•  

    Epaminondas Korkonéas, le policier accusé d'avoir tué Alexis Grigoropoulos en décembre 2008 à Athènes a été condamné à la prison à perpétuité par la Cour d'assises d'Amfissa, lundi 11 octobre. Il a été reconnu coupable "d'homicide avec intention de donner la mort". Cette décision a été prise à la majorité de la cour, formée de trois juges et quatre jurés, qui ont suivi le réquisitoire du procureur.



    votre commentaire
  • Le Mexique en guerre


    par Ignacio Ramonet

     

    Le 20 novembre dernier, le monde a célébré le centenaire de la révolution mexicaine, première grande révolution sociale du XXe siècle. Une épopée populaire conduite par deux légendaires héros, Emiliano Zapata et Pancho Villa qui ont conquis, pour les ouvriers et les paysans, des droits sociaux jusqu’alors impensables, généralisé l’éducation publique, gratuite et laïque, et imposé une réforme agraire.

    Formidables conquêtes, largement rognées ensuite et dilapidées par les présidents successifs du Mexique. Au point que, à cent ans de distance, la situation serait "analogue, en bien de domaines, à ce qu’elle était en 1910 : scandaleuse concentration de la richesse et abyssaux reculs sociaux ; détournement de la volonté populaire ; atteintes au droit du travail et aux libertés syndicales ; piétinement des garanties individuelles par l’autorité ; perte de souveraineté devant les capitaux internationaux, et exercice distant, oligarchique, patrimonial et technocratique du pouvoir [1]."

    A ce déprimant catalogue, s’ajoute une guerre. Ou plutôt, trois guerres : celle que se livrent entre eux les différents cartels des narcotrafiquants pour le contrôle de territoires ; celle des groupes Zetas (organisations mafieuses constituées par d’anciens militaires et d’anciens policiers) spécialisés surtout dans les enlèvements et les exactions contre la population ; et celle des militaires et des forces spéciales contre les civils.

    Ces guerres, dont les médias internationaux parlent peu, sont extrêmement meurtrières. Le nombre de morts violentes qu’elles provoquent est bien supérieur, par exemple, à celui des soldats occidentaux tués depuis 2003 dans les deux guerres d’Irak et d’Afghanistan... Sous la pression de Washington, le président Felipe Calderon a lancé son "offensive contre les trafiquants de drogue" il y a quatre ans. Depuis, on compte près de 30 000 morts...

    Le Mexique ressemble de plus en plus à un "Etat effondré" enlisé dans un piège mortel. Toutes sortes de matamores en armes paradent à travers le pays : des forces spéciales de l’armée et des commandos d’élite de la police ; des bandes de paramilitaires et de parapoliciers ; des clans de tueurs à gages de tout acabit ; des agents américains du FBI, de la CIA et de la DEA [2] ; et enfin les Zetas qui s’acharnent en particulier contre les migrants centraméricains et sud-américains en route vers les Etats-Unis. Ils se sont rendus tristement et mondialement célèbres après le massacre de 72 migrants (enfants, femmes, hommes) découvert le 24 août dernier dans l’Etat de Taumalipas. Voir ici

    Chaque année, environ 500 000 Latino-américains traversent le Mexique en direction du "paradis nord-américain". Mais avant de l’atteindre, leur parcours n’est qu’un enfer hallucinant. Des hordes successives de prédateurs les dépouillent, les volent, les séquestrent, les violent... Huit femmes migrantes sur dix sont victimes d’abus sexuel ; nombre d’entre elles sont réduites à l’état de "servantes esclaves" des bandes criminelles, ou contraintes à la prostitution. Des centaines d’enfants sont arrachés à leurs parents et obligés de travailler dans les champs clandestins de cannabis.

    Des milliers de migrants sont enlevés. Pour les libérer, les Zetas réclament à leurs familles (demeurées au pays ou déjà installées aux Etats-Unis) le paiement de rançons. "Pour les organisations criminelles, il est plus facile de séquestrer pendant quelques jours une cinquantaine d’inconnus qui leur rapporteront entre 300 et 1500 dollars chacun, que prendre le risque d’enlever un grand patron [3]."

    Si nul ne peut payer la rançon du migrant enlevé, il est tout simplement liquidé. Chaque cellule locale des Zetas possède son propre "boucher" (sic) chargé de décapiter et de dépecer le corps des victimes, et de les brûler dans des bidons métalliques [4]. Au cours de la dernière décennie, quelque 60 000 migrants illégaux, dont les familles ne purent s’acquitter de la rançon, ont ainsi été "disparus"...

    Une telle violence sauvage, concentrée naguère dans quelques villes, notamment Ciudad Juarez [5], s’est désormais étendue à l’ensemble du pays (à l’exception, il faut le souligner, de la capitale fédérale, Mexico). Washington en est venu à qualifier officiellement le Mexique de "pays dangereux" et a ordonné à ses fonctionnaires consulaires de plusieurs villes - dont Monterrey, la capitale industrielle et financière -, de rapatrier leurs familles.

    Le président Calderon annonce régulièrement des succès dans la lutte contre les organisations criminelles ainsi que l’arrestation d’importants chefs de cartels. Il ne cesse de se féliciter d’avoir eu recours aux forces armées. Un sentiment que beaucoup de citoyens sont loin de partager. Car, dépourvus d’expérience dans ce genre de combat, les militaires multiplient les "dégâts collatéraux" et les "bavures", et tuent par erreur des centaines de civils...

    Par erreur ? Récent lauréat du Prix des droits humains Robert F. Kennedy, attribué par une Fondation américaine, Abel Barrera Hernandez ne le pense absolument pas. Au contraire. Il estime que l’Etat profite de la guerre contre la drogue pour liquider la contestation sociale : "Les victimes de cette guerre - accuse-t-il - sont les gens les plus vulnérables : les indigènes, les femmes, les jeunes. On se sert de l’armée pour intimider, démobiliser, terroriser, faire taire la protestation sociale, la désarticuler et criminaliser tous ceux qui luttent pour le respect de leurs droits [6]."

    De son côté, l’Administration Obama considère que le bain de sang qui submerge le Mexique constitue un danger pour la sécurité des Etats-Unis. La chef de sa diplomatie, Hillary Clinton, n’a pas hésité à déclarer : "La menace que représentent les narcotrafiquants est en train de se transformer ; ceux-ci s’associent de plus en plus à des groupes d’ insurgés politiques (...) Le Mexique commence à ressembler à la Colombie des années 1980."

    En clair, cela signifie que Washington à l’intention de s’impliquer davantage dans les affaires intérieures de son voisin du sud. La possibilité d’un coup d’Etat militaire, impensable depuis la fin de la révolution mexicaine en 1920, n’est plus à écarter. Le pouvoir mexicain (corrompu et méprisé) n’a cessé de marteler ces dernières années que les forces armées étaient la solution aux désordres et à la violence. Résultat : de plus en plus de citoyens semblent se résigner à ce que les militaires prennent finalement les choses en main... Une solution que le Pentagone encourage sans doute en sous-main, malgré la rhétorique "démocratiquement correcte" du Département d’Etat et de la présidence.

    Une éventuelle dictature militaire résoudrait-elle pour autant le problème ? Certainement pas. Car les Etats-Unis sont les principaux responsables de ces guerres mexicaines. Ils sont les opposants les plus intransigeants à la légalisation des drogues. Et les fournisseurs d’armes presque exclusifs (à 90% [7]) de tous les combattants ; aussi bien des cartels mafieux et des Zetas, que de l’armée et des forces de police... Ils sont de surcroît la principale "narcopuissance" mondiale : producteurs massifs de marihuana et premiers fabricants de drogues chimiques (amphétamines, ecstasy, etc.).

    Ils sont, surtout, le premier marché de consommation de la planète avec, notamment, plus de sept millions de cocaïnomanes... Les mafias américaines sont celles qui retirent le plus grand bénéfice du trafic de stupéfiants : environ 90% des profits totaux, soit quelque 45 milliards d’euros par an... Alors que l’ensemble des cartels de toute l’Amérique latine ne se partagent que le 10% restant...

    Au lieu de donner de (piètres) conseils au Mexique, Washington ne ferait-il pas mieux de livrer enfin une guerre décisive contre ses propres mafias ?

    Notes

    [1]  La Jornada, Mexico, 20 novembre 2010.

    [2]  Drug Enforcement Administration, service de la police fédérale des Etats Unis, dépendant du Département de la Justice, chargé de la lutte contre le trafic de stupéfiants.

    [3]  Lire l’exceptionnel livre-reportage d’Óscar Martínez, Los migrantes que no cuentan. En el camino con los centroamericanos indocumentados en México, Icaria, Barcelone, 2010.

    [4]  Proceso, Mexico, 29 août 2010.

    [5]  Consulter le blog de Judith Torrea Ciudad Juárez, en la sombra del narcotráfico.

    [6]  La Jornada, op. cit.

    [7]  El Norte, Monterrey, 9 septembre 2010.

    *************************

    Les Zetas

    Groupe armé fondé en 1994 par Arturo Guzman Decena ( assassiné le 22/11/2002 ), il se compose de déserteurs du groupe aéromobile des forces spéciales, une unité d'élite de l'armée mexicaine. Formés à Fort Benning aux Etats-Unis, et entrainés par des instructeurs israëliens, leur principale mission consistait à lutter contre les narco-trafiquants !

    Fin des années 90, des anciens du 15ème et 70ème bataillons d'infanterie, du 15ème régiment de cavalerie motorisée, d'ex-fusiliers parachutistes les rejoignent. D'autres étrangers, les Kaïbiles ( forces spéciales guatémaltèques ) et les Maras ( gangs armés d'Amérique latine ) également.

    Les responsables du Cartel du Golfe les ont acheté et armé, car ils ont expérimenté et connaissent par coeur l'organisation des forces de sécurité, d'où leur redoutable efficacité... Leur bastion serait dans la région de Veracruz et Guerrero, mais on les retrouve dans tout le Mexique.


    votre commentaire
  • NOUS SOMMES EN GUERRE- DES ARRESTATIONS POLITIQUES ET DU TERRORISME ETATIQUE

    La veille de l’anniversaire de l’assassinat d’Alexandros Grigoropoulos le 6 décembre 2008, la junte décide de mettre en fonction ses dispositifs de répression afin d’entraver l’insurrection sociale prévue. Et cela d’une manière tragi-comique. Tous les servants du régime sont en alerte et cherchent à manipuler l’opinion publique et à terroriser tous ceux qui résistent.

    Hier soir (le 4 décembre) les salauds de la police antiterroriste ont envahi plusieurs apparts, squats et locaux de mobilisation sociale à Athènes, Pirée, Salonique, Agrinio et Crète en prétendant avoir découvert des armes et des matières explosives. Les hommes de paille bien payés des médias se sont précipités à célébrer le ‘succès de la police nationale contre le terrorisme’ en produisant un climat de terrorhystérie. 24 heures après les arrestations on apprenait que les armes trouvées n’étaient jamais utilisées dans des ‘attaques terroristes’.

    Après un jour de dissimulation intentionnelle des infos, l’après-midi du 5 décembre les flics rendent publics les noms et les photos des 6 personnes arrêtées à Athènes, Pirée et Crète en demandant aux citoyens de leur fournir plus d’infos… Pour les 2 d’entre eux il y avait déjà des mandats d’arrestation pour l’affaire de la ‘Conspiration de Cellules de Feu’.

    A Salonique, hier soir (le 4 décembre), des flics en civil et des hommes en cagoule de la police antiterroriste envahissent le squat anti-autoritaire ‘Nadir’ qui se trouve dans la cité universitaire de l’Université de Salonique : ils confisquent du matériel imprimé et des ordis, ils tabassent des gens, ils procèdent à un nombre inconnu d’interpellations et à 11 arrestations. Des dizaines de personnes se rassemblent à l’extérieur pour manifester leur solidarité. L’invasion des flics se fait à la suite de l’attaque contre le poste de garde d’une société privée de sécurité qui se trouve dans le campus.

    Des blocus par les flics ont eu lieu également à Agrinio, à proximité du local anarchiste de la ville. Les flics justifient la coupure du courant électrique en parlant de la découverte d’une ‘cachette’.

    La junte arrive jusqu’au point de nier aux personnes interpellées et arrêtées leur droit de contacter leurs avocats et cela pendant plus de 24 heures. La déclaration d’un des avocats des personnes arrêtées est sur ce point indicative :

    « Ce qui a été désarticulé jusqu’ici ce sont les droits juridiques des détenus, ainsi que leur possibilité de communication avec leurs familles et leurs avocats. L’interdiction totale aux détenus d’exercer leurs droits fondamentaux 24 heures après leur arrestation et le refus de confirmer leurs noms, nous permettent de parler d’une rapine. Le mépris se complète par la méthode habituelle des ‘fuites’ sélectives et de la manipulation médiatique de l’opinion publique. Et si tout cela se passe sous la protection du procureur on peut être sûrs que le dispositif de la répression existe non pas pour la protection, mais pour la dissolution de l’ordre légal et constitutionnel.
    La veille de l’anniversaire de deux ans de l’assassinat d’Alexandros Grigoropoulos et pendant que l’ensemble de la société est agitée et se prépare à protester, l’état coupable cherche de toute évidence à s’expier, à présenter des succès et, surtout, à légitimer le totalitarisme qu’il prépare pour demain.

    Aucune tolérance ! Aucun intérêt politique et communicatif au-dessus des droits et des libertés ! »

    Athènes, le 5 décembre 2010,
    Kostas Papadakis
    Avocat d’une des personnes ‘arrêtées’

    Hors les assauts, les interpellations et les arrestations d’hier soir,  l’état a procédé à une autre mesure préventive : l’interdiction de circulation des véhicules dans le centre d’Athènes ( !) en vue de la manifestation du 6 décembre. Plus précisément, la circulation sera interrompue entre 10h00 lundi 6 décembre et 07h00 mardi 7 décembre, tandis que le stationnement des véhicules sera interdit entre 06h00 lundi et 07h00 mardi.

    La coordination des écoliers et plusieurs collectivités du milieu anarchiste/ anti-autoritaire et de l’extrême gauche ont appelé à une manifestation à Propilaia, au centre d’Athènes, pour le 6 décembre. Des appels à des rassemblements et à des manifestations sont lancés également dans une vingtaine des villes du pays.

    SOLIDARITE AVEC LES PRISONNIERS POLITIQUES

    NOUS SOMMES EN GUERRE

    Source ici

     


    votre commentaire
  • Les "commandos Delta" blessent une manifestante à Athènes.

    Le 15 novembre dernier à Athènes, à la fin d’une manifestation contre le FMI, des affrontements avec la police ont lieu. Les "commandos Delta", une unité spéciale à moto, chargent les manifestants.

    Une manifestante de nationalité américaine est grièvement blessée. Les témoignages rapportent que les flics se sont acharnés sur elle en la frappant à la tête avec ce qui semblait être "un morceau de marbre" et en lui lançant des coups de pieds dans le ventre. Ils la laissent semi-inconsciente sur le trottoir. Transportée à l’hôpital, elle doit être veillée par un nombre important de camarades pour éviter que la police ne puisse venir la harceler jusque dans la salle de soins.

    Elle souffre d’une fracture du crâne, d’une hémorragie dans l’oreille interne et d’une entaille du cuir chevelu, blessures qui ont été qualifiées par les médecins de "potentiellement dangereuses". Elle a pu sortir de l’hôpital au bout de quatre jours, mais la fracture du crâne, si elle avait été accompagnée d’un déplacements des os, aurait pu être mortelle ou gravement invalidante.

    Les commandos Delta sont une unité de policiers voltigeurs de la police grecque en tous points semblables à ceux qui furent responsables, en France, de la mort de Malik Oussékine en décembre 1986. La police a tué plusieurs fois ces deux dernières années en Grèce et cette nouvelle affaire arrive presque deux ans après la mort d’Alexis qui avait enflammé le pays en décembre 2008.

    Les médias grecs, en partie à cause de la nationalité de la manifestante blessée, ont présenté cet épisode comme une "bavure".

    Une bavure, au sens propre, c'est quand, sur un dessin ou un texte calligraphié, un peu d'encre a coulé : bref, c'est une tache. La bavure est la petite saleté sur la feuille bien écrite du maintien de l'ordre. Comme si tout allait bien, sauf la bavure. Quand on utilise ce mot, on sous-entend que la police ferait bien son travail et que tout irait pour le mieux s'il n'y avait pas les "bavures".

    Pourtant, que ce soit en Grèce ou en France, loin d'être exceptionnelles les violences sont au cœur de la pratique courante de la police. Certes, elles n'aboutissent pas toutes à la mort ou à la blessure grave, elles ne font pas tous les jours, sous leur nom de "bavures ", les gros titres des journaux, mais elles sont en revanche constantes et quotidiennes : manière de parler, contrôle arbitraire, baffes, harcèlement, racisme, etc. Ces méthodes sont une part non judiciaire de la "punition" que l’Etat entend infliger à ceux qui le gênent.

    Il ne saurait donc être question de bavures, mais de "violences policières" au sens large, et il faut bien comprendre que les cas extrêmes de mort ou de blessures graves comme celle-ci ne sont que la face visible et  médiatique d’un phénomène permanent.

    Un mouvement international de solidarité avec la camarade blessée est en cours.


    votre commentaire
  •  

    Le 3 décembre devait se dérouler le procès des quatre prévenus de Tours (deux de SOIF D'UTOPIES et deux du RESF 37) à la suite de la plainte de Hortefeux pour diffamation d'administrations publiques. Dans un communiqué intitulé « les baleiniers », daté du 12 février 2010, signé par SOIF D'UTOPIES et RESF 37, ces deux structures faisaient état de leurs soupçons quant à l'utilisation du Fichier Base-Elèves pour arrêter en vue de les expulser des familles de sans papiers. Il était affirmé que cela rappelait des pratiques employées par la police sous le régime de Vichy.

    Les deux militants de SOIF D'UTOPIES ont demandé à être jugés exclusivement sur le fond, puisque ce procès est politique. Par contre, ceux de RESF 37 ont souhaité que soit aussi pris en compte dans le jugement  les questions de procédures. La présidente du tribunal correctionnel de Tours a reporté une seconde fois le procès au... 17 février 2011. Ce sont des questions de procédure qui ont motivé sa décision. Il faut attendre le 6 janvier 2011 pour savoir si le tribunal retient les nullités de procédure. Trois réponses sont possibles :

    • relaxe des quatre prévenus. Ainsi le tribunal n'aura pas à juger sur le fond ;
    • relaxe des deux prévenus de RESF 37 et poursuite du procès sur le fond pour ceux de SOIF D'UTOPIES ;
    • elles ne sont pas retenues et le procès des quatre prévenus pourra également se dérouler sur le fond.


    Les juges sont très gênés pour remplir leur fonction. Ils repoussent (refusent ?) le débat de fond que suscite le procès. Accepteront-ils de juger ? Trois questions leur seront posées.

    Est-ce que des individus, des structures peuvent faire part publiquement de leurs soupçons par rapport à d'éventuelles dérives ou exactions de la part de l'administration ou de la police ? Par exemple, Le Monde publie un article révélant que la gendarmerie élabore des fichiers par rapport aux Roms. Les responsables de ce quotidien doivent-ils être poursuivis ? Lorsque des médias informent de l'existence de la circulaire du 5 août 2010 (ordonnant aux préfets d'organiser la chasse aux Roms), leurs directeurs de publication doivent-ils être poursuivis ?

    * Est-ce que des individus ont le droit de faire des comparaisons historiques ? Précisons d'abord qu'une comparaison n'est pas un amalgame. Il est hors de question de dire que Sarkozy c'est Pétain, ou que derrière le masque de Le Pen se cache Hitler, etc. Comparer c'est prendre en compte l'expérience historique que nous apporte, en l'occurrence la période de Vichy, afin d'interroger notre passé pour agir sur le présent et tenter d'envisager différents avenirs. Transformer des enfants en appât afin d'arrêter des familles sans papiers et tenter de les expulser du territoire rappelle des pratiques utilisées par le régime de la collaboration. Faire ces comparaisons et alerter est plus que nécessaire. Que le ministre ne soit pas d'accord avec ce type de comparaisons, c'est son opinion. Mais peut-il tenter d'en censurer d'autres, différentes de la sienne ?

    * Comment se fait-il que les quatre prévenus soient poursuivis, comme bon nombre d'autres personnes ayant fait des comparaisons historiques de même nature, alors que des responsables politiques les ayant faites ne le sont pas ? Nous avons un début de réponse. Récemment, J.L. Mélenchon a déclaré que des policiers pouvaient être impliqués dans certains actes violents lors de manifestations. Le ministre de l'intérieur n'a pas souhaité porter plainte contre lui, comme le lui demandaient plusieurs syndicats de policiers. Il craignait que cela « serve de caisse de résonance » à ce ténor politique. Ainsi donc, si l'on est connu médiatiquement on peut échapper aux foudres du ministre ; par contre les manants sont trainés devant les tribunaux. Quel courage Monsieur le ministre !

    Si le tribunal correctionnel de Tours relaxe sur le fond les quatre prévenus, il affirmera clairement qu'il n'a pas à prendre position sur ces différentes questions. Cela relève de débats de société. La Justice n'a pas à intervenir dans ceux-ci. Par contre, si ils sont condamnés cela signifiera qu'elle conforte la volonté de l'Etat d'imposer le silence sur des dérives de l'administration, de la police et de la gendarmerie, qu'elle entérine la censure d'Etat, qu'elle avalise un traitement inégal de la part de l'Etat selon qu'on soit notable ou manant.

    Relaxer les quatre prévenus signifiera aussi que les juges du siège ne sont pas totalement sous la coupe du parquet. Rien ne les oblige à aller dans le sens de la décision politique du procureur : déférer les quatre prévenus devant le tribunal correctionnel en raison de la plainte du ministre de l'intérieur. Ce magistrat est soumis hiérarchiquement au ministère de la justice. Si les juges les condamnent, ils montreront que la Justice est bien sous l'autorité du gouvernement. Cela renforcera le sentiment que nous sommes confrontés à une justice de classes !

    Fondamentalement, si l'on ne veut plus que ce genre de procès ait lieu, si l'on ne veut plus voir des militants, des personnes trainés devant des tribunaux parce qu'ils dénoncent des exactions de la police, de la gendarmerie ou de l'administration (qui ne sont pas des bavures, mais sont inhérentes à la xénophobie d'Etat, voire au racisme de celui-ci), cela passe avant tout par la régularisation de tous les sans papiers, l'ouverture des frontières, la liberté de circulation et d'installation, la fermeture et la disparition des camps de rétention. Sinon, l'Etat continuera d'organiser la chasse aux sans papiers, générant les drames humains que nous connaissons tous les jours, les dérives policières et administratives. La xénophobie ou le racisme d'Etat conduisent à la dénaturalisation de certaines personnes de nationalité française. Le régime de Vichy est de ce point de vue riche d'enseignements. Aussi, il y aura toujours des militants, des personnes pour dénoncer les actions de l'Etat dans le cadre de cette politique.

    Dans l'immédiat, si les quatre prévenus sont relaxés sur le fond, ce jugement servira de jurisprudence. Ainsi, plus personne ne pourra être condamné parce qu'il aura fait part publiquement de soupçons à propos d'exactions ou de dérives de l'administration, de la police ou de la gendarmerie. De même, les comparaisons historiques avec le régime de Vichy ne seront plus condamnables. C'est notre objectif politique. « On lâche rien ! »


    RELAXE DES QUATRE PREVENUS DE TOURS
    DEBOUTONS HORTEFEUX
    LIBERTE D'EXPRESSION
    NON A LA CENSURE D'ETAT
    DES PAPIERS POUR TOUS


    Jean Christophe BERRIER, Muriel EL KOLLI
    2 des 4 prévenus membres du collectif SOIF D'UTOPIES
    06 31 56 17 56 soifdutopies@yahoo.fr


    votre commentaire