• Aujourd'hui le mercredi 27 octobre à 11h10, sur France Inter, pendant l'émission du «Fou du Roi», une cinquantaine de personnes ont réquisitionné la parole pour lire un communiqué.


    Après quelques secondes, les présentateurs, conscients de notre détermination, nous ont cédé un micro.


    Nous avons pu lire plus de la moitié du texte. France Inter, au bout de 3 minutes, a décidé de couper l'émission.


    Nous sommes partis en laissant quelques boules puantes et en scandant «Grève, blocage, sabotage».




    Nous n'aurons que ce que nous prendrons !


    Des personnes auto-organisées en lutte… 
    Mercredi 27 octobre 2010.



    Quand un patron demande à ses employés d’accepter les licenciements et une baisse des salaires, «pour sauver l’entreprise», c’est toujours qu’il a déjà décidé de la fermer.


    Quand la droite, la gauche et les médias nous expliquent qu’il va falloir travailler plus longtemps «pour sauver notre système de retraites»,  ils annoncent que sa fin est programmée.


    On veut nous contraindre à travailler deux ans de plus. L’exploitation, ça dure toujours trop longtemps. Le temps volé ne revient plus !


    Les syndicats tentent de contrôler le mouvement pour rester seuls crédibles face à l’État. Ils espèrent sortir de la confrontation avec quelques miettes pour garder la face. Les syndicats négocient la longueur de nos chaînes ; nous voulons les briser !


    Les TV, les journaux et les radios reprennent en cœur le même discours et véhiculent les mêmes images. En focalisant sur les raffineries ou les éboueurs de Marseille, les médias choisissent d’enterrer la multitude d’initiatives et de pratiques qui fleurissent depuis début septembre : opérations escargot par les routiers, blocages de supermarchés par leurs employés, grèves reconductibles des enseignants, des cheminots, des ouvriers de PSA, des salariés de Radio France, grèves tournantes, saccages de permanences de l’UMP, du Medef et de mairies. Nous n’attendons rien des médias.


    Le pouvoir divise pour mieux régner. Les syndicats, les partis politiques, les patrons nous catégorisent. Ils opposent les usagers aux grévistes, les grévistes aux bloqueurs, les chômeurs aux travailleurs, les casseurs aux manifestants. Ils ont recours à la répression et aux réquisitions pour briser les solidarités. Déjà 2500 arrestations depuis trois semaines ; jusqu’à 5 mois de prison ferme pour les plus déterminés.


    Ce n’est pas à nous de décider à quelle sauce nous serons mangés. Nous voulons choisir nos modes d’action et d’organisation en dehors des pouvoirs en place. Jeudi, c’est une journée de manifestations. Profitons-en pour nous retrouver, nous organiser et dépasser leurs consignes. Piquets volants, blocages, sabotages… À nous de choisir et d’assumer ce qui nous paraît le plus juste et le plus efficace contre l’État et le Capital.


    Entre eux et nous, il n’y a pas de compte à leur rendre ; il n’y a que des comptes à régler.


    CONTRE L’EXPLOITATION, BLOQUONS L’ÉCONOMIE

    GRÈVE, BLOCAGE, SABOTAGE


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  • Sarkozy: Les barbouzes au pouvoir!

     

    MEDIAPART : Vol de 2 ordinateurs contenant les enregistrements réalisés chez Liliane Bettencourt.
    LE POINT : Vol de l’ordinateur du journaliste enquêtant sur l’affaire Woerth.
    LE MONDE : Vol de l’ordinateur et du GPS du journaliste enquêtant sur l’affaire Woerth.
    Et ceci dans les tous derniers jours! Hasard? Bien évidemment!


    En France, dans la pourriture avancée du régime, c’est Watergate tous les jours : Collusion entre flics et voyous… J.L Mélenchon comme B.Thibault dénoncent des policiers infiltrés dans les manifestations pour jouer les casseurs…


    Les affaires étouffées par le pouvoir, les enquêtes interdites, secret défense partout, justice nulle part !


    Jusqu'où ira-t-il ce gang du Fouquet's pour cacher ses turpitudes? Et que recèle l'affaire Woerth pour les entraîner dans une telle panique?


    Pendant ce temps, la télé ronronne, rentrez chez vous, plus de conflits sociaux, retour à la normale. Les barbouzes veillent. Sauf que…
    Chaque voix sur internet est un geste pour que le couvercle ne se referme pas !

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  • Jeudi dernier (21/10), le théoricien marxiste David Harvey, chef de file de la "Radical geography", donnait une conférence à l’École d’Architecture de Belleville. Au cœur de son propos, les errements d’un système capitaliste en fin de course, entre recherche effrénée de nouveaux marchés et auto-destruction. Une conférence limpide, qu’il eut été criminel de ne pas retranscrire...

    David Harvey : "Pour que le système change vraiment, il faut que les travailleurs se fâchent"

    Conférence à l’Ecole d’architecture de Belleville / Jeudi 21 octobre

    mardi 26 octobre 2010, par Lémi

    Longtemps boudé par le champ académico-universitaire français [1], l’anglais David Harvey est pourtant le théoricien marxiste le plus traduit au monde (avec Frederic Jameson). Ce n’est que justice : le penseur - pas forcément très simple d’accès, rien à voir avec Mike Davis ou Slavoj Žižek - est un décrypteur acharné du règne du capital. Surtout, ce théoricien de la Radical Geography a dépoussiéré l’héritage marxiste en lui adjoignant une dimension spatiale, posant l’étude des espaces du Capital comme préalable indispensable à une compréhension globale du monde tel qu’il tourne (mal).

    Pour cette conférence donnée à l’École d’architecture de Belleville [2], David Harvey s’est éloigné de la géographie pour se concentrer sur le thème des son dernier livre, encore inédit en français, L’énigme du capital. À partir d’une analyse basique des différentes étapes de la production, se focalisant sur la récente crise généralisée, il pointe les diverses failles du système et les inégalités criantes qu’il engendre. Avec cette interrogation, en toile de fond : puisque ce système est si mauvais, pourquoi ne pas en changer ?


     [3]

    « Je vais tenter de vous expliquer rapidement ce que j’ai exposé dans mon dernier livre, L’Enigme du capital, un ouvrage qui se penche sur la récente crise financière en l’analysant dans les termes les plus simples possibles - et ce sont des termes marxistes. Mon analyse se base sur la circulation du capital. Le schéma que je viens de tracer (ci-dessus) est très simple : il part de l’argent, qui est utilisé pour se procurer de la main d’œuvre et des moyens de production. Via la technologie et l’organisation du travail, ces éléments débouchent sur un bien et sur des profits générés par la vente de ce bien. Dans ce processus, il y a deux choses importantes à noter :

    - D’abord, à partir du moment où cette circulation s’interrompt, le système s’effondre complètement. Par exemple, j’étais à New York au moment de l’attentat du 11 septembre : tout s’est alors arrêté - il n ’y avait plus de circulation ni de consommation. Au bout de quatre jours de cette situation, le maire s’est invité à la télévision pour exhorter les habitants à sortir leurs cartes bleues, à aller au restaurant ou dans les galeries commerciales. Il était littéralement suppliant. La même chose s’est passée quand les banquiers islandais ont pris leur revanche sur le monde en allumant un volcan...

    - Deuxièmement, le système doit être en perpétuelle croissance. Pour survivre, il lui faut sans cesse s’étendre. Le surplus est réinvesti de manière à régénérer l’ensemble. Historiquement, ce système a eu une croissance globale annuelle de 2,25 % depuis 1780. Les économistes considèrent pourtant qu’à moins de 3 % de croissance, il faut s’inquiéter.

    Il est aujourd’hui de plus en plus difficile pour le système de trouver des marchés, des débouchés pour les nouveaux produits. On ne peut évidemment comparer ce qui se passait dans le monde occidental en 1780 autour de trois ou quatre villes européennes comme Birmingham ou Manchester à la situation actuelle. Les situations n’ont rien à voir, mais une règle se vérifie dans les deux cas : le taux de croissance annuelle ne doit jamais baisser ; s’il le fait, le système se grippe. Nous en sommes aujourd’hui à 55 trillions de dollars de production annuelle de biens et services, et ce chiffre augmente de manière exponentielle. À ce stade, pour que la machine ne s’enraye pas, il faut y réinjecter 1.5 trillion supplémentaire chaque année.

    Il y a depuis peu une évolution notable : les firmes non financières, celles qui produisent biens et services, réinvestissent de plus en plus leur argent dans des produits financiers, comme des swaps, des éléments dématérialisés. Il n’est plus rentable de continuer à produire, ça ne rapporte pas assez pour réalimenter le fonctionnement de la machine. Ce qui amène à se demander si le système n’est pas en fin de course : où se situent ses limites ?

    Pour répondre à cette question, il faut savoir d’où vient l’argent et comprendre comment le capital est constitué, comment il est configuré pour soutenir un système de production. Derrière ce fonctionnement, on repère ce que j’appelle la collusion finance/État, une forme de collaboration entre les institutions financières et l’État. L’histoire du capitalisme est marquée par les évolutions dans le fonctionnement de ce lien. Quand il a des ratés, nous nous retrouvons en situation de crise ; on en a un très bon exemple avec la répression financière de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Beaucoup de gens se montraient alors très critiques, affirmant qu’on mettait trop de limites aux pouvoirs des financiers et que c’était un frein pour la croissance. À partir de là, la collusion finance/État a été réformée et encouragée : une dérégularisation croissante a été mise en place. Le système est ainsi passé de la répression financière du début des années 1970 à une exubérance financière, avec beaucoup trop de pouvoirs entre les mains des financiers.

    Cette collusion finance/État est toujours camouflée, elle reste dans l’ombre. Nous ressentons seulement sa présence en période de crise. Au moment de l’effondrement de Lehman Brothers, le Président des États-Unis a par exemple complètement disparu de la scène : ceux qu’on a vus à la télévision étaient le directeur de la Réserve fédérale (représentant du système bancaire) et le ministre des Finances. Il y avait une absence totale du chef de l’exécutif. À ce moment-là, c’est la finance qui prenait les décisions et les expliquait à la télévision. Alors même que l’État a absorbé les pertes des banques et, donc, de Lehman Brothers.

    L’autre limite visible du système est celle de la main d’œuvre. Pendant la crise des années 1970, la main d’œuvre était encore puissante face au patronat, et les syndicats pouvaient fortement peser dans la balance - notamment sur des questions telles que le salaire minimum. De cela découlait ce que l’on a appelé la constriction du capital, une situation où ce dernier restait encadré et limité dans ses agissements. La situation s’est depuis inversée.

    À l’époque, le système a réagi en délocalisant tout azimut. Pour mater les travailleurs et les syndicats, la meilleure solution était de s’installer ailleurs, en Chine par exemple. Et pour permettre ces délocalisations, il fallait une réforme du système financier lui-même. En 1985 a ainsi été mis en place un système de circulation permettant ce processus.

    Aujourd’hui, le discours a un peu changé. La crise ne serait plus le fait des syndicats, mais conséquence de l’effondrement bancaire et de la nécessité de l’État de les tirer d’affaire. L’État se pose en victime, ce qui permet d’encore réduire le pouvoir des syndicats.

    La situation fait écho à ce qui s’est passé en 1982 au Mexique, quand le pays était au bord de la faillite et que les États-Unis l’ont tiré d’affaire - avant de réduire le niveau de vie des mexicains d’environs 25 %. C’est ce qui se déroule actuellement dans de nombreux pays, y compris dans les pays industrialisés : les États imposent des ajustements structuraux de type FMI, lesquels ferment la voie à toute revendication sociale et populaire.

    Dans le même temps, les banquiers continuent de s’enrichir. Il y a deux ans, les dirigeants de hedge founds ont engrangé trois milliards de dollars de bénéfice. Je trouvais déjà cela obscène quand ils gagnaient 250 millions, mais là... Ce sont pourtant les mêmes qui ont coulé les banques d’affaire et imposé des mesures d’austérités en conséquence... Ils sont plus riches qu’ils ne l’ont jamais été, alors que les populations s’appauvrissent. Ce qui se passe maintenant en Angleterre, par exemple, est exactement ce qui s’était passé au Mexique à l’époque.

    Autre point fondamental : l’accès aux moyens de production, lié à l’environnement et aux ressources naturelles. Il en va ici de même que lorsque les capitalistes extraient de l’argent du système en le faisant tourner à vide ; et nous nous retrouvons face à des problèmes écologiques qui ne peuvent plus être ignorés. La crise écologique est aggravée par une élite propriétaire qui cherche à toujours augmenter sa rente. Face à la crise se développe une chasse à la terre et à la propriété tout autour du monde. Certains pays, comme la Chine (en Afrique) ou les États-Unis (en Amérique latine), vont jusqu’à acheter des portions entières de pays. Cela découle de la même quête de nouveaux profits que celle tournant autour la propriété intellectuelle, autre Eldorado du moment.

    Ensuite vient la question de la production, qui recoupe deux éléments. En premier lieu, la production est liée à la technologie et à l’organisation du travail. Historiquement, le capitalisme a fait preuve d’un grand dynamisme dans ces deux domaines. En ce qui concerne le deuxième, ce dynamisme s’illustre aujourd’hui avec des firmes comme Ikea, Wall Mart où Carrefour, où tout est mis en place pour toujours plus de profit. Il y a eu des périodes où les évolutions dans la technologie et l’organisation ont joué un rôle central dans les périodes de crise. Mais lors de la dernière crise, elles ont eu leur importance sans pour autant se montrer déterminantes : marchés financiers fantômes, ordinateurs boursiers qui fonctionnent à la nano-seconde et échappent au contrôle du système lui-même...
    Cette question de la production recoupe un deuxième élément : la situation du travail lui-même et la discipline imposée au travailleurs. Dans les années 1960 et 1970, je l’ai dit, les syndicats avaient du poids dans l’économie. Mais depuis les années 1980, le capital a aussi gagné sur ce point : il n’y a plus de syndicats pour les mettre au pied du mur.

    Autre point important, celui concernant l’argent et le surplus d’argent, donc le bénéfice. Pour se maintenir en vie, le système doit croitre continuellement. Et cette croissance requiert une augmentation de la demande effective.
    Deux éléments importants à ce niveau. De un, le système doit créer de nouveaux désirs et besoins pour se maintenir. De deux, les gens doivent avoir assez d’argent pour répondre à ces désirs par la consommation. Si on compare de nouveau avec la fin des années 1960 et le début des années 1970 - l’époque où on pouvait parler de constriction du profit -, on remarque qu’on est depuis passé à l’exact inverse : nous faisons désormais face à une répression salariale. Cette répression implique que la population a moins d’argent pour acheter les produits, ce qui débouche sur une baisse de la demande effective.
    La solution proposée ? Donner à tout le monde une carte de crédit et leur conseiller d’en faire bon usage. La dette des ménages a ainsi triplé depuis les années 1980, alors que les salaires stagnent. Le fossé s’élargit. Le collusion finance/État a délibérément distribué de plus en plus de crédits à des gens qui avaient de moins en moins de revenus. Voilà ce qui a amené à la crise des subprimes.

    À beaucoup d’égards, les subprimes ont constitué la clé et le déclencheur de la dernière crise. Mais il est important de souligner que ce que l’on a désigné comme une crise mondiale n’a concerné que certains pays, pas du tout la planète entière. il y a eu une réel inégalité géographique.
    Ici, nous faisons face à des politiques d’austérité ; mais ce n’est pas du tout le cas, par exemple, de la Chine, lancée dans un programme keynésien de développement, avec de gros projets et des banques qui investissent. La Chine a une croissance qui explose, autour de 10 %. Les gens qui traitent avec des partenaires chinois et évoquent la crise déclenchent chez eux une certaine incrédulité : de quelle crise parlez-vous ? L’Australie non plus n’a pas connu de crise, parce qu’elle exporte beaucoup de matières premières vers la Chine. L’Amérique latine a connu une crise très brève, notamment parce qu’elle devient une espèce de grand jardin de soja, avec des conséquences écologiques désastreuses.
    Bref, il y a là deux situations aux antipodes : d’un côté l’austérité, de l’autre le keynésianisme redécouvert.

    Nous assistons ainsi à une réorganisation totale du pouvoir géo-économique - Giovanni Arrighi parle à ce sujet de glissement hégémonique -, avec l’émergence d’une nouvelle puissance en Asie du Sud Est, qui fait concurrence aux États-Unis et - dans une certaine mesure - à l’Europe. Si nous nous focalisons sur cette dernière, nous constatons que le plus gros exportateur vers la Chine est l’Allemagne - qui ne se sort pas trop mal de la crise. En retour, La Chine s’intéresse à l’Europe comme débouché : elle est d’ailleurs en train d’acheter le port d’Athènes, pour organiser l’importation de ses produits en Europe.

    La raison pour laquelle j’aime raisonner en me basant sur des schémas de ce type [4], c’est qu’ils permettent de mettre précisément le doigt sur l’étape du processus qui fait obstacle au capital et provoque la crise.
    Les crises des années 1970 étaient très différentes car elles prenaient place dans une époque de répression financière, où les ouvriers étaient encore bien organisés. Ce n’était pas un problème de demande effective. Aujourd’hui, la crise est provoquée par le trop grand pouvoir de la collusion finance/État. D’où une situation de surexploitation : le système ne parvient plus à écouler sa propre production. Reste à savoir quelle solution va être choisie pour y remédier.

    La conclusion centrale que je tire est celle-ci : le système capitaliste ne parvient jamais à résoudre les problèmes qui provoquent les crises. Il se contente de les déplacer. De deux manières différentes : soit en les exportant dans un autre point du processus de production, soit en les déplaçant géographiquement. Si vous étiez en Asie en 1997 ou 1998, vous teniez un discours catastrophé ; au même moment, le monde occidental demandait de quelle crise il s’agissait. En 2001, c’était le tour de l’Argentine, mais nous restions à l’abri. Aujourd’hui, nous disons : il y a une crise. Mais le reste du monde répond : quelle crise ?
    Ces crises circulent, elles passent de la Californie à la côte Est, à l’Islande, puis au Portugal, à l’Irlande... Il serait d’ailleurs intéressant de savoir où la prochaine crise va éclater ; probablement à Shanghai, où le marché de l’immobilier est en train de s’emballer, avec création d’une bulle spéculative.

    Pour que le système change vraiment, il faudrait que les travailleurs, en Europe par exemple, se fâchent, qu’ils décident que, puisque ce système ne fonctionne pas, il est temps de mener un combat de classe pour s’en débarrasser. Et le remplacer par quelque chose d’autre [5]. »

    Question en fin de conférence

    Dans un de vos récents livres, vous dites : "Après le capitalisme, l’espace urbain : une utopie nécessaire". Qu’entendez-vous par là ?

     [6]

    « Une des anecdotes que je raconte dans ce livre s’est déroulé alors que je présidais un jury en Corée du Sud. La discussion était dominée par deux architectes qui discutaient avec emphase : ils comparaient le pouvoir du carré et du cube, qu’ils opposaient à celui du cercle et de la boule.

    Au bout d’un moment, je suis intervenu pour dire qu’on devrait peut-être s’intéresser à d’autres questions. Qu’il fallait concevoir la ville en prenant en compte d’autres éléments que cette question de carré et de cercle. Par exemple : quelle sorte de relation à la nature proposaient ces constructions ? Quelles technologies étaient utilisées ? Quelles formes d’organisation ? Et puis, quelles sortes de relations sociales étaient mises en avant ? Quels systèmes de production ? Quel rapport à l’espace ? Quelle vie quotidienne ? Quelles conceptions mentales ?
    J’ai tenté d’insister sur le fait qu’aucun de ces éléments n’était indépendant. Que chacun influait sur l’autre. La ville ne devrait pas être vue comme un produit fini mais comme un processus.

    À la fin de la discussion, l’un des deux architectes est intervenu pour dire qu’il trouvait tout ça vraiment intéressant. Et que - pour lui - il y avait un point primordial, celui des conceptions mentales, parce qu’il permettait de revenir sur l’opposition du cercle et du carré... Que voulez vous faire face à ça ? J’ai des amis architectes, et parfois ils me rendent fous...
    Bref, cet architecte m’a ensuite demandé d’où était issu le schéma utilisé [7], si j’en étais le concepteur. Je lui ai répondu qu’il était tiré du Capital de Marx...

    Cette interdépendance des éléments ne concerne évidemment pas que les conditions d’urbanisme. Par exemple, on ne peut imaginer résoudre le problème du changement climatique sans agir à tous les niveaux, du mode de production à la vie quotidienne, du rapport à la nature aux conceptions mentales. C’est une forme d’utopisme dialectique. Pour résoudre un problème, il faut parcourir absolument tous ces aspects, n’en négliger aucun. La transition du capitalisme au socialisme implique cette approche ; ça a déjà le cas au moment du passage du féodalisme au capitalisme.

    Cette conception peut servir de cadre dans un projet de changement urbanistique. Par exemple, si je veux changer les conceptions mentales liées à la ville, je dois solliciter tous les autres domaines, les parcourir scrupuleusement.

    Pour conclure, il est certain que la conception mentale que vous avez tous dans cet amphithéâtre n’a absolument rien à voir avec celle qu’avaient le gens dans les années 1960 et 1970. À l’époque, on croyait encore à la possibilité d’une révolution, d’un cadre différent. Aujourd’hui, ce cadre mental a changé. Et il peut encore changer, dans l’autre sens. À vous de le prouver ! »

    Notes

    [1] Peu enclin à accepter qu’un penseur issu du monde anglo-saxon puisse rivaliser avec les Lumières hexagonales.

    [2] Et organisée par l’excellente librairie Le Genre Urbain (30 rue de Belleville, 19e), à l’occasion de la parution de deux livres de David Harvey en français, Le Nouvel impérialisme (Les Prairies Ordinaires) et Géographie et Capital (Syllepses).

    [3] Ce schéma, dessiné par David Harvey - comme celui reproduit plus bas -, a été photographié à la fin de la conférence.

    A noter : la retranscription écrite de l’entretien ne fait pas totalement justice à la limpidité du propos de David Harvey. D’abord en raison du filtre de la traduction, ensuite parce que sa conférence était pensée comme exercice oral.

    [4] Il s’agit par exemple de celui placé au début du compte-rendu.

    [5] Applaudissements nourris et enthousiastes.

    [6] La conférence ayant empiété sur le temps du débat, une seule question a pu être posée à David Harvey, celle-ci.

    [7] Celui photographié ci-dessus.


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  • Paul le poulpe est mort. Vous savez, c’est le poulpe qui pronostiquait sans faillir les résultats des matchs de la coupe du monde football.

    Il meurt au moment où Bruno Gollnish avait réquisitionné son image pour se gargariser d’une victoire espérée contre Marine Le Pen. Sur le site de Gollnish, Paul avait choisi Bruno et non Marine, un comble pour un animal marin ! Mais, la vérité est ailleurs. Choisir entre la peste et le choléra ? Paul n’a pas supporté. Il s’est suicidé.

     

     

    Tout ça, c’est du cirque, un cirque médiatique. Prenez le gouvernement, il fait le forcing pour vendre des tickets à ses représentations.

    Sarkozy, en Monsieur Loyal, bat le rappel pour ses nouvelles attractions, le remaniement ministériel et la volonté de faire du social parce que l’ouvrier français fait la gueule…


     

    « Entrez, entrez mesdames et Messieurs. Le cirque BARNUMP vous accueille. Vous y verrez les plus beaux numéros, les plus beaux animaux.

    Commençons par la ménagerie à zozos gauchiste. Que des beaux spécimens récupérés à la lisière de la jungle de gauche. Nous avons un Kouchner à poils gris, une Fadela Amara auvergnate, et un Jean-Marie Bockel.

     

    Vous admirerez le talent de nos dompteurs : Brice Hortefeux et son assistant Eric Besson. Ils vous montreront comment ils soumettent les roms et les immigrés à la dure loi de la France. Des lois écrites par eux, bien entendu et approuvées par moi, ça va de soi.

     

    Un nouveau numéro, le concours de lapsus ouvert à tous les artistes. La belle Rachida, importée de l’orient vous parlera de l’inflation avec sa belle langue, l’élégant Brice Hortefeux évoquera pour vous son goût pour les empreintes et le juvénile Hervé Morin vous traitera de cons juste pour que vous le bombardiez des œufs et des tomates. Projectiles fournis, plaisir garanti.

     

    Et puis, il y a nos clowns de talent qui feront rire et pleurer vos enfants et petits-enfants. Notre clown triste, François Fion tiendra la dragée haute au frivole Bozo Borloo, le ministre de l'alcoologie et de l'enivrement qui veut toujours s’éclater bio avec du vin écolo à l'heure de l'apéro. Même qu’il se verrait bien chef des clowns, le Borloo.

     

    Et puis, il y a ce grand artiste au talent considérable, connu aujourd’hui dans le monde entier. Le grand, l'unique, l'inestimable Eric Woerth! Eric Woerth, c’est notre Robin des Rois à nous, au cirque Sarkump. Son numéro d’archer sur trapèze était d’une audace folle, tout le monde l’a dit. Décocher des flèches sur des chèques tenus par de généreux donateurs depuis un trapèze en sautant d’un micro parti à l’autre, il fallait le faire. Pour les remercier, il avait un système: l'échange chèque contre légion d'honneur.

    Malheureusement, Mesdames et Messieurs, notre grand artiste a failli se planter ces derniers mois. A force de voler les pauvres pour donner aux riches, son crâne de géant l’empêchait de compter sauf dans les rues de Neuilly, d’Auteuil et de Passy.

     

    Une de ses partenaires préférées, Liliane Bétencourt avait du répondant mais pas d’endurance pour les chèques.

     

    La direction du cirque a envoyé notre archer fatigué au ministère du travail pour se coltiner la plèbe industrieuse et leur prendre quelques milliards à eux aussi.

     

    Ah ! Mesdames et Messieurs, cher public, il faut avouer qu’il a mis au point un numéro de haute voltige avec une pincée de magie. La réforme des retraites, c’est des salaires plus longtemps donc c’est des impôts sur de l’argent privé! C’est mieux que sur des pensions de vieillesse. Et s’ils ne se trouvent pas assez payés, peuvent toujours faire des heures supplémentaires défiscalisées et mourir plus vite au turbin. Ha ! Ha ! Ha !

     

    Le cirque Sarkump est donc presque sauvé et prêt pour de nouveaux spectacles avec de nouveaux talents très prometteurs.

     

    Entrez, entrez, l’entrée est à trois pour cent. Comme la hausse de l’électricité !

     

    Milton ici


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  • Un loup de la BAC survint à jeun qui cherchait aventure et que la faim du chiffre en ces lieux attirait.

    « T’as rien fait tu l’as déjà dit

    On va pas y passer la nuit ».

    Fin de manif calme, quelque part en Sarkozie. Contrairement à Montreuil (flashball) ou Lyon (Bellecour), il ne s’est rien passé de susceptible d’alerter les médias.

    Rien. Cependant, quelques rrrrrévolutionnaires moins coincés que les leaders syndicaux rameutent des jeunes : « Tous à la raffinerie, on va la bloquer ».

    Ô discrétion ! Ô sainte naïveté !

    Bien entendu, les CRS les attendent à la sortie du métro. Deux ou trois manifestants leur jettent des légumes pourris ramassés en bordure d’un marché de plein vent. Les autres décident de faire demi-tour. Parmi eux, ce lycéen de 17 ans qui voit des types en civil (la BAC) foncer sur lui. Fuite. Il est rattrapé dans le métro, jeté à terre, douleur au visage (une matraque), fouillé et tutoyé. En retour, il tutoie donc le flic, lequel jubile : « Outrage à agent ! ».

    Menottes, commissariat, bureau d’un OPJ (Officier de Police Judiciaire) qui monte un dossier et consulte le procureur de la République pour savoir si on garde à vue. La réponse est non.

    Le jeune étant mineur, les parents sont appelés et adoptent le profil bas des braves citoyens qui pourraient tout aussi bien aimer Sarko ou DSK. Ils font bonne impression, leur petit aussi, qui a compris le truc ; ça va (presque) s’arranger. Il pourra repartir après quelques formalités sécuritaires.

    On l’emmène pour le photographier de face et de profil et prendre les empreintes de ses dix doigts. Il échappe de peu au prélèvement d’ADN (dixit l’OPJ) et il fait l’objet d’un « signalement » : pendant 3 ans, il figure dans la catégorie des individus « connus des services de police ».

    Devant lui, les types de la BAC fulminent contre le rapport de l’OPJ. Naguère, les flics de terrain dénonçaient les juges qui relâchaient leur proie ; maintenant, ces tâcherons du Chiffre (leur crédo, leur éthique) râlent aussi en interne quand on n’emprisonne pas un adolescent innocent.

    Innocent, car quelles sont les charges ? Menaces verbales ? Geste obscène ? Jet de projectiles ? Détérioration quelconque ? Port d’objet contondant ? Possession de substance prohibée ? Non, non, rien de tout cela : tutoiement (après tutoiement par le flic) dit le rapport que lira (en soupirant ?) le procureur de la République avant de le poubelliser (pas sûr).

    Note à l’intention de mes jeunes lecteurs : vous pouvez dire à une brute de la BAC « Me touchez pas le cul (ou la b…, ou les c…s ) », ce n’est pas un délit. Le délit serait, par exemple : « Touche-moi pas la main, tu m’salis ! », sauf si c’est dit au Président de la République, qui répond : « Casse-toi pôv con" » et c’est match nul la balle au centre. On n’embête pas un procureur pour ces broutilles. Pigé ?

    L’OPJ a fait honnêtement son boulot, il a même résisté à la pression de sa base musclée et aux exigences de sa hiérarchie qui veut, confie-t-il, des rapports sur les manifs « minute par minute ».

    Bilan : des heures perdues, un innocent, parce qu’il est jeune, jeté à terre, humilié en public, à la lèvre tuméfiée, aux poignets écorchés par les menottes, otage pendant des heures de la Police, menacé de goûter à la prison, bref, des graines de haine anti-flics semées parmi ses potes à qui il raconte l’aventure, et qui la racontent, etc.

    Ah oui, BAC, ça veut dire Brigade Anti Criminalité. Le mot important n’est pas « brigade » (mot valise fait de « brigand » et « brimade », c’est « CRI-MI-NA-LI-TE ».

    Théophraste R. (Qui a une de ces envies de manifester, scrongneugneu !).

    PS. Un ami humoriste me dit que, face à leur BAC, les jeunes Anglais courent un risque de moins que les Français.

    URL de cette brève
    http://www.legrandsoir.info/+Un-loup-de-la-BAC-survint-a-jeun-qui-cherchait-aventure-et-que-la-faim-du-chiffre-en-ces-lieux-attirait+.html

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