• Plus de pauvres au Chili aujourd'hui qu'en 2006



    Andrés Figueroa Cornejo

    Traduit par  alencontre.org


    Dans un microbus de la Compagnie Transantiago, un usager avait collé un avis sur lequel on pouvait lire «Si je paie mon transport, je ne peux pas manger». Voilà la vérité dans ce petit pays dont le PIB augmente de 6% au détriment d'une inégalité sociale plus dure, une concentration économique et une exploitation sans freins des êtres humains et de la nature.
     

    1. Le 8 novembre 2010, alors que Sebastian Piñera [1] tirait encore les derniers dividendes politico-médiatiques du spectaculaire sauvetage des 33 mineurs de la mine de San José, Homero Aguirre (40 ans) et Daniel Lazcano (26 ans), deux travailleurs de la mine de cuivre Los Reyes, mouraient dans un nouvel accident de travail. Cette mine est située à Copiapo, dans la même zone que celle de San José. Elle est également gérée par la Compañia Minera del Sur [qui n’avait effectué aucun investissement sérieux pour la sécurité dans la mine de San José, malgré les avis des experts, depuis plusieurs années].
       
    2. Des milliers de sans-emploi ont été jetés à la rue après la brutale suppression des «emplois d'urgence» à Concepcion, alors même que cette ville est dans une situation critique suite au tremblement de terre et du raz-de-marée en février 2010. Une centaine de ces chômeurs ont fait le déplacement jusqu'à Santiago, puis au Congrès de Valparaiso, pour exiger la réouverture des emplois, même précaires. Dans le même temps, le président Piñera annonçait les grandes lignes d'un ensemble de projets gouvernementaux pompeusement baptisé «Le Chili Un Pays Développé: Plus d'opportunités et de Meilleurs Emplois».
    3. En réalité cette formule de Piñera ne désigne qu'une extension des politiques menées par les derniers gouvernements de la Concertation [coalition de la social-démocratie avec des démocrates-chrétiens, à la tête de laquelle se trouvait Michelle Bachelet]. Là encore, l'objectif est d'augmenter les investissements étrangers (IDE) dans le pays, de stimuler fiscalement le réinvestissement dans les infrastructures des petites et moyennes entreprises, de «moderniser» l'Etat, de créer des postes de télétravail, de faciliter la création légale d'entreprises et d'encourager le tourisme. Or, le projet de sortir le Chili du sous-développement par des mesures qui intensifient l'ouverture économique et les investissements transnationaux sans limites, ni redevances (fiscalité) significatives n'est qu'une chimère publicitaire qui rendra le Chili encore plus dépendant des prix du cuivre.

      Il n'est pas étonnant qu'entre janvier et octobre 2010 le gouvernement ait autorisé des investissements historiques de capitaux de très grandes transnationales pour un montant de 13'257 millions de dollars états-uniens (plus que 200% par rapport à la même période en 2009). Le 83% de ces investissements étaient destinés à la production cuprifère; 9.1% à des services: électricité, gaz (privatisés); 4% à la distribution d'eau [Suez-Lyonnaise des eaux est très présente] et 3.4% aux communications.

      Les prix du métal rouge [cuivre : il a presque triplé depuis son point bas en avril 2009, jusqu’en novembre 2010] se situent actuellement à des niveaux extraordinairement élevés (comme toutes les matières premières du continent), notamment à cause de la demande actuelle asiatique, et en particulier chinoise. Cette conjoncture, qui s'est déjà présentée à d'autres périodes, rend l'économie chilienne très sensible à la conjoncture des puissances hégémoniques de la planète.

      Elle tend à renforcer le caractère d’économie d’extraction de ressources primaires du pays. Or, ces capitaux étrangers, qui créent peu de postes de travail, peuvent émigrer quand ils veulent et suivant des variables incontrôlables par l'Etat chilien. En outre les mesures prises augmentent la nature rentière du modèle d'accumulation capitaliste de la classe au pouvoir. Elles repoussent l'industrialisation et la diversification nécessaires pour que le pays puisse impulser un projet de développement national et intégré.

      La classe dirigeante ne cherche qu'un profit rapide et à court terme, ce qui impose une structure économique déformée au pays, en hypothéquant du même coup ses bases effectives qui lui permettraient d'évoluer vers un développement démocratique. En effet, la souveraineté du pays se trouve dramatiquement subordonnée aux capitaux des économies tutélaires, dont les objectifs sont très loin d'être le bien-être et les intérêts de la majorité des populations nationales.

      De même, avec un chômage structurel «officiel» qui frise les 10%, le fait de simplifier la création de microentreprises – dans la majorité des cas des entreprises familiales, ayant un statut de sous-traitant, direct ou indirect – entraîne en réalité une démultiplication des emplois précaires pour des personnes devant travailler pour leur propre compte, puisqu'il n'existe pas d'emplois dits formels pour absorber le chômage.

      Ces petites et moyennes entreprises qui se consacrent à des activités productives sont en outre condamnées à vendre leurs produits aux prix qu'impose la grande distribution, qui est de plus en plus concentrée (la chaîne Wal-Mart, qui s'appelle Lider au Chili, est emblématique de cette tendance). Elles doivent d'ailleurs s'efforcer de concurrencer le commerce asiatique, dont l'importation n'est pas taxée.

      Lorsque Piñera parle de «modernisation de l'Etat», il se réfère simplement à son rétrécissement, avec l'augmentation subséquente du chômage et une diminution des revenus liés à la fiscalité dans tous les secteurs. L'on s'attend à ce qu'il y ait de nombreux licenciements vers la fin novembre 2010, dans le cadre d'une âpre négociation collective avec le secteur public, qui revendique une augmentation salariale de 8.9%, alors que jusqu'à maintenant le gouvernement n'a proposé qu'un petit 3.7% nominal.
       
    4. L'accumulation capitaliste par pillage ou dépossession de ressources naturelles atteint des sommets dans le territoire du Lac Neltume, où les communautés Mapuches résistent à la construction du tunnel de prospection pour la Centrale Neltume, propriété de la transnationale Endesa-Enel [groupe contrôlé par le capital italien depuis 2007]. Les représentants des communautés mapuche ont déclaré: «Endesa-Enel a envahi notre territoire et s'approprie les droits d'exploitation des débits de plusieurs estuaires, droits qui reviennent traditionnellement à des familles de notre communauté, en nous privant ainsi de l'eau». Entre autres malheurs entraînés par la prospection, les représentants du peuple Mapuche ajoutent que la compagnie «nous privera de nos herbes médicinales lorsqu'augmentera le débit du Lac Neltume. Ce débit nous l'avons utilisé depuis des époques ancestrales, et sans lui nous mourrons». Les Mapuches expliquent encore que’Endesa-Enel «doit comprendre que les êtres humains ne sont pas les propriétaires de la nature, mais que nous faisons partie d'elle, et que l'argent et le profit ne peuvent être mis au-dessus des droits collectifs des peuples».
       
    5. Doña Inés de Collahuasi est la troisième corporation privée de cuivre au Chili [l’un des cinq principaux opérateurs dans ce secteur au monde] qui exploite le minerai dans le pays. Ses 1'500 travailleurs sont en grève depuis le vendredi 5 novembre. A 4'500 mètres d'altitude, au nord du pays, le président du syndicat, Manuel Muñoz, a dénoncé le fait qu'en 2010 la compagnie aura fait un chiffre d’affaires d'une valeur de 3000 millions de dollars, alors que les travailleurs exigent au maximum 50 millions de dollars sur 3 ans pour l'ensemble de leurs revendications.

      Dans un autre secteur, les ouvriers de la construction qui travaillent sur le chantier de l'Hôpital de Puerto Montt, au Sud du Chili, se sont mobilisés contre les mauvaises conditions de sécurité et d'hygiène dans un chantier de l'Etat. Les entreprises concessionnaires pour ce chantier sont Besalco, Moller et Pérez Cotapos, associées au Consortium Hôpital de Puerto Montt. Les ouvriers, groupés dans la Fédération des Travailleurs de la Construction (Fetracoma), ont été délogés du chantier avec une violence extrême par les Forces Spéciales de Carabiniers, avec l'accord du Gouverneur de la région, Francisco Muñoz, de secrétaire régionale du Ministère de la Santé, Monica Winkler, et de celle du Travail, Andrea Rosmanich. Or, tous connaissaient parfaitement les conditions déplorables dans laquelle on travaille dans ce chantier. Vingt-trois ouvriers et dirigeants syndicaux ont été arrêtés.
       
    6. D'après l'enquête de Caractérisation Socio-Economique (CASEN) 2009, qui est effectuée par le Ministère de la Planification tous les 3 ans, le Chili est actuellement plus pauvre qu'en 2006. Autrement dit, selon le rapport officiel, la pauvreté qui atteignait en 2006 le 13,7% de la population nationale, atteint aujourd'hui le 15,1%. L'enquête du CASEN permet d'établir une hiérarchie de la misère. Ainsi la région de La Araucania atteint un 27,1%, celle de Bio Bio 21%, celle de Maule un 20,8%, celle de Los Rios de 20,4%, celle de Atacama 17,4% et celle de Coquimbo 16,6%. On peut également relever des traits structurels: les femmes sont plus pauvres que les hommes (15,7% contre 14,5%) et la population indigène est plus pauvre que la population métisse (19,9% contre 14,8%).

    On arrive ensuite à la partie importante: le seuil de pauvreté est fixé par l'Etat à 64'000 pesos par mois (soit 128 dollars) pour ceux qui habitent dans les zones rurales. Autrement dit, si au moment où l'enquête a été réalisée la personne avait gagné un peso de plus que les minima signalés, elle n'est plus considérée comme pauvre, du point de vue statistique. D'ailleurs le seuil de pauvreté a été conçu en utilisant un mystérieux «panier de base d'aliments dont le contenu calorique et protéique permet de satisfaire un niveau minimum de besoins nutritionnels». Autrement dit, il s'agit d'un ensemble de produits alimentaires – dont la qualité et l'origine n'ont pas d'intérêt – dont un être humain a besoin pour ne pas mourir d'inanition.

    En outre, avec un présupposé qui est fondé sur le cynisme le plus abjecte, l'enquête de la CASEN indique «on part de la supposition que les foyers qui peuvent couvrir de manière adéquate leurs besoins en alimentation peuvent également fournir le minimum dans les autres nécessités de base».

    Et pourquoi donc suppose-t-on que quelqu'un qui a juste de quoi mal se nourrir aurait forcément les ressources pour accéder aux besoins de base (logement, électricité, eau, gaz, téléphone), à la santé, à l'éducation et à la sécurité sociale élémentaires et de bonne qualité, sans parler des loisirs, d'un emploi stable et d'une très longue liste d'autres besoins ? Sur quelle science s'appuie donc cette hypothèse ?

    Il faut noter que ce seuil de la pauvreté est fixé par l'Etat à 64'000 pesos, dans un pays, le Chili, où deux voyages dans les transports publics coûtent 1000 pesos, un kilo de pain encore 1000 pesos, un mois de taxes universitaires plus de 200'000 pesos en moyenne, et la location mensuelle d'un studio ou d’une chambre avec une salle de bain partagée entre les locataires entre 60'000 et 80'000 pesos. Si l'on tient compte du chômage structurel qui ne passe pas sous la barre des 8-10%, on peut se demander combien de Chiliens gagnent moins de 350'000 pesos (700 dollars US) avec leur travail. Peut-être le 70 ou le 80% de la population ?

    Il apparaît clairement que la pauvreté ou la paupérisation de la population du pays dépasse de loin le taux officiel de 15,1%, qui n'est qu'un chiffre mis en vitrine pour les évaluations de risque des multinationales qui orientent le grand capital d'investissement pour le bénéfice d'une minorité de rentiers et de grands propriétaires.

    Dans un microbus de la Compagnie Transantiago, un usager avait collé un avis sur lequel on pouvait lire «Si je paie mon transport, je ne peux pas manger». Voilà la vérité dans ce petit pays dont le PIB augmente de 6% au détriment d'une inégalité sociale plus dure, une concentration économique et une exploitation sans freins des êtres humains et de la nature.





    Merci à À l'Encontre
    Source: http://www.labreche.ch/Ecran/ChiliCornejo11_10.html
    Date de parution de l'article original: 23/11/2010
    URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2681


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  • Rapport sur les violations israéliennes des droits humains

    vendredi 26 novembre 2010 - 15h:15

    PCHR du 11 au 24 novembre 2010

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    Les Forces d’occupation israéliennes (FOI) poursuivent leurs agressions méthodiques contre les Palestiniens et leurs biens dans les Territoires palestiniens occupés (TPO).
     

    Pendant cette semaine du 11 au 24 novembre :

    • un militant palestinien et son frère ont été exécutés extrajudiciairement par les FOI dans la bande de Gaza :
      • 4 civils palestiniens, dont 2 mineurs et une femme, et un militant de la résistance ont été blessés par les FOI dans la bande de Gaza ;
    • les FOI ont continué d’utiliser la force contre les manifestations non violentes en Cisjordanie :
      • 9 civils palestiniens, dont 2 mineurs, ont été blessés ;
    • les FOI continuent leurs tirs sur les travailleurs, agriculteurs et pêcheurs palestiniens dans les zones frontalières à l’intérieur de la bande de Gaza :
      • 4 travailleurs palestiniens ont été blessés ;
    • les FOI ont mené 50 incursions dans les communautés palestiniennes en Cisjordanie, et 2 limitées dans la bande de Gaza :
      • elles ont arrêté 29 civils palestiniens, dont un mineur ;
      • elles se sont emparées de matériels, pour 650 000 dollars US ( 490 000 €), qu’elles ont confisqués à la famille al-Dadu et à sa société ;
    • des avions israéliens ont frappé un certain nombre de cibles civiles dans la bande de Gaza :
      • une maison et un hangar agricole ont été détruits, et une autre maison endommagée ;
    • Israël a poursuivi son siège total contre les TPO et l’isolement de la bande de Gaza du monde extérieur :
      • les soldats israéliens sur les check-points de Cisjordanie ont arrêté 10 civils palestiniens, dont 5 mineurs ;
    • les FOI ont poursuivi la colonisation en Cisjordanie et les colons leurs agressions contre les civils palestiniens et leurs biens :
      • elles se sont emparées d’une maison à Jabal al-Mukabber, près de Jérusalem ;
      • deux bicoques habitées et deux basses-cours ont été démolies par les FOI à al-Jiftlek, près de Jéricho ;
      • les colons ont brûlé 52 oliviers à Qalqilya et 20 dunums (2 ha) de culture à Qaryout, au sud de Naplouse.

    (JPG)

    Les colons et les FOI saisissent des terres agricoles de Qaryut au sud-est de Naplouse.


    Violations israéliennes recensées durant la période du 11 au 24 novembre 2010

    1 - Incursions dans les zones palestiniennes et agressions contre les civils palestiniens et leurs biens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza

    Jeudi 11 novembre

    Vers 7 h 40, les FOI entrent dans Jeet, village à l’est de Qalqilya. Elles encerclent l’école secondaire du village alors que les élèves commençaient à commémorer le 6è anniversaire de la mort du Président palestinien Yasser Arafat. D’après les témoins, les soldats israéliens ont fermé les portes de l’école et exigé de l’administration de faire évacuer les élèves, ce qui fut fait vers 8 h 15.

    Vers 11 h, les FOI sont postées à la frontière entre la bande de Gaza à la hauteur de ‘Abasan. Elles tirent plusieurs obus sur le secteur de al-Farrahin à l’est de Khan Younis. Les lieux ciblés par le bombardement consistent en des terres tombées en friche et une maison abandonnée située à 700 mètres de la frontière. Celle-ci abritait et accueillait les résistants du secteur. Ils sont parvenus à échapper au bombardement malgré le pilonnage par les hélicoptères bombardiers. Pas de victimes.

    Vers 14 h, les FOI entrent dans Zabbouba, au nord-ouest de Jénine, et patrouillent dans les rues. Des enfants palestiniens se regroupent et jettent des pierres sur les véhicules de l’occupant. Aussitôt, les soldats tirent sur les enfants. Pas de victimes.

    Vers 15 h, un détachement de l’armée israélienne, avec les soldats déguisés en civils, entrent dans Jaba’, au sud de Jénine. Ils font irruption dans une maison et la fouillent. La maison appartient à Fareed Ragheb ‘Alawna, qui est arrêté avec ses fils.

    L’un d’eux, Najeh, 36 ans, a déclaré au PCHR qu’un véhicule civil avec plaque d’immatriculation israélienne s’était arrêté près de la maison familiale. Aussitôt, 8 personnes en civil, mais armées de pistolets-mitrailleurs sont entrées en force dans la cour de devant de la maison, en criant « Nous sommes de l’armée ! ». Ils obligent alors son frère, Mazen, 33 ans, qui était dans la cour de s’asseoir à terre. Quand son autre frère, Ragheb, 30 ans, entend tout ce bruit, il saute par la fenêtre dans la cour de derrière et se cache dans une basse-cour, en sous-sol de la maison. Les soldats israéliens investissent la maison, forcent la famille à sortir et les regroupent dans la cour de devant puis les font s’asseoir sur le sol. Ils demandent ensuite au père de famille si quelqu’un est resté à l’intérieur de la maison, celui-ci affirme qu’il n’y a plus personne.

    Ils le menacent de faire sauter la maison s’ils découvrent quelqu’un. Bientôt, des véhicules de l’armée d’occupation arrivent sur les lieux. Des soldats en descendent, certains se dirigent vers la cour de la maison. Un officier des renseignements israéliens entre dans la cour. Il interroge le père et lui ordonne d’accompagner les soldats dans la fouille de la maison. Peu après, l’officier revient et prend Mazen avec lui pour fouiller le dernier étage. Comme les soldats ne trouvent personne, ils font venir Bahaa’, 4 ans, le petit-fils de Fareed, et l’officier l’interroge à propos de son oncle, Ragheb. A l’extérieur, des jeunes se sont rassemblés et se mettent à jeter des pierres sur les soldats qui répliquent avec des lacrymogènes et des bombes sonores. Les soldats fouillent la maison une seconde fois et découvrent une porte qui conduit à la basse-cour en sous-sol, et là, ils s’emparent de Ragheb. Ils le menottent, lui bandent les yeux et l’emmènent sans indique la destination.

    Vers 20 h 30, les FOI entrent dans Bil’in, à l’ouest de Ramallah, patrouillent dans les rues, pénètrent au domicile de Ashraf Mohammed al-Khatib, 30 ans, pour la fouiller, mais Ashraf est absent. Ils remettent un avis à sa famille lui ordonnant de se présenter aux officiers de renseignements israéliens au centre d’interrogatoire d’Ofra.

    Vers 23 h 40, l’armée entre dans la ville et le camp de réfugiés de Tulkarem. Elle patrouille dans les rues quelques temps et se retire.

    Vendredi 12 novembre

    Vers minuit et demi, les FOI entrent dans Ethna, à l’ouest d’Hébron. Elles forcent la maison de ‘Abdul ‘Azim Fayad al-Qaissi, mais aucune arrestation n’est signalée.

    Vers 1 h, même opération dans Hébron, dans la maison de Arafat ‘Abdul Hakim al-Rajabi, sans arrestation.

    Vers 8 h 15, du haut de leurs miradors situés à la frontière Nord à Erez-Beit Hanoun, les FOI font feu sur des ouvriers en train de récupérer des matériaux de construction dans les décombres de l’ancienne zone industrielle. Bashir Sami ’Aashour, 2o ans, de Beit Hanoun, prend une balle au pied droit.

    Samedi 13 novembre

    Vers minuit 10, les FOI entrent dans Salfit, fouillent la maison de la famille de Mohammed ‘Omar ‘Abdul Raziq, 20 ans, et le convoquent pour interrogatoire ; vers minuit et demi, dans Yassouf, à l‘est de Salfit, pour les maisons des familles d’Ibrahim Nizam ‘Abdul Raziq, 20 ans, et de ‘Obaida Shareef ‘Azzam, 19 ans, qui sont également convoqués ; dans Kufor al-Dik, à l’ouest de Salfit, dans la maison de la famille de Mohammed Safi Ahmed, 24 ans, également convoqué ; et vers 13 h, dans Brouqin, à l’ouest de Salfit, raid sur les maisons des familles de Ahmed Na’im ‘Aamer et Mahmoud Saif al-Din ‘Aamer, également convoqués pour interrogatoire.

    9 h, Beit Hanoun, même scénario que la veille au même endroit. ’Ammar Khalil Hamdan, 22 ans, de Beit Hanoun prend une balle dans la jambe droite alors qu’il est à plus de 400 mètres de la ligne frontalière.

    Vers 21 h, l’armée entre dans Baqat al-Hatab, au nord-ouest de Qalqilya, patrouille dans les rues quelques temps et se retire. Pas d’arrestations.

    Dimanche 14 novembre

    Vers une heure du matin, incursion dans le camp de réfugiés de Deishé, au sud-ouest de Bethléhem. L’armée fouille la maison de la famille de Isma’il Khalil al-Shazli, 22 ans, et le convoque pour interrogatoire.

    Vers 1 h 30, dans le village de Hijja, à l’est de Qalqilya, où l’armée fouille un certain nombre de maisons et arrête Hussein Mahmoud Batta, 22 ans.

    Vers 10 h, un détachement de l’infanterie israélienne entre dans al-‘Araqa, à l’ouest de Jénine. Les soldats de l’occupation interpellent et interrogent les civils. Ils en convoquent 4, dont 2 mineurs, pour interrogatoire : Ra’ed Nahidh Yahia, 20 ans, Yousef Waleed Yahia, 16 ans, Na’el Mohammed Hammad, 17 ans, et Suhaib Hassan Yahia, 24 ans.

    Vers 10 h, incursion dans Beit Liqya, à l’ouest de Ramallah où l’armée patrouille quelques temps avant de se retirer ; idem vers 15 h dans Deir Estia, au nord-ouest de Salfit ; et vers 17 h, dans Brouqin.

    Lundi 15 novembre

    Vers une heure du matin, les FOI, équipées d’un treuil et de 5 camions, entrent dans Tulkarem.

    Elles investissent le domicile de la famille de ‘Ali Mohammed al-Dadu, 55 ans, qui a été prisonnier des Israélien. Elles regroupent les membres de la famille dans une seule pièce. Les soldats informent alors la famille qu’ils ne viennent pas arrêter quelqu’un mais confisquer l’équivalent d’une somme de 650 000 dollars US ( 490 000 €), somme que al-DAdu a reconnu avoir reçue du Hamas pour l’indemniser de la perte de son entreprise qui a brûlé le 15 juin 2007. Ils prétendent qu’un tribunal israélien a ordonné la saisie de matériels pour un montant équivalent à cette somme.

    Les FOI se saisissent alors de certains biens de la maison : deux ordinateurs, 3 ordinateurs portables, une télévision de 48 pouces, un coffre-fort rempli, certains documents comptables, des bijoux pour une valeur de 5000 dinars jordaniens ( 5300 €), une Golf Volkswagen, un camion Volkswagen Crafter.

    Ils emmènent ensuite le fils d’al-Dadu, Diaa’, 26 ans, sur le site de l’entreprise, à 500 m de la maison. Là, celui-ci voit les soldats et la police se déployer à l’intérieur du bâtiment. Et ils s’emparent de 8 930 $ en espèces ( 6700 €), de 167 500 $ en chèques ( 126 500 €), de 2 ordinateurs portables, 3 disques durs, de tapis d’une valeur estimée à 225 316 $ ( 170 100 €), d’un chéquier, de chèques remplis mais non remis à des clients, et de certains autres documents professionnels.

    Ils emmènent après le fils dans les réserves de l’entreprise et là, ils saisissent des marchandises pour une valeur estimée à 100 000 $ ( 75 500 €).

    Des FOI ont filmé toute l’opération. Les soldats se retirent de la ville, vers 5 h.

    Vers 2 h, incursion dans le quartier Jabal al-Rahma, dans le centre d’Hébron, où l’armée fouille un certain nombre de maisons, et arrête Suhaib ‘Abdul Mon’em Dwaik, 21 ans.

    Vers 2 h 30, incursion dans Qabatya, au sud-est de Jénine, l’armée patrouille dans les rues avant de se retirer ; idem vers 11 h, dans Ya’bad au sud-ouest de la ville ; et dans la soirée, vers 23 h 30, dans Mreesh, au sud d’Hébron.

    Mardi 16 novembre

    Vers 23 h 20, l’armée entre dans Ematin, à l’est de Qalqilya, patrouille dans les rues et se retire. Pas d’arrestations.

    Mercredi 17 novembre

    Vers 9 h 40, incursion dans Jeet, village à l’est de Qalqilya, patrouilles, sans arrestations ; idem vers 10 h dans Nabi Elias, même secteur.

    17 h 20, selon l’enquête menée par le PCHR, un avion tire un missile sur une voiture civile conduite par deux frères, résistants, militants de « l’armée de l’Islam » résidant dans le camp de réfugiés de Jabaliya. La voiture était au carrefour al-Sha’biya au centre de Gaza ville. Islam Saleh ’Abdul Hamid Yassin, 55 ans et Mohammed Saleh ’Abdul Hamid Yassin, 19 ans, sont tués sur le coup.

    Quelques heures plus tard les FOI reconnaissent leur responsabilité dans cette attaque et la justifient par le fait qu’elles étaient convaincues « qu’ils se préparaient à kidnapper des Israéliens établis sur le Sinaï. ». Il faut rappeler que les FOI ont perpétré la même attaque le 3 novembre en exécutant Mohammed Jamal al-Nemnem, 29 ans, autre militant de « l’armée de l’Islam ».

    Vers 18 h, dans Madama, au sud de Naplouse, où l’armée fouille différentes maisons et arrête Ameer Ameen Nassar, 24 ans.

    Au même moment, dans le village voisin d’‘Assira où l’armée impose un couvre-feu, fouille un certain nombre de maisons. Pas d’arrestations.

    Jeudi 18 novembre

    Vers 1 h 30, l’armée entre dans Tulkarem, patrouille dans les rues de la ville et se retire. Pas d’arrestations.

    Vers 15 h, depuis la frontière au nord-ouest de Beit Lahiya les FOI tirent sur un groupe de résistants des brigades Al-Qds, la branche armée du Jihad islamique. Ils étaient à environ 700 mètres de la frontière. L’un d’entre eux a pris une balle dans la jambe gauche.

    Vers 17 h, incursion dans Jainsafout, à l’est de Qalqilya, pas d’arrestations.

    Vendredi 19 novembre

    8 h 20, cette fois, c’est sur les lieux de l’ancienne colonie Elli Sinaî au nord de la bande de Gaza que les FOI prennent en joue des ouvriers en train de récupérer des matériaux de construction ; Mohammed Isma’il al-Ghandour, 34 ans, de Beit Lahia, prend une balle dans le pied droit alors qu’il est à 70 mètres de la ligne frontalière.

    15 h, l’aviation tire 2 missiles sur une maison de 2 étages de 120 m2, à l’est de Deir al-Balah au centre de la bande de Gaza. Elle appartenait à Mohammed ’Alaa’ al-Sharaf, 43 ans. La maison voisine appartenant à Ruqaya Abu Mustafa, 54 ans, a été sévèrement endommagée. Elle et son nouveau-né en âge d’apprendre à marcher, Ibrahim Salman Abu Mustafa, 2 ans, sont blessés ainsi qu’Abdul ’Aziz Ibrahim Abu Mustafa, 20 ans, touché à la tête.

    15 h 20, un avion cible son missile sur un hangar agricole à al-Zanna au sud-est de Khan Younis. Le hangar et tout son contenu sont détruits et Halima ’Ouda Abu Khashan, 14 ans, prend des éclats dans le dos.

    15 h 50, l’aviation tire 2 missiles sur un camp d’entraînement des brigades Al Qds à Khan Younis. Le site est endommagé mais on ne déplore aucune victime.

    22 h 30, une unité d’infanterie des FOI pénètre à 1500 mètres dans la localité de al-Shouka à l’est de Rafah. Un civil près de sa maison est visé mais n’est pas touché. Les FOI dressent des pièges sur le secteur et ne se retirent que le lendemain vers 4 h.

    23 h 30, l’aviation tire 2 missiles sur un tunnel proche du camp de réfugiés de Yibna au sud de Rafah. Le tunnel et un dépôt de carburants sont détruits mais pas de victime.

    Samedi 20 novembre

    Vers minuit et demi, en faction à la frontière au sud de la bande de Gaza, les FOI ouvrent le feu sur l’aéroport international et ses environs. Des tirs sporadiques ont été entendus jusque vers 3 h.

    Vers 2 h du matin, l’armée entre dans Madama à nouveau, au sud de Naplouse, pénètre dans certaines maisons et arrête 4 Palestiniens : Mahmoud ’Abdullah Qit, 24 ans, Mousa Nizar Ziada, 23 ans, Bassem ’Omran Nassar, 25 ans, et Asadallah Wajeeh Qit, 20 ans.

    Vers 22 h 45, incursion dans Jeet, avec patrouilles dans les rues, puis retrait de l’armée. Sans arrestations.

    Vers 23 h 40, dans Beit Liqya, à l’ouest de Ramallah. Pendant que l’armée patrouille, des jeunes se rassemblent et jettent des pierres sur l’occupant. Les soldats tirent sur eux, mais pas de victimes.

    Dimanche 21 novembre

    Vers 3 h, incursion dans Ethna, au sud d’Hébron. L’armée opère sur différentes maisons, convoque 3 Palestiniens pour interrogatoire : Mohammed Mutlaq al-Jiyawi, Malek Khaled al-Jiyawi, et ‘Awadh Mohammed al-Batran.

    Vers 10 h, dans ‘Aanin, au nord-ouest de Jénine où l’armée pose un check-point à l’entrée du village, stoppe les véhicules pour les fouiller. Pas d’arrestations.

    Lundi 22 novembre

    Vers une heure du matin, incursion dans Beit Oula, à l’ouest d’Hébron. L’armée fouille des maisons et arrête 12 Palestiniens : Sami Fayez al-Srahin, ’Abdul Hadi Fayez al-Sarahin, ’Abdul Fattah Mohammed al-Sarahin, Tariq Ibrahim al-Sarahin, Ra’fat Jaber al-’Adarba, Muhannad al-Najjar, Mohammed Jebril al-’Ajarma, Bassam al-Sarahin, Khader Tayi’ al-Sharif, Jameel Hassan al-’Adam, Maher al-’Adam et Maher Ahmed al-’Amla.

    Vers une heure également, incursion dans al-‘Ouja, au nord-est de Jéricho où l’armée investit la maison de Mousa Yousef Hussein, 58 ans, et l’arrête avec son fils, Mos’ab, 27 ans.

    Vers 3 h 30, dans Qiffin, au nord de Tulkarem, avec patrouilles dans les rues, mais sans arrestations ; idem vers 11 h 151, dans la ville de Tulkarem.

    12 h, les FOI pénètrent à 150 mètres dans le camp de réfugiés de al- Bureij. Sous la protection de tirs, les bulldozers nivèlent les terres précédemment défoncées.

    Vers 13 h, incursion dans Rummana, au nord-ouest de Jénine où l’armée fouille la maison de ‘Ameed Tawfiq ‘Omour, 24 ans, et l’arrête.

    Mardi 23 novembre

    Vers une heure, l’armée entre dans Taqqou’, au sud-est de Bethléhem où elle fouille la maison de la famille de Sabri Mousa Jabarin, 25 ans, et l’arrête.

    Vers 1 h 30, dans Yatta, au sud d’Hébron, avec fouille de la maison de la famille de Hamza Msallam Shraitah, 22 ans, et l’arrête.

    Vers 2 h, même opération dans Jabal Jouhar, dans la vieille ville d’Hébron, fouille de la maison de Samer Raid Ghaith, 23 ans, qui est arrêté.

    Vers 2 h 30, dans Ni’lin, à l’ouest de Ramallah, l’armée fouille de la maison de Adeeb Abu Rahma, qui est emprisonné à Ofra, et arrête son fils, Mohammed, de 16 ans.

    Vers 3 h 30, dans Jénine, où l’armée se retire après avoir patrouillé dans les rues. Pas d’arrestations.

    Mercredi 24 novembre

    Vers une heure, incursion dans al-Sammou’, au sud d’Hébron, l’armée patrouille dans les rues du village et se retire, sans arrestations.

    A la même heure, dans Ethna, même secteur, où l’armée fouille la maison de Shaher al-Shoubaki, sans arrestation.

    Vers 1 h 30, incursion dans Beit Ummar, au nord d’Hébron, pas d’arrestations.

    9 h 45, bande de Gaza, même scène que le vendredi 12 - au même endroit. Rami ’Aayesh al-Shandaghli, 28 ans, de Jabalya, prend une balle dans le pied gauche alors qu’il est à 400 mètres de la ligne frontalière.


    2 - Usage démesuré de la force contre les manifestations non violentes protestant contre la colonisation et la construction du mur d’annexion

    Durant cette dernière période de deux semaines, les FOI ont continué d’utiliser la force contre les manifestations organisées par les Palestiniens avec des militants internationaux et israéliens, pour protester contre la construction du mur et la colonisation. 9 Palestiniens, dont 2 mineurs, ont été blessés. Des dizaines de Palestiniens et étrangers ont subi les lacrymogènes et les coups des soldats de l’occupation. 5 militants internationaux ou israéliens ont été arrêtés, ainsi qu’un mineur palestinien.

    Bil’in, à l’ouest de Ramallah : le vendredi 12 novembre après la prière, les Palestiniens, des internationaux et des militants israéliens organisent la manifestation non violente hebdomadaire en souvenir du regretté Président palestinien Yasser Arafat pour protester contre la construction du mur d’annexion. Quand la manifestation se dirige vers le mur, où sont postés les soldats de l’occupation, ceux-ci tirent à balle caoutchouc sur les manifestants, lancent des grenades lacrymogènes et des bombes sonores. De nombreux manifestants souffrent des gaz respirés et de la violence des coups des soldats.

    Ni’lin, à l’ouest de Ramallah : ce même vendredi 12 novembre, les Palestiniens avec des internationaux organisent la manifestation hebdomadaire non violente en souvenir du Président Yasser Arafat et pour protester contre le mur d’annexion. L’agression des soldats a lieu près du mur où ils sont postés. Ils tirent sur les manifestants et lancent des grenades lacrymogènes et des bombes sonores.

    Nabi Saleh, au nord-ouest de Ramallah : ce vendredi 12 novembre, Palestiniens, militants internationaux et israélliens tiennent la manifestation non violente hebdomadaire en souvenir du Président Yasser Arafat. Quand les manifestants arrivent sur les terres confisquées, dans le secteur de Wad al-Raya, entre Nabi Saleh et Deir Nizam, au profit des colons de Halmish, l’armée d’occupation tire sur les manifestants. Deux Palestiniens sont blessés par des grenades lacrymogènes : ‘Omar Saleh Tamimi, 22 ans, touché au pied droit, et Nidal Hussein Tamimi, 20 ans, à la main gauche.

    Iraq Bourin, au sud de Naplouse. Le samedi 13 novembre, des Palestiniens et des internationaux organisent une manifestation non violente dans le centre du village de Iraq Bourin. Ils se dirigent vers les terres qui ont été saisies par les FOI pour agrandir la colonie Brakha. Les manifestants tombent carrément dans une embuscade montée par les FOI dans les oliveraies. Les soldats lancent des grenades lacrymogènes et des bombes sonores sur les manifestants et tirent à balles caoutchouc.

    Beit Ummar, au nord d’Hébron : ce même samedi, vers 11 h 30, les Palestiniens avec des internationaux organisent une manifestation non violente contre la colonisation, la confiscation et la fermeture de terres palestiniennes à Beit Ummar. Quand les manifestants arrivent sur les terres volées, l’armée d’occupation charge et poursuit les manifestants, lançant des lacrymogènes et des bombes sonores.

    Le matin du jeudi 18 novembre, des soldats israéliens se déploient dans le sud d’Hébron et agressent un groupe de scouts qui présentent un spectacle pour l’Aïd al-Adha, au motif qu’un drapeau palestinien flotte sur le défilé.

    D’après l’enquête du PCHR, il est environ 11 h, un groupe de scouts de 17 garçons conduit par Majed Abu Hussein et accompagné des familles défile tout en présentant un spectacle en direction du parc al-Sadaqa, dans la vieille ville, pour participer à un festival organisé pour l’Aïd al-Adha. Quand les garçons arrivent près du check-point militaire israélien à la mosquée Ibrahimi, les soldats les arrêtent, leur ordonnent d’arrêter la musique de tambour et de baisser le drapeau palestinien s’ils veulent être autorisés à entrer dans la vieille ville. Comme les garçons refusent de baisser le drapeau, une trentaine de soldats israéliens les agressent. Le chef des scouts, Majed Abu Hussein, 22 ans, souffre de contusions dans le dos, et Mos’ab ‘Ali Abu Snaina, 14 ans, est blessé par un éclat de bombe sonore au pied droit et souffre d’ecchymoses suite aux coups portés par les soldats dans son dos et au visage.

    Bil’in, le vendredi 19 novembre : la manifestation des Palestiniens, militants internationaux et israéliens, organisée en solidarité avec Abdullah Abu Rahma, militant contre le mur d’annexion et dont la libération de la prison israélienne a été rejetée par le tribunal militaire israélien, est agressée avec la même violence par l’occupant quand elle arrive sur le mur d’annexion.

    Ni’lin, le vendredi 19 novembre : la manifestation non violente organisée chaque semaine contre le mur d’annexion et en souvenir du Président Yasser Arafat est agressée avec la même violence par les troupes d’occupation.

    Nabi Saleh, le vendredi 19 novembre, lors de la manifestation hebdomadaire contre le vol des terres palestiniennes au profit de la colonie Halmish, et sous l’agression des troupes d’occupation, 4 Palestiniens sont blessés, touchés par des grenades lacrymogènes : Majd Daifallah Tamimi, 20 ans, touché au pied gauche ; Mustafa Fakhri Tamimi, 23 ans, touché dans le dos Mustafa ‘Abdul Raziq Tamimi, 27 ans, touché au pied droit, et Naji ‘Abdul Latif Tamimi, 46 ans, au pied droit.

    De nombeux manifestants souffrent des lacrymogènes.

    Beit Ummar, le samedi 20 novembre : la manifestation non violente hebdomadaire de Palestiniens, militants internationaux et israéliens, se dirige vers les terres palestiniennes menacées d’être confisquées par les FOI près de la colonie Karmi Tsur. Les soldats attaquent les manifestants. Au moins 6 d’entre eux, dont Fidaa’ Nasser, 22 ans, correspondant pour la télévision palestinienne, et Hussam Abu ‘Allan, 49 ans, photographe de Palestine News Agency, souffrent des lacrymogènes. Ahmed Khalil Abu Hashem, 44 ans, secrétaire pour le village du Comité national contre les colonies est blessé par un éclat de bombe sonore au bras gauche, et son fils, Shaza, 8 ans, par un éclat dans les jambes. De plus, les FOI arrêtent 5 militants internationaux et un mineur palestinien, Mohammed Fakhri Ekhlil, 14 ans.

    3 - Maintien du bouclage des TPO

    Israël maintient son bouclage serré sur les TPO et ses restrictions sévères aux mouvements des civils palestiniens dans la bande de Gaza et la Cisjordanie, dont Jérusalem-Est.

    Bande de Gaza


    Cisjordanie

    Israël impose toujours un bouclage serré sur l’ensemble de la Cisjordanie. Durant cette période de deux semaines, de nouvelles restrictions aux mouvements des Palestiniens ont été appliquées.

    Jérusalem : la cité connait toujours les mêmes restrictions aux déplacements des Palestiniens. Des milliers d’entre eux de Cisjordanie et de la bande de Gaza n’ont pas accès à la ville. De nombreux check-points sont posés dans et autour de Jérusalem. Les restrictions sont renforcées tous les vendredis, jours de prière, empêchant davantage de Palestiniens d’aller prier à la mosquée Al-Aqsa, dans la vieille ville palestinienne.

    Hébron : durant la période écoulée, de nombreuses rues sont restées fermées dans le centre et le sud-est d’Hébron. L’armée a également posé des check-points, stoppant et contrôlant les véhicules palestiniens. Lundi après-midi, 15 novembre, les FOI sont entrées dans les zones nord et ouest d’Hébron pour poser des barrages, bloquant et fouillant tous les véhicules palestiniens, et interrogeant les civils.

    Bethléhem : l’armée a maintenu sa présence sur les 41 check-points qui entourent la ville. Celle-ci est également touchée par la construction du mur d’annexion au nord et à l’ouest, et de vastes terres palestiniennes sont isolées maintenant par le mur. Les soldats sur le check-point 300 (Tombe de Rachel) ont continué d’imposer des restrictions plus dures aux Palestiniens qui veulent se rendre à Jérusalem. Les Palestiniens sont contraints de se mettre en deux colonnes, de chaque côté de la route, et d’avancer vers le check-point. Puis ils sont contrôlés par les soldats à l’aide de machines électroniques. De tels contrôles sont très longs, et humiliants. En fait, seuls les Palestiniens qui possèdent des autorisations spéciales peuvent passer et aller à Jérusalem.

    Le mercredi matin, 17 novembre, l’occupant pose un check-point à l’entrée sud d’’Al-Khader, au sud de Bethléhem. Et le samedi 20 novembre, un autre à l’entrée nord de Taqqou’, au sud.

    Ramallah : sur les check-points de Jaba’ et Qalandya, au sud-est de Ramallah, les restrictions aux déplacements des Palestiniens sont toujours plus sévères. Par ailleurs, les FOI ont posé de nombreux barrages volants sur différentes routes de la région pour bloquer et contrôler les véhicules palestiniens. Le jeudi 11 novembre, vers 11 h 20, et le vendredi 12, vers 10 h 15, l’armée a repris position sur le check-point d’’Attara, à l’entrée nord de Bir Zeit, au nord de Ramallah. Le vendredi 12, vers midi, elle pose un nouveau check-point sur la route Silwad/Yabroud, au nord-est. Le samedi 13, vers 18 h 30, un autre à l’entrée de Beit Liqya, à l’ouest. Et le dimanche 14, vers 10 h 30, un autre au carrefour de Beit ‘Our, à l’ouest.

    Qalqilya : le jeudi 11 novembre, l’occupant pose 8 check-points autour de la ville, où l’armée bloque tous les véhicules et les fouille. Le vendredi 12, elle en pose 4, le samedi 13, un autre à l’entrée de Kufor Laqef, et un autre près d’al-Fundoq. Le dimanche 14, elle en pose 3 autour de Qalqilya, le lundi 15, 6 check-points. Le mardi 16, un nouveau check-point près de Jeet, à l’est de la ville, le mercredi 17, 4 autour de Qalqilya, le jeudi 18, un autre à l’entrée de Hijja et encore un autre sur la route al-Fundoq/Jainsafout. Le vendredi 19, un check-point près du village d’’Izbat al-Tabib, et un autre à l’entrée est de Qalqilya. Le samedi 20, les FOI remettent 6 check-points autour de la ville, et le dimanche, 3. Le lundi 22, un check-point près de Hijja et un autre près d’’Izbat al-Tabib. Enfin le mardi 23 novembre, nouveau check-point sur la route de contournement n° 55, entre Qalqilya et Naplouse, et un autre sur la route ’Azzoun/Izbat al-Tabib.

    Tulkarem : le mardi 16 novembre, les soldats israéliens sur le check-point d’Ennab, à l’est de Tulkarem, arrêtent un poids lourd israélien qui transporte un élévateur pour la société palestinienne al-Dadu, fabricant de tapis à Tulkarem, et ils confisquent l’élévateur. Cet acte intervient le lendemain du jour où l’armée a confisqué pour 650 000 dollars US de biens et marchandises dans la société et la famille al-Dadu (voir la 1ère partie du rapport - Incursions - 15 novembre).

    Vers 17 h le jeudi 18, les FOI posent un check-point près du carrefour de Beit Leed, sur la route Tulkarem/Naplouse, à l’est de Tulkarem. Vers 21 h 30, le lendemain, vendredi, nouveau check-point au carrefour de Far’oun sur la route Tulkarem/Qalqilya, au sud. Et les samedi et dimanche, 20 et 21, nouveau check-point sur la route Tulkarem/Qalqilya.

    Naplouse : le mercredi 17 novembre vers 14 h, les FOI posent un check-point au carrefour de Yits’har, sur la route Ramallah/Naplouse, au sud de la ville.

    Jénine : le samedi 13 novembre, vers 20 h 40, nouveau check-point sur la route Jénine/Naplouse près du village de Seilat al-Zahere, au sud de Jénine. Vers 10 h le dimanche 14, idem au carrefour d’’Anza, au sud. Et vers 10 h le lundi 22, nouveau check-point sur la route ‘Arraba/Fahma.

    Salfit : l’entrée nord de Salfit est toujours fermée par l’occupant et ce, depuis 2000. De même que les deux routes qui relient le village de Marda à des terres agricoles qui lui appartiennent.

    Jéricho : le vendredi 12 novembre, vers 17 h 30, nouveau check-point à l’entrée du village d’’Ein al-Dyouk, au nord de Jéricho. Vers 19 h 30, le vendredi 19, idem au même endroit.


    Arrestations sur les check-points militaires

    Le samedi 13 novembre, vers midi, les soldats arrêtent ‘Abdul Rahman Ziad al-Rajabi, 19 ans, sur le check-point à l’entrée de la mosquée Ibrahimi.

    Le dimanche 14, vers 11 h, les soldats israéliens déployés dans la vieille ville d’Hébron arrêtent Fadel Shihdi Daoud, 16 ans, au motif qu’il aurait tenté d’agresser un colon israélien. L’ado a été relâché le soir sur caution.

    Ce même dimanche vers 14 h, toujours au check-point à l’entrée de la mosquée Ibrahimi à Hébron, arrestation d’une jeune Palestinienne, Hadeel Talal Abu Turki, 16 ans, car elle aurait porté sur elle un couteau.

    Le lundi 15, vers 15 h, les soldats postés sur le passage d’al-Zahiriya, au sud d’Hébron, arrêtent Anas Mohammed al-Jabrain, 24 ans, du village d’al-Zahiriya, alors qu’il rentre chez lui après son travail en Israël.

    Le mercredi 17, vers minuit, les soldats déployés dans le nord du village de Safa, au nord d’Hébron, pour empêcher les civils palestiniens de se rendre sur leurs terres agricoles alors qu’un incendie a été provoqué par les colons israéliens, arrêtent 3 Palestiniens dont deux mineurs : ‘Aziz Mahmoud Khalil, 16 ans, Anwar ‘Emad Khalil, 15 ans, et Sufian Sa’id ‘Aadi, 20 ans.

    Le vendredi 19, à midi, les FOI montent un check-poiont sur la principale route du village de Taqqou’, au sud de Bethléhem. Elles bloquent tous les véhicules palestiniens et arrêtent Sami ‘Aziz al-Badan, 32 ans.

    Le samedi 20, vers 10 h 30, les soldats sur un check-point monté à l’entrée ouest de Marda, au nord de Salfit, arrêtent Samer Fahim Khuffash, 28 ans, et le libèrent 6 heures plus tard.

    Le dimanche 21, le matin, les soldats sur un check-point au sud d’Hébron arrêtent Hamza Bouti Jaber, 14 ans, alors qu’il se rend à l’école près de la mosquée Ibrahimi à Hébron. Ils prétendent qu’il a attaqué un colon israélien. L’enfant a été relâché sur caution le lendemain.


    5 - Colonisation et agressions des colons contre les Palestiniens et leurs biens

    Israël poursuit la colonisation des TPO en violation du droit international et les colons israéliens leurs agressions contre les Palestiniens et leurs biens.

    Le jeudi 11 novembre, vers 8 h, un groupe de plusieurs dizaines de colons se rassemblent près du check-point de Za’tara, au sud de Naplouse. Là, ils jettent des pierres sur les véhicules palestiniens qui passent sur la route Naplouse/Ramallah, et qui se rendent à Ramallah pour participer à la commémoration du souvenir au Président Yasser Arafat. Pas de blessés.

    Le dimanche 14, vers 11 h, les FOI entrent dans la zone de Jabal al-Sheikh, dans Nabi Saleh, au nord-ouest de Ramallah. Ils remettent 3 avis du Haut Conseil d’organisation des FOI ordonnant la démolition de trois maisons, prétendant qu’elles ont été construites sans le permis de construire israélien. Les maisons ciblées, dans lesquelles vivent 16 personnes, ont été construites en 1975. Elles sont situées à 150 m de la colonie Halmish. Les FOI ont menacé de démolir les trois maisons sous une semaine. Il s’agit d’une maison de 160 m² appartenant à ‘Abdul Latif Rushdi al-Tamimi, d’une maison de 320 m² appartenant à Mahmoud Sameer Tamimi, et d’une maison de 120 m² appartenant à Sha’ban al-Reemawi.

    Le dimanche 14 novembre, vers 16 h, Na’el Sa’id Soufan, 30 ans, vendeur de rue originaire de Qalqilya, est renversé par des colons israéliens sur la route de contournement reliant la colonie Ennab, à l’est de Tulkarem, à la ville arabe d’al-Taybeh, en Israël. Soudan a déclaré au PCHR qu’alors qu’il était en train de vendre des copies du Saint Coran aux automobilistes qui se dirigeaient vers Tulkarem, à près de 250 m du check-point de Jbara, au sud de la ville, quand il a été surpris par une voiture Chevrolet, immatriculée avec une plaque israélienne (3768772) roulant vite et qui l’a renversé. La voiture a poursuivi sa route vers le check-point israélien. Le soldat sur le check-point a arrêté le colon. Soufan s’est vu proposé les premiers soins par une ambulance israélienne, puis il a été transporté par une ambulance palestinienne chez le Dr Thabet, à l’hôpital Thabet à Tulkarem. Soufan a quitté l’hôpital, sous sa propre responsabilité, avant la fin de son traitement, parce qu’il n’était pas en mesure d’en assumer le coût.

    Le 16 novembre vers 15 h, des colons de Gilad mettent le feu à des dizaines de dunums (10 dunums = 1 ha) de terres agricoles appartenant à un agriculteur palestinien de Jeet, village au nord-est de Qalqilya.

    Le propriétaire, Adeeb Yamin, a déclaré au PCHR :

    «  Il était environ 15 h, le mardi 16 novembre. Je reçois un appel téléphonique de mes voisins qui me disent que le feu a pris sur mes terres qui sont situées en face de leur maison. Je m’y rends aussitôt. Je vois qu’un incendie couvre mes terres et s’étend aux terres voisines. Je reste impuissant jusqu’à ce que les pompiers arrivent sur les lieux, mais ils ne parviennent pas à circonscrire l’incendie qui se propage sur de vastes zones. Les colons israéliens arrivent et tentent d’attaquer les Palestiniens qui veulent éteindre l’incendie. Les colons sont escortés par des soldats qui s’en prennent à un journaliste et tentent de l’empêcher de prendre des photos de la scène. Zakaria al-Sidda, des Rabbins pour les droits de l’homme, intervient et appelle la liaison militaire israélienne qui arrête l’agression. Les Palestiniens tentaient toujours d’arrêter l’incendie, mais en vain. Le feu a détruit 42 oliviers. »

    Le mardi 16 novembre également, des colons de Bat ‘Ain, colonie au nord de Beit Ummar, au nord d’Hébron, ont déclenché un incendie criminel contre des oliviers et des amandiers à Beit Ummar et à Safa, village voisin. Les agriculteurs palestiniens, d’autres habitants du secteur et des pompiers se sont précipités pour éteindre le feu, mais les FOI les ont empêchés d’arriver sur la zone touchée pendant plus de 3 heures. Ils ont seulement appelé les pompiers israéliens pour empêcher le feu de s’étendre à la clôture de la colonie. Quand les Palestiniens ont été autorisés à se rendre sur place, ils ont à peine pu arrêter l’incendie. Selon les informations recueillies par le PCHR, au moins 20 dunums (2 ha) de terres cultivées ont été détruites. Il faut indiquer que cette agression est la quatrième du genre, sur le même secteur, au cours de l’année.

    Le 22 novembre, vers 9 h 15, des colons de Shilo, colonie au sud de Naplouse, escortés par les FOI, ont expulsé les agriculteurs palestiniens de leurs terres dans la zone de Silon, au sud de Qaryout. Selon les témoins, les agriculteurs de Qaryout étaient venus sur leurs terres après qu’ils aient obtenu une décision d’un conseiller juridique israélien les autorisant à cultiver leurs terres, auxquelles ils avaient auparavant interdiction d’accéder. Cependant, les colons, escortés par les FOI, les en ont expulsés.

    Le 23 novembre, vers 6 h, les FOI entrent dans le quartier al-Farouqdf à Jabal al-Mukabber, au sud-est de Jérusalem. Elles bouclent le voisinage d’un immeuble appartenant à la famille Qara’in. Vers 7 h, elles font irruption dans l’immeuble et forcent ses habitants à sortir. Aussitôt, des colons israéliens posent des caméras de surveillance et une clôture autour du bâtiment. Celui-ci comprend trois étages, et il abrite 15 Palestiniens, dont 7 mineurs, de la famille Qara’in.

    Le même jour, vers 9 h, des colons de la colonie Ma’ale Shomron, à l’est de Qalqilya, mettent le feu à trois dunums d’oliveraies appartenant à Mohammed ‘Abdul Latif Kharfan, 37 ans, d’’Azzoun, à l’est de Qalqilya. Au moins 10 oliviers sont détruits par l’incendie.

    Le mercredi 24, vers 6 h, les FOI, accompagnées de deux bulldozers, entrent dans la zone d’Abu al-‘Ajaj, dans le sud d’al-Jiftlek, au nord de Jéricho. Ils démolissent 4 basses-cours, tuant 15 moutons, et deux bicoques en tôle, disant que ces bâtiments ont été montés sans autorisation. Des civils palestiniens tentent d’arrêter la démolition. Les FOI les agressent. Résultat : 4 civils souffrent d’ecchymoses et 3 sont arrêtés : Ussama ‘Omar Ed’ais, 23 ans, ‘Ali Shihda Ed’ais, et ‘Adnan Shihda Ed’ais, 24 ans.

    Les bâtiments démolis sont une un maison de 80 m² et une basse-cour de 250 m² appartenant à ‘Omar Shihda Ed’ais, et une maison de 100 m² et une basse-cour de 300 m² appartenant à Shihad Ed’ais.


    (JPG) Document public

    Pour plus d’informations, merci de vous rendre sur le site du PCHR, ou de le contacter à son bureau à Gaza ville par courriel : pchr@pchrgaza.org, ou par téléphone : (+972 (0)8 2824776 - 2825893).


     
    Rapport hebdomadaire pour la période du 11 au 24 novembre 2010 : PCHR
    traduction pour ce qui concerne Gaza : Jacques Salles, et la Cisjordanie : JPP


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  • LA TENTATION DE POTOSI

    Les entrailles du pays du piment possèdent une malédiction en forme de métal, suffisant en quantité pour industrialiser le monde ou pour construire un pont entre Paris et Potosí. Là-bas, à 4 070 m d'altitude l'"Oncle" exerce son métier de Méphistophélès andin, en offrant la vie (et l'or) en échange de l'âme du mineur. Et à travers les sommets, les bars et les bordels, le réalisateur recherche Morales, son alter ego, son obsession fait suspens. La "Tentation de Potosí" est une excellente excuse pour se mettre dans la peau du diable et dans la modernité faustique de son royaume.

     

     

     

     

     


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  • Des entreprises complices de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, coupables de pillage, de recel et de blanchiment

    Lors des deux jours de session à Londres, les 20 et 21 novembre, le Tribunal Russell sur la Palestine a entendu des témoignages implacables sur les activités d’entreprises israéliennes et étrangères opérant en territoires palestiniens occupés.

    Ont été décrites les fournitures d’armes, de technologies de contrôle et de surveillance par des sociétés comme Elbit, Edo ITT, G4S, apportant indéniablement une aide aux crimes de guerre commis par l’occupant israélien, notamment lors de l’opération « plomb durci » lancée contre Gaza, et une assistance technologique au contrôle et à l’enfermement des populations civiles palestiniennes en équipant les check points, les prisons.

    De nombreux experts ont analysé aussi le système bancaire et financier qui soutient le processus de colonisation illégale : prêts et investissements immobiliers, financements de commerces et de moyens de transport à la destination exclusive des Israéliens et interdits aux palestiniens. Les cas de la banque belgo-française Dexia et les activités du groupe français Veolia ont ainsi été condamnées par le tribunal. La complicité des institutions européennes, déjà condamnées lors de la session de Barcelone, a été rappelée par le financement de programmes européens de recherche technologique sur les armements profitant à Israël. Ce pays est ainsi financé, non seulement par de larges aides militaires américaines mais aussi par des financements européens, et des entreprises d’armement se vantent de produits testés sur les populations palestiniennes et libanaises lors des conflits de Gaza et du Liban.

    La destruction et l’exploitation des ressources naturelles et agricoles ont été analysées par des experts dont certains, des Palestiniens, n’ont pas été autorisés par l’occupant à se rendre à Londres mais qui ont fourni leur témoignage par vidéos. Ainsi, Caterpillar dont les bulldozers détruisent non seulement des maisons de Palestiniens mais des terres et exploitations agricoles, Ahava qui exploite illégalement les ressources de la Mer Morte et produit des cosmétiques dans une colonie, Carmel Agrexco qui vend des produits agricoles dans le monde entier sous label israélien alors qu’il s’agit de ressources naturelles palestiniennes, sur des terres volées aux Palestiniens, avec de l’eau ressource précieuse interdite aux Palestiniens... Furent évoquées les conditions de travail proches de l’esclavage réservées aux Palestiniens privés de droits syndicaux et de rémunération minimale, soumis à des drastiques restrictions de déplacement à cause du Mur de séparation et spoliés de leurs terres qu’ils ne peuvent plus cultiver.

    Le verdict

    Dans ses conclusions, le Tribunal affirme la complicité d’entreprises avec des violations israéliennes des lois internationales avec les colonies illégales, l’érection du mur de séparation, le blocus illégal de Gaza et les opérations militaires israéliennes contre les Palestiniens et notamment l’opération contre Gaza constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Malgré les nombreuses condamnations, Israël continue à violer ce droit avec la complicité d’entreprises.

    Le tribunal a noté l’échec des Etats à faire cesser ces violations continues ce qui amène les mouvements citoyens à se tourner vers des actions de boycott, désinvestissement et sanction (BDS). Il s’agit donc de protéger ces citoyens dans leurs actions.

    Quant aux entreprises mises en cause, seules trois ont présenté une défense. Les autres n’ont rien argumenté. Parmi celles-ci, le tribunal épingle G4S, Elbit Systems, Caterpillar, Cement Roadstone Holding, Dexia, Veolia Transport, Carmel Agrexco, entre autres, comme coupables de complicité avec les crimes de guerre, crimes contre l’humanité, de pillage, et ces agissements sont susceptibles de poursuites judiciaires .

    Le tribunal entend donner ainsi une aide aux citoyens qui veulent faire respecter le droit international et le droit humanitaire par des actions militantes et en justice. Ses conclusions entendent offrir la garantie d’impartialité en se basant sur un cadre légal international bien précis qui est marginalisé par les Etats et les entreprises. Et fournir un cadre légal dans lequel des gouvernements, des entreprises peuvent être amenés à changer leurs politiques et agissements voire de lancer des poursuites au civil et au pénal contre eux. Cela pourrait aider les entreprises à y réfléchir à deux fois avant de poursuivre certaines activités.

    Le tribunal souligne enfin que la sécurité d’Israël sera assurée lorsque les Palestiniens auront la reconnaissance de leurs droits. Stéphane Hessel insista sur le fait que la création d’Israël est la réponse à l’événement le plus horrible du siècle passé et que ce pays puisse vivre en paix et déployer ses potentialités est son souhait le plus sincère, mais il regrette de constater que cet Etat ne suit pas la bonne direction. Le souhait du Tribunal est de l’aider. Afin que cet Etat comme membre de la communauté internationale respecte ses lois, ajoute Mairead McGuire. Et pour que les entreprises comprennent qu’elles aussi doivent respecter ces règles afin de rétablir le droit.

    La prochaine session de ce tribunal aura lieu en 2011 en Afrique du Sud afin d’examiner si Ie crime d’apartheid est applicable à Israël.

    22 novembre 2010

    Source :  courriel de l’ABP (Association belgo- palestinienne)


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  • Mexique: Les gauches et les autonomies



    Gustavo Esteva

    Traduit par  Gérard Jugant
    Edité par  Michèle Mialane


    La relation entre gauche et autonomie est évoquée fréquemment dans le discours politique et universitaire . En général, on considère comme acquis que ces deux termes sont entièrement compatibles entre eux, sans prendre en compte que, pour certaines gauches, certaines autonomies sont inacceptables. Et à l’inverse...

    Ce qui est arrivé à San Andrés en 1996 (1) peut contribuer à éclairer ce sujet, toujours plus important dans la lutte politique actuelle.

    Dans la première réunion des dirigeants zapatistes et leurs conseillers invités pour des négociations avec le gouvernement, ceux-ci avait été interrogés sur la notion d’autonomie. Nous avons une conception que nous appliquons quotidiennement dans nos communautés, avaient-ils répondu. Mais nous savons que ce n’est pas l’unique ni nécessairement la meilleure. Nous les avons invités à découvrir la notion d’autonomie qui représente le consensus des peuples indiens de tout le pays, et qui est ce que nous négocierons. Les zapatistes avaient confirmé cette attitude dans le Forum National Indigène qu’ils avaient organisé. Après avoir écouté la position des peuples indiens, ils l’avaient mise sur la table de négociation.

    Tous les conseillers n’ont pas été d’accord avec la position adoptée d’un commun accord. Certains avaient exprimé en public et en privé leur dédit avec les accords de San Andrés, car selon eux ils n’étaient pas fidèles aux demandes historiques des peuples indiens. Par exemple, dans un texte pour La Revista del Senado de la República, Hector Diaz Polanco avait souligné que ce qui était accordé n’était pas réellement l’autonomie parce qu’il n’était pas stipulé ce qui, selon lui, devait la définir :  une base territoriale, un gouvernement autonome défini comme un ordre de gouvernement spécifique, distinctif du système de pouvoirs verticaux qui constituent l’organisation de l’Etat et les compétences qui configurent la décentralisation politique consubstantielle à tout régime d'autonomie(vol. 2, numéro 2, p. 109).

    Certaines gauches et droites diverses sont d’accord avec ce point de vue. C’est l’autonomie que l’on reconnaît à Madrid : une forme de décentralisation des pouvoirs étatiques. Mais ce n’est pas cela qui a été convenu à San Andrés. Ce n’est pas l’autonomie qu’avaient exigé les peuples indiens. Les accords avaient engagé une réforme profonde de l’État mexicain, expression d’un nouveau pacte social qui fonderait une nouvelle relation entre les peuples indiens et l’État. En étant reconnus comme tels, ils pourraient exercer leur libre détermination et leurs propres formes de gouvernement en tant qu’entités de droit public, comme les états de la Fédération. Leurs pratiques politiques et sociales ne seraient pas des formes décentralisées d’administration de pouvoirs verticaux de l’Etat, comme le veut ladite position, mais une expression réellement autonome de la volonté souveraine des peuples indiens, dans un régime juridiquement pluraliste.

    Non seulement cette situation avait atteint son point critique d’immobilisme mais en plus, à la place de ce qui avait été accordé à San Andrés, les pouvoirs de l’État avaient produit une contre-réforme réduisant à néant par une rhétorique vide ce qui avait été accordé. De fait, sans aucune législation signée, il ne restait aux zapatistes et à beaucoup d’autres peuples indiens qu’à se décider à continuer la pratique de leur autonomie. Et ils démontrent, encore aujourd’hui, qu’ils peuvent et qu’ils veulent l’exercer sans vouloir créer une fracture dans la nation mais sans se soumettre aux pouvoirs verticaux de l’Etat.

    Une telle autonomie peut également s’appliquer aux peuples, aux syndicats, aux groupes sociaux, aux groupes paysans, aux gouvernements des états ou aux états qui chacun sont libres et souverains au sein de la Fédération, comme les zapatistes l’ont expérimenté depuis mai 1994. Loin de prétendre imposer cette notion à d’autres, ils cherchent à créer un espace politique dans lequel les gens eux-mêmes, et non pas un leader charismatique, un universitaire, une avant-garde ou un parti qui  déclareraient parler en leur nom, pourront discuter de ces propositions et d’autres et les mettre en pratique.

    Nous continuons ce processus : dans la création active de cet espace politique, toujours plus large et renforcé à la base sociale, pendant qu’au sommet la bulle reste toujours vide...celle qui agit comme un écran de fumée pour dissimuler l’agression constante contre les engagements populaires, notamment ceux qui se manifestent comme des exercices d'autonomies.

    Au Chiapas, l’agression s’abat en permanence, avec une violence croissante, sur l’autonomie zapatiste rebelle. En Oaxaca, la violation quotidienne d’expériences similaires continue. Les réformes conquises en 1998 ont été dans tous les esprits à San Andrés et se retrouvent dans la Constitution de l’état par le droit à la libre détermination des peuples et communautés indigènes à pouvoir s’exprimer en tant qu’autonomie. Comme “parties intégrantes de l’état d’Oaxaca...elles ont la personnalité juridique de droit public...La loi réglementaire établira les normes... pour qu’elles assurent la reconnaissance et le respect des droits des peuples et des communautés indigènes pour: leur organisation sociale et politique...leurs systèmes normatifs internes, la juridiction qu’ils auront sur leurs territoires...”. Les pouvoirs en place ne respectent rien de cela, ils voient toujours l’autonomie comme quelque chose d’étranger aux us et coutumes des peuples oaxaquiens, comme vient de le déclarer le gouverneur élu.

    (1) Accords de San Andrés

    Accords passés entre le gouvernement mexicain et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale en février 1996, avec la coparticipation de larges secteurs de la société mexicaine. Ce sont les résultats de la première table ronde de dialogue qui sera suivie par cinq autres débats thématiques, avec, en première place, une discussion sur les droits et la culture indigènes. Une fois signés, ces accords ont été traduits juridiquement par une commission formée des deux parties et des représentants de tous les partis politiques pour devenir un texte constitutionnel. Au dernier moment, le gouvernement a fait marche arrière et les partis ont ensuite refusé de reconnaître leur engagement (Ndt).

    Communes du Chiapas où les zapatistes sont présents





    Merci à La Jornada
    Source: http://www.jornada.unam.mx/2010/11/15/index.php?section=opinion&article=018a2pol
    Date de parution de l'article original: 15/11/2010
    URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2633

     


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