était qualifié de «désespoir». La «Maison-Blanche» était devenue la «Maison-Noire», le Royaume-Uni, «Le porte-avion immobile des Américains», par allusion à l’autorisation donnée aux appareils US de décoller des bases britanniques lors du raid contre la Libye. Le président égyptien Hosni Moubarak était, par un jeu de mots, l’affalé (Al-Barek), le roi Hussein de Jordanie «le traître» et le président tchadien Hissène Habre, en conflit avec la Libye, «le stipendié».
     

     
    Se piquant de culture, le «Guide suprême de la Révolution libyenne» édictera son Livre Vert, un condensé de théories contradictoires glanées de l’air du temps qui se présentait comme une sorte de «Troisième théorie universelle». Offert gracieusement à toute personne de passage en Libye ou en rapport avec ce pays, une formalité obligée, cet ouvrage se proposait d’instaurer un socialisme sans socialistes, une démocratie sans démocrates et un pouvoir populaire sans peuple. La «populocratie»,  «Jamahiriya», qui lui a tenu lieu de substitut, a érigé la bureaucratie en système de gouvernement et le parasitisme en règle de vie.

    Un blocus draconien de dix ans (1992-2002) aura raison de sa résistance. Kadhafi livrera son plus proche collaborateur à la justice internationale en tant que victime expiatoire de l’attentat de Lockerbie, avant de basculer lui-même sous les fourches caudines américaines, trop heureux d’échapper au sort funeste de l’Irakien Saddam Hussein.
     
    En 1995, hanté par une idée qu’il pensait «géniale», il expédia un groupe de Libyens en pèlerinage à la Mosquée Al Aqsa à Jérusalem, troisième haut lieu saint de l’islam, s’imaginant briser par un coup d’éclat le blocus frappant la Libye depuis trois ans. Mais ce pèlerinage rocambolesque a finalement abouti à cautionner la souveraineté israélienne sur la ville sainte et à conforter l’État hébreu dans son rôle de garant des lieux saints.

    En décembre 2003, en une opération apparue comme une capitulation en rase campagne, Kadhafi s’abandonnera aux Américains livrant sans coup férir la totalité de son programme nucléaire à l’administration néoconservatrice du président George Bush Jr, dévoilant du même coup tout un pan de la coopération des pays arabes et musulmans (Pakistan, Iran, Syrie) dans le domaine de la technologie nucléaire.
     
    Sadate, dans son escapade solitaire, avait pour lui l’excuse de la paix. Kadhafi, la survie de sa personne. Deux ans après sa reddition sans condition à l’ordre américain, le colonel Kadhafi, égal à lui même au sommet arabe d’Alger, le 22 mars 2005, traitait Palestiniens et Israéliens d’«idiots» pour n’avoir pas édifié une fédération «Isratine», néologisme forgé par la contraction d’Israël et de Palestine, gommant d’un trait cinquante ans de combat du peuple palestinien pour prévenir la négation de son identité nationale.
     
    Au plus fort de l’exaspération nationaliste en Irak et en Palestine, alors que le Premier ministre israélien Ariel Sharon se livrait en toute impunité à des liquidations extrajudiciaires, les assassinats ciblés par hélicoptère des dirigeants islamistes, cheikh Ahmad Yacine et Abdel Aziz Al Rantissi, alors que le chef démocratiquement élu de l’Autorité palestinienne en personne, Yasser Arafat, était confiné en résidence forcée depuis trois ans à Ramallah et que l’opinion mondiale était sous le choc des révélations des tortures de la prison irakienne d’Abou Ghraïb, le Libyen, toute honte bue, justifiait son renoncement en des termes qui ont retenti comme une désertion. «L’Amérique n’a jamais été l’ennemie de la Libye, laquelle a été sanctionnée pour sa solidarité avec Yasser Arafat et les causes du tiers monde [...]. Arafat s’acoquine avec les Américains et son Premier ministre se saoule avec son homologue israélien [...]. Les Libyens doivent se ranger du côté de l’Amérique», affirmera-t-il contre toute évidence à Syrte devant une assemblée impassible dépitée par tant de reniements.
     

    Les frasques de la fratrie

    Maniérisme avéré? Narcissisme affirmé? Ce révolutionnaire aura vécu dans l’opulence à bords de voitures rutilantes, entouré d’amazones de légende, une ribambelle de jolies filles chargées de sa protection rapprochée, un tailleur italien à deux doigts de couture de son auguste personne, ses enfants, Seïf El Islam et surtout le cadet Hannibal, dans un luxe tapageur, défrayant régulièrement la chronique mondaine des capitales occidentales.
     
    La fratrie Kadhafi de sept membres, à la personnalité singulièrement contrastée, présente une particularité propre à la famille: trois des enfants du Colonel, le sportif Sa’adi, Moutassem Billah (alias Hannibal), et Khamis servent dans l’armée libyenne, avec le grade de colonels, le grade de leur papa; un grade indépassable par un curieux phénomène d’atavisme.

    Un câble WikiLeaks de 2006 révélait déjà que tous les enfants de Kadhafi et ses proches touchaient de gros revenus de la Compagnie nationale de pétrole et des autres filiales pétrolières, notamment le secteur gazier et les activités connexes, les télécommunications, les infrastructures, le secteur hôtelier, les médias et la grande distribution.
     
    1- L’aîné Mohamed (39 ans): Fils d’un premier mariage, il est l’artisan de l’implantation en Libye d’Alcatel via sa holding privatisée qu’il préside, Libyana Mobile Phone à la faveur d’une transaction qui lui a permis d’empocher 330 millions de dollars. Ingénieur discret, il préside l’Association Méditerranéenne des Échecs.
     
    2- Seïf Al-Islam (né en 1972): «Le glaive de l’Islam» est le premier enfant du colonel Kadhafi avec sa deuxième femme Safia Farkash, une Croate. Aîné de six enfants, il se vivait comme le prétendant au trône de cette République dynastique. Architecte peintre, playboy dilettante à ces temps perdus, il est le parangon de la modernisation de la Libye. Le « Glaive » a joué un rôle clé dans le règlement de tous les contentieux, notamment ceux nés des attentats terroristes commandités par Tripoli depuis la décennie 1980. En France, il est surtout connu pour son rôle dans la libération des infirmières bulgares, en 2007, et l’indemnisation des familles des victimes de l’attentat de Lockerbie (Ecosse) et du DC-10 de la compagnie française UTA abattu au dessus du désert du Ténéré en 1988. Deux attentats qui constituaient l’obstacle majeur à la normalisation des relations entre la Libye, les USA et l’Europe.

    Présidant la Fondation Kadhafi, organisation caritative non gouvernementale, il déploiera des talents de négociateur au service d’une véritable diplomatie parallèle, ponctionnant l’argent des hydrocarbures pour amadouer les Occidentaux à coups de contrats d’armements (1). Sa politique d’ouverture a permis le retour en Libye de grandes compagnies pétrolières, l’américaine Exxon Mobil, la britannique BP et l’italienne ENI. Au fil de ces multiples « bons offices », l’héritier présumé a fait oublier l’image du playboy qui voyageait accompagné par ses deux panthères lorsqu’il était étudiant à Vienne. Après des études d’architecture à Tripoli, interdit de visa à Paris dans les années 1990, il avait en effet poursuivi des études à l’International Business School de Vienne (Autriche) où il s’était lié d’amitié avec le futur chef de la droite populiste Jörg Haider.
     
    Pour les besoins de l’arrimage de la Libye à la mondialisation, les journaux occidentaux adossés aux conglomérats de l’armement et des travaux publics ont limé la partie contondante et abrasive de son prénom pour le désigner plus sombrement du prénom de Seïf, amputant la partie essentielle de son prénom, celle qui constituait au regard de son père la phase conquérante et révolutionnaire de son programme que ce prénom induisait. L’héritier qui se préparait à la succession aurait payé à la chanteuse Mariah Carey la somme d’un million de dollars (728.000 euros) pour qu’elle vienne lui chanter quatre de ses tubes sur l’île de Saint-Barthélémy, dans la mer des Caraïbes.
     
    Soucieux toutefois de se doter d’un vernis de respectabilité, ce propriétaire d’une luxueuse résidence à Londres se donnera les moyens de décrocher un diplôme à la prestigieuse London School of Economics sur la base d’un mémoire soutenu en 2008 sur le thème «le rôle de la société civile dans le processus de démocratisation», une distinction universitaire assortie d’un don de 1,5 millions de livres sterling de sa Fondation à l’établissement londonien en vue de créer un Centre pour les Études de la Démocratie. Jugeant que la répression pratiquée en Libye en février 2001 ne correspondait pas aux enseignements qu’elle dispensait même au titre de travaux pratiques, LSE reconsidérera l’ensemble de ses relations avec la Libye et renoncera à ces subventions (2).
     


    "Je garde "Seïf" (le glaive) et je jette l'islam à la poubelle"

     
    3- Saadi (37 ans): Le footballeur fantaisiste, président du comité olympique de son pays, a connu la notoriété internationale pour avoir provoqué une fusillade mortelle dans un stade de foot à Tripoli. Membre de l’équipe de Pérouse (Italie), sa carrière internationale passe pour avoir été l’une des plus courtes de l’histoire footballistique mondiale. Jamais sélectionné dans ce club qu’il s’est fait pourtant offrir par son père, il sera condamné en 2003 pour dopage. Actionnaire du club italien de football Juventus», il dirige aujourd’hui une unité d’élite de l’armée dont il se servait pour faire pression dans des affaires commerciales, avant d’être envoyé à Benghazi, au début des troubles pour mater la rébellion. En vain. L’homme est passé à la postérité pour être «le buteur du millénaire», à la faveur d’un match commandité le 31 décembre 2000 à 23 h. pour lui permettre de marquer un but, spécialement, au passage vers le nouveau millénaire. Sa compagne dans la vie n’est autre que Vanessa Hessler, mannequin italien de la publicité Alice de la firme ADSL.
     
    4-Khamis, formé en Russie, est à la tête d’une brigade spéciale chargée de la sécurité de son père, le point d’équilibre et d’interposition de la compétition inter-clanique, entre Seïf Al Islam (le réformateur) et Mou’tassam Bilal, conseiller pour la sécurité nationale, qu’une vive rivalité pour le pouvoir a opposés dans la succession paternelle. Homme des missions difficiles, il aurait été chargé d’obtenir la neutralité des pays occidentaux dans la guerre civile larvée qui sévit en Libye depuis le 17 février.
     
    5- Mou’tassem Billah (34 ans), littéralement «cramponné à Dieu». Celui qui s’est choisi comme pseudonyme Hannibal porte un nom prestigieux associé à l’épopée de Carthage. Médecin et militaire de formation, ce colonel de l’armée libyenne a présidé jusqu’en 2007 le Conseil national de sécurité, avant d’en être écarté après des remous familiaux. Il y sera réintégré en tant que conseiller. Partisan d’une politique musclée, il passe pour contrôler pour le compte de son père les réseaux d’influence et les groupes de pression en Libye. Artisan du récent apaisement entre la Libye et l’Égypte du temps de Hosni Moubarak.
     
    Antépénultième des cinq descendants mâles de la famille Kadhafi, il s’est distingué par ses abus de comportement et ses excès de langage, se révélant comme la pâle copie d’une marionnette vaudevilliste, usant et abusant du comique de répétition. Fougueux, habitué des gazettes de faits divers, il avait confondu en 2004, au terme d’une nuit chargée de bruit et de fureur, la prestigieuse avenue parisienne des Champs-Élysées avec un circuit automobile de Formule 1, démarrant en trombe à 140 heures km à l’heure. Récidiviste en 2005, il avait roué de coup sa compagne libanaise d’alors, à l’époque enceinte. En 2006, son nom a été mentionné dans un réseau de prostitution de luxe opérant à Cannes (sud de la France).
     
    En 2008, en charge de l’intendance, il avait eu l’ingénieuse idée de commander en Suisse les montres Chopard destinées à honorer les hôtes de marque conviés à la commémoration du régime. Dans un coup de colère dont il est coutumier, il avait roué de coup des membres de son entourage, suscitant son interpellation par la police suisse et une crise diplomatique subséquente entre la Suisse et la Libye. Un an et demi après son arrestation à Genève, le fils prodigue du colonel Kadhafi aurait de nouveau fait des siennes. En vacances à Londres pour Noël, Hannibal aurait provoqué l’intervention de la police après avoir roué son épouse de coups.
     
    Dépensier et fêtard, il a fait scandale à Saint-Barth, en 2009, lors d’une soirée festive en présence de Jay-z et Beyoncé. Il passe pour avoir réclamé à son géniteur la somme astronomique de 1,8 milliards de dollars (1,3 milliards d’euros) pour se constituer «sa propre milice», à l’identique à celle dont disposent ses frères. Ses vœux seront exaucés par son propre frère Khamis, qui se chargera de lui satisfaire son caprice, en lui donnant la possibilité de «commander un groupe de force spéciale qui lui sert d’unité de protection du régime». Hannibal aura aussi égayé les vacanciers européens, deux étés durant en 2008 et en 2009, allant jusqu’à provoquer une crise diplomatique entre la Suisse et la Libye, alors que son père faisait l’objet fin août d’une citation à comparaître devant la justice libanaise pour sa complicité dans la disparition du chef spirituel chiite libanais l’Imam Moussa Sadr.

    Fondant son pouvoir sur la transgression, l’alcool, le sexe et la violence, usant du charme d’un physique avantageux, Hannibal est victime de la contradiction de son père qui clame sa cesse sa volonté de révolutionner les mœurs arabes, mais qui se révèle incapable de donner une vraie éducation à ses fils, dont Hannibal est le plus démonstratif, contrairement à Seïf Al Islam, qui s’abstient des frasques au grand jour. A chacun de ses dérapages, s’abritant derrière l’immunité diplomatique que lui confère son statut de «fils à papa» pour se doter d’une impunité, il use et abuse de sa position en une pathétique dérive caricaturale du pouvoir libyen qui se revendique comme une populocratie mais qui se révèle comme une des plus grandes supercheries politique de l’histoire arabe contemporaine.
     
    6-Seïf Al Arab : diplômé de l’université de Munich, amoureux de vitesse, il a eu maille à partir avec la police allemande qui lui a confisqué sa Ferrari pour excès de vitesse et conduite dangereuse.
     
    7- Aïcha: Unique fille de Kadhafi est la présidente de la fondation caritative «Waatassimou», par référence aux premiers termes d’un verset du Coran qui stipule «cramponnez-vous à la croyance en Dieu et ne vous dispersez pas». Son activité caritative camoufle mal ses nombreuses acquisitions octroyées par son père dans «les secteurs de l’énergie et de la construction, ainsi que des intérêts financiers dans la clinique privée St James à Tripoli.
    Juriste flamboyante, elle a participé au comité de défense de l’ancien président irakien Saddam Hussein. Diplômée de l’Université Paris V (René Descartes), auteur d’une thèse sur le tiers monde dirigée par le professeur Edmond Jouve, la benjamine de la famille ambitionnait un rôle de premier plan dans son pays jouant la carte de la féminité et de modernité. Portant lunettes noires et jeans, cette fausse blonde décolorée est présentée par la presse internationale au gré des rumeurs de son comportement tantôt comme la «Claudia Schiffer de la Libye», tantôt comme la lofteuse «Loana» de la téléréalité française, sans qu’il soit possible de savoir si cette extravagance constitue un atout ou un handicap dans une société majoritairement d’extraction bédouine.
     
    Le dernier et le 8eme enfant de la fratrie Kadhafi était Hana’ (douceur sereine), fille adoptive du colonel, tuée lors du raid US contre Tripoli en 1986.
     
    Notes

    1 – Cf: “Armes de corruption massive” Jean Guisnel Editions La Découverte
    2- A propos de Seïf el Islam et London School of Economics: Titre de la these de Seïf al Islam Kadhafi: « The Role Of Civil Society In The Democratisation Of Global Governance Institutions: From ‘Soft Power’ to Collective Decision-Making? » En ligne en intégralité sur Google doc: http://bit.ly/hKGpY5

    La LSE et Kadhafi
    The LSE has been quick to distance itself from Seïf, issuing a statement in which it said the university had had a number of links with Libya, but that « in view of the highly distressing news from Libya over the weekend of 19-20 February, the school has reconsidered those links as a matter of urgency ».
    Although the LSE had accepted £1.5m from the Kadhafi International Charity and Development Foundation, an organisation headed by Seïf – some of which was to finance « a virtual democracy centre » – the university stressed that it was to be paid over five years, and only £300,000 has been received to date. « In current difficult circumstances across the region, the school has decided to stop new activities under that programme, » the statement said. The LSE has also received scholarship funding in return for advice given to the Libyan Investment Authority in London. « No further receipts are anticipated, » the university said.

    3-Le fossoyeur de son peuple ou la Révolution comme alibi

    Objet d’une tentative de renflouement de la part des pays occidentaux en raison du fabuleux marché que représente son pays et du possible rôle de gendarme qu’il est destiné à jouer aux portes de l’Europe contre l’immigration clandestine africaine, le «Guide de la révolution», vu de la rive sud de la Méditerranée, est un homme qui n’inspire ni de bons sentiments, ni de beaux souvenirs.
     
    Pays méconnu, longtemps mis au ban de la communauté internationale, dirigé par un homme qui a longtemps encombré l’inconscient collectif par ses extravagances, la Libye a fait son grand retour sinon sur la scène internationale à tout le moins sur la scène médiatique avec la permanence des contorsionnements qui ont fait sa réputation et les malheurs du monde arabe. Au point de l’accuser de cultiver «l’alibi comme révolution», tant les officiels libyens sont passés maîtres dans l’art de triturer la réalité, de torturer la vérité dans l’unique but de s’exonérer de tout ce gâchis.

    A- La reddition à l’ordre israélo-américain

    Six ans après le raid US contre Tripoli et Benghazi, la Libye était en effet frappée d’embargo par l’ONU, en avril 1992, à la demande des USA qui avaient attendu la fin de la 1ère guerre contre l’Irak (1990-1991) pour activer la machinerie diplomatique internationale en vue de remettre la pression sur le Colonel Mouammar Al Kadhafi, considéré alors comme un chef de file révolutionnaire dans le tiers-monde et commanditaire d’attentats de type terroriste. Pendant sept ans (12 avril 1992- 11 décembre 1999), la Jamahiriya vivra en autarcie économique et en réclusion médiatique, comme zappée des écrans mondiaux. Le trublion ne faisait plus recette, faute de ressources, faute de recette miracle pour amuser la galerie. Hagard, livide, Kadhafi errait de campement en campement dans son grand désert libyen, subitement déserté par la cohorte des satrapes en manque de sinécures.
     
    La Libye n’était pas d’un abord facile. Elle est devenue d’un accès difficile. Douze heures de route depuis Djerba en Tunisie, même en limousine climatisée, même à travers une route goudronnée, pouvaient rebuter le plus endurci des voyageurs: Tripoli est l’une des villes les moins riantes du pourtour méditerranéen et le discours libyen d’une indigence soporifique. Et puis la Libye n’était pas l’Empire du milieu ni Kadhafi le centre du Monde, dont le centre de gravité s’était déplacé depuis le début de la décennie 1980 vers l’Asie occidentale, la zone Afghanistan6Irak, l’autre point d’endiguement du camp antioccidental.
     
    L’Irak, fort de son exploit d’avoir fixé la Révolution chiite khomeyniste pendant dix ans (1979-1989) sur le champ de bataille irako6iranien dans la plus longue guerre conventionnelle de l’histoire moderne, convoitait le Koweït en guise de butin de guerre pour renflouer sa trésorerie défaillante. Une «tempête du désert» soufflée par l’Amérique pulvérisera et ses rêves et ses projets, renvoyant l’Irak à un âge quasi-néolithique, en marge de l’Histoire et Saddam Hussein, le Nabuchodonosor des temps modernes, réduit au rang de simple mercenaire des pétromonarchies du Golfe. Un constat d’autant plus amer que la tempête chamboulant tout sur son passage rompait la logique des blocs en cimentant dans une même alliance d’anciens adversaires irréductibles (Nord-Sud, producteurs et consommateurs de pétrole, Arabes et Israéliens), un bouleversement stratégique préfigurant les alliances du XXI7me siècle qui se reproduira lors de l’invasion US de l’Irak, en 2003, qui se reproduira une troisième fois en 2007-2008 contre l’Iran en phase de nucléarisation.

    L’Afghanistan, l’autre volet de la stratégie américaine, avait lui aussi cloué au sol pendant dix ans (1980-1990) la glorieuse «armée rouge», accélérant la décomposition de l’Empire soviétique, mais les Talibans wahhabites, fruits de la copulation américano-saoudienne, désormais en déshérence de pouvoir, procédaient au meurtre symbolique de leurs parrains respectifs par une série d’actions d’éclats politique et militaire contre le royaume saoudien et les États-Unis d’Amérique. Alors que l’ancien agent de liaison entre Américains et combattants islamistes, Oussama Ben Laden, ancien ressortissant saoudien, revendiquait la constitution d’une «République islamique du Hedjaz» sur le périmètre des lieux saints de l’Islam pour châtier la dynastie «impie» des Wahhabites pour sa connivence avec l’Amérique lors de la guerre contre l’Irak, ses poulains se livraient en 1995 à des attentats contre des objectifs US en Afrique (attentats contre les ambassades de Dar es-Salaam (Tanzanie) et Nairobi (Kenya), ainsi que contre le QG de la garde nationale saoudienne, en prélude au grand exercice de pyrotechnie aérienne du 11 septembre 2001.
     
    La Libye était aux abonnés absents, à dire vrai, le cadet des soucis des Américains. En butte comme eux à l’opposition islamiste, Kadhafi retrouvera les attraits d’autant plus rapidement qu’il avait rendu de signalés services aux Occidentaux durant sa période faste, pourchassant les communistes soudanais, décapitant le mouvement chiite libanais Amal, apparaissant de surcroît comme un utile contrepoint à l’Algérie et à la Russie, deux pays hors de la sphère occidentale, fournisseurs exclusifs de gaz à l’Europe continentale. Le blocus de la Libye a duré sept ans (12 avril 1992-11 décembre 1999), le plus court blocus de l’histoire contemporaine. En comparaison, Cuba résiste depuis cinquante ans au blocus US. Malgré toutes les privations, le régime castriste continue de tenir tête à la première puissance militaire de la planète pourtant située à quelques encablures de l’Île. Fidel Castro assumera la transition du pouvoir après s’être assuré de la relève révolutionnaire en Amérique latine, Hugo Chavez au Venezuela et Evo Morales en Bolivie.
     
    Saddam Hussein, pour sa part, aura résisté 13 ans à la pression US et tombera dans la dignité, faisant de son supplice un exemple de courage dans l’adversité, transcendant son passé dictatorial au point de passer pour un «martyr» au regard d’une large fraction de l’opinion arabe et musulmane. Kadhafi, lui, sacrifiera deux de ses subordonnés en guise de solde de tout compte aux attentats aériens qu’il est accusé d’avoir commandité à Lockerbie (Écosse) et au Ténéré (désert africain). Il sacrifiera également dans la foulée son programme nucléaire, dévoilant du coup tout un pan de la coopération atomique avec les pays arabes et musulmans pour la survie de son régime.

    B – Le renflouement occidental

    Premier déplacement officiel en Europe occidentale depuis un quart de siècle, la visite de Mouammar Al Kadhafi en France, le 10 décembre 2007, se voulait un acte de réhabilitation solennelle du dirigeant libyen par la communauté occidentale par suite de son ralliement à sa stratégie tant en ce qui concerne son désarmement, que la lutte contre le fondamentalisme islamique, l’immigration clandestine africaine ou la politique énergétique mondiale. Mais ce processus de respectabilisation semble s’être retourné contre ses concepteurs tant les objectifs divergeaient sur le sens et la portée de ce voyage, leur conception respective de l’hospitalité, les pesanteurs du pays hôte, la fulgurance de l’autre.
     
    Tout pourtant avait été méticuleusement réglé pour que le séjour français du dirigeant libyen soit vécu comme une apothéose, la justification a posteriori de ses reniements successifs et sa mise conformité avec les standards occidentaux. Tout jusques et y compris la date de la visite qui ne devait rien au hasard. En perfectionniste, le protocole français avait fait coïncider la visite avec la date commémorative du 8ème anniversaire de la levée des sanctions de l’ONU le 11 décembre 1999. Manque de chance ou de perspicacité? Cette date coïncidait aussi avec la célébration annuelle de la Journée internationale des Droits de l’Homme. Un hasard de calendrier malheureux qui donnera l’occasion à d’anciens commensaux de Kadhafi de se démarquer à bon compte, en un pur exercice de démagogie et d’opportunisme politique. Ce fut notamment le cas de Rama Yade, une participante aux agapes de juillet à Tripoli avec le Colonel Kadhafi, qui n’hésitera pourtant pas à s’indigner opportunément lors de la venue du dirigeant libyen à Paris. Ainsi se forgent les légendes par le maniement d’une indignation sélective.
     
    Chef d’un État à la richesse convoitée, Kadhafi se vivait à Paris de plain pied comme un négociant majeur de la scène mondiale, non comme un marginal. Sa visite au château de Versailles casqué en peau de lapin et botté n’avait pas d’autre sens. La où ses détracteurs, nombreux, décelaient des excentricités, Kadhafi ancrait sinon son authenticité du moins son originalité: installer une tente dans l’enceinte du Palais Marigny, la résidence officielle des hôtes de la France, pouvait accentuer l’image caricaturale des Arabes, déjà passablement dégradée dans un pays en pleine poussée xénophobe. Et beaucoup se sont gaussés de ce Camp du Drap d’or, de ce camp du drap d’or griffé Dior, qui a accentué dans l’opinion l’idée d’un roi d’opérette, ce qu’il peut être par moment, souvent, passionnément même devant la cohorte de ses flagorneurs.
     
    Le dîner a minima à l’Élysée d’où s’exonérèrent de personnalités de premier plan, tel Bernard Kouchner, en charge de la diplomatie et à ce titre un ancien commensal de Kadhafi en juillet à Tripoli, achèvera de convaincre le Libyen que ce voyage prenait l’apparence d’un attrape-nigaud. Là où Sarkozy faisait miroiter centrales nucléaires, avions de combat Rafale invendables, le Bédouin du désert libyen comptabilisait les manquements à son égard. L’Espagne, deuxième étape de la tournée européenne du dirigeant libyen, fera une abondante moisson de onze milliards de dollars de contrats. La France, un maigre kopek. La mauvaise alchimie entre un dirigeant libyen erratique et un président français impulsif et compulsif a fait de ce voyage la plus grosse plaisanterie planétaire de l’histoire diplomatique récente. Une mascarade (de  arabe maskhara), une risée universelle.

    C – La Révolution comme alibi

    Fraîchement dégagé de l’embargo qui l’étranglait, le pouvoir libyen s’est empressé une nouvelle fois de se vautrer dans ses habitudes si abusivement corrosives tant pour la Libye que pour l’image de l’Arabe dans l’opinion internationale. A l’image des princes du pétrole qu’il dénigre mais dont il est l’égal.
     
    Un tel comportement s’apparente à une imposture doublée d’une calamité, tant ce révolutionnaire de pacotille ne témoigne aucune considération pour l’austérité endurée par le peuple libyen du fait de sa politique erratique, les souffrances du peuple palestinien, les privations des peuples libanais et irakiens, la précarité du monde arabe et sa vassalisation à l’ordre israélo-américain.
     
    Le guide de la Révolution avait pourtant assuré dernièrement qu’il avait commis des erreurs et qu’il avait changé. Ce n’est assurément pas le cas, tant aura été brève la rémission et le remords absent. Pas un mot de regret pour tous ses forfaits antérieurs au point que la justice libanaise vient de lui administrer une douloureuse piqûre de rappel par une citation à comparaître, pour lui rafraîchir la mémoire dans son implication dans la disparition du dignitaire religieux libanais. Justifiant son virage et ses multiples reniements, Le colonel Kadhafi a confessé dernièrement, en guise d’excuse absolutoire, qu’il s’était trompé durant la première tranche de son règne. Il se murmure à Tripoli, Benghazi, Sebha et Syrte qu’un cauchemar hante les Libyens, celui de se réveiller un jour avec un Kadhafi leur confessant à nouveau qu’il s’est une nouvelle fois trompé les trente années suivant de son règne.

    Trônant sur une nappe de pétrole (1), le doyen des dirigeants arabes contemporains, la trésorerie débordante de devises fortes, a manqué singulièrement de crédit. Nul n’était dupe. Nul ne sera plus dupé. La Fondation Kadhafi pour les droits de l’homme, la structure ad hoc chargée de recycler le dirigeant libyen dans l’honorabilité en réglant au plus fort coût le prix de ses turpitudes passées, notamment l’indemnisation des 288 victimes de Lockerbie ou la libération des otages occidentaux de Mindanao (Philippines) a relevé du domaine du rafistolage. Par ses foucades et ses rebuffades, ce militaire d’apparat et de parade, ce théoricien révolutionnaire de la troisième voie universelle, s’est mû en bouffon des sommets arabes qu’il menaçait régulièrement de quitter, la risée universelle de l’opinion internationale, le désespoir des peuples arabes lassés par ses frasques à répétition.
     
    Le déclic libyen s’est produit dans la foulée de sa défense de son compère tunisien, Zine el Abidine bel Ali, déboulonné après 23 ans de dictature. Un plaidoyer pro domo injustifié pour celui qu’il désignera «le meilleur dirigeant que la Tunisie pouvait avoir», une provocation qui encouragera les Libyens à lui réserver le même sort qu’a son partenaire en affaires. Kadhafi a longtemps été un rescapé politique sans pour autant être assuré d’une pérennité historique. Un parfait exemple d’un naufrage politique. Un parfait contre-exemple d’une éthique du commandement illustré par le comportement de l’héritier du clan, présumé libéral, Seïf Al Islam, qui menacera de partition son pays, pilonnant son peuple au mortier.

    D- De «l’État des masses populaires» à l’ «État des massacres populaires»

    La démesure de sa riposte suscitera une levée de boucliers de l‘armée, l’ossature du régime, et la défection de certaines des figures les plus emblématiques du groupe historique des «officiers libres», artisan en 1969 du renversement de la monarchie: Le colonel Abdel Moneim Al Houni, le colonel Al Khoueildy Al Houeidy, le général Abou Bakr Jaber Younes, inamovible commandant en chef de l’armée depuis 30 ans, le général Abdel Salam Awad Al Hassy, chef opérationnel des forces spéciales et, dernier et non le moindre, son propre cousin, Ahmad Kadhaf Ad Dam, l’ancien chef des services de renseignements et émissaire auprès de la France lors du conflit tchado-libyen.
     
    Deux des anciens membres du groupe prendront même la tête de la contestation populaire, l’un à Tripoli, Le colonel Abdel Moneim Al Houni, et, le second, le capitaine Al Khoueildy Al Houeidy à Misratah, à l‘ouest de la capitale, alors que le commandant en chef de l’armée était mis en résidence surveillée.
     
    L’un des rares survivants du groupe révolutionnaire, le colonel Abdel Moneim Al Houni, abandonnera son poste au Caire de représentant de la Libye auprès de la Ligue arabe dans une démarche de défiance contre les abus de son ancien compagnon d’armes. Joignant le geste à la parole, il prendra la tête de la manifestation anti-Kadhafi à Tripoli, le centre névralgique du pays, pour «rallier la Révolution», la vraie, la révolution du peuple, pas celle des charlatans.
     
    La défection de son propre cousin, Ahmad Kadhaf Ad Dam, au mépris des règles de la solidarité clanique, fait unique dans les annales tribales, se superposant à la démission en cascade du corps diplomatique libyen à l’étranger, de même que la prise de distance de son ancien secrétaire particulier, Abdel Rahman Chalgham, délégué de la Libye aux Nations Unies, accentueront l’isolement du régime libyen et feront vaciller ses assises.

    Ancien ministre des Affaires étrangères et ancien ambassadeur à Rome, M. Chalgham a été l’un des artisans du rapprochement entre la Libye et les pays occidentaux, le négociateur de l’accord accordant cinq milliards de dollars à la Libye par l’Union Européenne en vue de lutter conte l’immigration africaine à destination de l’Europe.
     
    Au terme de deux semaines de contestation, l’état des lieux de la configuration tribale présentait un paysage complètement bouleversé avec plusieurs provinces en état de sécession ouverte (2), notamment la zone orientale autour de Benghazi et le Fezzan. Seule la zone de Syrte, région natale de Kadhafi et zone de déploiement de la tribu des Kazzafa ainsi que Sebha, qui abrite une forte proportion des membres de la tribu de Kadhafi, dans le sud du pays, n’avaient pas rallié le camp des adversaires du Colonel.
     
    Jouant de la duplicité tout au long de son règne, l’homme qui avait saturé les ondes de la planète de discours à tonalité panafricaniste et panarabe, attisant le tribalisme sur le plan interne, fondant son pouvoir sur l’antagonisme inter-tribal, a été piégé à son propre jeu. La quasi totalité des tribus du pays rallieront le nouveau pouvoir transitoire sans tergiversations, ni état d’âmes tant était profonde la phobie que le guide inspirait.
     
    Dans cette épreuve de force avec ses opposants, le Colonel Kadhafi sera de surcroît handicapé par le bouleversement de la géostratégie régionale, avec la chute de ses deux alliés naturels, Hosni Moubarak et Zine El Abidine Ben Ali, ainsi que l’absence d’un clair et ferme soutien d’un quelconque pays arabe. La sécession des Touaregs, le groupement tribal le plus solidement implanté dans le sud de la Libye, à proximité des frontières de quatre pays africains, (Mali, Niger, Tchad, Soudan), devrait réduire la marge de manœuvre de la branche africaine d’Al Qaeda, l’AQMI, et ses éventuelles interférences sur le théâtre libyen. Auteurs de plusieurs enlèvements dans la zone sahélienne, le verrouillage de la zone frontalière pourrait relancer, à moyen terme, la traque de ses combattants par un meilleur contrôle de ce secteur réputé pour sa porosité saharienne.
     
    Lors du printemps des peuples arabes, l’hiver 2011, lâché par la quasi totalité de ses anciens compagnons de route, arcbouté sur son noyau familial, Kadhafi, ivre de fureur et de rage, donnera toute la mesure de sa férocité, paradoxalement, à Benghazi même, point de départ de son coup d’État contre la dynastie Senoussi et berceau du héros de l‘indépendance libyenne, Omar Al-Mokhtar, ainsi qu’à Al Bayda (1), siège de la Zaouiya Al Bayda, la Confrérie blanche, du nom du siège de la confrérie senoussie.
     
    Arcbouté sur sa proie, épaulé par la garde prétorienne du régime, une milice de 30.000 hommes dirigée par ses quatre fils, Seïf Al-Islam, Mou’tassem Billah (Hannibal), Saadi et Khamis, secondé par un duo de collaborateurs sulfureux, son chef des services secrets Abdallah Senoussi, impliqué dans l’attentat anti-français de l’UTA au dessus du Ténéré, et de son ministre des Affaires étrangères, Moussa Koussa, le colonel Mouammar Al Kadhafi subit le dernier quart d’heure de son long mandat.
     
    Retranché dans la caserne militaire d’Al Azizya, à Tripoli, qui lui tient lieu de résidence, abandonné par ses anciens frères d’armes, y compris le commandant en chef de l’armée, le commandant opérationnel des forces spéciales et son ministre de l’intérieur, le colonel Mouammar Al Kadhafi ploie sous l’assaut de son peuple dans une véritable guerre de libération populaire contre sa dictature.
     
    A l’aide de mercenaires recrutés aux confins de l’Afrique, principalement des Kényans, de raids aériens incessants menés par des mercenaires de l’Europe de l’Est (Biélorussie, Ukraine, Serbie), il noiera dans un bain de sang et sa révolution et ses compatriotes qui ont bravé son autorité, après en avoir tant bavé pendant 42 ans. Près de six mille tués en deux semaines de contestation, selon la Ligue libyenne des droits de l’homme, infiniment plus que le nombre de Tchadiens tués lors des dix ans de la guerre tchado-libyenne dans la décennie 1980.
     
    Tout au long du weekend du 26 au 27 février 2011, un spectacle surréaliste s’est offert aux observateurs arabes: En direct sur la chaîne Al Jazira, chefs d’unités combattantes des forces spéciales, de la police, de l’administration centrale, des villes, des bourgades et des villages annonçaient leur ralliement à la révolution du 17 février, dans une extraordinaire démonstration de rejet du clan Kadhafi, rejoints, paradoxalement, par le Cheikh d’Al Azhar, l’autorité suprême musulmane d’Égypte, plus timoré lors de la chute du président égyptien Hosni Moubarak, qui invitait les Libyens à se rebeller contre l’autorité de leur guide.
     
    L’annonce samedi 25 février 2011 par l’ancien ministre de la Justice de Libye, M. Moustapha Abdel Jalil, de la formation à Benghazi d’un comité national, sorte de Haut comité de salut public, représentatif de toutes les provinces du pays et de ses couches socio-politiques en vue de piloter la transition de l’ère post-Kadhafi a porté le coup de grâce à la légitimité et à la représentativité du guide de la Jamahiriya.
     
    L’homme tentera de conjurer le sort funeste le 2 mars. Prenant prétexte du 34ème anniversaire de l’instauration de sa Jamahiriya, la populocratie, il reprendra sa vieille antienne d’un pays gouverné par son peuple, qu’il jugera pourtant prudent de gratifier de 500 euros exceptionnels à titre de bonus pour obtenir sa neutralité dans le conflit. D’un guide sans pouvoir, ni attributs, alors que ses placements à l’étranger sont estimés à près de cent trente milliards de dollars. Il tentera un coup de bluff, en reprenant temporairement une localité à proximité de Benghazi, le terminal pétrolier d’Al Braiga, dans le golfe de Syrte, le fief de sa tribu, avant d’en être délogé. Pratiquant la dénégation, l’homme parie en son for intérieur sur une intervention américaine dont il espère qu’elle ressouderait la population autour da sa personne ou lui redonnerait l’image d’un martyr: Flambeur impénitent, Kadhafi joue à la roulette russe le sort de son pays.
     
    Revanche posthume de tous les suppliciés innocents du fait pathologique du prince, la chute du tyran, à n’en pas douter, va être accueillie avec une particulière satisfaction par les chiites arabes et l’Iran dont il avait ravi leur chef charismatique à son envol, à l’orée de la décennie 1980.
     
    Sous Kadhafi, pendant 42 ans, La Libye a été l’Albanie de la décennie 1950, la Corée du Nord de la décennie 2000. Arme de destruction massive contre son propre peuple et contre les intérêts généraux du monde arabe, nulle larme n’a été versée, nulle ne le sera pour ce fossoyeur de la cause nationale arabe, le garde-chiourme de l’Europe, le fossoyeur de son peuple dans l’unique guerre qu’il aura véritablement menée. Contre son peuple, le peuple de la Jamahiriya, littéralement «l’État des masses populaires», qu’il transformera, en guise d’épilogue de son bilan sanguinaire, en «État des massacres populaires».
     
    Notes
     
    1- Quatrième producteur de pétrole en Afrique, avec près de 1,8 million de barils par jour, la Libye possède des réserves évaluées à 42 milliards de barils. Le pétrole libyen représente plus de 20 % des importations d’or noir de l’Irlande, de l’Italie et de l’Autriche et des parts significatives des approvisionnements de la Suisse, la Grèce ou l’Espagne, selon l’Agence internationale de l’Énergie. Sur les 1,8 million de barils par jour (mbj) de pétrole brut produits, la Libye en exporte 1,49 mbj, en immense majorité (85 %) vers l’Europe. Voici les pays qui dépendent le plus du pétrole libyen: Irlande 23,3%, Italie 22,0%, Autriche 21,2%, Suisse 18,7%, France 15,7%, Grèce 14,6%, Espagne 12,1%, Portugal 11,1% Royaume-Uni 8,5% Allemagne 7,7% Chine 3%, Australie 2,3%, Pays-Bas 2,3%, USA 0,5%. Grâce à ses réserves de pétrole et de gaz naturel, la Libye a une balance commerciale en actif de 27 milliards de dollars annuels et un revenu moyen-haut par habitant de 12 mille dollars, six fois plus élevé que celui de l’Égyptien. Environ 1,5 million d’immigrés en majorité nord-africains travaillent en Libye.
     
    Une intervention humanitaire ou militaire US, conjuguée ou non avec l’Otan, avec ou sans l’accord de l’ONU, permettrait aux USA de mettre la main sur le robinet ravitaillant l’économie européenne, dans un contexte marqué par l’exacerbation des rivalités entre les Occidentaux et la Chine pour la répartition des ressources africaines. La Chine, 2ème puissance économique mondiale, est déjà présente au Soudan, voisin de la Libye.
     
    Avec environ 5 millions d’entrepreneurs et ouvriers en Afrique, elle a déjà supplanté la France et le Royaume-Uni comme 2ème investisseur sur le continent africain. Pour contrer l’influence chinoise, les pays occidentaux ont scellé un partenariat militaire avec l’Union africaine, dont le quartier général sera installé à Addis Abeba. Les USA s’appuient en effet sur le Commandement Afrique (AfriCom) pour s’en servir comme principal instrument de pénétration en Afrique.
     
    2- La zone orientale du pays, sous influence culturelle égyptienne, (Benghazi et Al Bayda), a été la première à faire sécession. Jamais véritablement acquise à Kadhafi, la zone rebelle de Benghazi, la grande ville portuaire de l’Est du pays, a même repris l’ancien emblème national en vigueur du temps de la monarchie. L’Émirat de Barka, qui s’étend de la frontière égyptienne au Golfe de Syrte est demeuré fidèle aux traditions de la dynastie senoussie, particulièrement Al Bayda, La Blanche, ville des 250 000 habitants, au cœur du Djebel El Akhdar, La Montagne Verte, qui est à égale distance à vol d’oiseau (800 km) de Tripoli et d’Alexandrie, mais est plus proche par la route de la métropole égyptienne que de la capitale libyenne. Son nom était Al Zaouiya Al Bayda, La Confrérie blanche, du nom de la confrérie senoussie, dont le siège domine la ville. Elle mérite aussi son nom par les abondantes chutes de neige qui la recouvrent en hiver. Vendredi 18 février 2011, Al Bayda a été libérée du régime kadhafiste, et la population, appuyée par la police locale, y a pris le pouvoir, au terme d’affrontements qui auraient fait près de 200 tués du côté des contestataires.
     
    3- La zone loyaliste: Le centre du pays, autour de Syrte abritent les deux grandes tribus qui se sont partagé le pouvoir sous l’ère post-monarchique: Al Kazazafa (la tribu de Kadhafi) et Al Moukarfa (la tribu d’origine du numéro du régime libyen le commandant Abdel Salam Jalloud, évincé du pouvoir en 1993 et d’Abdallah Senoussi, le plus proche collaborateur du Colonel Kadhafi et d’un des inculpés de l’attentat de Lockerbie Al Moukreif). Province choyée et cible d’une expédition punitive de l’aviation US, dans la décennie 1980, pour châtier Kadhafi de son soutien au terrorisme, la zone centrale s’est divisée entre partisans et adversaires de Kadhafi. La configuration tribale de la zone qui comporte douze tribus parait partagée entre loyalistes et contestataires. La tribu Al Moukarfa du commandant Jalloud ayant rejoint les contestataires après l’intervention de l’aviation contre la population civile ainsi que les tribus Wazen, Kaba, al Badr et Tiji.
     
    La région capitale qui va de Tripoli à Ghadamès, dans la zone frontalière méridionale. Elle abrite les tribus de Zentane et Ourfala, ralliées à la révolution populaire.
     
    La zone du Fezzan, elle, a, dès le début des troubles, tranché en faveur de la contestation. Les Touaregs, longtemps objet de vexations et de brimades, privés de passeport pour s‘assurer leur soutien, ont rallié très tôt la contestation populaire. Zone frontalière du Mali, du Tchad, du Niger, le trafic à destination de ces pays a été fermé. Abritant la ville de Sebha, base arrière de la guerre du Tchad, dans la décennie 1980, la zone a beaucoup souffert des hostilités et des variations d’humeur du colonel Kadhafi dans sa politique à l’égard de la main d’œuvre africaine.
     
    4- La confrérie Al Senoussia est une confrérie religieuse musulmane fondée à La Mecque, en 1837, par Sidi Mohamed Ben Ali Al Senoussi (1791–1859) qui s’est implantée en Libye et les pays limitrophes (Algérie, Égypte, Soudan, Niger, Soudan et Tchad).
     
    Sur le plan religieux, la confrérie se propose d’opérer un retour aux sources du Coran et à l’unité de l’Islam, d’une part, et, de résister à l’occupation européenne du monde arabe et plus particulièrement en Afrique du nord. Son fondateur naquit en Algérie. Après des études à Fès, qu’il approfondit à La Mecque et à Médine, cet ascète rassembla ses premiers disciples, prêchant dans les pays qu’il traversa. En 1843, ne pouvant rentrer en Algérie, occupée par les Français, il s’établit en Cyrénaïque, dans l’actuelle Libye, où il fonda la Zaouïa Al Beida (le monastère blanc), la première cellule religieuse de la confrérie.
     
    Elle s’est implantée en Libye et les pays limitrophes (Algérie, Égypte, Soudan, Niger, Soudan et Tchad). Elle a combattu la présence italienne et française. Son chef d’alors, Sidi Mohamad Idriss Al-Mahdi Al Senoussi (1916-1969) avait accédé au trône sous le nom du Roi Idriss Ier. Il sera renversé en 1969 par le coup d’État du colonel Mouammar Kadhafi. Réfugié au Caire, il mourra en 1983. Depuis 1992, son descendant, Sidi Mohamad Ben Al Hassan Al-Senoussi est le prétendant au trône. Peu avant de mourir le 18 Juin 1992, le prétendant au trône, Hassan Al Rida a nommé son second fils, Sayed Mohammed (né le 20 0ctobre 1962), son héritier. Le Prince vit à Londres. Il hérite d’une situation politique inconfortable. L’opposition libyenne n’a que peu de voix à l’extérieur de son pays et aucune dans son pays. Créée en 1981 à Londres par Mohamed Ben Ghalbon, l’Union Constitutionnelle Libyenne lutte ouvertement pour le rétablissement de la monarchie en faveur des Senoussis.
     

    Omar Al Mokhtar
    Héros de l’indépendance libyenne (1862-1931), surnommé le Cheikh des martyrs ou le Lion du désert, a mené le combat contre l’occupation italienne pendant 20 ans. Né à Zawia Janzour dans la tribu Al Abaidi de Mnifa. À 16 ans, orphelin de son père, il se rend en pèlerinage à la Mecque et grandira dans les mosquées des Senoussis. Ses études seront couronnées par sa nomination comme cheikh de la mosquée Al-Okour. Au départ d’Idris Al-Senoussi vers l´Égypte en 1922, Omar Al Mokhtar prendra la relève du chef de la confrérie, poursuivant la guérilla contre l’Italie qui tentait de reconquérir la Libye au prétexte que ce pays constituait une province de l’Empire romain et qu’elle revenait à l’Italie en vertu de ses droits historiques découlant de la succession d’États. Capturé en 1931 par les Italiens, Omar Al Mokhtar refuse l’offre du maréchal Graziani de bénéficier d’une amnistie en échange d’un appel aux moujahidine à déposer les armes, et sera pendu en présence de 20 000 de ses disciples enfermés dans un  camp de concentration. Le 16 septembre est commémoré solnnellement en Libye et tous, aussi bien Kadhafi que ses opposants, revendiquent son héritage.

     

     

     

    Capture et pendaison d'Omar Al Mokhtar  

     

    "Nous sommes les petits-enfants d'Omar Al Mokhtar" : graffiti libyen et dessins d'Omar Abdallat, Jordanie et Sherif Arafa, Égypte

     





    Merci à René Naba
    Source: http://www.renenaba.com/libye-kadhafi-portrait-total-13/
    Date de parution de l'article original: 03/03/2011
    URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=4152


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  • Libye - 6 mars 2011 - 17ème jour

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    Auteur : Dazibaoueb

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  • Rapport sur les violations israéliennes des droits humains

    vendredi 4 mars 2011 - 12h:06

    PCHR du 24 février au 2 mars 2011

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    Les Forces d’occupation israéliennes (FOI) poursuivent leurs agressions méthodiques contre les Palestiniens et leurs biens dans les Territoires palestiniens occupés (TPO).
     

    Pendant cette semaine du 24 février au 2 mars :

    • un travailleur palestinien et un militant de la résistance ont été assassinés par les FOI dans la bande de Gaza ;
    • les FOI ont lancé une série de frappes aériennes contre des cibles civiles dans la bande de Gaza :
      • 4 maisons ont été démolies et 14 autres endommagées ;
      • 11 bâtiments publics ont été détruits ou gravement endommagés, un bâtiment de la Sécurité a été détruit et une mosquée endommagée ;
    • les FOI ont continué de prendre pour cibles les travailleurs, agriculteurs et pêcheurs palestiniens sur les zones frontalières à l’intérieur de la bande de Gaza :
      • un travailleur et un agriculteur palestiniens ont été blessés ;
    • les FOI ont continué d’user de la force contre les manifestations non violentes en Cisjordanie :
      • 7 civils palestiniens, dont un mineur, ont été blessés ;
      • un militant du PCHR, un auxiliaire médical et 2 journalistes ont subi les inhalations des lacrymogènes ;
      • les FOI ont arrêté un civil palestinien, un journaliste israélien, un défenseur israélien des droits de l’homme et 2 internationaux ;
    • les FOI ont conduit 40 incursions dans les communautés palestiniennes en Cisjordanie, et 3 limitées à l’intérieur de la bande de Gaza :
      • elles ont arrêté 13 civils palestiniens dont 2 mineurs ;
    • Israël a maintenu un siège total sur les TPO et l’isolement de la bande de Gaza du monde extérieur ;
    • les FOI ont poursuivi leurs activités de colonisation en Cisjordanie et les colons israéliens leurs agressions contre les civils palestiniens et leurs biens :
      • les FOI ont rasé 15 dunums (1,5 ha) de terres à Deir Estia, près de Salfit ;
      • elles ont ordonné la démolition d’une école, d’une mosquée et de 13 maisons à al-Ramadin, près d’Hébron ;
      • les colons ont attaqué une maison à Hawara, près de Naplouse, en utilisant des cocktails Molotov.

    (JPG)

    Les avions israéliens ont bombardé la maison d’un citoyen palestinien (Ahmed Abu Shrab) à l’est du camp de réfugiés d’al-Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, le 26 février 2011.

    Violations israéliennes recensées durant la semaine du 24 février au 2 mars 2011

    1 - Incursions dans les zones palestiniennes et agressions contre les civils palestiniens et leurs biens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza

    Jeudi 24 février

    00 h 05, l’aviation tire deux missiles sur le hangar agricole de Wa’el ’Abdul Hadi al-Majaida, 40 ans, agriculteur au nord de Khan Younis. Le hangar est totalement détruit et la maison de Khaled Na’im Wafi jouxatant le hangar est endommagée.

    00 h 15, les FOI entrent dans ‘Anabta, à l’est de Tulkarem, patrouillent dans les rues et se retirent ; idem à 1 h 30, dans Bir Zeit.

    2 h, incursion dans le camp de réfugiés de Jénine, où l’armée fouille un certain nombre de maisons et arrête 6 Palestiniens, dont un mineur :

    • Mujahed Marwan al-Sous, 18 ans ;
    • ‘Edwan Mahmoud Ya’qoub, 18 ans ;
    • Qassem Jawad Hamed, 17 ans ;
    • Qussai Ibrahim Sammour, 18 ans ;
    • Lutfi Hussam al-Sa’di, 18 ans, et
    • Shiraz Mahmoud Anbu Tabeekh, 18 ans.

    2 h 30, l’armée entre dans al-Yamoun, au nord-ouest de Jénine, opère chez Murad Ahmed Nawahda, 20 ans, et l’arrête.

    Au même moment, incursion dans Qabatya, au sud de Jénine, et dans Zeita, au nord de Tulkarem, sans arrestation.

    3 h 10, l’aviation tire un missile sur la dépendance agricole de Adham Khaled Shurrab, 47 ans, dans le camp de réfugiés de Nusseirat, dans le centre de la bande de Gaza. Elle est détruite. Le même avion tire un 2ème missile sur l’immeuble de 250 m² appartenant à Hassan Yousef Shurrab sur le même secteur. Il est détruit. D’autres bâtiments alentour sont endommagés : un bâtiment stockant et fabriquant des jus de fruits appartenant à Ibrahim ’Olayan ’Ali et ses frères, un atelier de textiles appartenant à Mohammed ’Abdul Rahim Hamdouna, un atelier retraitant les nylons et les papiers cartons appartenant à Ussama Baker al-Khuzondar et un moulin à farine appartenant à ’Awni ’Olayan Abu Yousef.

    3 h 30, l’aviation tire un missile sur l’atelier de Ibrahim Mohammed al-Heela dans la localité d’al-Zawaida au centre de la bande de Gaza. L’atelier est endommagé.

    4 h 10, l’aviation tire un missile sur la maison de Hassam Mahmoud Hamad. Elle est détruite. La maison voisine appartenant à Ashraf Hassan Abu Rezeq est sérieusement endommagée. Le fils de Hamad a déclaré au PCHR qu’il avait reçu un coup de téléphone de quelqu’un se présentant comme un officier des renseignements généraux lui donnant l’ordre d’évacuer les lieux car ils allaient être bombardés. Ce que fit la famille.

    9 h 20, les FOI entrent dans Jayous, au nord-est de Qalqilya, patrouillent dans les rues et se retirent ; idem à 10 h 35, dans Jéricho ; à 10 h 40, dans Nabi Elias, même secteur ; à 15 h 20, dans Deir Estia, au nord de Salfit ; à 18 h 30, dans ‘Azzoun, à l’est de Qalqilya.

    18 h 55, l’aviation tire 5 missiles sur un véhicule en déplacement dans al-Salam, banlieue de Rafah, avec 2 personnes à bord. 2 missiles explosent sur la maison de Mansour Hamdan Bani Hassan, l’endommageant sérieusement, 2 autres sur une production d’huile d’olives, le 5ème touchant la voiture mais les deux passagers avaient eu le temps d’en descendre. Légèrement blessés ils ont gardé l’anonymat

    Autres incursions des FOI : 19 h, dans Jeet, à l’est de Qalqilya ; 21 h, dans Far’oun, au sud de Tulkarem ; 22 h, dans Fassayel, au nord de Jéricho ; 22 h 25, dans Qalqilya.

    Vendredi 25 février

    17 h, l’armée entre dans Far’oun, au sud de Tulkarem, patrouille quelques temps dans les rues avant de se retirer.

    Samedi 26 février

    3 h 30, l’aviation tire un missile sur une dépendance de 100 m² dans le camp de réfugiés d’al-Bureij appartenant à ’Emad al-Din Mohammed ’Aaqel, 38 ans. Elle est entièrement détruite. De surcroît, 8 maisons et un élevage de volailles proches ont été endommagés. Hanin, 17 ans, fils de Nasser ’Abdul Karim ’Ammar, est blessé.

    4 h 05, l’aviation tire 4 missiles sur un camp d’entraînement des brigades al-Quds, le bras armé du Jihad à l’ouest de Khan Younis. Pas de victime ; il faut rappeler que ce site a été visé à plusieurs reprises.

    11 h 30 - Du haut de leurs miradors situés au nord de Beit Lahiya, les FOI font feu sur des ouvriers en train de récupérer des matériaux de construction sur des immeubles bombardés. Khaled Mohammed al-Hossoumi, 37 ans, de Beit Lahia, prend une balle dans la jambe droite alors qu’il est à 300 mètres de la frontière.

    12 h, l’aviation tire un missile sur un des sites des brigades ’Izziddin al-Qassam, le bras armé du Hamas, au nord-ouest de Rafah. Il explose à proximité de la réserve d’eau de la municipalité d’al-Nasser. Un transformateur électrique est mis hors d’usage privant de courant. 2 civils en état de choc sont hospitalisés.

    14 h 15, l’aviation bombarde pour la énième fois le camp d’entraînement des brigades al-Qds situé à l’ouest de Khan Younis. Pas de victimes.

    14 h 20 - L’aviation tire un missile sur les fondations du site Sa’yed Sayel des « Forces de la sécurité nationale palestinienne » à l’est de Rafah. Tout est à reprendre. L’habitation voisine appartenant à Jamal Mahmoud Abu Sharekh et à ses fils est endommagé. Un des petits fils, Saja, est touché à la tête.

    15 h 30 - L’aviation tire 2 missiles sur 2 maisons appartenant à Ahmed and Hatem ’Eid Abu Shareb à l’est du camp de réfugiés d’al-Bureij. Les 2 maisons et un abri pour les animaux sont détruits et une maison voisine endommagée. Selon Ahmed, il avait reçu un coup de téléphone vers 15 h d’un officier des renseignements généraux ordonnant l’évacuation de la maison. Ahmed prévient aussitôt le quartier. 10 minutes plus tard l’officier retéléphone pour s’assurer que la maison est bien vide.

    16 h 30, les FOI pénètrent sur une zone entre ‘Azzoun et ‘Izbat al-Tabib, à l’est de Qalqilya, ratissent quelques temps le secteur et se retirent, pas d’arrestations ; de même, vers 18 h 50, elles entrent dans Nabi Elias, dans le même secteur, patrouillent dans le village et se retirent.

    Dimanche 27 février

    Minuit vingt, les FOI entrent dans Snirya, au sud de Qalqilya, patrouillent quelques temps avant de se retirer ; idem à 1 h 30, dans Kufor Qaddoum.

    2 h, elles entrent dans Nabi Saleh, au nord-ouest de Ramallah, fouillent certaines maisons et arrêtent :

    • Mohammed Ibrahim Tamimi, 14 ans.

    2 h 40, incursion dans la ville de Qalqilya.

    10 h 30, dans al-‘Araqa, à l’ouest de Jénine où l’armée pose un check-point à l’entrée du village, bloquant tous les véhicules et passants palestiniens, elle en convoque 4 pour interrogatoire.

    18 h, incursion sans arrestation dans al-Jaroushiya, au nord de Tulkarem, où l’armée retient 2 enfants palestiniens pendant quelques temps ; 20 h 40, dans ‘Attil, même secteur ; 22 h, dans Deir al-Ghossoum, au nord de Tulkarem.

    22 h 30, l’aviation tire un missile sur des militants des brigades al-Quds regroupés à l’est de al-Zaytoun banlieue Est de Gaza ville, ’Abdul Majid Ghazi Shahin, 21 ans, de Deir al-Balah, est tué.

    Lundi 28 février

    Minuit et quart, incursion dans Zeita, au nord de Tulkarem ; dans al-Jaroushiya, même secteur ; 2 h, dans Beit Reema, au nord-ouest de Ramallah.

    9 h, depuis la frontière au sud de la bande de Gaza, les FOI tirent 3 obus d’artillerie sur l’aéroport international situé au sud-est de Rafah. 2 des projectiles viennent s’écraser sur des bâtiments déjà détruits. Le 3ème explose sur la maison de Hanan ’Abdul Qader Abu Jarad (100 m²) dans laquelle vivent 5 personnes. Il n’y avait personne à cette heure-là. La maison est entièrement détruite.

    10 h, du haut de leurs miradors situés au nord de Beit Lahiya, les FOI font feu sur ’Omar ’Arafa Ma’rouf, 20 ans, en train de récupérer des matériaux de construction à environ 300 mètres de la frontière. A 11 h, un détachement des FOI pénètre sur les lieux. A 12 h, l’Autorité palestinienne est informée qu’elle peut venir chercher le corps au poste frontière de Beit Hanoun Erez. A 13 h 15, le corps est remis à une ambulance palestinienne.

    10 h, les FOI entrent dans Jalqamous, au sud-est de Jénine, sans arrestation ; idem à 11 h, dans al-Zababda, au sud de la ville.

    14 h 40, depuis la frontière à la hauteur de Jabaliya les FOI tirent un obus d’artillerie qui explose à 700 mètres de la frontière. Craignant des tirs redoublés, les agriculteurs ont quitté leurs terres. Pas de victimes.

    20 h 40, les soldats israéliens tirent des bombes sonores et des flash bombes (qui éclairent le sol pour des photographies aériennes) près de Kufor Laqef, à l’est de Qalqilya, prétendant que des pierres auraient été jetées sur des voitures de colons israéliens. Pas de victimes.

    21 h 20, incursion dans al-Fundoq, à l’est de Qalqilya, l’armée patrouille dans le village quelques temps avant de se retirer. Pas d’arrestations.

    Mardi 1er mars

    Minuit et demi, les FOI entrent dans Sourif, au nord-ouest d’Hébron, fouillent la maison d’Ahmed ‘Abdul Fattah al-Hour, 53 ans, et l’arrêtent.

    9 h, les FOI pénètrent à 400 mètres dans Khuza’a village au sud-est de Khan Younis. Les bulldozers nivèlent les terres précédemment défoncées et se retirent à 17h00. Pas de victimes.

    10 h, les FOI entrent dans ‘Ejja, au sud de Jénine, fouillent un certain nombre de maisons et convoquent Akram Waleed Ma’ali, 24 ans, pour interrogatoire.

    13 h, une nouvelle bordée de FOI pénètre à 300 mètres sur le même lieu qu’à 9 h pour prêter main forte aux bulldozers déjà à l’œuvre. Elle se retire à 16 h. Pas de victime.

    15 h 30, depuis la frontière à la hauteur de Deir al-Balah au centre de la bande de Gaza, les FOI font feu sur des résistants regroupés à l’est de la ville. Rami Saleh Abu Mussa’ed, 22 ans, prend une balle dans l’aine.

    Dans la soirée, la police israélienne à Hébron arrête ‘Eissa Isma’il ‘Amru, 30 ans, militant pour les droits humains. ‘Eissa est convoqué par la police de l’occupation pour interrogatoire à 19 h. Elle l’accuse d’incitation et d’affiliation à une organisation illégale, se référant à la Commmission de la jeunesse contre les colonies à Hébron. ‘Amru a déjà été arrêté plusieurs fois par les FOI.

    21 h, les vedettes garde-côtes ouvrent le feu sur des bateaux en pêche au large de Rafah. Pas de victimes.

    23 h, incursion dans Kharabtha al-Misbah, au nord de Ramallah, sans arrestation ; 23 h 30, idem dans al-Jiftlek, au nord de Jéricho.

    Mercredi 2 mars

    1 h 30, les FOI entrent dans Beit Oula, au nord-ouest d’Hébron, investissent la maison de la famille de Ahmed ‘Awni al-‘Adam, 32 ans, et l’arrêtent.

    3 h, incursion dans al-Hadd, au sud-ouest d’Hébron, même opération sur la maison de la famille al-Koumi. L’armée arrête Hafez et Maher Kayed al-Koumi, respectivement 28 et 23 ans.

    10 h, incursion dans la ville et le camp de réfugiés de Tulkarem, l’armée patrouille dans les rues, pose un check-point près Kaffa, en périphérie de la ville, fouille tous les véhicules palestiniens, puis se retire.

    15 h 30, depuis la frontière avec Beit Hanoun au nord de la bande de Gaza, les FOI ouvrent le feu sur des agriculteurs affairés sur leurs terres. Pas de victimes.

    17 h 20, soit deux heures plus tard, au même endroit, les FOI reprennent les tirs. Pas de victime.

    18 h, incursion dans ‘Attil, au nord de Tulkarem, patrouilles dans les rues puis retrait de l’armée. Pas de raids sur les maisons, ni d’arrestations.


    2 - Usage d’une force démesurée contre les manifestations non violentes organisées contre l’activité de colonisation et la construction du mur d’annexion

    Durant la dernière semaine, les FOI ont continué d’user de la violence contre les manifestants palestiniens, israéliens et internationaux qui protestent contre la construction du mur et la colonisation de la Cisjordanie. Cette semaine, 7 Palestiniens, dont un enfant, ont été blessés. Des dizaines de Palestiniens et de militants internationaux ont souffert d’avoir respiré les lacrymogènes et pris les coups des soldats de l’occupation.

    Bil’in, à l’ouest de Ramallah : le vendredi 25 février après la prière, la manifestation des Palestiniens, avec des militants israéliens et internationaux, pour protester contre la construction du mur sur les terres du village, se dirige vers le mur. Les soldats les y attendent et tirent à balles caoutchouc, lancent de lacrymogènes et des bombes sonores sur les manifestants.

    Qassem Barakat al-Khatib, 17 ans, est touché à la main droite par un corps de grenade lacrymogène. De plus, de nombreux manifestants inhalent les lacrymogènes.

    Ni’lin, à l’ouest de Ramallah : ce même jour, la manifestation hebdomadaire non violente à Ni’lin est organisée contre la construction du mur d’annexion. L’affrontement est provoqué par l’armée postée près du mur.

    Un Palestinien, dont le nom n’est pas connu, est touché par un lacrymogène au pied droit.

    Nabi Saleh, au nord-ouest de Ramallah : ce même jour, les Palestiniens organisent leur manifestation hebdomadaire non violente, avec des militants israéliens et internationaux, contre la saisie de terres sur la zone de Wad al-Raya, entre Nabi Saleh et Deir Nizam, au profit des colons israéliens de Halmish. 3 Palestiniens sont blessés :

    • Bassem Mohammed Tamimi, 50 ans, touché par un corps de grenade lacrymogène dans le dos ;
    • ‘Abdul Hafiz Mohammed Tamimi, 52 ans, touché par une balle d’acier enrobée de caoutchouc à la tête, et
    • Nidal Hussein Tamimi, 22 ans, également touché par une balle à la tête.

    De plus, les FOI arrêtent un journaliste israélien, David, 54 ans.

    Hébron : ce même jour, à midi dix, la Commission de la jeunesse contre les colonies à Hébron organise une manifestation non violente dans le centre de la ville, en protestation contre les activités de colonisation par les Israéliens et en commémoration des victimes de l’agression par les colons israéliens contre des civils palestiniens, en 1994, à Hébron, et dans laquelle 29 civils palestiniens ont trouvé la mort. Quand les manifestants arrivent près de la colonie Beit Rumano, dans le nord de la vieille ville, les FOI tirent à balles caoutchouc, lancent des lacrymogènes et des bombes sonores sur eux. Elles rouent de coups aussi un certain nombre des manifestants, dont 3 sont touchés par des balles :

    • Nassar ‘Essam Abu Maizar, 23 ans, touché au pied gauche ;
    • ‘Odai Sa’id Nassar, 18 ans, à la main gauche, et
    • Hussam ‘Othamn ‘Aabdin, 50 ans, touché de 3 balles à la jambe droite.

    Des manifestants souffrent aussi de l’inhalation des lacrymogènes, notamment Fahmi Hamdi Shahin, 27 ans, militant du PCHR, un auxiliaire médical et 2 journalistes.

    De plus, les FOI arrêtent Mahmoud Ramadan al-Ja’bari, 26 ans. Elles arrêtent aussi 3 militants internationaux, mais les libèrent un peu plus tard. Il faut indiquer que la manifestation essayait d’attirer l’attention de la communauté internationale sur toute une série de violations des droits humains par les FOI contre les Palestiniens, dont la fermeture de la rue al-Shuhada, dans le centre d’Hébron depuis... 17 ans.

    3 - Bouclage maintenu des TPO

    Israël maintient un bouclage étanche des TPO et les restrictions graves sur les déplacements des Palestiniens, dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, dont Jérusalem-Est occupées.

    Bande de Gaza

    Mouvements des personnes et des biens aux postes frontière

    Rafah International

    Date  :
     :
    Palestiniens
    sortant
     :
     :
    Palestiniens
    entrant
    22 février  : 287  : 66
    24 février  : 284  : 66
    25 février  : fermé  :
    26 février  : fermé  :
    27 février  : 256  : 117
    28 février  : 262  : 98
    1er mars  : 266  : 70

    Note : les étudiants palestiniens dans les universités égyptiennes n’ont pas été autorisés à sortir de la bande de Gaza à cause de la fermeture des universités égyptiennes. Par ailleurs, les candidats à la sortie n’étant pas munis d’un visa pour entrer en Égypte ne sont plus transportés gratuitement jusqu’à l’aéroport du Caire comme c’était le cas du temps de Moubarak.

    Karm Abu Salem (Kerem Shalom)

    Date  : Importations Qté  : Exportations Qté
    23 février  : denrées alimentaires 860 tonnes  :


     : matériel agricole 138 tonnes  :


     : denrées diverses 965 tonnes  :


     : gaz domestique 163,36 tonnes  :


     : fioul industriel
     :


     : aide humanitaire 115 tonnes  :


     :

     :

    24 février  : denrées alimentaires 1001 tonnes  : fleurs 360 000

     : matériel agricole 207 tonnes  :


     : denrées diverses 1153 tonnes  :


     : fer à béton pour Sces des eaux 383 tonnes  :


     : ciment pour UNRWA 380 tonnes  :


     : fer à béton pour UNRWA 38 tonnes  :


     : fer à béton pour villes côtières 210 tonnes  :


     : gaz domestique 183,26 tonnes  :


     : fioul industriel
     :


     : aide humanitaire 1051 tonnes  :


     :

     :

    27 février  : denrées alimentaires 863 tonnes  :


     : matériel agricole 130 tonnes  :


     : denrées diverses 919 tonnes  :


     : gaz domestique 183,34 tonnes  :


     : diesel 98 000 litres  :


     : fioul industriel
     :


     : aide humanitaire 488 tonnes  :


     :

     :

    28 février  : denrées alimentaires 1001 tonnes  : fleurs 427 000

     : matériel agricole 207 tonnes  :


     : denrées diverses 1153 tonnes  :


     : gaz domestique 183,26 tonnes  :


     : fioul industriel
     :


     : fer à béton pour l’ANERA 25 tonnes  :


     : aide humanitaire 1051 tonnes  :


     :

     :

    1er mars  : denrées alimentaires 1030 tonnes  : fleurs 173 000

     : matériel agricole 112 tonnes  :


     : denrées diverses 933 tonnes  :


     : gaz domestique 180 tonnes  :


     : ciment pour l’ANERA 400 tonnes  :


     : fer à béton pour l’ANERA 108 tonnes  :


     : fer à béton pour villes côtières 110 tonnes  :


     : fioul industriel
     :


     : aide humanitaire 1094 tonnes  :

    Al-Mentar (Karni)

    Le 23 : 1131 tonnes de céréales et 585 tonnes de nourritures animales ;
    Le 27 : 7630 de matériaux de construction ;
    Le 28 : 2535 tonnes de céréales et 1769 tonnes de nourritures animales.

    Beit Hanoun (Erez)

    Population  : 23 février - 24 février - 25 février - 26 février - 27 février - 28 février - 1er mars
    Patients  : 24 31 1 0 42 51 43
    Accompagnateurs  : 23 27 1 0 41 43 40
    Palestiniens venant d’Israël  : 4 1 6 0 34 2 11
    Diplomates  : 7 0 1 0 0 0 4
    Presse  : 1 3 9 0 0 6 2
    Internationaux  : 63 65 21 0 18 16 26
    Gazaouis  : 17 1 0 0 0 0 5
    Gens d’affaires  : 59 56 1 0 66 59 64
    Réunions d’affaires  : 9 0 0 0 0 0 8
    Entretiens sécurité  : 1 1 0 0 3 1 0
    Personnalités  : 0 0 0 0 6 1 0
    Ambulances vers Israël  : 3 1 0 0 0 0 8
    Ambulances venant d’Israël  : 2 1 1 0 0 1 2


    Cisjordanie

    Toute la Cisjordanie est tenue bouclée par les FOI.

    Jérusalem : les restrictions sont toujours imposées aux Palestiniens qui veulent entrer ou sortir de la ville. Des milliers ne peuvent toujours y accéder. Les restrictions sont renforcées chaque vendredi jour de prière, de nombreux Palestiniens voulant aller prier à la mosquée al-Aqsa, dans la vieille ville palestinienne.

    Ramallah : sur les check-points de Jaba’ et Qalandya, au sud-est de Ramallah, les restrictions renforcées aux passages des Palestiniens sont toujours appliquées. De plus :

    • jeudi 24 février, 16 h 30, les FOI posent un check-point à l’entrée de Nabi Saleh, au nord-ouest de la ville ;
    • vendredi 25, 14 h 45, pose d’un check-point à l’entrée d’al-Mughayar, au nord-est ;
    • vendredi 25, 17 h, l’armée reprend position sur le check-point d’‘Attara, à l’entrée nord de Bir Zeit, au nord de Ramallah ;
    • vendredi 25, 21 h 20, pose d’un check-point à l’entrée de Turmos’iya, au nord ;
    • lundi 28, 11 h 30, pose d’un check-point à l’entrée de Silwad, au nord-est ;
    • lundi 28, 16 h, un autre à l’entrée de Kufor Malek, au nord-est ;
    • mardi 1er mars, 8 h 15, l’armée revient sur ‘Attara ;
    • mardi 1er mars, 17 h 15, pose d’un check-point entre Bitillo et Deir ‘Ammar, au nord-ouest ;
    • mercredi 2 mars, 6 h 45, l’armée revient sur ‘Attara.

    Qalqilya :

    • jeudi 24 février, les FOI posent 3 check-point autour de la ville ;
    • samedi 26, 6 check-points ;
    • dimanche 27, 3 check-points.

    Tulkarem :

    • jeudi 24 février, 17 h 30, les soldats sur le check-point d’Ennab, à l’est de Tulkarem, imposent des restrictions renforcées aux passages des Palestiniens ;
    • mardi 1er mars, 13 h, pose d’un check-point sur la route de Tulkarem à Naplouse ;
    • mercredi 2 mars, dans la matinée, les FOI ferment la porte dans le mur d’annexion à l’ouest de Deir al-Ghossoun.

    Jénine :

    • jeudi 24 février, 21 h, pose d’un check-point près du carrefour de Rummana, au nord-ouest de la ville.

    Salfit :

    • dimanche 27 février, 9 h 50, les FOI posent un check-point à l’entrée sud de Kufor Hares, au nord-ouest de Salfit ;
    • dimanche 27 février, 22 h 10, un autre à l’entrée de Yassouf, à l’est.

    Jéricho :

    • samedi 26 février, 21 h 15, pose d’un check-point près de la colonie de Yataf, à l’est de Jéricho.

    4 - Activités de colonisation et agressions des civils palestiniens et de leurs biens par les colons israéliens

    La colonisation israélienne des TPO se poursuit en toute violation du droit international et au vu de tous, même d’Obama qui vient d’opposer son veto à un projet de résolution au Conseil de Sécurité des Nations-Unies qui dénonçait cette colonisation.

    -  Dimanche 27 février, 9 h 30, les FOI entrent dans le secteur de Hariqat al-Khammas, à l’ouest de Deir Estia, situé au nord-ouest de Salfit. Elles rasent 15 dunums de terre (1,5 ha) appartenant à Hussein ‘Abdul Rahim Zaidan. Celui-ci présente à l’officier israélien les documents prouvant que cette terre est à lui, et lui explique que le tribunal israélien doit statuer sur un recours qu’il a déposé contre les revendications israéliennes sur sa propre terre. L’officier de l’occupation refuse de regarder les documents. Les soldats démolissent alors les clôtures et 30 réservoirs d’eau, et arrachent 150 plants.

    -  Ce même jour dans la soirée, les FOI remettent des ordres de démolition d’une école, d’une mosquée et de 13 maisons à al-Ramadin, un village au sud-ouest d’Hébron, prétendant qu’elles auraient été construites sans le permis (de l’occupant). Ces maisons appartiennent :

    • Mohammed Jakhadba ;
    • Mohammed Zagharna ;
    • TAwqfiq Sanyour ;
    • Mahmoud Zaghaghma ;
    • Younis Zagharna ;
    • Mohammed Jasser Zagharna ;
    • ‘Aakef Jakhadba ;
    • Khaled Zgharna ;
    • Hamda Shanyour, et
    • Suleiman Jakhadba.

    -  Lundi 28 février, 9 h, des colons de la colonie Gilad, montent des tentes et des mobil-homes sur des terres palestiniennes à l’est d’Ematin, village au nord-est de Qalqilya. Les FOI interviendront par la suite et démonteront les tentes et les mobil-homes.

    -  Lundi 28 février, 19 h 30, des colons israéliens, armés, de la colonie Halmish, au nord-ouest de Ramallah, ferment l’entrée du village. Ils se mettent ensuite à bombarder de pierres les véhicules palestiniens. Les soldats étaient présents, et ne sont pas intervenus.

    -  Lundi 28 février, 20 h 30, des colons de Yits’har attaquent la maimson de Warda Hassan Damadi, dans le secteur d’al-Haowouz, au sud-ouest d’Hawara, au sud de Naploouse. Ils brisent la fenêtre d’une chambre d’enfants et lancent un cocktail Molotov à l’intérieur, y mettant le feu. Les habitants de la maison tentent de circonscrire l’incendie. L’enfant, Rabee’, voit les colons israéliens lançer un autre cocktail Molotif dans sa chambre. Il court se réfugiéer sous une couverture, pendant que la famille continue de lutter contre le feu. Une demi-heure plus tard, un véhicule de pompier arrive et éteint l’incendie. Conséquences de l’agression : deux lits et deux placards sont brûlés. Les colons ont lancé également un cocktail Molotiv sur la voiture de Rabee’ al-Dumaidi. L’avant de la voiture a brûlé.

    -  Mercredi matin, 2 mars, les FOI détruisent un puits appartenant à Hamed Yousef Jaber, dans le secteur d’al-Baq’a, à l’est d’Hébron, près de la route de contournement n° 60.

    (JPG) Document public

    Pour plus d’informations, merci de vous rendre sur le site du PCHR, ou de le contacter à son bureau à Gaza ville par courriel : pchr@pchrgaza.org, ou par téléphone : (+972 (0)8 2824776 - 2825893).


     
     

    Rapport hebdomadaire pour la période du 24 février au 2 mars 2011 : PCHR
    traduction pour ce qui concerne Gaza : Jacques Salles, et la Cisjordanie : JPP

     

     


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  • © Crédit photo : Yuri Kozyrev / NOOR for TIME

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