• Shalit, Hamouri, Bernard-Henri Lévy et les intellectuels mercenaires

    Alain Gresh
    Le Monde diplomatique


    Faut-il tirer sur les ambulances ? Le flop des deux derniers opus de notre philosophe national, malgré une campagne de soutien médiatique, l’appui complaisant du grand quotidien du soir, les mille et une excuses trouvées pour justifier la manière dont il a repris les oeuvres d’un philosophe inventé de toutes pièces, indiquent que Bernard-Henri Lévy glisse déjà inéluctablement vers les bas-fonds de l’oubli.

    Et pourtant, il ne faut pas être injuste. L’homme a un vrai talent. Celui de condenser, en peu de pages, l’ensemble des mensonges, des semi-vérités et des contre-vérités sur le conflit israélo-palestinien. Il restera comme celui qui a déclaré, à la veille de la tuerie de neuf humanitaires de la flottille de la paix par l’armée israélienne : « Je n’ai jamais vu une armée aussi démocratique, qui se pose tellement de questions morales. » Chacun de ses textes mériterait une étude approfondie pour mettre en lumière les nouveaux visages de la propagande. Et on peut espérer que les écoles de journalisme mettront à l’étude ses textes pour décortiquer le mensonge ordinaire proféré sous l’habillage de la philosophie, des droits humains et même, dans son dernier texte, de l’ancien Testament.

    Publié par Le Point du 24 juin, cet article s’intitule « Trois questions (et réponses) concernant le soldat Shalit ». Le 25 juin, cela fera quatre ans que le soldat franco-israélien Guilad Shalit a été capturé par le Hamas et plusieurs manifestations de soutien se préparent ou se sont déjà déroulées.

    Pourquoi tant d’intérêt pour ce soldat, s’interroge Bernard-Henri Lévy ? Parce que, justement, il n’est pas un prisonnier comme les autres. Pourquoi ?

    « Car il y a des conventions internationales, déjà, qui régissent le statut des prisonniers de guerre et le seul fait que celui-ci soit au secret depuis quatre ans, le fait que la Croix-Rouge, qui rend régulièrement visite aux Palestiniens dans les prisons israéliennes, n’ait jamais pu avoir accès à lui, est une violation flagrante du droit de la guerre. »

    Lévy a raison, il est anormal que la Croix-Rouge n’ait pas accès au prisonnier, c’est une violation du droit de la guerre. Mais comment sont traité les prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes ?

    Correspondant du Monde en Israël, Benjamin Barthe écrit le 18 juin, sur le site Médiapart (sur le blog de Pierre Puchot, qui n’est pas en accès libre) :

    « Depuis juin 2007, les familles des 1000 Gazawis emprisonnés en Israël sont privées de droit de visite. » Et il ajoute : « L’ignorance à ce sujet est telle que le conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne réunis le 14 juin dernier a enjoint au Hamas de laisser le CICR visiter Shalit sans mentionner le cas des Palestiniens. Précision : la décision israélienne n’a pas été prise en représailles au traitement réservé à Shalit. C’est une « mesure de sécurité » dixit la cour suprême en décembre 2009. »

    Ignorance, écrit Barthe. Il a bien sûr raison, mais cette ignorance reflète le fait que jamais, dans la pensée coloniale, un Blanc n’équivaut à un basané. Le Blanc a toujours un visage, une famille, une identité ; le basané est sans visage, regroupé dans un collectif anonyme.

    Mais Shalit a une autre caractéristique selon Lévy :

    « Mais, surtout, surtout, il ne faut pas se lasser de répéter ceci : Shalit n’a pas été capturé dans le feu d’une bataille mais au cours d’un raid, opéré en Israël et alors qu’Israël, ayant évacué Gaza, était en paix avec son voisin ; dire prisonnier de guerre, en d’autres termes, c’est estimer que le fait qu’Israël occupe un territoire ou qu’il mette un terme à cette occupation ne change rien à la haine qu’on croit devoir lui vouer ; c’est accepter l’idée selon laquelle Israël est en guerre même quand il est en paix ou qu’il faut faire la guerre à Israël parce que Israël est Israël ; et si l’on n’accepte pas cela, si l’on refuse cette logique qui est la logique même du Hamas et qui, si les mots ont un sens, est une logique de guerre totale, alors il faut commencer par changer complètement de rhétorique et de lexique. Shalit n’est pas un prisonnier de guerre mais un otage. Son sort est symétrique de celui, non d’un prisonnier palestinien, mais d’un kidnappé contre rançon. Et il faut le défendre, donc, comme on défend les otages des FARC, des Libyens, des Iraniens - il faut le défendre avec la même énergie que, mettons, Clotilde Reiss ou Ingrid Betancourt. »

    Vous avez bien lu, Israël était en paix avec son voisin après son évacuation de ce territoire en 2005. Ce que Lévy oublie c’est qu’Israël contrôlait « seulement » les frontières maritimes (empêchant même les pécheurs d’aller en haute mer), les frontières aériennes et les frontières terrestres (à l’exception de celle avec l’Egypte). Ce qui a amené les Nations unies à déclarer que Gaza restait un territoire occupé. Le blocus auquel ce territoire est soumis en est une preuve supplémentaire.

    L’Egypte porte-t-elle une responsabilité dans ce blocus ? Bien sûr répond Christophe Ayad dans « Si BHL était allé à Gaza... », Libération (23 juin), dans une réponse à la tribune de ce dernier publiée par le quotidien le 7 juin (« Pourquoi je défends Israël », accompagnée d’un commentaire complaisant de Laurent Joffrin).

    « L’Egypte, note BHL, est “coresponsable” du blocus de Gaza. Il n’ignore pas que les dirigeants égyptiens sont aujourd’hui illégitimes aux yeux de leur propre population. Mais à cette dictature-là, jamais il ne songe à reprocher quoi que ce soit. Seul est fustigé “le gang d’islamistes qui a pris le pouvoir par la force il y a trois ans”. Faut-il rappeler à Bernard-Henri Lévy que le Hamas avait remporté, en 2006, des élections unanimement considérées comme les plus transparentes et pluralistes du monde arabe ?  »

    Revenons à Lévy et à Shalit, « cet homme au visage d’enfant qui incarne, bien malgré lui, la violence sans fin du Hamas ; l’impensé exterminateur de ceux qui le soutiennent ; le cynisme de ces “humanitaires” qui, comme sur la flottille de Free Gaza, ont refusé de se charger d’une lettre de sa famille ; ou encore ce deux poids et deux mesures qui fait qu’il ne jouit pas du même capital de sympathie que, justement, une Betancourt. Un Franco-Israélien vaut-il moins qu’une Franco-Colombienne ? Est-ce le signifiant Israël qui suffit à le dégrader ? D’où vient, pour être précis, qu’il n’ait pas vu son portrait accroché, à côté de celui de l’héroïque Colombienne, sur la façade de l’Hôtel de Ville de Paris ? Et comment expliquer que, dans le parc du 12e arrondissement où il a fini par être exposé, il soit si régulièrement, et impunément, vandalisé ? Shalit, le symbole. Shalit, comme un miroir ».

    Mais alors, le Franco-Palestinien Hamouri, ne devrait-il pas jouir de la sympathie des autorités et de Lévy ? N’est-il pas emprisonné depuis mars 2005, depuis plus longtemps que Shalit ? Mais peu de gens se préoccupent de son sort, et surtout pas Lévy. Depuis que le comédien François Cluzet a évoqué son cas en novembre 2009 devant un Jean-François Copé qui ne savait même pas qui était Hamouri, le silence est retombé.

    Et là aussi, on vérifie le deux poids deux mesures, mais pas celui dont parle Lévy. Un Franco-israélien est un Blanc, il mérite notre sympathie ; un Franco-palestinien, dans le fond, ce n’est qu’un Arabe... En avril 2010, un citoyen franco-palestinien est mort d’une crise cardiaque à la frontière entre Gaza et Israël après avoir été retenu plusieurs heures par les autorités israéliennes qui, selon Lévy, ne sont pas en guerre contre Gaza. En avez-vous entendu parler ? Paris a, paraît-il, demandé que toute la lumière soit faite sur ce décès. On attend toujours, comme on attend toujours les mesures françaises contre les nombreuses violations du droit du personnel diplomatique français en Israël ou contre l’utilisation par le Mossad de passeports français pour l’assassinat d’un dirigeant du Hamas dans les Emirats arabes unis.

    Une dernière question, qu’il faut poser sans relâche aux autorités françaises : des soldats disposant d’un passeport français ont-il le droit de servir dans une armée d’occupation, dans des territoires que la communauté internationale et la France considèrent comme des territoires occupés ?

    L’article de Lévy se termine par un hommage à la position morale d’Israël qui, pour sauver ses soldats, est prêt à les échanger contre des « assassins potentiels », c’est-à-dire des combattants palestiniens ou libanais.

    « En 1982 déjà, Israël relâchait 4 700 combattants retenus dans le camp Ansar, en échange de 8 de ses soldats. En 1985, il en remettait dans la nature 1 150 (dont le futur fondateur du Hamas, Ahmed Yassine) pour prix de 3 des siens. Sans parler des corps, juste des corps, d’Eldad Regev et Ehoud Goldwasser, tués au début de la dernière guerre du Liban, qui furent troqués, en 2008, contre plusieurs leaders du Hezbollah dont certains très lourdement condamnés ! »

    Rappelons que les combattants arrêtés en 1982 étaient des membres de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et des Libanais qui s’étaient opposés à l’invasion de leur pays par les chars du général Ariel Sharon, invasion qui fit des dizaines de milliers de victimes civiles et déboucha sur les massacres de Sabra et Chatila. Doit-on comprendre des propos de Bernard-Henri Lévy qu’Israël menait, à l’époque aussi, une guerre juste ?

    Et quand il évoque des personnes lourdement condamnées par la justice israélienne, que croit-il prouver ? Marwan Barghouti, comme plusieurs autres milliers de Palestiniens ont été aussi condamnés par une justice israélienne aussi « aux ordres » que l’était la justice française du temps de la guerre d’Algérie.

    Il y a 70 ans, en 1937, des journalistes et des intellectuels expliquaient que la ville basque de Guernica n’avait pas été détruite par l’aviation nazie mais par les républicains espagnols eux-mêmes. Bernard-Henri Lévy durant la guerre contre Gaza de décembre 2008-janvier 2009 paradait sur un char israélien pour prétendre que les destructions étaient moins graves que ce que l’on prétendait. Il réécrit désormais l’histoire et affirme que, contrairement à ce que clamaient des centaines de milliers d’Israéliens en 1982, la guerre du Liban était une guerre juste et que les combattants qui s’opposaient à cette invasion étaient des terroristes.

    Paraphrasant Voltaire sur les mercenaires, on pourrait écrire de lui : « Dieu nous préserve de penser que vous sacrifiez la vérité à un vil intérêt ; que vous êtes du nombre de ces malheureux mercenaires qui combattent par des arguments, pour assurer et pour faire respecter les puissants de ce monde. »

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    Alain Gresh

    Du même auteur :

    -  Que Gaza sombre dans la Méditerranée !??
    -  Etats-Unis, changement ou continuité ??
    -  Iran, vers « une communauté internationale » post-occidentale ?


     
     

    24 juin 2010 - Les blogs du Diplo
    Vous pouvez consulter cet article à :
    http://blog.mondediplo.net/2010-06-...

     

     


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  • Pays-Bas : Les pro-immigration durcissent le ton

     

    Incendies, menaces personnelles, actes de vandalisme, les actions contre la politique migratoire néerlandaise s’intensifient et se durcissent. Selon les renseignements généraux, deux organisations qualifiées d’«extrémistes» dominent la lutte, mais les actions les plus violentes sont souvent revendiquées par des groupuscules.

     

     

    Août 2009 : après un avertissement sur Internet, un bâtiment situé à côté de l’aéroport de Zestienhoven est incendié. Il s’agit d’une baraque de chantier des entreprises qui sont en train de construire un grand centre de rétention (320 cellules, prévues pour 576 détenus) pour les étrangers en situation irrégulière. Un peu plus tard, le même jour, The Anarchist Fire, un groupuscule d’activistes anonymes, revendique l’action. Incendies criminels, intimidations, menaces, etc. Depuis quelques années, la résistance à la politique néerlandaise en matière d’asile et à l’égard des étrangers augmente, comme le constate l’AIVD, le service des renseignements généraux et de la sécurité.

    David van Ballegooijen, en a fait l’expérience. Le 20 février 2007, il a un choc en quittant sa maison à Zeist. La façade était couverte de peinture rouge. Il pense d’abord à un acte de vandalisme jusqu’à ce qu’il reçoive un courriel anonyme : «Du sang sur tes mains, des taches de sang au mur (…) Ceci est un avertissement (…) Plus personne ne restera anonyme en collaborant avec la politique inhumaine à l’égard des réfugiés.» Van Ballegooijen comprend vite : en tant qu’élu et président local de son parti chrétien, il a voté pour l’extension du centre de rétention pour étrangers en situation irrégulière de Kamp Zeist. «Si les gens ne sont pas d’accord avec les décisions politiques, je les invite à sonner à ma porte pendant la journée», dit-il. «Jeter une bombe à peinture en pleine nuit, c’est lâche.» La même nuit, le groupe d’action a rendu visite à cinq autres présidents de groupes parlementaires. C’est chez Karst Schuring, du Parti travailliste, que le coup a été le plus dur. Le sac rempli de peinture a atterri dans la chambre de sa fille.

    Des dizaines d’entreprises visées

    Le 9 février dernier, l’architecte du centre de rétention de Zestienhoven constate que sa maison et sa voiture sont maculées de peinture rouge. Suit un courriel menaçant du groupe d’action Betonrot (corrosion du béton) : «En remerciement de ton projet du nouveau centre de rétention de Zestienhoven et de tes contributions précédentes au complexe industriel pénitentiaire. C’est un avertissement (…) Arrêtez de vous enrichir avec la politique migratoire barbare de la Forteresse Europe !»

    Les renseignements généraux néerlandais estiment que le nombre d’activités illégales et de menaces va s’accroître, d’autant que les Pays-Bas construisent de plus en plus de centres de rétention. Sur Internet, un document de 27 pages listant les instances concernées circule sous le titre «Au pilori !» On y trouve les bureaux du service de l’immigration et de la naturalisation (IND), l’entreprise chargée de la transformation du bateau-prison de Dordrecht, le fournisseur des ascenseurs du nouveau complexe de Zestienhoven. Mais aussi l’entreprise de ramassage des ordures des navires de rétention de Zaandam, les agences d’intérim qui recrutent du personnel pour les centres de rétention et les entreprises qui fournissent les colis de Noël pour l’IND. Le site Internet «À bas la machine de déportation», créé l’an dernier, donnait même toutes sortes d’informations d’ordre privé. Y était notamment mentionné le club de judo dont était membre le jeune fils du directeur d’un centre de rétention.

    Le choix de l’activisme en toute légalité

    Les renseignements généraux (l’AIVD) écrivent dans leur rapport que la «résistance illégale est déterminée par deux organisations», Arrêtez les déportations (WSD) et le Groupe anarchiste anti-déportation d’Utrecht (Aagu). Basées à Utrecht, elles mènent des actions légales et illégales, dont certaines ont entraîné des amendes, des peines alternatives ou des peines de prison. Mais il ne s’agit pas d’actions intimidantes et menaçantes. Ces dernières sont revendiquées par des groupuscules tels que Grenzen Weg (Supprimons les frontières), Geen Bloed Aan Mijn Handen (Pas de sang sur mes mains), Gebroken Gla(n)s (Verre/éclat brisé), et Anarchist Fire.

    «Nous estimons que l’immigration a une cause. Comme nous sommes très riches, les pauvres viennent chez nous, c’est logique, explique Mikkie Venema, 47 ans, une militante de l’Aagu. Nous nous opposons à la politique actuelle en matière d’immigration. Nous le faisons par des actions ouvertes et directes, mais sans violence vis-à-vis des personnes. Il faut parfois faire des choses qui dérangent les gens. Nous avons occupé deux fois un bureau de l’IND et nous sommes montés sur le toit de Kamp Zeist. L’AIVD nous confond avec les gens qui jettent des bombes de peintures artisanales. C’est absurde. Nous ne faisons pas peur aux gens. Mais je peux comprendre qu’on mette le feu à une baraque de chantier près du centre de rétention de l’aéroport de Zestienhoven. Des gens qui habitent et travaillent aux Pays-Bas depuis 21 ans sont expulsés. Des hommes qui ont été enfermés jusqu’à huit fois et qui font la grève de la faim pendant des mois. Lorsqu’on entend cela, on se sent impuissant.»

    Source ici

    Leur presse (Bart Zuidervaart, Trouw), 3 novembre 2009.

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  • Woerth démission ! Sarkozy complice !

    Le peuple français dans son immense majorité est aussi « choqué » par l’affaire Woerth qu’il le fut au temps de la tentative de « placement » du Prince Jean à L’EPAD de la Défense. On nous agite sous le nez le chiffon sale de la haute bourgeoisie insolente, pleine de morgue et de mépris et l’on tente de nous dissuader de nous en indigner. Alors qu’ il s’agit de l’homme mis en « tête de pont »  pour spolier des millions d’entre nous de nos retraites, de nos jours heureux à 60 ans.

    Dans le sérail, de Jean-François Mancel à Andersen Consulting lors de la faillite d’Enron :

    Eric Woerth est un homme trempé dans le sérail, il a été sélectionné et formé par Jean-François Mancel dans l’Oise, dirigeant national du RPR qui eut maille avec la justice et fut condamné, pour l’usage de personnel de maison et de biens appartenant au Conseil général qu’il dirigeait. Passant de Chirac à Sarkozy, il a été chargé des collectes de fond, du parti majoritaire, organisant le « Premier cercle » de 400 cotisants de la « haute », les réunissant à l’américaine pour serrer la main du « Président » et à l’occasion demander quelques petits services en retour. À la façon dont  le groupe Lucien Barrière ouvrit le Fouquet’s et Bolloré prêta son yacht : pourquoi ces gestes élégants ne recevraient–ils pas tôt ou tard, un retour d’ascenseur obligé ?  D’Arthur Andersen consulting à l’UMP, au budget et à la casse des retraites, Woerth a eu  l’entregent, le cynisme, le savoir caché, pour parcourir le chamin qui « ouvre les caisses » toutes grandes.

    En effet, dans le CV de M. Woerth on trouve : directeur d’Andersen Consulting de 1998 à 2002. Pourquoi 2002 ? Parce qu’Andersen Consulting a fraudé en maquillant des comptes frauduleux, notamment ceux d’Enron : elle a dû fermer et ses employés, notamment ses responsables dont M. Woerth, ont dû trouver un emploi ailleurs. En 2002, le fond de pension Enron s’est effondré et les retraités qui avaient la certification d’Andersen Consulting se sont finalement retrouvés sans rien. M. Woerth est tout naturellement devenu le ministre gérant le dossier retraite en France…. Confiance, confiance ?

    Ainsi cet homme était à la fois ministre du Budget et trésorier de l’UMP.

    De toute manière, ce qui devrait être jugé à la base n’est pas l’action de fraude mais la situation de conflit d’intérêt évidente en ce qui concerne son ex-position au ministère des finances, sa proximité avec les intérêts de la première fortune de France et sa position de trésorier d’un des plus grands partis politiques français. S’il y a eu fraude formelle, c’est encore plus grave. Mais rien que la situation qui ne peut plus être niée était déjà anormale dans une démocratie qui se respecte.

    Nous ne savons pas encore, à cette heure, s’il y a eu délit judiciaire mais nous savons déjà qu’il y a eu délit politique, délit démocratique :  Woerth a encaissé de l’argent de la riche fraudeuse fiscale Bettencourt en plus du fait qu’elle avait embauché sa femme en guise d’ »assurance ».

    Au budget Woerth a fait semblant de « découvrir » 3000 exilés fiscaux, mais s’est bien gardé de les nommer, dénoncer et poursuivre, il s’est contenté de les « forcer » (?) à négocier, en douce, des ajustements bienvenus. De telles négociations ne sont pas transparentes du tout. La preuve en est que la femme la plus riche de France, Mme Bettencourt, est passée au travers, on apprend maintenant qu’elle détient 20 milliards d’euros, dont des placements off shore, en Suisse ou par la possession d’une Ile dans les Seychelles. Celle-là, elle n’a même pas besoin du bouclier fiscal, puisqu’elle ne paie que 40 millions d’impôts… loin des 50 % de versements jugés tellement intolérables par Sarkozy. Woerth n’y a vu que du feu paraît-il : il jure qu’il n’ordonne ni n’empêche aucun contrôle fiscal, ce qui ne tient pas debout une seconde pour un ministre du Budget… D’ailleurs, Woerth se contredit aussitôt en public puisqu’il explique avoir diligenté une enquête concernant Jean-Marie Banier l’ami de Liliane Bettencourt. Et son successeur François Baroin ouvre lui, une enquête sur la patronne de Loréal, démentant encore en pratique les allégations de Woerth.

    La femme de Woerth a eu son job auprès de Mme Bettencourt par ce que son mari était au budget, raconte le gestionnaire de fonds de Maistre.

    Bah oui, quand on est la plus riche de France et qu’on fraude le fisc pourquoi ne pas se payer la femme du ministre du Budget ? Bernard Madoff avait fait ça, son gendre était le fils du ministre de la Justice de Clinton et il nageait dans le gratin de Washington, ça aide et ça protège.  Lisez Le Monde du 29 juin qui fait un  portait respectueux de Florence Woerth, la pauvrette, qui n’a que deux chevaux de course et flambe sur les hippodromes de Chantilly aux côtés de l’Agha Khan. À pleurer de compassion

    Alors Woerth a décoré de la Légion d’honneur M. De Maistre, l’homme qui trompe le fisc en gérant la fortune Bettencourt et qui emploie si aimablement Florence Woerth. Avec aplomb, Woerth affirme qu’il n’y a pas vu malice, même lorsqu’il organise des « raouts » pour collecter l’argent UMP et que De Maistre verse au pot !

    Combien Bettencourt a t elle versé à Woerth pour l’UMP ? Combien ? Dites le chiffre pour lequel sa femme a été embauchée et surpayée !  Qui va croire une seconde que Woerth réunissait les 400 du « Premier cercle » et que ceux-ci cotisaient et serraient la louche de Sarkozy sans contrepartie ? C’était pour la gloire.. pas défiscalisée ?  Alors pourquoi l’UMP par la bouche de Xavier Bertrand a t elle annoncé qu’elle supprimait la réunion du Premier cercle le lundi 28 juin  ? De peur des photos ?

    Le directeur financier de Loréal est aussi du « Premier cercle », et il dirige Fitch Ratings.

    « L’agence de notation » Fitch Ratings, sont des charlatans dont l’Elysée se sert comme d’un instrument de chantage (elle a déclassé la Grèce, l’Espagne et le Portugal… menaçant la France) pour imposer rigueur et casser les retraites. Cette agence est pourtant aussi dans le sérail, complice proche, car elle est dirigée par Fimalac, de Marc Ladreyt Delacharrière. Ce dernier pèse 1,6 milliard et cotise à l’UMP, participe au « Premier cercle » : il gère aussi Loréal (et Casino) et Sarkozy l’a nommé au « Louvre des sables » auprès de ses amis Emirs d’Abou Dhabi. La n°2 de Fitch ratings qui pèse tant sur le sort de nos concitoyens et de la Dette française, en dictant ses « notations », est Véronique Morali. qui fait partie de la commission du dialogue économique du Medef. Un tout petit monde.

    Comme l’écrit Jean-François Kahn : « Donc, tout y est : l’osmose, la quasi-fusion du pouvoir politique, d’un certain pouvoir judiciaire et de l’oligarchie financière. La facilité dont bénéficient les grandes fortunes pour rentrer directement, à leur convenance, en relation avec le président de la République et certains de ses ministres pour régler en catimini leurs petites et grandes affaires. Les services rendus. L’argent distribué. »

    Quoi d’étonnant à ce Woerth dîne avec M. Peugeot lorsque celui-ci transmue son or ?

    Le fils Peugeot se fait voler des lingots dans un cambriolage de sa main fin 2009. Dans un premier temps, il déclare 500 000 euros de pertes puis se ravise par peur du fisc et rectifie à 150 000 euros. C’est alors qu’il a droit aussitôt après à un dîner particulier avec M. Woerth. Dîner fortuit, innocent, sans aucun lien avec l’affaire, pardi ! Ce ne serait que du « soupçon » gratuit et malintentionné. Comment Woerth sait-il qu’une « centaine » de gens connaissent le fils Peugeot ? Si peu ? Tant que ça ? ils savent tous, pour les lingots ?

    Eric Woerth aurait facilité la construction d’un auditorium André-Bettencourt au sein de l’Institut de France

    Le 27 octobre 2009, lors d’une conversation entre Liliane Bettencourt et Patrice de Maistre <http://www.lemonde.fr/sujet/bfe4/patrice-de-maistre.html> , le gestionnaire de la fortune de l’héritière, le nom d’Eric Woerth est cité. Il est question de construire un auditorium André-Bettencourt au sein de l’Institut de France. Verbatim  : « Ils ont obtenu un bâtiment de l’hôtel de la Monnaie, qui est derrière l’Institut. Et ça, c’est mon ami Eric Woerth, dont la femme travaille pour nous, qui s’en est occupé. Et maintenant, il faut faire des travaux pour faire un auditorium […]. Ça va être sensationnel. […] Là, vous vous engagez pour donner au maximum 10 millions. […] J’ai demandé au ministre Eric Woerth, qui est un ami, d’être là, parce que c’est grâce à lui qu’il y a eu l’hôtel de la Monnaie. » Le ministre du budget apparaît dans un rôle de faciliteur. Woerth a aidé a ce qu’il y ait un auditorium au nom d’André Bettencourt, quel pourboire ?

    Un parti jusqu’alors inconnu, agréé dans la seule région de Picardie, où Eric Woerth est maire de Chantilly collecte des fonds, Bettencourt y cotise !

    Un parti « inconnu » de Woerth a touché + de 19.650 euros de « dons de personnes physiques. Ce n’est pas nous, c’est Le Figaro, alors citons le complètement qui s’interroge : « Après avoir publié les enregistrements pirates de conversations privées de Liliane Bettencourt, le site Internet Mediapart <http://www.mediapart.fr/journal/france/290610/dans-loise-le-parti-de-poche-deric-woerth>  révèle l’existence d’un parti dédié à l’action politique du ministre du Travail Eric Woerth,  intitulé « Association de soutien à l’action d’Eric Woerth ».C’est en enquêtant sur la nature des versements présumés de l’héritière L’Oréal à plusieurs personnalités politiques que Media part a déterré ce parti jusqu’alors inconnu, agréé dans la seule région de Picardie, où Eric Woerth est maire de Chantilly. Une organisation qui a le statut de parti politique à part entière, révèle le site Internet, qui précise qu’il est doté d’une association de financement ad hoc (détachée de toute campagne électorale spécifique) pour collecter des fonds.

    Interrogée par Media part, la chargée de communication du ministre n’a pas voulu préciser si un chèque de Liliane Bettencourt daté de mars 2010 avait été adressé à l’ordre de cette association. Pour en savoir plus, Media part s’est donc procuré les comptes 2008 du parti d’Eric Woerth, auprès de la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Cette année-là, le parti aurait ainsi touché plus de 19.650 euros de «dons de personnes physiques». Liliane Bettencourt en fait partie !  La réponse reste en suspens. Qui s’affiche dans ce parti de Woerth ? Yvonne Cassetta, la trésorière condamnée du RPR, et JF Mancel. Liliane Bettencourt en fait partie !  Ainsi la femme la plus riche de France, première  fraudeuse fiscale a embauché la femme du ministre du budget et s’est payé aussi, en direct, dans sa cassette, le ministre lui-même… La main dans le sac…

    Oui, le système Sarkozy est corrompu… qui en doute ? Pas Bolloré, pas Bettencourt, pas De Maistre, pas Pérol, pas Proglio, pas Val, pas Blanc, pas Joyandet, pas Woerth…

    Et là, point besoin de « preuves », ni de fraude démontrée, seulement la main dans le sac, à la limite, ce n’est pas l’essentiel, mais c’est un système politique de connivence, de services rendus et complices, un clan évident, insolent, tranquillement scandaleux, élevé au-dessus de la République et des droits du peuple…

    Florence Woerth le reconnaît : «  J’ai sous-estimé le conflit d’intérêt ». Cela ne lui est pas apparu dans sa gestion des affaires Bettencourt ? Juppé tient aussi, maintenant, qu’il s’agit d’un conflit d’intérêt. Christine Lagarde reprend le « conflit d’intérêt » : que ne l’a t elle dit lorsqu’il était au Budget ?  De Villepin juge que les principes de l’état sont en cause : le voilà bien vertueux !  Combien de temps dans ces conditions, pour Woerth ? Autant que le prince Jean pour l’EPAD ? Mais si Woerth démissionne du poste de trésorier UMP, le reste tombera comme un domino : comment aura t il pu l’être si longtemps ?  E comment a t il pu abuser de ses fonctions et en profier tranquille, pour détourner des fonds dans sa petite cassette de Chantilly ? Une démission de trésorier serait une sauvegarde de bazar : qu’il cesse d’être ministre !

    Sarkozy défend, de Toronto, par deux fois « totalement et complètement » Woerth, « tête de pont » de son combat contre les retraites, avec la même fougue qu’il défendait son fils Jean candidat à l’EPAD l’automne dernier.

    Mais un autre ministre a flambé les cigares sur le compte de l’état, un autre a dépensé sans compter des frais d’avion, un autre s’est octroyé un drôle de permis de construire…  C’est la marque du sarkozysme qui est en cause, il gouverne pour un petit clan de riches, ses potes du Fouquet’s, amis placés et obligés, ces financiers auxquels il promettait le règne des « subprimes », des « hedges funds », des prêts hypothécaires, ceux-là même qui, tous ensemble, nous ont précipité dans la crise et veulent nous la faire payer jusqu’à plus soif en cassant nos salaires, notre sécu, retraites.

    Les minables diversions de Sarkozy sur les « économies » de l’état (il supprime une Garden party et fustige un ministre qui a usé d’un jet privé, mais achète un avion de 176 millions d’euros) ne feront ni diversion, ni illusion.

    Ils veulent nous piller des milliards pour préserver leurs milliards à eux, ceux qu’ils nous ont volé, ceux qu’ils cachent, ceux sur lesquels ils fraudent, ceux qu’ils se passent de main en main.

    « Woerth pris dans la tourmente Bettencourt » disent les journaux : que la tourmente l’emporte au diable, vite !


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