• Etats-Unis et Iran... A deux doigts de la guerre


    Pour que les Etats-Unis lancent leurs bombardiers et missiles sur l’Iran, il ne manquerait plus qu’un prétexte... quitte à le fabriquer de toutes pièces, écrit Abdel Bari Atwan.
     
     
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    Scène sur un porte-avions américain - Les Etats-Unis, Israël (et la France ?) sont-ils sur le point de lâcher leurs engins de mort sur la république iranienne ?

    L’amiral Mike Mullen, président du collège des Chefs d’état-major [Joint Chiefs of Staff], a annoncé dimanche que les Etats-Unis ont depuis quelques temps déjà mis au point un plan pour une frappe sur l’Iran. Il semblerait que nous devons nous attendre à une autre guerre majeure qui changera la carte politique et la vie des peuples de cette partie du monde, et pour des décennies.

    Avec l’avantage de la rétrospective, il s’agit clairement d’une pratique israélienne et américaine de vouloir recueillir une approbation publique avant de lancer la première attaque, trouvant des prétextes pour la guerre comme ils l’ont fait avec l’invasion du Sud du Liban en 2006 (qui d’après Israël était une guerre de représailles contre le Hezbollah qui avait capturé deux de ses soldats) et la sinistre farce des Armes de Destruction Massive [ADM] avant l’invasion de l’Irak en 2003 par une coalition sous commandement des Etats-Unis.

    Le Président Bush avait réellement décidé - au cours des discussions avec son allié Tony Blair, alors premier ministre de la Grande-Bretagne - du moment de la guerre contre l’Irak huit mois avant de lancer l’opération. Ces deux-là ont alors entamé le processus de démonisation, nécessaire pour convaincre leurs publics que l’action militaire était justifiée. Les politiciens, les médias et les porte-parole aux Nations Unies faisaient tous partie des pièces composant cette machinerie.

    Il y a plusieurs indicateurs montrant que des préparatifs sont en cours pour une nouvelle guerre et que la question est à présent concentrée sur le fait de trouver un prétexte pour lancer les bombardiers et missiles à long portée israéliens et américains. Voici lesquels :

    Premièrement : la décision du Tribunal international spécial pour le Liban sur l’assassinat de Rafic Hariri sera rendue publique le mois prochain. Des fuites suggèrent que le Hezbollah sera accusé d’être impliqué. Son dirigeant Sayyed Hassan Nasrallah a déjà insisté sur le fait qu’il ne tiendrait pas compte des accusations, expliquant que le Tribunal était politisé, et que les preuves ont été fabriquées. Cela signifie qu’une position peut être prise au niveau international pour condamner le Hezbollah, donnant ainsi un feu vert à une agression israélienne contre lui.

    Deuxièmement : les États-Unis ont exercé de très fortes pressions - caractérisées par des menaces et des intimidations - sur l’Autorité palestinienne de Ramallah pour qu’elle revienne à des négociations directes avec Israël. Le 29 Juillet, lors de sa réunion au Caire, le Comité pour l’Initiative de paix arabe a exhorté le président Abbas à entamer des pourparlers directs, en dépit du fait que la partie israélienne n’ait fait aucune concession sur l’une des questions majeures, telle que celle des illégales activités de colonisation. Nous avons constaté que chaque fois que Washington préparait Israël à la guerre, il y avait une série de rencontres israélo-égyptiennes à Charm el-Cheikh, des coups d’envoi pour des négociations israélo-palestiniennes, le tout avec des promesses d’un engagement américain en faveur d’un très prochain Etat palestinien indépendant.

    Troisièmement : le mois dernier Netanyahu, premier ministre d’Israël, a tenu une réunion extrêmement cordiale avec Barack Obama à la Maison Blanche. C’était très différent d’une rencontre antérieure caractérisée par l’absence de résultats et des antagonismes. Les deux hommes ont convenu de relancer les négociations de paix, présentant Israël comme voulant la paix malgré son massacre, le 31 mai dernier, de militants pacifistes sur la Flottille de la Liberté pour la bande de Gaza.

    Quatrièmement : Six soldats israéliens ont été récemment tués en Roumanie lorsque leur engin s’est écrasé lors de manoeuvres conjointes... Il y a des spéculations selon lesquelles la Roumanie et la Géorgie ont pris la place de la Turquie comme allié d’Israël et comme pont vers l’Europe. La Turquie a fermé son espace aérien à Israël pour protester contre le massacre de la Flottille et contre le blocus de la bande de Gaza.

    Cinquièmement : Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont interdit l’utilisation du téléphone mobile BlackBerry du fait que ses scripts de communication ne sont pas soumis à la surveillance des services de sécurité. Ils ont expliqué que l’interdiction se justifiait par les préparatifs pour des mesures d’urgence en cas de guerre. Il y a plus de 400 000 Iraniens dans la région du Golfe, et les journaux répandent des rumeurs sur des cellules dormantes iraniennes parmi eux.

    Sixièmement : la visite commune surprise de la semaine dernière du roi saoudien Abdullah bin Abdul Aziz et du président syrien Bachar al-Assad à Beyrouth ; ils y ont exhorté les dirigeants des organisations rivales à convenir d’une trêve, face à l’anxiété croissante au sujet une nouvelle guerre civile si le Hezbollah se retrouvait accusé de l’assassinat de Rafic Hariri. Cela met en évidence un plan israélien pour attaquer le Liban.

    Septièmement : Israël a achevé les essais de son système de défense anti-missile, « le dôme de fer », le 20 juillet. La Syrie a été récemment accusée d’avoir fourni des missiles Scud au Hezbollah .

    Huitièmement : pour la première fois depuis plusieurs années, des roquettes ont été lancées contre Israël depuis le désert du Sinaï. On pense qu’il s’agissait de fusées à longue portée de type Grad (russe). Ceci survient comme un avertissement à Israël, disant que la réplique à une agression ne viendrait pas seulement du Sud-Liban mais aussi du Sinaï et de la bande de Gaza.

    L’amiral Mullen faisait preuve de raison quand il a dit être préoccupé par les coûts élevés d’une autre guerre à la fois en termes de vies humaines et en termes économiques. Les résistants islamistes et les troupes iraniennes sont de redoutables combattants qui sont prêts à mourir plutôt que de hisser le drapeau blanc, au contraire des régimes arabes si friands de capiutaltions. La guerre en Afghanistan dure depuis neuf ans, et depuis sept ans en Irak. Le Hezbollah a résisté à l’agression israélienne pendant plus de trente-quatre jours et n’a pas été brisé, et le Hamas n’a pas été vaincu après plus de trois semaines de guerre lorsque Israël a envahi Gaza l’hiver 2008-2009. Ce fut le début d’un tournant dans l’opinion mondiale, Israël se révélant être un Etat voyou raciste qui commet des crimes de guerre et viole toutes les lois internationales.

    Le président Obama a annoncé hier que toutes les troupes américaines en première ligne quitteront l’Irak en Septembre. Il ne veut pas que ses troupes deviennent des otages en cas de guerre avec l’Iran. Dans ce qui se révèle être d’une grande ironie historique, les Iraniens sont le plus fort contingent dans l’actuel régime irakien sous l’égide des Etats-Unis.

    La récente réconciliation saoudo-syrienne n’est pas une garantie de stabilité au Liban, ces pays exerçant une moins grande influence comparée à celle de l’Iran dont les liens avec les branches politiques et militaires du Hezbollah sont bien connus.

    Mohammad Baqer Zolghadr, vice-ministre iranien dans les affaires de sécurité intérieure a averti hier que dans le cas d’une attaque, l’Iran ripostera contre Israël comme contre les intérêts américains dans le Golfe. Ses missiles Shahab-3 à longue portée de 2000 km sont certainement capables de cela.

    Nous n’excluons pas la possibilité que toutes ces menaces soient tout simplement un autre chapitre dans la longue guerre psychologique entre Téhéran et Washington. Mais la résistance des Talibans et le retrait des Néerlandais, des troupes polonaises et australiennes du théâtre afghan commencent à ressembler à une défaite pour l’OTAN.

    Se pourrait-il que, après avoir fait machine arrière en Irak et avoir échoué à apporter la paix en Palestine, les Etats-Unis et les États arabes dits modérés souhaitent affronter un nouveau champ de bataille ? Telle est la stratégie d’un joueur qui face à ses pertes, prend des risques encore plus grands dans l’espoir de tout gagner, alors qu’il finit par tout perdre.

    Les guerres en Irak et en Afghanistan n’ont en rien contribué à améliorer la sécurité américaine, bien au contraire : les Etats-Unis sont entraînés dans des guerres coûteuses et épuisantes, le processus de paix s’est effondré en même temps que l’économie et, surtout, la menace d’Al- Qaida n’a pas diminué mais s’est au contraire renforcée, et cette organisation n’a cessé de s’étendre à travers le monde.

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    * Abdel Bari Atwan est palestinien et rédacteur en chef du quotidien al-Quds al-Arabi, grand quotidien en langue arabe édité à Londres. Abdel Bari Atwan est considéré comme l’un des analystes les plus pertinents de toute la presse arabe.

    Du même auteur :

    -  Blair est un ami de la famille Khadafi - 5 juillet 2010
    -  Un but iranien dans les dernières secondes... - 24 mai 2010
    -  Négociations indirectes ? Une perte de temps - 15 mai 2010
    -  Netanyahu défie Obama - 6 avril 2010
    -  Netanyahu-Obama : une tempête dans un verre d’eau - 29 mars 2010
    -  Conseil de guerre à Damas - 20 mars 2010
    -  La Grande-Bretagne va protéger les criminels de guerre israéliens - 11 mars 2010
    -  La collusion européenne avec le terrorisme israélien - 24 février 2010
    -  Israël et la « Petite-Bretagne » - 21 janvier 2010


     
     

    3 août 2010 - Vous pouvez consulter cet article à :
    http://www.bariatwan.com/index.asp?...
    Traduction : Nazem

     

     


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  • Quand la politique du gouvernement prend (enfin) tout son sens

    Posté par calebirri le 8 août 2010

    Les dernières statistiques concernant l'emploi sont tombées : les chiffres, de quelque côté qu'on les prennent, doivent être vraiment très mauvais, car même l'INSEE n'a pas réussi à en faire une interprétation positive. Bien sûr le gouvernement argue sur le fait que la baisse est moins forte en France qu'ailleurs (ce qui est à relativiser) et se fait presque une victoire de la montée de l'intérim par rapport à toutes les autres catégories.

    Mais derrière cette façade, c'est toute la politique du gouvernement qui prend ainsi son sens : la création du chaos social, afin de justifier l'établissement d'un pouvoir fort et autoritaire, basé sur la répression et l'injustice sociale.

    Les deux facteurs principaux sur lesquels est basée la politique actuelle sont la sécurité d'une part, et l'appauvrissement des plus faibles d'une autre. Si on regarde bien les réformes engagées depuis l'élection présidentielle, on s'aperçoit que les riches ont bénéficié d'une politique très avantageuse (crédits d'impôts, bouclier fiscal, défiscalisation des heures supplémentaires, casse du droit du travail, réforme des retraites…), tandis que les pauvres ont vu leurs maigres avantages fondre à vue d'oeil (précarisation des emplois, recul du crédit, hausse des tarifs du gaz et de l'électricité, licenciements massifs, suppression ou conditionnement des aides sociales…)

    ce constat est sans doute bien éloigné des discours de façade et des promesses sociales de notre président, mais les chiffres sont cependant en totale corrélation avec la réalité des mesures entreprises par le gouvernement : bénéfices des banques en hausse, bonus et dividendes versés comme il se doit, niches fiscales et paradis fiscaux toujours en service, remboursements et dégrèvements de taxes diverses… le petit monde des riches ne se plaint pas. Tandis que les pauvres trinquent, de plus en plus précarisés : baisse de la consommation, de la confiance, augmentation des conflits sociaux, et… augmentation de la violence ??

    Là aussi, les chiffres nous montrent, même trafiqués, qu'en réalité la violence n'augmente pas, et pour faire simple qu'elle est plutôt stable. S'il serait bon à cet instant de s'interroger sur le double langage tenu par le gouvernement qui nous annonce à la fois ses réussites en matière de sécurité et la guerre contre la délinquance (qui est paraît-il le problème prioritaire de tous les Français…), il ne faudrait pas s'arrêter là, mais regarder les faits. Puisque la violence n'augmente pas mais qu'on veut la combattre, puisqu'on fait tout pour résoudre la crise mais qu'on n'y arrive pas, c'est qu'en réalité on veut la violence et on soutient la crise.  Et à ceux qui se demandent quel peut être l'intérêt, pour un gouvernement, d'inciter à la violence et à la crise économique, on peut répondre par l'Histoire toute entière, qui a été façonnée par les guerres et les crises, et qui seules permettent aux gouvernants de continuer à exercer leur pouvoir tout en imposant des restrictions aux peuples qui ne les acceptent que contraints et forcés.

    En effet, l'élection d'un pouvoir faible qui n'engendre ni conflits ni de bouleversements économiques est un pouvoir qui ne se perpétue pas, tandis qu'un gouvernement jouant sur les peurs et sur les faiblesses humaines a toutes les chances d'engendrer la réalisation de ces peurs et de se positionner comme seul capable de les faire disparaître… et d'être plébiscité par la suite pour résoudre ces problèmes.

    Et puisque ce gouvernement s'est positionné presque exclusivement sur les politiques économiques et sécuritaires, il lui faut pour être crédible engendrer violence et crise économique. Ainsi il sera en mesure d'établir un gouvernement fort et autoritaire, pour lutter contre « les monstres » qu'il a lui-même créé. Au lieu de se faire juger sur son incompétence à régler les vrais problèmes (le changement climatique, la mondialisation, la misère et la corruption généralisée), il se met en position de n'être jugé que sur la gestion d'une situation de crise qu'il aura lui-même précipité, en se servant de celle-ci pour augmenter son pouvoir et restreindre celui du peuple.

    De la même manière qu'un dirigeant élu pour faire cesser le terrorisme a tout intérêt à provoquer lui-même le terrorisme qui le maintiendra en place tant qu'il sera contrôlé par ses services, le gouvernement a lui-aussi tout intérêt à provoquer les crises qu'il veut combattre pour rester en place. D'autant que les mesures destinées à apaiser le climat social sont toutes aussi connues que celles pour enrayer le terrorisme : être juste, et ne pas faire de provocations haineuses envers ceux qu'on est en devoir  d'apaiser ; c'est à dire pour la France supprimer le bouclier fiscal, remettre en route la police de proximité, relancer l'investissement en taxant les banques, relancer la production en facilitant le crédit, c'est à dire en obligeant les grandes firmes à rogner sur leurs marges….

    À l'aune de cette explication, les réformes engagées précédemment comme la modification constitutionnelle protégeant le chef de l'Etat, la suppression du juge d'instruction, la réforme du code du travail, celle des retraites ou la discrimination des minorités, se comprennent mieux. Se comprennent mieux aussi l'échec de Copenhague, celui des G20 successifs nous promettant la fin des paradis fiscaux ou des parachutes dorés… le but n'est pas de sortir les peuples de la crise, mais de les y enfoncer tellement profond qu'ils n'aient pas d'autres solutions que de faire confiance à leurs dirigeants, qui les entrainent peu à peu dans la misère et l'injustice, et les prépare à subir les prochaines étapes de cette politique sans se révolter contre « leurs protecteurs », mais plutôt contre ceux qu'on a désigné au préalable comme responsables de tous leurs maux : les étrangers, les Musulmans, les minorités, les pauvres.

    Ensuite ils seront aptes à accepter les pires extrémités, c'est à dire de rogner sur leur chère liberté, et aussi leurs si chers « droits de l'homme ». Et c'est à cela que servent les sondages comme celui réalisé sur un échantillon de 1000 personnes, pendant les vacances, et après la médiatisation sans précédent de faits divers évocateurs de la propagande mise en place : nous faire croire que nous sommes tous d'accord pour dire que le problème ce n'est pas nos dirigeants, mais « l'autre ». Comme ça, quand nos « alliés » auront lancé les conquêtes qu'ils préparent depuis presque dix ans contre un ennemi qu'ils ont créé de toute pièce, la France s'en ira à ses côtés comme un seul homme, et l'Histoire ajoutera une autre page à la gloire de la guerre et de l'horreur…

    Il n'est pas besoin d'avoir un penchant pour le « conspirationnisme »  pour s'apercevoir de cette réalité, mais simplement de regarder la vérité en face, car les choses sont claires dès qu'on veut bien s'y arrêter : la politique actuelle menée par le gouvernement s'explique beaucoup mieux de ce point de vue que de tous les autres. Et pour ceux qui n'en sont toujours pas convaincus, l'Histoire est là pour les éclairer : elle a toujours été un éternel recommencement, et il n'y a que peu de raisons pour que cela change.

    Mais malheureusement pour nous, Elle nous a toujours montré aussi que la force de la propagande est plus grande que la vérité, et ce pour une raison bien simple : les médias ne sont pas libres lorsqu'ils sont à la solde du pouvoir… une autre des réalisations politique de notre gouvernement, qui décidément n'a rien laissé au hasard !

    Dormez tranquilles et continuez à voter, le gouvernement s'occupe de nous…ou réveillez-vous et regardez les choses en face, elles vous sauteront alors aux yeux.

    Caleb Irri


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  • Déclaration ouvertement xénophobe du porte-parole du parti présidentiel : l’extrême droite au pouvoir

    Le Pen le dit depuis toujours, Lefebvre lui emboîte le pas, plumedepresse réfute, preuves à l’appui

    mardi 10 août 2010, par Olivier Bonnet

    fl«  La question des étrangers, c’est un problème majeur dans notre pays. La délinquance, chacun sait qu’il y a un lien avec l’immigration. Chacun le sait. C’est souvent pas correct de le dire, mais c’est une réalité que chacun connaît. Il y a quelque chose comme 10% des détenus qui sont étrangers. Quand on prend par exemple les mises en cause pour les vols à la tire, c’est 50% d’étrangers. Je ne parle pas de gens issus de l’immigration. Je parle d’étrangers  » : voilà la dernière scandaleuse déclaration* du porte-parole de l’UMP, Frédéric "Gonzo" Lefebvre. "Chacun sait", "chacun le sait", "une réalité que chacun connaît" : qui, comment, pourquoi ? Pas la peine d’en débattre, puisque chacun le sait ! De la même manière, Lefebvre va-t-il asséner, d’autorité, que personne n’ignore que les Français représentent l’élite de l’humanité, à la cheville desquels n’arrivent pas les étrangers, ces sales fauteurs de criminalité ? Acquiert-on ainsi une supériorité morale innée, transmise héréditairement par des parents français de souche, un caractère national qui rend nos compatriotes irréprochables ?

    "La question de la pauvreté, c’est un problème majeur dans notre pays. La délinquance, chacun sait qu’il y a un lien avec la pauvreté. Chacun le sait. C’est souvent bien-pensant de le dire, mais c’est une réalité que chacun connaît. Il y a quelque chose comme 70% des détenus qui sont pauvres. Quand on prend par exemple les mises en cause pour les vols à la tire, c’est 99% de pauvres. Je ne parle pas de gens issus des classes moyennes. Je parle des pauvres" : amusant, la citation ainsi modifiée par nos soins fonctionne parfaitement. Mais jamais un représentant de l’Union pour une minorité de privilégiés n’irait présenter un tel argument, quand toute la politique du gouvernement, à grands coups de bouclier fiscal, d’exonération des droits de succession, de dégrèvements d’impôts, de petits arrangements entre amis d’une part, de coupes claires dans les budgets sociaux et de démantèlement des services publics de l’autre, consiste à choyer toujours davantage les milieux favorisés et à augmenter les inégalités sociales.

    Le tabou de la question sociale

    richCe n’est pas là une vue de l’esprit ni un fantasme gauchiste : "Le 1% des ménages qui gagne le plus en France a vu ses revenus augmenter plus vite que les autres entre 2004 et 2007 car les revenus du capital ont crû davantage que ceux du travail, révèle une étude publiée vendredi par l’Insee, qui décèle une hausse des inégalités, rapportait par exemple en avril dernier le site d’information économique In Business. L’Institut national de la statistique et des études économiques s’est penché sur les « très hauts revenus  », le 1% de la population qui déclare le plus au fisc." L’UMP aussi ! "En 2007, cela correspondait à des revenus dépassant 84 500 euros par an pour une personne seule, 177 400 euros pour un couple avec deux jeunes enfants.

    «  Entre 2004 et 2007, les revenus moyens des très hauts revenus ont augmenté plus rapidement que ceux de l’ensemble de la population  », observe l’Insee. Cela s’explique notamment par l’origine de leurs revenus. Au sein de la population générale, 99% des ménages perçoivent des revenus d’activité ou de remplacement, 40% des revenus du patrimoine (actions, obligations, foncier…) et 2% des revenus exceptionnels (plus values, dividendes…). Parmi les très hauts revenus, ces proportions sont respectivement de 99%, 93% et 27%. Autrement dit, « la quasi-totalité des très hauts revenus perçoit à la fois des revenus d’activité et des revenus du patrimoine  ».

    En moyenne, les revenus de ce 1% de privilégiés sont pour les deux tiers des revenus du travail (revenus d’activité) et pour un tiers des revenus du capital (revenus du patrimoine et exceptionnels). Or, entre 2004 et 2007, les revenus d’activité ont augmenté en moyenne de 11% tandis que les revenus du patrimoine montaient en flèche (+46%) et que les revenus exceptionnels s’envolaient (+55%). Dans cette période, les ménages à très hauts revenus ont capté 12% de la croissance des revenus, selon l’Insee. Selon l’institut, la part de revenu qu’ils détiennent a augmenté de 9% sur cette période. Dans le même temps, les neuf premiers déciles (90% de la population, ceux qui déclarent moins de 35 700 euros par an pour une personne seule) ont vu leur part de revenu baisser de 1%. L’Insee y voit une «  augmentation des inégalités par le très haut." Est-ce suffisamment clair ou faut-il traduire ? Avec l’UMP, c’est toujours plus pour 1% des Français, les riches, et toujours moins pour... 90% des autres ! Mais comment assumer publiquement cette politique, foncièrement immorale ? Impossible. Il faut donc trouver des bouc-émissaires.

    De la surreprésentation des immigrés en prison

    prison"En 2006, 3,6 millions d’étrangers vivaient en France, soit 5,8% de la population totale, récapitule le site Les nouvelles news. Ils sont donc en effet surreprésentés dans la population carcérale. Dont ils composent bien plus, même, des 10% évoqués par le porte-parole de l’UMP. En 2007, le taux de détenus étrangers dans les prisons françaises était de 19,2%. Il était toutefois de 30% quinze ans plus tôt, ce qui relativise l’actualité du «  problème". Arrêtons-nous un instant sur ce dernier chiffre. "Il faut le reconnaître et je me dois de le dire, nous subissons les conséquences de cinquante années d’immigration insuffisamment régulée, qui ont abouti à un échec de l’intégration", prétendait Nicolas Sarkozy dans son Discours sur le thème de la lutte contre l’insécurité. On voit bien que sa saillie xénophobe est une contre-vérité : si la part des étrangers en prison a baissé de 10,8% en quinze ans, on pourrait en déduire que l’intégration, caractérisée par l’acceptation des règles régissant la société française et dont le respect de la loi constitue un important élément, est au contraire en progression !

    "En 2004, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) s’était intéressée aux étrangers en prison, poursuit l’article des Nouvelles news. Et faisait justement part de sa crainte que l’exploitation de ce chiffre sans précaution conduise à une « instrumentalisation du débat sur l’immigration ». Dans la France de 2010, voilà une crainte devenue réalité. Pour éviter d’amalgamer taux d’incarcération et délinquance effective, la CNCDH appelait alors, sans avoir à ce jour obtenu de réponse, à «  des études statistiques approfondies sur les causes de la surreprésentation des étrangers en prison ». En désignant ses nombreuses causes : situation d’indigence, exclusion des droits sociaux, sanctions spécifiques, difficultés d’accès aux alternatives à l’incarcération, insuffisance des dispositifs d’assistance et de réinsertion... En octobre 2008, une étude de l’Administration pénitentiaire reconnaissait d’ailleurs que «  les étrangers ne bénéficient que minoritairement d’aménagements de peine sous écrou, comme le placement sous surveillance électronique, davantage prononcé pour les Français."

    "Une délinquance de miséreux"

    Il n’est donc pas question de nier la réalité de la surreprésentation des immigrés au sein de la population carcérale, mais plutôt de s’interroger sur ses causes. C’est là que le porte-parole de l’UMP nous vient involontairement en aide, en choisissant le meilleur exemple qui soit : "Autre chiffre avancé par Frédéric Lefebvre : la moitié des vols à la tire seraient l’oeuvre d’étrangers. L’estimation, là, semble à lmpeu près exacte. C’est en tout cas la statistique que retenait le sociologue Laurent Mucchielli : en 2000, 45% des mis en cause pour des vols à la tire étaient étrangers. Dans son étude plus générale, publiée en 2003 dans la revue Criminologie, Laurent Mucchielli concluait que «  la surdélinquance des étrangers résidant en France semble être essentiellement une délinquance de miséreux  ». Une explication sociologique qu’on retrouve notamment dans les vols à la tire.

    Qui est aussi la catégorie de délinquance où la part d’étrangers mis en cause est la plus importante. Pour le coup, Frédéric Lefebvre a choisi l’exemple extrême. La part des étrangers mis en cause dans l’ensemble des infractions était, en 2000, de 11%. Elle était de 13% vingt ans plus tôt, à nouveau de 13% en 2007. Des chiffres relativement stables, qui relativisent à nouveau l’acuité du «  problème majeur."

    Où l’on revient à notre assertion que les causes de la criminalité sont évidemment bien davantage sociales qu’ethniques, n’en déplaise aux racistes que flattent consciencieusement Sarkozy et sa clique. Ajoutons une dernière pièce à ce dossier, livrée par L’Humanité : "Contacté par l’AFP, Frédéric Lefebvre a précisé tenir ces chiffres de l’Observatoire national de la Délinquance (OND), organisme chargé de la publication des statistiques officielles de la délinquance. (...) Interrogé, toujours par l’AFP, le criminologue Alain Bauer (peu suspect d’angélisme droit-de-l’hommiste, loin s’en faut ! NdA) qui a dirigé le rapport de l’OND, fait remarquer que "plus les faits sont graves, moins les étrangers sont impliqués". Il relève que le pourcentage des étrangers détenus est plus important que dans l’ensemble de la population en raison des incriminations... pour séjour irrégulier." CQFD.

    La stratégie de l’enfumage

    Incriminer les étrangers dans l’augmentation supposée de la délinquance - si elle était avérée, ce qui apparaît douteux, elle révèlerait l’échec de Sarkozy, en charge de la sécurité des Français depuis 2002 - appartient donc bien à une stratégie de l’enfumage : on monte en épingle deux thèmes, censés constituer les problèmes essentiels de la société française, l’insécurité et l’immigration, on établit un lien fantasmatique entre les deux, pour finalement proposer en réponse les pires des solutions, autant inefficaces par essence que dangereuses pour la paix civile.

    Voyons d’abord comment l’UMP prétend juguler la criminalité : "Selon la recette usée jusqu’à la corde du spsarkozysme triomphant, il s’agit de faire voter une nouvelle loi qui, cette fois-ci, on vous le jure, anéantira l’ennemi, ironise l’indispensable Serge Portelli, vice-président au tribunal de grande instance de Paris. Dans cette conception affligeante de la loi, il suffit d’aggraver une peine pour stopper la criminalité. On imagine les délinquants, attentifs, eux, aux éditions de septembre du journal officiel, tourner fébrilement les pages de la rubrique “textes législatifs” et déposer subitement les armes en voyant l’imparable sévérité de ce gouvernement. Arrêtons de plaisanter et de se moquer du peuple. Les peines plancher sont un effroyable échec malgré les statistiques joyeuses du ministère de la Justice. On croyait que la récidive avait épuisé jusqu’aux ultimes ressources de la démagogie. Le président de la République a relevé le défi. Lui qui avait promis de régler définitivement le problème de la récidive avant la fin de l’été. 2007. La dernière loi sur le sujet date du mois de mars dernier. Les parents des mineurs récidivistes seraient donc sanctionnés pénalement.

    Si jamais ce projet lumineux était adopté, peut-être se trouvera-t-il un juge - constitutionnel par exemple - pour rappeler que, dans une démocratie, toute responsabilité pénale est individuelle. Personne ne peut être puni pour une infraction commise par un autre, même son frère, même ses parents, même ses enfants. Il fut un temps, fort lointain, bien bien avant la Révolution française, où la responsabilité était familiale. C’était le temps des huttes, des peaux de bêtes, des clans et des vendettas. Le progrès, la civilisation sont passés par là. Le droit aussi. Mais la “performance de la sécurité intérieure”, on peut le comprendre, a ses exigences. Supérieures aux avancées de l’humanité. Il nous fallait, jusqu’à présent, pour tenter de raisonner ce gouvernement, nous arc-bouter sur les principes de la convention européenne des droits de l’Homme. Il a fallu se replier sur le programme du Conseil national de la résistance. Puis s’arrimer aux acquis de la Révolution. Nous voici rejetés, avec ce projet fou, aux premiers temps de l’humanité."

    Déchéance de la nationalité : l’indigne course à l’échalotte raciste

    Puisque ni tous les mouvements du menton présidentiels, ni l’avalanche de lois ultra-répressives ne parviennent à juguler la violence - il est vrai que, dans le même temps, l’Etat-UMP aura supprimé 11 000 policiers ! -, l’on prétend donc que les étrangers sont responsables de la délinquance. A ce stade de notre billet, rappelons les propos de Lefebvre : "La question des étrangers, c’est un problème majeur dans notre pays. La délinquance, chacun sait qu’il y a un lien avec l’immigration". Or que disait déjà en 2007 le candidat Sarkozy ?

    Pareil : "qui ne voit qu’il y a un lien évident entre la politique d’immigration non maîtrisée depuis trente ou quarante ans et l’explosion sociale dans nos quartiers ? Ça crève les yeux qu’il y a une liaison entre les deux." Une constante, donc. Et "un intellectuel proche du président", d’après le Monde, de se féliciter : "La déchéance de la nationalité, cela va marcher à fond. Même Le Pen n’est jamais allé aussi loin". Portelli se fait l’implacable analyste du phénomène : "quelle naïveté chez ceux qui y voient un “dérapage”, une “outrance”, une pure opération électoraliste, une manoeuvre de diversion destinée à conquérir des voix du Front national.

    À croire qu’ils n’ont jamais vraiment lu ni écouté les discours dont nous sommes pourtant abreuvés depuis quelques années. Aucune des mesures qui nous font frémir ou nous soulèvent le coeur n’est le fait des circonstances. Il n’y a ni exagération ni infléchissement, ni même durcissement d’une ligne politique. Nous sommes dans le droit fil de l’idéologie sarkozyste dont beaucoup s’obstinent encore à nier l’existence et dont l’actuel président de la République n’est jamais que le principal, mais provisoire porte-parole. Nous assistons à l’une de ses dernières et inévitables umpévolutions : la confusion, dans une France qui glisse lentement vers la droite, entre cette droite-extrême qu’est le sarkozysme et l’extrême-droite classique.

    Dans le dernier programme en vente à ce jour (car le catalogue varie de jour en jour) nous trouvons donc - la déchéance de leur nationalité française de certains Français “d’origine étrangère” qui auraient volontairement porté atteinte à la vie d’un membre des forces de l’ordre (première version présidentielle) ou (seconde version ministérielle) contre les coupables de polygamie, d’excision, d’appel au travail illégal , voire d’actes de délinquance grave (sic) - la fin de l’acquisition automatique de la nationalité française au moment de la majorité pour des mineurs étrangers s’ils ont commis des actes de délinquance - la dénonciation explicite de l’immigration comme facteur de délinquance - des mesures censées mettre fin au “comportement” de “certains parmi les gens du voyage et les Roms”, dont “la reconduite quasi immédiate des Roms qui auraient commis des atteintes à l’ordre public ou des fraudes en direction de la Roumanie et de la Bulgarie” et des expulsions des campements illégaux. - des peines de prison pour les parents de mineurs délinquants en cas de défaillance caractérisée (deux ans d’après l’honorable parlementaire, Eric Ciotti, qui dit mieux ?) - l’extension du système des peines planchers en cas de violence - une peine de 30 ans de réclusion pour les auteurs de crime contre un représentant des forces de l’ordre...

    Ce déluge de réformes n’a que l’apparence d’une énumération à la Prévert. Il faut être aveugle pour ne pas voir, derrière chacune de ces mesures ou de ces déclarations, une conception très précise et singulière de l’homme, de la société et des libertés, un dessein parfaitement réfléchi, extrêmement cohérent et inlassablement répété. Bref, une “idéologie”, terme que le sarkozysme réfute toujours pour en affubler ses adversaires puisque, pour lui, l’idéologie c’est toujours l’autre."

    "Des notions héritées de notre histoire la plus sombre"

    sarkopétain"Au fond de cette idéologie, poursuit le magistrat, il y a le fantasme archaïque d’une humanité simplifiée, sans le moindre degré de complexité. Avec d’un côté les bons, de l’autre les mauvais. D’un côté, ceux qui respectent des valeurs fondamentales que le candidat à l’élection présidentielle énumérait dans un de ses discours de campagne, à Marseille, le 19 avril 2007 : “la famille, la patrie, la religion, la société, le travail, la politesse, l’ordre, la morale”. De l’autre, tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre ne les respectent pas et qui, selon l’une des expressions favorites du régime, ramassée sur le zinc d’un comptoir et à nouveau ressassée ces derniers jours, “empoisonnent la vie des honnêtes gens”.

    À partir de cette vision manichéenne du monde, se bâtit l’autre fantasme, plus récent, d’une société sans risque, aseptisée, obsédée par une sécurité absolue, dans laquelle les principes de précaution puis d’exclusion s’appliquent à tout ce qui peut représenter un danger. Le ressort idéologique secondaire est donc la peur. Peur, minutieusement entretenue, de tous les fauteurs de trouble de ce nouvel ordre moral et sécuritaire. Dans cette société violente, on préférera stigmatiser, déchoir, humilier, expulser, enfermer que d’affronter les vrais problèmes. Contrairement au credo affiché, il ne s’agit pas d’être efficace, mais de frapper fort, devant les médias, et d’impressionner l’opinion publique. Rejoignant les thèmes fondamentaux de l’extrême droite, le sarkozysme met au premier rang de ces peurs l’étranger ou l’immigré qu’il assimile constamment au délinquant (...)

    Si le mot xénophobie a un sens, il faut donc admettre, après tant d’années de démonstration acharnée, que le sarkozysme est xénophobe. (...) Qui a oublié voici à peine deux mois, la condamnation en première instance à 750 euros de notre jovial ministre de l’intérieur pour injures raciales pour avoir dit, à propos des personnes d’origine arabe : “Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes” ? Nous sommes face à une xénophobie populiste qui s’inscrit dans le nationalisme le plus obscur, le plus rétrograde qui soit. Le projet actuel concernant la déchéance de nationalité s’inscrit dans le droit fil de cette idéologie. Il s’appuie sur des notions héritées de notre histoire la plus sombre. L’expression de “Français d’origine étrangère” estampille définitivement le projet. La stigmatisation des Roms et de leur “comportement” est très exactement de la même veine.

    D’autant qu’il confond intentionnellement dans la même opprobre ces citoyens de l’Union Européenne (Bulgares et Roumains) avec les “gens du voyage”, dont l’immense majorité est française. Tout ceci devient insupportable. Nous sommes aux antipodes d’une société républicaine où l’égalité, la liberté, le respect de l’autre, la tolérance, la solidarité, le partage sont à la base de la paix civile et du progrès social. Les Français sont tous égaux devant la loi. Pourquoi ce principe fondamental est-il inscrit à l’article premier de la Constitution ? Parce que la France ne veut plus revivre les abominations d’une politique raciste et xénophobe. Parce que les fondateurs de notre République ont voulu interdire à tous les gouvernants de distinguer selon l’origine. Parce qu’ils ont voulu faire de notre pays une terre d’accueil, de solidarité et d’asile. Oui, ces projets sont anticonstitutionnels. Pire, ils sont indignes." Le mot est lâché. Sarkozy et sa clique sont indignes, et il nous appartient de nous opposer de toutes nos forces au déshonneur dans lequel ils entraînent notre pays. A commencer par nous mobiliser pour la manifestation du 4 septembre.


    mensonge !*Dans la même intervention, Lefebvre a également proféré le mensonge suivant : "Je veux quand même rappeler aux Français qui nous écoutent la réalité des chiffres. Quand Nicolas Sarkozy en 2002 est ministre de l’Intérieur à la suite de Daniel Vaillant, à l’époque Jospin a passé quelques années au pouvoir : +15% de délinquance. Depuis que Nicolas Sarkozy a été ministre de l’Intérieur puis président de la République : -17,5%. Ce n’est pas une querelle de chiffres. Il y a un Observatoire indépendant de la délinquance.

    C’est d’ailleurs Nicolas Sarkozy qui en a décidé pour éviter justement les querelles de chiffres. Les chiffres sont vérifiables par tout le monde." Marianne lui répond vertement : "C’est vrai : ils le sont. Et que nous dit le bulletin 2009 de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) ? Qu’il y a bien une baisse de 17,8% entre 2004 et 2009. Mais pas de « la délinquance » en général comme le laisse entendre Lefebvre. Des seules « atteintes aux biens » ! Sur cette même période, d’après l’ONDRP, les « atteintes volontaires à l’intégrité physique » ont progressé de 16,3% et les «  escroqueries et infractions économiques et financières » de 12,4%."

    L’illustration du capitaliste ventripotent provient d’Altermedia.info et celle illustrant le programme de l’UMP du blog Shoah planétaire.


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  • Colombie : le dernier jour du Président

    Archibald EMOREJ

    En ce 7 août 2010, la Colombie fête le départ du “meilleur président que le pays n’ai jamais connu”, comme se plaisent à marteler tous les médias sur tous les tons. C’est une date que sûrement l’histoire effacera même si pour l’heure la fête nationale du 7 août semble, elle, s’effacer devant les hourras qui accompagnent la retraite de l’enfant prodigue.

    Il est pourtant un autre anniversaire, hasard du calendrier, que votre serviteur préfère vous rappeler. C’est avec émotion mêlée de rage que l’on commémore un bien plus triste événement, celui de l’assassinat il y a onze ans de Jaime Garzón, humoriste à la dent acéré, Colombien défenseur des droits de l’Homme et patriote populaire. Et le temps n’y pourra rien, nous serons toujours tristes. Un des ses derniers sketchs (1) parodiait un professeur fou furieux appelant de ces vœux un gouvernement fasciste et un président de la trempe du gouverneur d’Antioquia d’alors, Alvaro Uribe Velez. Sa prophétie lui coûta la vie et ce crime est et reste impuni. En Colombie, on meurt de tout, même lorsqu’on caricature l’oligarchie. Fut-elle si erronée la vision de Garzón qui voyait ce profiler le règne d’un caudillo impliqué dans le paramilitarisme et la narcotrafic, un pantin des appétits nord-américains, un gouverneur qui se rêvait pourfendeur de l’insurrection communiste à n’importe quel prix ?

    Le pacte social selon Uribe : une poignée de main et une autre de pesos.

    Comment expliquer la popularité sans précédent du maître auprès des esclaves ? Comment comprendre que douze millions de colombiens ont voté contre eux-mêmes, comme le notait un camarade lors d’une réunion de travailleurs sociaux à Bogotá la semaine dernière. On en apprend de bien bonnes lors de ces réunions, par exemple qu’il ne faut pas prendre de photo des déchetteries du quartier de Ciudad Bolivar, un quartier populaire à quinze minutes de taxi du palais présidentiel, parce que des francs tireurs vous tirent dessus... ah Ciudad Bolivar et ses quatre cents assassinats par an !...l’héritage du président peut-être, mais je m’égare.

    Le matraquage médiatique ne peut pas tout expliquer. Les scandales en série, la corruption, les crimes contre l’humanité, les magouilles politiques n’ont jamais égratigné le président. Toujours la faute à quelques fonctionnaires de haut rang, un ministre désordonné, un général mouton noir, une broutille nous dit-on, rien à voir avec le président. Que ses fils soient impliqués dans une histoire de trafique d’influence à vous faire sauter n’importe quelle république, et bien c’est lui qui attaque en diffamation et fait pleurer dans les chaumières, lui le bon père de famille, le chef incontestable de la nation.

    Chez les Uribe on est fidèle et la famille... la patrie, le travail... bref, il faut chercher bien plus loin que la simple image cet indéfectible soutien populaire parce que c’est bien celui-ci qui amène les autres, les soutiens politiques et économiques, régionaux et internationaux, parfois à contrecœur mais toujours respectueux de « la démocratie d’opinion ».

    C’est que le magicien a bénéficié d’un contexte historique favorable : il fait suite à une flopée de présidents du sérail politico-économique du pays, présidents de père en fils enfermés dans leur tour d’ivoire et dans leurs vacances à Miami, incapables en tout genre et plus habitués aux dîners en ville qu’aux mains dans le cambouis. Uribe, lui, est un homme de l’élite, certes, mais de celle qui travaille, les grands propriétaires terriens ; puissants donc, mais bouseux. Alors, lui a enfilé les bottes, les chemises à carreaux, poncho sur l’épaule, et a passé ses deux mandats à sillonner le pays jusqu’à pas d’heure pour rencontrer le peuple. Et le bonhomme ne vint pas les mains vides. Une poignée de main c’est déjà bien dans des coins où on n’a jamais vue ne serait-ce qu’un fonctionnaire de quatrième zone, mais une poignée de pesos c’est toujours mieux. Voilà le truc du magicien.

    Lorsque cela se passe au Venezuela, on dit que le président est un populiste de petite envergure. Ici, c’est un miracle et on appelle cela un peu vite la démocratie directe. Rien à voir avec la démocratie populaire, ce que certains naïfs pensent être une vraie démocratie directe, simplement un lien direct entre le roi et les serfs. Un problème avec les aides qui n’arrivent pas, la route encore inondée, l’essence frelaté ou un évier bouché ? Pas de problème, le président est là et vous met en relation avec sa cour de ministres et fonctionnaires qui suivent ébahis le prince faire ce qu’ils croient être de la bonne politique. Et la main au portefeuille, bien sur, grâce à un programme présidentiel appelé « familias en acción » qui n’a pas été crée par Uribe mais qui l’a largement développé pour en faire rien de moins qu’une pompe à fric pour arroser les pauvres et électeurs. Et si peu se rendent compte que cet argent est l’argent de tous les Colombiens, que ce n’est pas une faveur mais que c’est un droit, et que la politique c’est une vision partagée et populaire, pas une représentation grotesque de la puissance de quelques-uns.

    L’un des secrets de sa toute puissante popularité résida donc dans ces “consejos comunitarios”, réunions hebdomadaires avec le peuple, aux quatre vents et par tous les temps, retransmises évidemment en « direct-différé » selon le bon goût des producteurs, et aux intervenants bien choisis. Les partis politiques en ont véritablement souffert, les associations et les interlocuteurs traditionnels aussi. Le président, son peuple, un lien fort et direct, et rien d’autre. Puisqu’on vous dit chaque semaine que le peuple est content, que le président travaille dur et pour tous, et que c’est un homme simple et droit. Tout le reste n’est que jalousie et mensonge. Les institutions, la constitution, la cour suprême, les défenseurs des droits de l’Homme... puisqu’on vous dit que le peuple est content, vous êtes anti-démocrates ou quoi ?

    Confusion entre investissement étranger et saccage du pays.

    C’est peu de le dire camarades mais, pour l’élite, cette confusion n’a pas lieu d’être, les deux concepts se fondent l’un dans l’autre comme le beurre dans les épinards. Les riches pourtant, et parce qu’ils sont déjà riches, devraient bien être le dernier souci d’un président dont le peuple crève encore largement de faim. C’est que le bonhomme est bouseux, je vous l’ai dit, ou fait croire qu’il l’est, mais a tout de même fait ces études à Harvard. Fidèle à la tradition de soumission aux marchés, l’investissement étranger fut l’un des trois thèmes de ses mandats. Pour investir, ils ont investi. Enfin, « pillé » serait plus juste.

    Plus un service public n’est debout : eau, électricité, gaz, service public, éducation, santé, etc, etc. L’Européen n’est pas dépaysé en payant ses factures, ce sont les mêmes logos que sur ses terres natales, et au même tarif ! Elle est bien belle la mondialisation, mais c’est un progrès nous a dit le président, alors on applaudit. Et il parait que si les riches sont plus riches, cela fait du bien a tout le pays, nous a encore dit le président. Et oui, ils vont acheter plus, jouir plus certainement, alors forcément le moins riche qui vend des produits importés pour les riches et leurs plaisirs est content. Le riche et le moins riche sont contents. Bon, cela laisse à la marge 80 % de ceux qui ne peuvent même pas se payer les produits importés à crédit, mais c’est parce qu’ils n’ont pas assez travaillé ; partout dans le monde le pauvre est un sale fainéant, c’est sa faute perpétuelle, ai-je cru comprendre du président Uribe.

    Vendre au rabais ce que des générations de syndicats et de mouvements sociaux ont bâti dans le sang et la sueur c’est bien mais cela ne dure qu’un temps. Alors est venu celui des méga-projets. Des barrages gigantesques à vous tuer les 30 milles familles de pêcheurs qui vivent sur les rives du fleuve, des travaux publiques ubuesques (pour le bénéfice d’entreprises privées) à vous mettre les villes sens dessus-dessous pour quinze ans, des autoroutes pour que les camions chargés de bois précieux, d’or, d’émeraude, de charbon, de coltan, de pétrole, d’uranium, puissent rouler sans s’arrêter jusqu’aux ports exportateurs, comme au bon vieux temps des colonies, des plantations sans fin de palmes africaines pour que les camions roulent bio.

    Et si cela ne donne pas à bouffer au moins cela défriche la jungle pour que ces horribles communistes ne s’y cachent pas avec leurs fusils, tout cela dans le plus grand trafic d’appel d’offre et de corruption, du plomb dans la tête de ceux qui s’organisent contre le progrès, et ma foi, on y vient, un peu de nettoyage paramilitaire si des sans terre, sans nom - surtout des sans pouvoir d’achat - barrent la route aux fameux investissements étrangers.

    La Colombie est l’un des pays au sous-sol le plus riche. Cela le président l’avait bien compris parce que c’était un bon élève. On se souviendra toujours avec émotion que Pablo Escobar admirait ce jeune prodige de la politique locale (enfin un bouseux dans les affaires) lorsque le jeune Uribe était haut fonctionnaire dans l’agence nationale chargée des licences de vol et autres autorisations contrôlant le trafic aérien. Depuis son hacienda luxueuse, Escobar regardait passer les avions chargés de cocaïne en déclarant à ses amis : ce jeune là, avec sa tête de premier de la classe, c’est un type comme cela qu’il faudrait mettre président. Certains disent sans plaisanter que malgré l’assassinat du gros, Uribe a bien été le président du Cartel de Medellín. Mais je m’égare encore, revenons au sous-sol de la Colombie.

    Malgré leurs efforts, les espagnols d’abord et les colons en tous genres ensuite n’ont qu’à peine entamé les réserves en or et émeraude du pays. Le pétrole reste en grande partie à découvrir et un charbon de très bonne qualité affleure dans le nord-est du pays. Et voici que l’uranium et le coltan ont fait leur apparition. Si on se renseignait auprès de Ashanti Gold ou de British Petroleum, il ne fait aucun doute que toutes ses richesses représentent en dollars de quoi résoudre tous les problèmes de malnutrition, d’analphabétisme, de manque de santé et de structures éducatives du pays, si ce n’est du continent.

    Enfin, virtuellement, parce que les gars de Ashanti ou de BP réservent l’argent arraché à la terre à bien d’autres divertissements. Comme le président a des amis bien infiltrés dans les multinationales, il a décidé de faire du pays le premier pays minier de notre bonne vieille planète à l’horizon 2019.

    C’est un cadeau fabuleux pour les investissements étrangers, tous auront le droit d’investir-piller le pays en ne payant que des taxes illusoires ; et tout l’argent partira à l’étranger parce que c’est bien le principe de l’investissement-pillage étranger.

    Aux Colombiens, il ne restera que les trous dans le sol, la nature dévastée, des emplois de misère pour quelques années et un grenier vide lorsqu’ils se réveilleront du cauchemar. Mais à l’heure du bilan de Uribe, les étrangers sont contents, le président est content, alors même le peuple est content.

    Edgar, lui, n’est pas content. Il fait partie des dizaines de milliers de Colombiens qui vivent de la mine artisanale dans le pays. Lui, il cherche de l’or dans le nord-est d’Antioquia, une région de jungle et de collines où les affiches de la guérilla sont fièrement accrochées sur toutes les maisons des villages isolés. Nous verrons cela plus tard.

    Edgar, lui, et les quatre balles qui se baladent dans son corps depuis que les paramilitaires ont voulu le faire taire, lui et sa fâcheuse manie d’organiser les mineurs pour défendre leurs droits, eh bien Edgar est fort préoccupé de l’avenir que lui réserve cette lubie de faire de la Colombie le premier pays minier en 2019. Il est Colombien, pourtant il n’est pas content.

    Il faut dire qu’il ne regarde pas beaucoup la télé et qu’il vit en plein cœur d’une zone de conflit. Edgar n’est pas contre le progrès, il aimerait bien que la santé, l’éducation, les services de l’état, la justice même, et quelques infrastructures élémentaires, des routes, des canalisations d’eau, etc, arrivent dans les villages du Guamocó. Pourtant il doute qu’ouvrir les portes aux envahisseurs étrangers soit la solution. Il sait bien que la monstrueuse quantité d’argent s’envolera à l’étranger et la petite part qui reste sera avalée par l’État et distribuée aux riches.

    C’est que Edgar n’est pas le dernier pour t’expliquer le principe d’accumulation de capital par les bourgeois. Ce qui le préoccupe le plus ce sont les milliers de mineurs qui vivent de la mine artisanale. Le nouveau code minier entré en vigueur il y a quelques jours font d’eux des illégaux sans titre d’exploitation. Les multinationales, elles, ont des titres de propriété et le droit d’exploiter grâce au président Uribe. En fait, les mineurs vivent de fait sur ces propriétés.

    Mineurs, pêcheurs, paysans, que va-t-il se passer ? Les paramilitaires n’ont jamais vraiment quitté la région, Edgar ne le sait que trop bien, et les menaces se font de plus en plus répétées. Que se passera-t-il si tous sont déplacés au prétexte de la guerre ou accusés d’être de la guérilla, ou pire encore, accusés d’être contre le progrès des envahisseurs étrangers, de leurs énormes machines, de leur contamination et de leurs destructions, bref : contre le fait que des riches étrangers s’entendent avec quelques riches Colombiens pour tuer et massacrer afin d’être encore plus riches, comme on le leur a appris à Harvard, Oxford ou Chicago. Le président dit que c’est bien, et son héritage fièrement revendiqué est d’avoir préparé la Colombie à être un pays moderne, enfin pillé d’une façon plus moderne.

    Le président est content, des millions de Colombiens sont contents sans trop savoir pourquoi, parce qu’on leur a dit de l’être certainement. Mais ce qui est sur, c’est que des millions de Colombiens sont extrêmement mécontents et eux savent exactement pourquoi.

    La guerre civile n’aurait plus lieu.

    Outre le pacte social et les investissements étrangers, le président Uribe avait promis de mettre fin au conflit interne, et pas n’importe comment, en écrasant l’insurrection communiste par l’instauration de la « sécurité démocratique ». Presque une vengeance personnelle due au fait que le papa du président s’est fait « judicialiser » un jour qu’il faisait le mariole en refusant de payer l’impôt révolutionnaire et s’était mis en tête de recevoir les guérilleros à coups de fusil. C’est que le papa du président, grand ami de Pablo Escobar, fomentait déjà un plan pour en finir avec ces rouges et leur stratégie militaro-sociale de prendre aux riches pour donner aux pauvres. Parmi toute la classe politique colombienne, à l’heure des négociations de paix dans la zone démilitarisée de San Vicente del Caguán, département du Meta, en 1998-2001, Alvaro Uribe est le seul à ne pas avoir été serrer la pince de Marulanda, Reyes, Cano, Trinidad, el Mono Jojoy et consorts. Il fut le seul à fustiger la tentative de paix et de là a commencé à bâtir son image de dur de dur. Cela ne traîna pas pour qu’il devint l’enfant chéri des uniformes en tous genres, légaux comme illégaux. Son thème de campagne en 2002 : du sang, du sang et encore du sang. Et quelles qu’en soient les conséquences il faut écraser les rouges rebaptisés terroristes pour les besoins du spectacle mondial. Pour ce qui est des conséquences nous verrons plus tard, revenons au bilan par cette simple question : quid de la guérilla ?

    La réalisation des deux premières promesses de sa stratégie, le pacte social comme l’investissement étranger, réclamait au minimum que la force publique puisse se déplacer dans un pays alors contrôlé à plus de 50% par la guérilla (en fait les guérillas). Lorsqu’il s’installe à la Casa Nariño (le palais présidentiel) le processus de guerre totale est déjà enclenché. Le plan Colombia a été signé par son prédécesseur Pastrana et les paramilitaires se sont déjà réunis sous un commandement unifié, les AUC (Autodefensas Unidas de Colombia). Uribe est associé au paramilitarisme mais il faut reconnaître qu’il n’a rien inventé. Cette façon para-estatal de faire la loi remonte à la colonie espagnole et aux hommes de main des grands propriétaires terriens. Historiquement, l’état colombien n’a jamais brillé par sa force et les caciques locaux ont toujours disposé d’une petite brigade pour se protéger et protéger leurs affaires. Et comme Uribe est de ces gens là, mieux qu’aucun autre il a toujours considéré cette forme de justice comme naturelle. En tant que gouverneur de l’état de Antioquia dans les années 90, il a mis en place les Convivir, véritables milices légales de lutte contre la subversion. La Cour Suprême annula la légalité de ces phalanges mais le mal était fait, c’est-à-dire que toutes les forces fascistes du pays y ont vu un signe pour la légalisation prochaine du paramilitarisme. Et ainsi cela a été. Bien que Uribe passe pour le faiseur de paix en signant la loi Justicia y Paz en 2005, loi qui démantela les structures paramilitaires, il est en fait celui qui les a laissés agir en paix, puis leur a offert une totale impunité.

    Mais revenons à la guérilla. Les AUC n’ont jamais lutté contre la guérilla, en tout cas jamais en montant des opérations militaires d’envergure. Les paras étaient et restent spécialisés dans la lutte anti-subversive, c’est-à-dire, selon la bonne vieille école française, en terreur et massacres contre les civils, vols et viols, destructions et couvre-feux sous peine de décapitation. De ces horreurs, on peut noter les fours crématoires, les plus grandes fosses communes depuis le troisième Reich, les crucifixions façon Rome antique, les cadavres éventrés et chargés de pierres pour couler plus vite, les mutilations et démembrements, et d’autres saloperies que réserve le fasciste à ceux qui ne le sont pas. Si cela n’a pas directement affecté les forces de la guérilla, cela a évidemment affecté ses zones de repli et ravitaillement, ses informateurs et ses soutiens logistiques. On peut imaginer la grande peine de la guérilla à être impuissante face au massacre de son peuple. Je te rassure lecteur, si tu as une boule de rage dans le ventre, les combattants communistes ont fait payer cher à ces salauds au brassard AUC, n’en déplaisent au président qui s’en va, et si tu te balades en Colombie tout le monde te parlera de ces embuscades où sont tombés les paras par dizaines et dizaines, et de prisonniers il ne fut pas question.

    Une fois passée l’équipe de tueurs illégaux, déboulèrent les tueurs assermentés. Uribe a multiplié les forces militaires comme les forces de police. L’armée colombienne est la seconde armée du continent américain après les États-Unis et de loin la plus rompue au combat. Son armement vient essentiellement des mêmes nord-américains et de l’état d’Israël avec lequel elle partage de nombreux programmes d’entraînement en plus de l’armement. Les fusils colombiens de l’armée sont en fait des fusils israéliens fabriqués sous licence directement en Colombie. Donc le président, grâce à l’argent yankee et surfant sur la vague de la lutte contre le terrorisme, a multiplié les brigades et les bataillons, réarmé tout son monde et fait de la force aérienne une véritable machine de guerre adaptée à la guerre dans la jungle (hélicoptères et avions de surveillance) ; en plus de la quantité, le saut qualitatif des forces armées colombiennes a été impressionnant : guerre électronique, avions renifleurs et équipés pour la détection nocturne, écoutes des communications grâce à un Awac gringo survolant en permanence le territoire, etc, etc...

    Bon, avec tout cela, le quadrillage du territoire est assuré sur les grands axes de communications du pays. Les lignes de bus voyagent la nuit en caravane, les aéroports ne sont fermés que pour cause de mauvais temps et les matières premières sortent du pays sans trop de problème. Plus personne ne s’est fait enlever pour collusion avec l’état bourgeois, et les graffitis pro-fariano (FARC-EP) ne sortent plus guère de l’université. Il y a toujours des puits de pétrole qui sautent ici et là, des mines qui font leur office en arrachant une jambe de militaire, mais la grande majorité du territoire est tenue en joue par l’impressionnante machine de guerre.

    A voyager dans le pays, il faut s’habituer aux blindés le long des routes, aux files de militaires qui rentrent et qui sortent de la jungle, à voyager dans les transports à côté d’un uniforme et à tomber sur un barrage tous les 50 kilomètres et tous les 5 kilomètres dans les zones de conflit... les zones de conflit ? Parce qu’avec tout cela, elle existe encore la guérilla ? Claro compañero ! Et je dirai très simplement - et parce que ce ne sont pas un groupe de bandeloros à l’écart du peuple et de ses aspirations mais bien l’armée du peuple en tant que telle, le EP de Farc-EP - que tant que les causes du conflit existeront, la guérilla existera.

    Certes, la situation est bien plus compliquée qu’il y a une dizaine d’années, et l’état policier (pardon : la « sécurité démocratique ») mis en place par le président Uribe a fait son office en refoulant la guérilla dans les zones reculées du pays. Simplement, il reste que sur 30% du pays- les zones les plus inaccessibles - la guérilla est plus ou moins chez elle. Les fondamentaux de la guerre de guérilla ont été remis au goût du jour : le mouvement perpétuel, la morsure et la retraite. La force de frappe reste explosive. La guérilla est là depuis plus de 60 ans, rien ne lui impose de se jeter dans la bataille par une charge héroïque et suicidaire ; elle a fait le dos rond, laissé passer l’orage terrifiant soufflé depuis Washington, et elle attend sans nul doute des jours meilleurs pour relancer de grandes offensives.

    Il reste que pas un jour ne se passe sans combat. Au mois de mai, l’état fait part de 300 guérilleros abattus. La guérilla en reconnaît 50 mais annonce, elle, plus de 300 ennemis morts au combat. Difficile à vérifier.

    La guerre civile est donc bien présente, à chaque carrefour, dans chaque mouvement, dans chaque geste de la vie quotidienne colombienne. Les informations sur la guerre dégueulent des stations de radio réservées de l’armée nationale, de la police et de la justice. Les militaires sont partout, les hélicoptères de combat survolent en permanence les villes et les campagnes et même les avions de combat sillonnent en rugissant le ciel de la capitale. Les revues de la guérilla passent sous le manteau, le parti communiste clandestin comme le mouvement bolivarien et le mouvement de la jeunesse bolivarienne ont toujours une activité soutenue pour qui sait les trouver. L’état policier est quant à lui sans pitié, près de 7 500 prisonniers politiques croupissent dans les prisons. Le tarif minimum est de 7 ans pour rébellion.

    Non, la guerre civile n’a pas pris fin. Elle a même largement débordé les frontières traditionnelles de ses acteurs historiques. Une des grandes stratégies d’Uribe a été d’impliquer dans le conflit la population qui ne l’était pas. Des milliers de « gardes forestiers » ont été recrutés et des millions d’informateurs, rémunérés par l’état, sont là pour étouffer la critique et la vérité. Le bombardement médiatique ne cesse de diffamer et de corrompre l’idéologie de la guérilla. Ils furent bandits communistes, narcotrafiquants, aujourd’hui terroristes. Pas un mois ne se passe sans qu’on annonce la mort d’Alfonso Cano, et pas un mois ne se passe sans que ce dernier ou son état major envoie une carte ou une vidéo pour tenter de percer la chape de plomb de la censure. La dernière vidéo en date a fait le tour des médias. Alfonso Cano a appelé le nouveau gouvernement de Juan Manuel Santos à dialoguer pour trouver une fin négociée au conflit interne. Tous les analystes y ont vu une faiblesse de la guérilla, tous les chiens du pouvoir ont trouvé le numéro un des Farc-Ep maigre et fatigué, rien de très nouveau.

    La vérité est que la guérilla a renouvelé sa détermination pour la paix en Colombie, mais pas à n’importe quel prix, pas au prix de l’oubli et de l’injustice sociale, et par là même elle a affirmé encore une fois son indéfectible foi en la lutte armée pour contrer l’aile la plus fasciste de l’oligarchie, celle qui s’est, sous le règne du président Uribe, accaparée tous les rouages de l’état colombien.

    Crimes et châtiments de l’ère Uribe.

    Le prix à payer pour ce bilan est un carnage sans précédent, une violation constante des droits des acteurs sociaux, défenseurs des droits de l’Homme, syndicalistes, professeurs et militants de la gauche vraie et radicale, une militarisation de la société jusque dans les esprits, une folle course en avant dans le trou noir néo-libéral, l’abandon des couches les plus vulnérables de la société aux errements d’un monde moderne qui les nie, et une culture toujours plus sordide portée aux nues, celle du chef incontesté, celle du trafiquant au bon cœur, celle du machisme et du patriotisme comme tristes nouveautés pour le vingt-et-unième siècle qui commence.

    Sous Uribe, le Congrès acquis à sa cause, avec plus de 70% de ses membres sous investigations judiciaires pour liens présumés avec les tueurs paramilitaires, a sombré dans le chaos sans pour autant faire vaciller les institutions. Le nouveau Congrès à venir commence sa législature avec 30% de ses membres toujours sous investigation pour les mêmes motifs. C’est un des héritages du président Uribe, à savoir la normalisation de la philosophie paramilitaire, l’acceptation de la politique du sang et de la loi du plus fort et des plus inquiétants, la mise sous tutelle de la justice, c’est à dire son bâillonnement.

    La lutte contre le trafic de drogue n’a pas vraiment été à l’ordre du jour sous l’ère Uribe. La Colombie reste le plus grand exportateur de cocaïne du monde. Aucun plan sérieux de substitution des cultures à vocation illicite n’a été mis sur la table, simplement la poursuite de la criminalisation des paysans et la fumigation sauvage dont le but a plus été de déplacer les populations que de lutter contre les grands pontes du trafic international.

    Le déplacement de population est resté lui à l’ordre du jour, plaçant le pays devant l’Afghanistan et l’Irak dans cette triste liste. Rien n’est fait pour la protection de ces populations ou pour le retour en toute sécurité sur leurs terres. La concentration des terres dans les mains des grands propriétaires s’est accentuée, aucune réforme agraire n’est à l’ordre du jour.

    Les relations internationales se sont dégradées avec tous les pays du bloc continental, la guerre contre le voisin bolivarien est à l’ordre du jour et les attaques sourdes se sont multipliées à un rythme effrayant. Accusations, diffamations, violations des espaces aériens, bombardements illégaux en territoire étranger, la militarisation de la société aidant, la guerre patriotique est une possibilité construite sans relâche par le président Uribe, à la grande satisfaction de la puissance impérialiste nord-américaine.

    Certes le traité de libre échange (TLC) a échoué avec ces derniers sous la pression d’organismes non-gouvernementaux effrayés des crimes et violations répétés des forces militaires colombiennes, mais l’Oncle Sam s’est rattrapé en transformant la Colombie en porte-avion insubmersible, et le président Uribe s’est consolé avec un traité de libre-échange avec l’Europe qui semble-t-il n’a rien à foutre - elle - des crimes contre l’Humanité du régime.

    Pour conclure, on peut dire sans sourciller que le président Uribe a réalisé le rêve de tous les dictateurs du vingtième siècle, à savoir : établir une dictature sous les habits formelles d’une démocratie de droit. Ce n’est pas une mince affaire et c’est ce qui fait de lui un homme des plus respectés par les extrêmes droites du monde entier. Du Honduras au Chili, du Mexique au Pérou, pour ne parler que de l’Amérique Latine, c’est avec grande minutie que l’on étudie ces années noires où le fascisme s’est étendu et s’est fait entendre par tous sans qu’un seul contre-pouvoir, sans qu’aucune voix de justice ne puisse entamer l’armure du mal absolu.

    Confondant le progrès et le lynchage capitaliste, mêlant nationalisme et patriotisme, élevant le pouvoir absolu d’un seul au-dessus du droit du peuple, remplaçant l’éducation populaire par un paternalisme incestueux, rien n’est plus sombre dans ce tableau que le concert de voix qui s’élève pour fêter le « meilleur président que le pays ait jamais connu ».

    Le plus déconcertant est bien que le bonhomme, loin de disparaître du paysage politique, se place pour de longues années à venir comme défenseur de son bilan, de sa stratégie, de sa philosophie archaïque. Et nul doute que toute tentative de réforme, de changement et bien évidemment de révolution - fut-elle démocratique et citoyenne - seront sous la menace forte d’un coup d’état militaire qui le ramènerait au pouvoir, accompagné des tambours de la guerre et des cris d’hystérie collective contre le terrorisme gauchiste.

    C’est ainsi : le dernier jour du Président n’est pas encore arrivé.

    Archibald EMOREJ

    Note.

    (1) Jaime Garzón dans ses oeuvres http://www.youtube.com/watch?v=_FCk...

    URL de cet article
    http://www.legrandsoir.info/Colombie-le-dernier-jour-du-President.html
     

    ******* Ce Jaime Garzón génial, impertinent, lucide et critique, ce Jaime Garzón vivant, dont mille facettes, personnages et phrases caustiques restent gravées dans la mémoire et la conscience nationales, même si ses assassins l'ont à jamais réduit au silence un matin d'il y a déjà 11 ans.

    Ses personnages n'ont jamais été banals. Néstor Elí, Inti De La Hoz, John Lenin, William Garra, el Quemando Central, Dioselina, Tibaná, Heriberto De La Calle et tant d'autres, ont tous un dénominateur commun, à savoir leur message riche en contenu et critique envers le pouvoir, les pouvoirs, qui avec ou sans armes, mais grâce à celles-ci, ont élaboré un projet de pays d'exclusion et de violence.

    Pendant onze ans, Jaime Garzón a rassemblé des publics inimaginables pour faire ses dénonciations par le biais de l'humour critique, un genre qui a été assassiné en même temps que lui. Cet aspect de popularité est important non seulement en tant que mesure, mais aussi en raison de l'impact des personnages de Garzón sur l'imaginaire national. C'est la première et unique fois dans l'histoire du pays que le message critique a atteint un si grand nombre de personnes. C'est pourquoi je rejoins Antonio Morales lorsqu'il estime que si Jaime Garzón n'avait pas été réduit au silence en août 1999, d'autres balles l'auraient tué, tôt ou tard.

    A l'époque où Garzón a été assassiné, on voyait se profiler, en Colombie, le projet politique paramilitaire, qui s'était déjà emparé du contrôle social dans une grande partie du pays et qui s'orientait ambitieusement vers le pouvoir national. Le message de Jaime Garzón constituait sans aucun doute une entrave à ce projet qui s'est frayé un chemin jusqu'à la présidence en 2002. Dans d'autres pays, il a fallu instaurer des dictatures, mais en Colombie, un vote populaire coopté, corrompu et organisé sous la contrainte a ouvert la voie à la consolidation d'un modèle autoritaire, qui tente aujourd'hui de s'autoproclamer "Etat d'opinion". La grande différence avec les gouvernements précédents n'est pas tellement les nombreuses pratiques mafieuses observées à tous les niveaux du pouvoir national, mais bien le fait que ces pratiques se déroulent dans les sous-sols de la Casa de Nariño (palais présidentiel colombien) : corruption, destruction sociale et morale de l'opposant, caciquisme, clientélisme et j'en passe bien d'autres.

    Je n'hésite pas à qualifier l'assassinat de Jaime Garzón de crime commis par un Etat, non seulement parce que des militaires actifs de haut rang y sont impliqués, mais aussi parce qu'une stratégie a été développée autour de sa mort afin de maintenir l'impunité dans cette affaire. A cette stratégie ont participé des membres des services de sécurité de l'Etat, concrètement du Département administratif de sécurité (DAS), du ministère public, de la police nationale et d'autres organismes.


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  • Boycottons les esclavagistes !

    Boycott

    C’est un travers de notre société que de considérer tout ce qui touche à ce qu’on appelle “la production”, et qui est en fait le “vrai travail”, celui sans lequel tous les autres sont inutiles, comme une chose méprisable, sale, tout juste bonne pour les gueux. Les gens de qualité font dans le commercial, le marketing, la finance, les “ressources humaines”, et ce sont eux qui décident justement de confier, en se pinçant le nez, la production aux gueux.

    De préférence asiatiques, les gueux, puisque c’est dans ces lointaines contrées que l’Occident produit la quasi totalité de ses biens matériels, qu’elle achète à vil prix. Tout en sachant fort bien que les conditions de travail y sont indécentes et les salaires dérisoires.

    La paire de grolles siglée d’une marque à la mode, achetée là-bas contre quelques dollars, y est ensuite, par la grâce du marketing, revendue une fortune à des occidentaux friqués et lobotomisés, pour le plus grand bonheur d’actionnaires replets.

    Ce schéma n’est pas seulement valable dans l’industrie. Périodiquement, les stigmates de son utilisation dans l’agriculture prennent la forme de manifestations plus où moins violentes. Pas une année sans que l’on n’évoque les producteurs de fruits, ou de cochons, ou de lait, qui sont obligés de vendre à perte le fruit de leur travail, tout en voyant les gros cyniques de l’étage au-dessus se bourrer les fouilles sur leur dos. Coincés dans l’étau du système qui les a conduits à s’endetter, obligés d’acheter des aliments, des engrais ou des pesticides à des fournisseurs qui fixent autoritairement leurs prix, leur seul gagne-pain est la revente de leurs produit à un prix qu’ils ne maîtrisent pas. C’est ça ou crever.

    C’est bizarre, la première fortune de France n’est pas le fait d’un agriculteur, mais du directeur d’une chaîne d’hypermarchés. Quant à la troisième, la désormais célèbre Madame Bettencourt, elle ne possède pas de cultures maraîchères, mais des actions de la plus grosse multinationale de l’agroalimentaire.

    Aujourd’hui, ce sont les producteurs laitiers qui s’énervent, et il y a de quoi ! Victimes de l’économie de marché dérégulée, ils sont désormais contraints de vendre leur production sous leur prix de revient. Ils se sont crus sauvés par un accord signé sous l’impulsion du gouvernement il y a quelques mois avec les industriels… Ils auraient pourtant dû savoir qu’on ne peut jamais faire confiance à un gouvernement sarkozyste, pas plus qu’à un gros industriel de l’agroalimentaire.

    Aujourd’hui, trois de ces industriels (il y en a certainement d’autres) ont déjà trahi cet accord, en refusant d’accorder aux producteurs les augmentations du prix du lait qui en résultaient.

    Autant les appeler par leur nom : ces brigands, ces exploiteurs, ces esclavagistes du 21e siècle, s’appellent Lactalis, Bel et Bongrain. Derrière ces noms plus ou moins anonymes se cachent des marques, qui elles sont archi-connues, surtout pour nous abreuver de pub télé.

    Lactalis c’est le lait marketing hors de prix Lactel, le camembert industriel et insipide Président, la crème Bridel, le roquefort Société, la mozarella Galbani et plein d’autres. Vous en trouverez une liste exhaustive ici.

    Bongrain ce sont d’autres célèbres camemberts marketing infâmes, Cœur de Lion et Le Rustique, la crème Elle et Vire, Caprice des Dieux, Chamois d’Or, Tartare, etc … Liste complète ici

    Bel c’est le Babybel, La Vache qui rit, le Leerdamer, les Apéricubes, le Boursin, la crème Sylphide… Liste complète ici (au passage vous admirerez la “technique” qui consiste à faire faire la culbute entre le prix d’achat du lait extorqué au producteur et le produit fini “Tchiz Box” : entre les deux, principalement du marketing et du foutage de gueule…

    Tous ces produits ont en commun les caractéristiques suivantes :

    - Vendre très cher des produits industriels aseptisés souvent insipides, auxquels il faut rajouter des pelletées d’arômes pour tenter en vain de leur redonner le goût de vrais produits.

    - Prendre les gens pour des cons en donnant à ces produits une image artisanale par le truchement du marketing (Cf Le Vieux Pané, Le Rustique…)

    - Et donc exploiter cyniquement et jusqu’au trognon leurs fournisseurs, producteurs laitiers.

    Voilà donc des devoirs de vacances qui ne devraient pas demander trop d’efforts : boycottez ces marques, passez devant ces produits avec un sourire méprisant, et achetez plutôt de vrais fromages artisanaux, au lait cru.

    Cette lamentable histoire est encore une occasion supplémentaire, s’il en fallait, d’illuster par l’exemple le caractère profondément vicié du libéralisme économique…

    LE BLOG DE SuperNo


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