• La religion au service du pouvoir

    Quand j’évoque le sujet de la gratuité, la discussion finit toujours par aborder un thème sensible, la méchanceté naturelle de l’homme, incapable de se motiver pour autre chose que pour lui-même. L’homme serait intrinsèquement vil, et il est impossible de le motiver à quoi que ce soit sans la carotte et le bâton, qui sont symbolisés dans certaines sociétés par la récompense ou la punition divine, dans d’autres par la récompense en nature ou le châtiment corporels, et dans les dernières par  la richesse ou la pauvreté.

    Ces trois manières de penser peuvent se juxtaposer, s’interpénétrer, mais ont toutes en commun le fait d’appartenir à un système de jugement des actes humains à caractère divin, que la justice des hommes soit ou non consciemment considérée comme telle, ou que celle du matérialisme le soit également, au travers du dieu « argent »

    Mais que l’on soit d’accord ou non avec cette interprétation, il ne fait cependant aucun doute que quel que soit le système utilisé pour faire vivre les hommes en société, un système de « récompense/punition » semble devoir être mis en place, afin donc de corriger les errements naturels de l’homme.

    Ce résultat est sans doute celui qu’ont contribué à construire tous les dictateurs de tous temps, car un tel moyen de pression justifiait à la fois leur pouvoir, mais aussi l’apparente injustice dont étaient victimes les hommes. Si un homme venait à « rater sa vie » (peu importent les critères choisis selon les époques ou les lieux), il y avait toujours une raison à cela, bien sûr indépendante de la volonté du gouvernement en place : il n’avait pas suivi les préceptes de la religion, ou ceux de la Loi, ou encore ceux du libre-échange. C’était de sa faute. Son libre-arbitre censé l’éclairer n’avait pas réussi à vaincre ses bas instincts, et ni Dieu, ni le gouvernement, ni le système n’en étaient responsables, malgré toute leur omnipotence et leur omniscience.  Ne pouvant accepter d’être faillibles, la faute ne pouvaient en revenir qu’au diable, ou à la méchanceté intrinsèque de l’être humain.

    Mais ce qui est étrange avec les religions, c’est qu’elles semblent toujours finir par servir ceux qui suivent le moins leurs préceptes : l’église prône l’abstinence et la pauvreté, et gagne des fortunes  tout en outrageant la chasteté, les dictateurs prônent l’ordre et la paix, et font la guerre en mettant partout le désordre, les capitalistes favorisent le libre échange, la transparence  et la justice, et ce sont les pires canailles ne respectant aucun des principes édictés que l’on trouve aujourd’hui à la tête de fortunes immenses. Ce serait à se demander si, finalement, Dieu, ou le Marché, le “Tout-puissant”, posséde vraiment les qualités dont on l’accable… à moins que ce ne soient que ses interprètes qui, par un subtil renversement de paradigme, sont parvenus à faire entrer l’échec des préceptes dans les préceptes originels : les sept péchés capitaux, par exemple, sont des faiblesses humaines naturelles, voire des plaisirs sains… le nombre incalculable de lois promulguées, transformées, abolies puis remises à jour, soutenues par une seule « nul n’est censé ignorer la loi » implique forcément l’impossibilité d’y parvenir, tout comme le fait de prôner la liberté d’entreprendre sans l’autoriser dans les faits, faute de crédit accordé à celui qui n’a pas déjà entrepris…. l’échec de l’application des préceptes religieux est en réalité inscrit dans ces préceptes, et ce n’est sans doute pas par hasard…. à moins bien sûr que de vouloir confondre le dieu et le diable, le président et le dictateur, le capitaliste et l’esclavagiste…

    Après ce constat, la question est celle-là : à quoi servent donc les religions, puisqu’elles établissent des règles qui aboutissent par faire « réussir » les seuls qui les enfreignent ? les pauvres survivant dans la misère espèrent soit un paradis hypothétique pour supporter leur souffrance, soit un coup médiatique pour les sortir de l’anonymat, ou se retrouvent en prison pour avoir tenté d’échapper à la misère avec une combine d’amateur….tandis que les tricheurs, voleurs et menteurs de grande envergure finissent pas vivre somptueusement, ne jamais se faire rattraper par la justice, et se moquent de l’enfer comme du paradis…
    C’est comme si les religions avaient été inventées non pas pour apaiser les souffrances des hommes, mais pour les lui donner. Qu’elles soient physiques ou morales, ces souffrances servent un pouvoir qui les exploite, et qui lui offre comme consolation l’un ou l’autre des espoirs qui ne viendront sans doute jamais.
    Je ne suis pas le seul à penser ainsi, et on sait trop bien combien de guerres ont été menées, combien d’esclaves ont péri, combien de souffrances ont été supportées par les hommes au nom des religions, quelles qu’elles soient.

    Ensuite, il serait bon de s’interroger sur la nécessité des religions… car croire en Dieu ne peut-il pas se faire sans règles ? l’homme a-t-il besoin de se cacher derrière des concepts inatteignables  pour justifier ses exactions ? l’injustice ne peut-elle pas s'assumer au grand jour comme aux temps de l’esclavage ? Non, bien sûr, car ces règles sont dictées par les hommes, et seuls les hommes ont le pouvoir de les changer, ou de les abolir.
    Mais si les religions, au lieu de sortir l’homme de sa méchanceté intrinsèque, le rendait méchant pour des raisons économiques et sociales, afin de protéger ceux qui détiennent le pouvoir ? et surtout, et si cela était volontaire et consciemment élaboré par de fins psychologues avides de pouvoir ?

    Car le bien et le mal sont des concepts relatifs inventés, définis et décrits par les hommes. Si Dieu existe et qu’il est vraiment tout puissant, alors soit il ne juge pas les actes humains, ni ne les punit, soit il n’autorise pas le mal.
    Et si l’homme est mauvais, alors les religions actuelles ne fonctionnent pas, et ne sauraient y arriver. Il faut soit changer nos conceptions, soit accepter et assumer nos contradictions.

    Après toute cette digression, comment maintenant envisager un monde où le don serait la règle, sans recourir à la religion ? c’est bien là tout le problème. Car pour inciter les gens à donner sans échanger, à partager sans garder, à travailler sans contrainte, à vivre sans peur, à penser à autrui, il faudrait tout d'abord pouvoir balayer d'un seul coup près de 3000 ans d'Histoire et de religions, pour pouvoir instaurer une nouvelle manière non seulement de concevoir le divin, mais aussi et surtout de voir l'homme d'une façon radicalement opposée à celle qu'on nous inflige depuis toujours. Il faudrait que les hommes prennent conscience de leurs forces et de leurs faiblesses, et prennent la véritable mesure de leur humanité : un amas de contradictions insolubles, une complexité chaotique formant un tout relativement homogène, une création insensée de la nature, à la fois capable d'amour et de haine, de violence et de douceur, une harmonie des contraires. l'Homme n'est ni bon ni mauvais de manière innée, mais son but est de parvenir d'une part à s'améliorer, et d'une autre à transmettre son amour des autres , sa confiance en l'avenir, par le biais de la filiation.

    En fin de compte, le pire est qu’on constate que cet homme est bien celui qu'évoquent toutes les religions,  mais par un étrange subterfuge, qui n'a rien de divin, les hommes détenant le pouvoir de nous éclairer sur les messages délivrés font aujourd'hui comme hier, et quelle que soit l’église : ils préfèrent nous indiquer les comportements à suivre plutôt que de nous apprendre à lire, et à comprendre par nous-mêmes pourquoi il faut les suivre. Ainsi, ils y déversent à la place leurs propagandes, et rendent les hommes serviles au lieu de les libérer.

    Mais le jour où les hommes auront compris que qu'ils ne sont pas les victimes des Dieux mais celles des hommes, alors ils brûleront tous leurs veaux d'or pour recouvrer leur liberté. Quand ils auront pris conscience qu'en changeant les règles les souffrances peuvent disparaître, alors ils retourneront à leur véritable essence. Car lorsqu'ils auront cessé de croire à leur méchanceté naturelle, ils seront déjà meilleurs. Et la religion sera alors de nouveau au service des hommes.

    Caleb Irri ici


    votre commentaire
  • 9-0 pour les bleus, 4 heures de troisième mi-temps

     

    Le foot de soutien aux inculpés de Villiers-le-Bel prévu le 23 juin à Rouen a été écourté par 4 camions, les bleus très mauvais joueurs ont investis le terrain (un peu rudement) pour «en savoir plus» sur la composition de l’équipe adverse. De nombreux cartons rouges furent distribués, suivis de neufs expulsions. Tout s’est terminé dans les vestiaires des bleus. Il semblerait qu’une certaine banderole avec écrit «allez les bleus» n’ait pas été appréciée.


    Déjà le 19 mai dernier, à Rouen, on menaçait d’interdire le concert de soutien. Peut-on parler simplement de répression alors que tout est planifié et déjà écrit dans certains manuels : «Il est aussi légitime de considérer comme un fait de défense [nationale] la patrouille effectuée par un mirage IV des forces aériennes stratégiques que l’arrestation lors d’une manifestation d’un casseur par des policiers en civil» disait François Dieu, un stratège contemporain.

    La riposte est claire : à chaque événement susceptible de lier des fronts, des désirs, des rencontres pouvant se transformer en puissance capable de brouiller la répartition des identités entre «gentils gauchistes de centre-ville» et «barbares des banlieues», soit on accepte d’être encadré par des flics, tout reste à sa place ; la racaille part et le citoyen reste, soit l’événement déborde et les deux s’avèrent être plus complices que l’on aimerait nous les vendre.

    Tout ceci n’empêchera jamais de continuer à faire vivre cette complicité, ce besoin de se retrouver que rien n’arrêtera. D’autres événements, lieux et moments y appelleront, c’est une certitude, et la flicaille ne pourra la reporter éternellement. Et pour preuve :

    Soutien inconditionnel aux inculpés de Villiers-le-Bel !

     

    Indymedia Paris, 25 juin 2010.

    votre commentaire
  • Les vastes réserves afghanes de gaz naturel et de pétrole : "la guerre en vaut la peine"

    Michel Chossudovsky
    Le Grand Soir


    La guerre contre l’Afghanistan est une « guerre de ressources » à but lucratif.

     
    (JPG)
     
    La province de Ghazni semble n’avoir guère à offrir, mais une étude du Pentagone révèle qu’elle peut possèder les plus grands gisements de lithium au monde.
    (The New York Times - Tyler Hicks)

    Le bombardement et l’invasion de l’Afghanistan en 2001 ont été présentés à l’opinion publique mondiale comme une « guerre juste », une guerre contre les talibans et Al-Qaida, une guerre pour éliminer le « terrorisme islamique » et établir une démocratie à l’occidentale.

    Les dimensions économiques de la « guerre mondiale au terrorisme » (GMAT) sont rarement mentionnées et la « campagne de contre-terrorisme » post-11 septembre a servi à occulter les objectifs réels de la guerre des États-Unis et de l’OTAN.

    La guerre contre l’Afghanistan relève d’un programme à but lucratif : c’est une guerre de conquête économique et de pillage, une « guerre de ressources ».


    (JPG) Même si l’Afghanistan est reconnu comme un foyer stratégique en Asie centrale, aux frontières de l’ex-Union Soviétique, de la Chine et de l’Iran, au carrefour de routes de pipelines et d’importantes réserves de pétrole et de gaz naturel, son énorme richesse minière ainsi que ses réserves de gaz naturel inexploitées sont demeurées totalement inconnues du public étasunien jusqu’en juin 2010.

    Selon un rapport conjoint du Pentagone, de l’US Geological Survey (USGS) et de l’USAID, on dit maintenant de l’Afghanistan qu’il possède des réserves minières inexploitées et « jusqu’alors méconnues », estimées péremptoirement à un billion de dollars. (New York Times, U.S. Identifies Vast Mineral Riches in Afghanistan - NYTimes.com, 14 juin 2010. Voir aussi BBC, 14 juin 2010).


    « Les gisements jusqu’alors méconnus, dont de gigantesques filons de fer, de cuivre, de cobalt, d’or et de métaux industriels cruciaux comme le lithium, sont si grands et contiennent tant de minéraux essentiels à l’industrie moderne que les représentants étatsuniens croient que l’Afghanistan pourrait éventuellement être transformé en un des plus importants centres miniers du monde.

    Un mémo interne du Pentagone mentionne par exemple que l’Afghanistan pourrait devenir "l’Arabie Saoudite du lithium", une matière première clé dans la fabrication de piles pour les ordinateurs portables et les BlackBerrys.

    La vaste étendue de ces richesses minérales en Afghanistan a été découverte par une petite équipe de représentants du Pentagone et de géologues étasuniens. Le gouvernement afghan et le président Hamid Karzaï en ont été informés récemment, ont affirmé des officiels étasuniens.

    Bien que le développement d’une industrie minière puisse prendre de nombreuses années, le potentiel est si grand que des représentants et des dirigeants de cette industrie croient que cela pourrait attirer de gros investissements avant même que les mines soient profitables, en offrant des emplois qui pourraient distraire une population en guerre depuis des générations.

    « Il existe ici un potentiel sensationnel », a affirmé le général David H. Petraeus, commandant de l’United States Central Command [...] « Il y a beaucoup de « si », bien sûr, mais je crois que cela est potentiellement très important »

    La valeur des gisements miniers nouvellement découverts minimise la taille de l’actuelle économie afghane, dilapidée par la guerre et largement basée sur la production d’opium et le trafic de narcotiques, ainsi que sur l’aide des États-Unis et d’autres pays industrialisés. Le produit intérieur brut de l’Afghanistan est seulement d’environ 12 milliards de dollars.

    « Cela deviendra l’armature de l’économie afghane », a déclaré Jalil Jumriany, un conseiller du ministre afghan des Mines. (New York Times, op. cit.)


    Selon le New York Times, l’Afghanistan pourrait devenir « l’Arabie Saoudite du lithium ». « Le lithium est une ressource de plus en plus cruciale, utilisée dans les piles de toutes sortes, des téléphones mobiles aux ordinateurs portables, et joue un rôle clé dans l’avenir de la voiture électrique ». À l’heure actuelle, le Chili, l’Australie, la Chine et l’Argentine sont les principaux fournisseurs de lithium sur le marché mondial. La Bolivie et le Chili sont les pays possédant les plus grandes réserves connues de lithium. « Le Pentagone effectue des levés au sol à l’ouest de l’Afghanistan. » Les représentants du Pentagone ont affirmé que leur analyse initiale à un emplacement dans la province de Ghazni a démontré un potentiel de gisements de lithium aussi grands que ceux de la Bolivie » (U.S. Identifies Vast Mineral Riches in Afghanistan - NYTimes.com, 14 juin, 2010, voir aussi Lithium - Wikipedia, l’encyclopédie libre)

    « Gisements de minéraux jusqu’alors méconnus » en Afghanistan

    L’« estimation » des « gisements jusqu’alors méconnus » à près d’un billion de dollars par le Pentagone est un écran de fumée utile. Le montant d’un billion avancé par le Pentagone est davantage forgé qu’estimé : « Nous savions ce qu’il y avait là, nous y avons jeté un coup d’œil et demandé ce que cela vaudrait aujourd’hui en termes monétaires. Le montant d’un billion semblait digne d’être signalé dans les nouvelles. » (The Sunday Times, Londres, 15 juin 2010, c’est l’auteur qui souligne)

    De plus, les résultats d’une étude de l’USGS (cités dans le mémo du Pentagone) sur les richesses minières de l’Afghanistan ont été révélées il y a trois ans à une conférence organisée en 2007 par la Chambre de commerce américano-afghane. Toutefois, la question de ces richesses minières n’était pas considérée digne d’être signalée à la presse à l’époque.

    Que l’administration étasunienne reconnaisse qu’elle a seulement pris connaissance des vastes richesses minières du pays après la publication du rapport de 2007 de l’USGS constitue une esquive flagrante. Les richesses minières et les ressources énergétiques de l’Afghanistan (incluant le gaz naturel) étaient connues à la fois des élites des milieux d’affaires et du gouvernement étasuniens avant la guerre soviéto-afghane (1979-1988).

    Des études géologiques menées par l’Union Soviétique dans les années 1970 et au début des années 1980 confirment l’existence de vastes réserves de cuivre (parmi les plus grande de l’Eurasie), de fer, de minerai à haute teneur en chrome, d’uranium, de béryl, de baryte, de plomb, de zinc, de fluorine, de bauxite, de lithium, de tantale, d’émeraude, d’or et d’argent (Afghanistan, Mining Annual Review, The Mining Journal, juin, 1984). Ces études suggèrent que la valeur actuelle de ces réserves pourrait en effet être considérablement plus élevée que l’« estimation » d’un billion de dollars annoncée par l’étude du Pentagone, de l’USGS et de l’USAID.

    Plus récemment, dans un rapport de 2002, le Kremlin a confirmé ce qui était déjà connu : « Ce n’est pas un secret que l’Afghanistan possède de riches réserves, particulièrement du cuivre au gisement d’Aynak, du minerai de fer à Khojagek, de l’uranium, du minerai polymétallique, du pétrole et du gaz » (RIA Novosti, 6 janvier 2002) :


    « L’Afghanistan n’a jamais été la colonie de quiconque : aucun étranger n’a jamais « creusé » ici avant 1950. Les minéraux se trouvent dans les montagnes de l’Hindu Kush, s’étendant, avec leurs contreforts, sur une vaste zone en Afghanistan. Dans les 40 dernières années, plusieurs douzaines de gisements ont été découverts dans le pays et la majorité de ces découvertes ont été sensationnelles. Elles sont toutefois demeurées secrètes, mais certains faits ont tout de même été rendus publics récemment.

    Il se trouve que l’Afghanistan possède des réserves de métaux ferreux et non-ferreux, et de pierres précieuses qui, si elles étaient exploitées, pourraient possiblement même remplacer les revenus de l’industrie de la drogue. On dit du gisement de cuivre d’Aynak au sud de la province d’Helmand qu’il est le plus grand du continent eurasien et son emplacement (à 40 km de Kaboul) rend son exploitation bon marché. Le gisement de minerai de fer à Hajigak, dans la province centrale de Bamian, offre pour sa part du minerai d’une très grand qualité et dont les réserves sont estimées à 500 000 tonnes. Un gisement de charbon a également été découvert non loin de là.

    On dit de l’Afghanistan qu’il est un pays de transit pour le pétrole et le gaz. Toutefois, peu de gens savent que les spécialistes soviétiques y ont découvert d’énormes réserves de gaz dans les années 1960 et ont construit le premier gazoduc du pays pour approvisionner l’Ouzbékistan. À l’époque, l’Union Soviétique recevait annuellement 2,5 billion de mètres cube de gaz afghan. Durant cette même période, on a découvert d’importants gisements d’or, de fluorine, de baryte et de marbre onyx d’une composition très rare.

    Cependant, les gisements pegmatitiques découverts à l’est de Kaboul sont véritablement sensationnels. Des gisements de rubis, de béryllium, d’émeraude, de kunzite et d’hiddénite que l’on ne trouve nulle part ailleurs s’étendent sur des centaines de kilomètres. Par ailleurs, les pierres contenant les métaux rares que sont le béryllium, le thorium, le lithium et le tantale sont d’une importance stratégique (on les utilise dans la fabrication d’aéronefs et d’astronefs).

    La guerre en vaut la peine (Olga Borisova, "Afghanistan - the Emerald Country", Karavan, Almaty, original en russe, traduit par BBC News Services, 26 avril 2002. p. 10, c’est l’auteur qui souligne.)


    Alors qu’on a nourri l’opinion publique d’images d’un pays en développement déchiré par la guerre et sans ressources, la réalité est tout autre : l’Afghanistan est un pays riche tel que le confirment les études géologiques de l’ère soviétique.

    La question des « gisements jusqu’alors méconnus » perpétue un mensonge. La grande richesse minérale est exclue d’un casus belli justifiable. Cet énoncé affirme que le Pentagone a seulement appris récemment que l’Afghanistan faisait partie des pays les plus riches en ressources minérales et qu’il est comparable à la République démocratique du Congo ou l’ex-Zaïre du temps de Mobutu. Les rapports géopolitiques soviétiques étaient connus. Durant la guerre froide, toute cette information était avouée dans les moindres détails :

    [...] Lors de l’exploration soviétique à grande échelle, de superbes cartes géologiques ont été produites ainsi que des rapports dressant la liste de plus de 1400 affleurements minéraux et d’environ 70 gisements commercialement viables [...] L’Union Soviétique a par la suite consacré plus de 650 millions de dollars à l’exploration et au développement de ressources en Afghanistan avec des projets incluant une raffinerie de pétrole capable de produire un demi million de tonnes annuellement, ainsi qu’un complexe métallurgique pour le gisement d’Aynak, lequel devait produire 1,5 millions de tonnes de cuivre par an. Dans la foulée du retrait des Soviétiques, une analyse subséquente de la Banque mondiale projetait que la production de cuivre d’Aynak pourrait éventuellement absorber annuellement à elle seule jusqu’à 2 % du marché mondial. Le pays jouit par ailleurs d’énormes gisements de charbon, dont l’un d’eux, le gisement de fer d’Hajigak dans la chaîne de montagnes de l’Hindu Kush à l’ouest de Kaboul, est jugé comme étant l’un des plus grands gisements à teneur élevée au monde. (John C. K. Daly, Analysis : Afghanistan’s untapped energy, UPI Energy, 24 octobre 2008, c’est l’auteur qui souligne)

    Le gaz naturel afghan

    L’Afghanistan est un pont terrestre. L’invasion et l’occupation de l’Afghanistan menée par les États-Unis en 2001 a été analysée par des critiques de la politique étrangère étasunienne comme un moyen de sécuriser le contrôle du couloir de transport stratégique transafghan, liant le bassin de la mer Caspienne et la mer d’Oman.

    Plusieurs projets de pipelines et de gazoducs transafghans ont été envisagés, dont le projet de pipeline TAPI (Turkménistan, Afghanistan, Pakistan, Inde) de 1900 km et d’une valeur de 8 milliards de dollars, lequel transporterait le gaz naturel turkmène par l’Afghanistan dans ce que l’on a décrit comme un « couloir de transit crucial ». (Voir Gary Olson, Afghanistan has never been the ’good and necessary’ war ; it’s about control of oil, The Morning Call, 1er octobre, 2009). L’escalade militaire dans le cadre de la guerre étendue d’« Afpak » est liée au TAPI. Le Turkménistan possède la troisième plus grande réserve de gaz naturel après la Russie et l’Iran. Le contrôle stratégique des voies de transport sortant du Turkménistan fait partie des plans de Washington depuis l’effondrement de l’Union Soviétique en 1991.

    Cependant, on a rarement considéré dans la géopolitique des pipelines que l’Afghanistan est non seulement voisin de pays riches en pétrole et en gaz naturel, (par exemple le Turkménistan), mais qu’il possède aussi sur son territoire d’assez grandes réserves inexploitées de gaz naturel, de charbon et de pétrole. Dans les années 1970, les Soviétiques évaluaient « les réserves gazières afghanes "explorées" (confirmées ou probables) à environ 5 billions de pieds cube. Les réserves initiales d’Hodja-Gugerdag étaient évaluées à un peu moins de 2 billions de pieds cube » (Voir, The Soviet Union to retain influence in Afghanistan, Oil & Gas Journal, 2 mai, 1988).

    L’Agence d’Information sur l’Énergie (Energy Information Administration ou EIA) a reconnu en 2008 que les réserves de gaz naturel d’Afghanistan sont « substantielles » :

    « Puisque le nord de l’Afghanistan est "une extension du sud du bassin centrasiatique très fécond d’Amu Darya, susceptible de contenir du gaz naturel", l’Afghanistan possède des réserves de gaz naturel confirmées et probables d’environ 5 billions de pieds cube. » (UPI, John C.K. Daly, Analysis : Afghanistan’s untapped energy, 24 octobre, 2008)

    Dès le début de la guerre soviéto-afghane en 1979, l’objectif de Washington a été de conserver un point d’ancrage géopolitique en Asie centrale.

    Le trafic de drogue du Croissant d’or

    La guerre clandestine des États-Unis, à savoir son soutien aux moudjahidines, « combattants de la liberté » (alias Al Qaida), était également destinée au développement du trafic des opiacés du Croissant d’or, utilisé par les services de renseignement étasuniens afin de financer l’insurrection contre les Soviétiques (1).

    Instauré au début de la guerre soviéto-afghane et protégé par la CIA, le trafic de drogue est devenu au fil des ans une entreprise extrêmement lucrative de plusieurs milliards de dollars. Il s’agissait de la pierre angulaire de la guerre clandestine étasunienne dans les années 1980. Aujourd’hui, sous l’occupation militaire des États-Unis et de l’OTAN, le trafic de drogue génère des revenus monétaires de plus de 200 milliards de dollars dans les marchés occidentaux. (Voir Michel Chossudovsky, America’s War on Terrorism, Global Research, Montreal, 2005, voir aussi Michel Chossudovsky, Heroin is "Good for Your Health" : Occupation Forces support Afghan Narcotics Trade, Global Research, 29 avril 2007)

    Vers une économie de pillage

    En chœur, les médias étasuniens ont confirmé que la « récente découverte » des richesses minérales afghanes constitue « une solution » au développement de l’économie du pays, décimée par la guerre, ainsi qu’un moyen d’éliminer la pauvreté. L’invasion des États-Unis et de l’OTAN en 2001 ainsi que l’occupation, ont préparé le terrain pour l’appropriation de ces richesses par les conglomérats miniers et énergétiques occidentaux.

    La guerre contre l’Afghanistan est une « guerre de ressources » à but lucratif

    Sous l’occupation des États-Unis et des alliés, cette richesse minérale est vouée à être pillée par une poignée de conglomérats miniers multinationaux une fois que le pays sera pacifié. Selon les écrits d’Olga Borisova suivant l’invasion d’octobre 2001, « la guerre contre le terrorisme », menée par les États-Unis, « [sera transformée] en politique coloniale influençant un pays formidablement riche ». (Borisova, op cit).

    Une partie du plan des États-Unis et de l’OTAN est également de prendre tôt ou tard possession des réserves de gaz naturel de l’Afghanistan, ainsi que de prévenir le développement des intérêts énergétiques russes, iraniens et chinois dans le pays.

    Pour voir la carte des ressurces minières, cliquez ici.


    Note

    1. Le trafic des opiacés du Croissant d’or constitue à l’heure actuelle la pièce maîtresse de l’économie d’exportation de l’Afghanistan. Le trafic d’héroïne, institué au début de la guerre soviéto-afghane en 1979 et protégé par la CIA, génère des revenus monétaires dépassant les 200 milliards de dollars par an dans les marchés occidentaux. Depuis l’invasion de 2001, la production de narcotiques en Afghanistan s’est accrue de plus de 35 fois. En 2009, la production d’opium se chiffrait à 6900 tonnes, comparativement à moins de 200 tonnes en 2001. À cet égard, les revenus de plusieurs milliards de dollars résultant de la production afghane d’opium sont générés en grande partie à l’extérieur du pays. D’après les données des Nations Unies, les revenus du trafic de drogue revenant à l’économie locale sont de l’ordre de 2 à 3 milliards annuellement, comparativement aux ventes mondiales d’héroïne provenant du trafic d’opiacés afghans, lesquelles dépassent 200 milliards. (Voir Michel Chossudovsky, America’s War on Terrorism", Global Research, Montréal, 2005)


    Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d’économie à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 12 langues).

    Du même auteur :

    -  La guerre et le gaz naturel : l’invasion israélienne et les gisements de Gaza en mer

     
     

    Article original en anglais, "The War is Worth Waging" : Afghanistan’s Vast Reserves of Minerals and Natural Gas, The War on Afghanistan is a Profit driven "Resource War" publié le 16 juin 2010. - Traduction par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

     

     


    votre commentaire
  • Rapport sur les violations israéliennes des droits humains


    Les Forces d’occupation israéliennes (FOI) poursuivent leurs agressions méthodiques contre les civils palestiniens et leurs biens dans les Territoires palestiniens occupés (TPO).

    Durant la dernière semaine du 17 au 23 juin :

    • Israël a continué d’utiliser la force contre les manifestations non violentes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza :
      • 3 civils, dont un mineur, ont été blessés à Bil’in, à l’ouest de Ramallah ;
      • des dizaines de manifestants souffrent de l’inhalation des gaz en Cisjordanie ;
      • les FOI ont agressé 3 journalistes à Beit Jalah ;
      • elles ont arrêté une dizaine de civils, dont 3 militants internationaux, un journaliste et 5 volontaires médicaux ;
    • les FOI ont continué de tirer sur les agriculteurs et travailleurs palestiniens dans la zone frontalière à l’intérieur de la bande de Gaza :
      • 4 travailleurs, dont 2 mineurs, ont été blessés ;
    • Israël a conduit 16 incursions dans les communautés palestiniennes en Cisjordanie et 3 limitées dans la bande de Gaza :
      • les FOI ont arrêté 43 civils, dont 5 mineurs ;
      • 28 de ces civils ont été arrêtés à Deir Samer, près d’Hébron ;
    • Israël a maintenu un siège total sur les TPO et l’isolement de la bande de Gaza du monde extérieur :
      • les troupes israéliennes stationnées au passage de Beit Hanoun (Erez) dans la bande de Gaza ont arrêté un civil palestinien ;
    • Israël a poursuivi ses mesures visant à créer une majorité démographique juive dans Jérusalem :
      • les FOI ont commencé les travaux aux bulldozers pour la construction de 600 logements dans le nord de Jérusalem ;
      • la municipalité israélienne de Jérusalem a ordonné la démolition de 22 maisons dans le quartier d’al-Bustan à Silwan, et obligé une femme à démolir sa propre maison ;
      • la Cour suprême israélienne a rendu une ordonnance pour l’expulsion d’un membre du Conseil législatif palestinien ;
      • les FOI ont fermé une association de bienfaisance à Jérusalem ;
    • Israël poursuit ses activités pour la colonisation de la Cisjordanie et les colons israéliens leurs agressions contre les civils palestiniens et leurs biens :
      • un colon israélien a agressé un enfant palestinien à Hébron.

    (JPG)

    Des enfants palestiniens appellent à la fin du siège de la bande de Gaza
    à Gaza ville, le 20 juin 2010.


    Violations israéliennes recensées durant la semaine du 17 au 23 juin 2010

    1 - Incursions dans les zones palestiniennes et agressions contre les civils palestiniens et leurs biens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza

    Jeudi 17 juin

    -  Région de Naplouse : vers 1 h 30 du matin, les FOI entrent dans Naplouse. Elles opèrent dans les rues et fouillent des maisons, arrêtent Mazen Hassn al-Danbak, 34 ans. Il faut savoir qu’al-Danbak venait d’être libéré des geôles israéliennes le 18 mai dernier.

    -  Région de Ramallah : vers 3 h, dans ‘Obwin, village au nord-ouest de Ramallah, l’occupant entre dans le village et fouille une maison, celle de la famille d’‘Abdul Qader Hamed Mzahem, 21 ans, et l’arrêt.

    -  Beit Lahia, bande de Gaza : 6 h 40, depuis la frontière au nord de Beit lahia, les FOI font feu sur des ouvriers en train de récupérer des matériaux de construction sur les anciennes colonies évacuées de Elli Sinaï et de Dogit à environ 500 mètres de la frontière. Pas de victime.

    8 h 20, les Foi pénètrent à 150 mètres dans Bourat Abu Samra au nord de Beit Lahia pour empêcher les ouvriers de venir récupérer des matériaux de construction. Elles se retirent de la zone à 17h30.

    -  Khan Yunis : 7 h 30, stationnées à la frontière à la hauteur de Khan Younis, les FOI ouvrent le feu sur les terres agricoles de Um al-Mahed à l’est du village d’Abassan. Un résistant prend une balle dans la jambe.

    -  Erez : 7 h 40, du haut de leurs miradors, les FOI font feu sur des ouvriers en train de récupérer des matériaux de construction sur l’ancienne zone industrielle de Erez.

    Vendredi 18 juin

    -  Jénine : vers 2 h du matin, les FOI entrent dans le village d’‘Arraba, au sud-ouest de Jénine où elles fouillent un certain nombre de maisons, mais sans arrestations.

    Au même moment, elles pénètrent dans al-Yamoun, à l’ouest de Jénine, même opération.

    -  Ramallah : vers 4 h, incursion dans Silwad, au nord-est de Ramallah, l’armée fouille la maison de la famille de Mohammed Hamed ‘Omar Hamed, 17 ans, et l’arrête.

    -  Beit Lahia : 7 h, exactement le même scénario que la veille à 6 h 40. Pas de victime.

    7 h 30, en station au large de Beit Lahia, les vedettes garde-côtes font feu sur des bateaux en route vers leurs lieux de pêche, les obligeant à rentrer. Pas de victime.

    Samedi 19 juin

    -  Beit Lahia : 7 h 30, pour la 3ème journée consécutive les FOI tirent sur des ouvriers en train de collecter des matériaux de construction sur les anciennes colonies de Elli Sinaï et Dogit. Pas de victime.

    -  Erez : 7 h 45, sur l’ancienne zone industrielle de Erez, Khaled ’Abdul Nasser Abu Harbeed, 21 ans, originaire de Beit Hanoun, est touché dans le dos. D’autres ouvriers qui tentaient de le dégager sur une charrette tirée par un âne sont pris à partie. L’âne est tué. Ils essayent alors de le transporter en moto. ’Abdul Hadi Faraj al-Kafarna, 18 ans prend une balle dans le pied droit.

    Dimanche 20 juin

    -  Naplouse : les FOI entrent à nouveau dans la ville de Naplouse où elles fouillent des maisons et arrêtent 6 Palestiniens dont 3 mineurs :

    1. Tariq Fat’hi Abu Ghoush, 17 ans,
    2. Nidal Ahmed al-Zagha, 18 ans,
    3. Ra’ed Sami Hamdan, 18 ans,
    4. ;Imad Mousa Marahil, 19 ans,
    5. Ziad Mohammed al-Basha, 17 ans, et,
    6. ’Imad al-Din Ahmed Halawa, 16 ans.

    Lundi 21 juin

    -  Beit Lahia : minuit et demi, les FOI pénètrent à 350 mètres dans Beit Lahia après que les résidents aient entendu une forte explosion. Toute la zone est minutieusement fouillée. Les FOI se retirent vers 4 h 40.

    -  Jénine : vers 1 h du matin, retour dans le village d’al-Yamoun à l’ouest de Jénine où l’armée patrouille dans les rues pendant quelques temps et se retire. Pas d’arrestations de signalées.

    En même temps, elle entre dans Seilat al-Harthiya, à l’ouest de Jénine. Même opération.

    Mardi 22 juin

    -  Hébron : vers minuit et demi, les forces israéliennes entrent dans le village de Deir Samet, au sud-ouest d’Hébron. Elles s’en prennent à certaines maisons et font exploser à proximité des bombes sonores, spécialement auprès de la maison de la famille d’‘Ali Hassan al-‘Adam. D’après al-‘Adam et son fils Hamza, 21 ans, vers 3 h 30 les FOI avaient investi le quartier Ghannam dans l’est du village. Puis elles ont pris d’assaut la maison à deux étages d’al-‘Adam, faisant exploser la porte du premier étage et arrosant de balles la maison et la terrasse alors que les membres de la famille dormaient encore. Aussitôt après, les troupes sont entrées de force dans la maison et se sont mises à frapper les fils d’al-‘Adam : Mousa, 30 ans, Bahaa’ al-Din, 25 ans, et Hamza, 21 ans. Elles vont également arrêter l’aîné de ses fils et vandaliser la maison. De plus, les FOI ont continué leur raid dans le village, fouillant des maisons et arrêtant 25 civils palestiniens :

    1. Eyad Mahmoud al-Hroub,
    2. Mousa ’Ali al-’Adam,
    3. Mohammed Mahmoud al-Hroub,
    4. Khalil Mohammed al-Hroub,
    5. ’Ali Younis al-Hroub,
    6. Mohammed Jasser al-Hroub,
    7. Amjad Jasser al-Hroub,
    8. Bahaa’ ’Ali al-Hroub,
    9. Mousa ’Ali al-Hroub,
    10. Saber Mohammed al-Hroub,
    11. Ahmed Mohammed al-Hroub,
    12. Tawfiq ’Abdul Fattah al-Hroub,
    13. ’Eissa Ahmed al-Hroub,
    14. Mahmoud Hussein al-Hroub,
    15. Isma’il Hussein al-Hroub,
    16. Mohammed Isma’il al-Hroub,
    17. Mahmoud Isma’il al-Hroub,
    18. ’Abdullah Isma’il al-Hroub,
    19. Ra’ed ’Eissa al-Hroub,
    20. Hani ’Eissa al-Hroub,
    21. Mohammed ’Eissa al-Hroub,
    22. Jihad ’Eissa al-Hroub,
    23. Bilal ’Eissa al-Hroub,
    24. Shihda Mohammed al-Masalma, et,
    25. Mohammed Mohammed Masalma.

    -  Jénine : vers 2 h du matin, les FOI entrent dans le village de Zabbouda, au nord-ouest de Jénine, elles fouillent des maisons et délivrent des convocations à interrogatoire à 7 civils palestiniens.

    -  Beit Lahia : 6 h 45, 4ème jour de prise en chasse des ouvriers sur les anciens sites de Elli Sinaï et de Dogit : ’Abdullah Mohammed Sofian, 15 ans, prend une balle dans le pied droit.

    Mercredi 23 juin

    -  Bande de Gaza : 6 h 40, 5è jour de la semaine à Elli Sinaï et Dogit : Mohammed Mohammed Maqat, 16 ans, originaire de Gaza ville prend une balle dans l’abdomen.

    -  Qalqilya : vers 7 h 45, les FOI entrent dans ‘Azzoun, à l’est de Qalqilya, patrouillent dans les rues pendant quelques temps pour se retirer un peu plus tard. Pas d’arrestations de signalées.

    -  Salfit : vers 9 h 20, incursion dans le village de Bedya, au nord-ouest de Salfit. Même opération.


    (JPG)

    Route de Beit Ein, manif pour faire ouvrir la route
    (AP/Majdi Mohammed)


    2 - Usage d’une force démesurée contre les manifestations non violentes protestant contre la colonisation et la construction du mur d’apartheid

    Durant cette dernière semaine, les FOI ont continué leurs violences contre les manifestations organisées par les Palestiniens, avec des militants internationaux et israéliens des droits humains, pour protester contre la construction du mur d’annexion à l’intérieur de la Cisjordanie et la colonisation. 4 civils palestiniens ont été blessés, 4 journalistes souffrent d’ecchymoses et d’autres manifestants de l’inhalation des gaz lacrymogènes.

    - Bil’in, à l’ouest de Ramallah : le vendredi 18 juin, après la prière, les Palestiniens ont organisé leur manifestation hebdomadaire non violente contre le mur qui traverse leur village, avec des internationaux et des Israéliens. Quand ils se dirigent vers le mur, l’armée qui a pris position près du mur tire à balles caoutchouc, lance des grenades lacrymogènes et assourdissantes sur les manifestants. Elles poursuivent aussi des manifestants dans les champs, des incendies éclatent en divers endroits. 3 civils palestiniens, dont un mineur, sont atteints par des corps de grenades lacrymogènes :

    1. Mohammed Maher Yassin, 14 ans, touché au visage,
    2. Jasser Maher Yassin, 21 ans, à la jambe gauche, et,
    3. Yassin Mohammed Yassin, 21 ans, à la jambe gauche également.

    L’armée a également arrêté 3 militants des droits humains : Tal Sapira, 25 ans, Gal Lucassi, 22 ans, et un troisième, non identifié.

    - Ni’lin, à l’ouest de Ramallah : même manifestation non violente hebdomadaire, le vrendredi 18, contre le mur d’annexion. Même accrochage avec l’occupant qui tire sur les manifestants quand ceux-ci se dirigent vers le mur. Des dizaines de manifestants sont indisposés par les lacrymogènes, d’autres sont frappés par les soldats. L’armée arrête aussi 5 volontaires du Croissant-Rouge palestinien, ainsi que le photographe du Comité public contre le mur et la colonisation de Ni’lin :

    1. Hammouda Sa’id ’Amira, 30 ans, photographe du Comité public contre le mur et la colonisation,
    2. Murad Khalil ’Amira, 35 ans,
    3. ’Alaa’ Ali Khawaja, 21 ans,
    4. Mohammed Hassan Mosleh, 16 ans,
    5. Mohammed Mousa Habazi ; 23 ans, et,
    6. Jihad Mousa Habbazi.

    4 des personnes interpellées sont libérées dans la soirée et les deux autres, le surlendemain.

    - Nabi Saleh, au nord-ouest de Ramallah : même manifestation le vendredi 18, contre la confiscation de terres dans le secteur de Wad al-Raya, entre les villages de Nabi Saleh et de Deir Nizam. Comme chaque semaine, quand les manifestants sont près d’arriver sur les terres volées par les colons de Halmish, ils sont la cible des tirs et des grenades de l’armée d’occupation. De nombreux manifestants respirent les lacrymogènes et Khaled ‘Atallah al-Tamimi, 23 ans, est arrêté, puis relâché deux heures plus tard.

    - Beit Lahia, à l’ouest de Bethléhem : le dimanche 20 juin, manifestation non violente contre la construction du mur d’annexion. Les manifestants se rendent à un endroit où une section du mur est en construction. Aussitôt, ils se font tirer dessus par l’occupant. 3 journalistes se feront tabassés par les soldats.

    1. Yousef ’Eissa Shaheen, 25 ans, d’Hébron, cameraman de Palmedia,
    2. ’Abdul Hafiz Diab al-Hashlamoun, 45 ans, d’Hebron, cameraman d’European News Agency, et,
    3. Najeh Diab al-Hashlamoun, 47 ans, d’Hébron, cameraman de NDP.


    3 - Maintien du siège sur les TPO

    Le siège est maintenu par Israël, très serré, sur l’ensemble des TPO. Et également les restrictions aux déplacements des civils palestiniens dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est.


    Bande de Gaza

    Mouvements des personnes et des biens aux postes frontière

    Le mardi 1er juin à 13h00 les Autorités égyptiennes décident d’ouvrir le poste frontière de Rafah International pour le passage dans les deux sens, sans toutefois préciser la date de la fermeture. Cette décision fait suite à l’attaque israélienne de la flottille pour l’aide à Gaza, dans les eaux internationales le 31 mai. Dès le 2 juin le poste frontière était effectivement ouvert aux civils.

    Rafah International

    Date  : Détails
    16 juin  : 266 Palestiniens sortent ; 365 autres rentrent.
    17 juin  : 310 Palestiniens sortent ; 461 autres rentrent.
    18 juin  : 162 Palestiniens sortent ; 335 autres rentrent.
    19 juin  : 207 Palestiniens sortent ; 221 autres rentrent.
    20 juin  : 251 Palestiniens sortent ; 267 autres rentrent.
    21 juin  : 283 Palestiniens sortent ; 294 autres rentrent
    22 juin  : 291 Palestiniens sortent ; 428 autres rentrent.

    Selon les sources de la commission des mouvements à la frontière 5 910 palestiniens ont été autorisés à sortir et 3 536 à rentrer entre le 2 et le 15 juin. 1 759 ont été refoulés.

    Karm Abu Salem (Kerem Shalom)

    Date  : Importations Qté  : Exportations Qté
    16 juin  : denrées alimentaires 618 tonnes  :


     : matériel agricole 208 tonnes  :


     : denrées diverses 1 254 tonnes  :


     : gaz domestique 187 tonnes  :


     : fioul industriel 118 000 litres  :


     : aide humanitaire 144 tonnes  :


     : diesel pour l’UNRWA 281 299 litres  :


     : essence pour l’UNRWA 35 000 litres  :


     :

     :

    17 juin  : denrées alimentaires 571 tonnes  :


     : matériel agricole 167 tonnes  :


     : denrées diverses 695 tonnes  :


     : gaz domestique 200 tonnes  :


     : fioul industriel 118 500 litres  :


     : aide humanitaire 622 tonnes  :


     :

     :

    20 juin  : denrées alimentaires 577 tonnes  :


     : matériel agricole 180 tonnes  :


     : denrées diverses 558 tonnes  :


     : gaz domestique 198,81 tonnes  :


     : fioul industriel 124 403 litres  :


     : aide humanitaire 3 véhicules  :


     :

     :

    21 juin  : denrées alimentaires 602 tonnes  :


     : matériel agricole 188 tonnes  :


     : denrées diverses 441 tonnes  :


     : gaz domestique 195 tonnes  :


     : fioul industriel 85 604 litres  :


     : aide humanitaire 341 tonnes  :


     :

     :

    22 juin  : denrées alimentaires 603 tonnes  :


     : matériel agricole 224 tonnes  :


     : denrées diverses 1,715 tonne  :


     : gaz domestique 198,880 tonnes  :


     : fioul industriel 126 400 litres  :


     : aide humanitaire 126 tonnes  :

    Al-Mentar (Karni)

    Ouvert le 17 juin pour l’entrée de 1 443 tonnes de céréales et 3 198 tonnes d’aliments pour le bétail. Ouvert également le 21 pour 1 794 tonnes de céréales et 2 925 tonnes d’aliments pour le bétail.

    Beit Hanoun (Erez)

    Date  :
     :
    Patients  :
     :
    Accompagn.  :
     :
    Arabes
    d’Israël
     :
     :
    Diplomates  :
     :
    Presse  :
     :
    Internat.  :
     :
    Gazaouis  :
     :
    Commerç.
    16 juin  : 22  : 17  : 13  : 2  : 10  : 41  : 1  : 4
    17 juin  : 46  : 41  : 39  : 0  : 2  : 38  : 46  : 5
    18 juin  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0
    19 juin  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0
    20 juin  : 46  : 41  : 39  : 0  : 2  : 38  : 46  : 6
    21 juin  : 37  : 37  : 28  : 2  : 3  : 32  : 0  : 7
    22 juin  : 40  : 39  : 14  : 6  : 5  : 34  : 3  : 4


    Cisjordanie

    - Jérusalem : les FOI ont maintenu leurs restrictions aux déplacements des Palestiniens. Des milliers d’entre eux, de Cisjordanie et de la bande de Gaza, ne peuvent toujours pas entrer dans la cité. Le vendredi, jour de prière, les restrictions sont accrues pour empêcher encore plus de Palestiniens d’aller prier à la mosquée al-Aqsa dans la vieille ville palestinienne de Jérusalem.

    - Ramallah : sur les check-points de Jaba’ et de Qalandya, les troupes d’occupation ont imposé comme chaque semaine des contrôles plus poussés et des restrictions plus draconiennes. Qalandya est le barrage le plus important de Cisjordanie. L’armée pose régulièrement des check-points sur les routes du secteur pour bloquer la circulation et fouiller les véhicules palestiniens et leurs passagers.

    Le dimanche 20 juin, les FOI se sont réinstallées sur le check-point d’ ‘Attara, au nord de Ramallah.

    - Naplouse : le jeudi 17, nouveau check-point à l’entrée ouest du village d’‘Assira, au nord de Naplouse. Le vendredi 18, le matin, idem à l’entrée sud du même village.

    - Tulkarem : le dimanche 20 juin, vers 5 h du matin, le passage d’al-Taybeh, à l’ouest de Tulkarem, a été fermé pendant deux heures. Les FOI prétendent que la fermeture résulte d’une erreur des ordinateurs. Il faut indiquer que les Palestiniens qui traversent à ce passage sont soumis à des contrôles approfondis et souvent, à des humiliations. Vers 10 h 30, ce mardi 22 juin, les FOI ont empêché des membres du comité d’entraides de la municipalité de Jaffa-Nazareth d’entrer dans Tulkarem par le check-point de Jibara, prétendant que le matériel qu’ils transportaient étaient de nature commerciale et devait entrer par le passage de Sha’ar Ephraim.

    - Qalqilya : mêmes restrictions, mêmes conséquences pour les Palestiniens, dans cette ville littéralement encerclée par le mur israélien.

    - Hébron : lundi matin, 14 juin, après qu’un véhicule de police de l’occupant ait été attaqué, près de la colonie Beit Hajai au sud-ouest d’Hébron, les Israéliens se sont lancés dans vaste campagne d’agressions contre les villages des environs d’Hébron, spécialement Dura. Des check-points ont été installés et les véhicules palestiniens bloqués. Une arrestation : celle de Hassan Abu ‘Arqoub, 24 ans, dans le secteur de Kharsa, au sud de Dura.

    - Jénine : le vendredi 18 vers 6 h, les FOI montent un barrage au carrefour d’‘Arraba, au sud de Jénine et un autre à l’intersection d’al-Jarba, au sud-est de l’endroit où l’armée a posé le précédent barrage.


    (JPG)

    Récupérations de matérieux et gravats, près de l’aéroport détruit de Rafah,
    durant lesquelles les Palestiniens sont pris pour cibles par l’occupant
    (AP/Adel Hana)


    4 - Mesures visant à créer une majorité démographique juive à Jérusalem

    Israël ayant multiplié et intensifié ses mesures arbitraires contre les Palestiniens de Jérusalem pour les chasser de leur ville, le PCHR y consacre cette section de son rapport hebdomadaire.

    -  Dimanche 20 juin, la police israélienne ferme l’association Ilaf, une asso pour le soutien scolaire qui se situe rue Haron al-Rashid, dans Jérusalem, en vertu d’une ordonnance rendue par l’inspecteur général de police israélien, Dodi Kohen. Le prétexte : des réunions du Hamas dans les bureaux de l’association. L’ordonnance stipule : "En vertu des pouvoirs qui me sont conférés et de la loi n° 6a relative à la prévention contre le terrorisme de 1948, je déclare fermée l’association de soutien scolaire de Jérusalem connue sous le nom d’Association Ilaf, au rez-de-chaussée du 19, rue Haron al-Rashid, jusqu’au 1er juillet 2010, car elle appartient à une organisation terroriste et elle est utilisée par le Hamas. Après avoir examiné les documents confidentiels fiables qui prouvent que l’Association est utilisée par le Hamas, nous vous informons que nous examinons actuellement la la possibilité de rendre une ordonnance additionnelle pour la fermeture de l’association pendant toute une année. Quiconque pensera être lésé par cette ordonnance pourra déposer un recours écrit à mes services dans un délai de 15 jours à partir de la publication de cette ordonnance."

    Mustafa Abu Zahra, président du conseil de direction de l’association, dément les allégations israéliennes, les déclarant mensongères, montées de toutes pièces et sans fondement. L’Association Ilaf pour le soutien scolaire à Jérusalem a été créée il y sept ans. Depuis sa création, elle a fourni une assistance financière sous la forme de prêts remboursables à environ 160 étudiants détenteurs de leur diplôme en différentes spécialités. La valeur des prêts accordés aux étudiants inscrits en médecine, en pharmacie, et en technologie est de 400 dinars jordaniens (457 €), et celle de prêts aux étudiants dans les autres matières est de 200 dollars jordaniens.

    -  Ce même dimanche 20 juin, la Cour suprême israélienne rend une ordonnance publiée par la police israélienne pour l’expulsion de Jérusalem de Mohammed Abu Tir, membre du Conseil législatif palestinien, groupe Changement et Réforme, affilié au Hamas, jusqu’à septembre, moment où la Cour examinera son recours. Dans sa décision, la Cour indique que cette ordonnance est valable jusqu’à sa décision sur le recours déposé à son greffe, expliquant que si la décision sur le recours est favorable à l’expulsé, alors il pourra rentrer chez lui. Il faut savoir qu’il y a deux autres ordonnances d’expulsion contre des membres du CLP, Ahmed Atwan et Mohammed Totah, et une troisième contre l’ingénieur Khaled Abu Arafa, ancien ministre palestinien des Affaires de Jérusalem.

    -  Lundi matin 21 juin, les forces israéliennes ont effectué un travail important aux bulldozers sur les terres palestiniennes entre les colonies Pisgat Ze’ev et Neve Ya’kof, dans le nord de Jérusalem occupée, pour préparer la construction de 600 nouveaux logements pour les colons. La construction de ces logements a été approuvée il y a un an, et vise à relier lesdites colonies entre elles.

    -  Toujours ce lundi, le « Comité d’organisation et de construction du District » de la municipalité israélienne de Jérusalem a approuvé un projet de création d’un « Jardin du roi David » (jardin biblique) sur l’ancien site de maisons du quartier al-Bustan, à Silwan, selon un communiqué de presse publié par la municipalité israélienne. Le Jardin inclura des restaurants et un hôtel pour les visiteurs. Les démolitions concernent 22 maisons dans la partie nord-ouest du quartier. Il faut savoir que la municipalité israélienne avait révélé l’an dernier qu’un plan existait pour démolir 88 maisons et expulser 1 500 personnes. En février dernier, la municipalité israélienne a ordonné à 88 Palestiniens vivant dans le quartier d’évacuer leurs maisons destinées à être démolies prétendument pour avoir été construites sans le permis israélien. Au moins 130 familles palestiniennes représentant 1 500 personnes vivent dans ces maisons. Certaines de ces maisons ont été construites avant 1948.

    -  Durant cette semaine, la municipalité israélienne a contraint In’am Ibrahim Me’bed, 62 ans, du secteur de Housh al-Hilo, dans la vieille ville palestinienne de Jérusalem, à démolir sa maison de 40 m², au motif qu’elle aurait été construite sans permis. Me’bed a construit sa maison il y a 4 ans, pour elle-même et sa fille malade. La famille a déjà payé une amende de 18 000 NIS (nouveau shekel israélien - 3 800 € environ). La municipalité israélienne de Jérusalem a également obligé la famille à démolir deux autres structures en 2007.


    5 - Activité de colonisation et agressions des colons contre les civils palestiniens et leurs biens

    -  Le vendredi soir, 18 juin, Mohammed Maher al-Masalma, 15 ans, du village de Beit ‘Awa, au sud-ouest d’Hébron, a survécu à une agression par un colon israélien avec des objets lourds. Selon l’enfant, il était environ 20 h, vendredi, quand il est arrivé au carrefour de Beit ‘Awa sur son chemin de retour, à pied, venant du village de Sikka, au sud. Selon un témoignage, un colon israélien a arrêté sa voiture à environ 10 mètres du garçon. Le colon est descendu de sa voiture avec un objet lourd à la main, qui pourrait être un tube de fer, et a attaqué l’enfant, le frappant sur la tête avec son arme. Le garçon est tombé à terre, saignant, et perdant conscience. Un passant palestinien l’a emmené dans sa voiture à l’hôpital, où il a été soigné pour une blessure grave à la tête. Selon son oncle, l’enfant souffre toujours d’un mal tenace et est toujours sous le choc.

    -  Mercredi 23 juin, 11 h, les FOI entrent dans le village de Kufor al-Dik, à l’ouest de Salfit, et remettent des avis à six Palestiniens, leur ordonnant d’arrêter la construction de structures qui leur appartiennent, prétextant un manque de permis. Ces civils sont : Radi Farahat Taha, Khaled Tahseen ’Ali Ahmed, Zayed Taher ’Ali Ahmed, Nawal ’Ali al-Shinnar, Samer ’Othman Naji et Jamal ’Ali Ahmed.

    (JPG)

    A bientôt !!!
    (AP/Khalil Hamra)


    (JPG) Document public

    Pour plus d’informations, merci de vous rendre sur le site du PCHR : http://www. pchrgaza.org, ou de nous contacter à notre bureau à Gaza ville par courriel : pchr@pchrgaza.org, ou par téléphone : (+972 (0)8 2824776 - 2825893).


     
     

    Rapport hebdomadaire pour la période du 17 au 23 juin 2010 : PCHR
    traduction pour ce qui concerne Gaza : Jacques Salles, et la Cisjordanie, JPP.

     

     


    votre commentaire
  • Partout où tu tournes les yeux, les mêmes méchants crétins qui se poussent du coude. Un vrai festival… Les connards sont à la fête, occupant tout l’espace et ne t’en laissant qu’une portion de plus en plus congrue. Les malsaines rancœurs et haines recuites de ces tristes sires risquent bien - à la longue - de t’asphyxier. Même : c’est déjà fait. Tu te noies. Abysses.

    Noyade(s)

    mercredi 23 juin 2010, par JBB

     

    Ils ont repeint le monde à leur couleur. Gris.

    Ça ne s’est pas fait en quelques jours. Ni semaines, ou même mois. Il a fallu du temps, et le mouvement - s’il s’est largement accéléré ces trois dernières années - est enclenché de longue date. Racines dans les clinquantes années 1980, soudaine apogée libérale tout autant que première mise à l’encan de boucs émissaires - quand les profits grimpent aussi vite que le chômage, il faut bien monter en épingle quelques faciles culpabilités, gens venus d’ailleurs, jeunes exclus et autres pas-comme-nous. Les années 90, pour confirmer, exclusions croissantes et stigmatisations itou, périls partout, terrorisme, chômage, jeunes à casquettes - et des flics en face, plein de flics.

    Et puis, le nouveau millénaire, si mal parti qu’on sait déjà qu’il n’aura rien de neuf, vieux goût de déjà-vu, danger prétendument international, pays rangés en ordre de bataille, peur sur la planète, barbus, mahométans, bombes dans les slips ou les chaussures, antienne perpétuelle pour dire que tu peux sauter n’importe quand, dans l’avion, le métro ou la Tour Montparnasse - et des flics en face, des soldats aussi, pleins de flics et de soldats.

    Trente ans. Dix pour te donner peur de l’avenir, instiller la crainte du chômage, pour te faire baisser les yeux et comporter en parfaite éponge salariale, ne pas déplaire surtout, obéir, travailler, travailler encore. Dix autres pour te donner peur de tes semblables, nous séparer, répartir en tant de petites cases - arabes, jeunes, banlieusards, précaires, noirs, chômeurs…- , exclus à étiquettes individuelles, chacun la sienne et pas de combat commun, de classe ou de front uni. Et les dix derniers pour te donner peur de l’univers, le tout proche et le tout lointain, angoisse répandue sur toutes choses, menaces à l’autre bout de la planète ou de l’autre côté du périphérique, malaise, la haine qui grimpe, grimpe, sans qu’on sache si elle va s’arrêter un jour.

    C’est comme ça : un jour, tu te réveilles entouré de dangereux cons. Eux ne l’ont pas tous toujours été, gens qui changent au gré des fils tirés pour faire accroître les rancœurs et les angoisses, sortes de marionnettes avec un libre arbitre à périmètre très limité, gens qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez à force qu’on leur souffle dedans ; trente ans de méchante bise et de vent contraire, ça finit simplement par vider le cerveau. Plus rien dans le ciboulot, sinon cette certitude qu’on les menace, attaque, vole, spolie, bouscule - meute devenue hargneuse à force de s’entendre dire que la gamelle n’était qu’à moitié remplie à cause d’eux, là-bas, les autres, les différents, ceusses d’un autre pays, ethnie, origine, région, ville, quartier. Le pis, c’est que ça fonctionne avec tous. Avec les crétins évidemment, les méchants de nature, ou les nantis, bourgeois craignant de ne plus l’être. Mais avec les autres aussi, pauvres en ayant marre de l’être et humiliés fatigués de se faire traiter en moins que rien.

    Trente ans de travail au corps, ça pèse, ça marque. L’adversaire - le vrai, l’ennemi de classe - a disparu, remplacé par une imaginaire multiplicité de menaces. La combativité s’est muée en peur, crainte de tout et de chacun, trembler devant la télé, en lisant ton journal, au coin de la rue ou dans les transports en commun - puisqu’il faut trembler en permanence. L’espoir est devenu haine, et chacun se pique de solder d’imaginaires comptes au lieu de régler la seule véritable addition, celle que devraient payer - rubis sur l’ongle et P38 contre la tempe - les souffleurs de haine et instigateurs du désastre. Eux peuvent sereinement poursuivre leur malsain petit jeu et continuer à engranger profits/puissance/pouvoir : nul ne les inquiète. Mieux, plus ils se comportent d’indigne façon, plus ils en cueillent de gains. C’est là l’avantage des petites graines semées bien en amont et cultivées avec soin : les mauvaises herbes qu’elles donnent alors ne sont pas de celles qu’on arrache aisément.

    L’incroyable raz-de-marée de méchante crétinerie qui frappe en ce moment notre (ce qu’il est convenu d’appeler) pays ne va sans doute pas refluer en quelques jours, mois ou semaines. L’exacerbation nationale, le chant du drapeau, la stigmatisation perpétuelle et la culture de la haine vont poursuivre leur petit bonhomme de chemin, rebondissant à l’envi sur les plus pathétiques des occasions, matchs de foot [1] ou faits divers, déclarations politiques ou manifs glauques [2]. Et chaque prétendu incident, chaque pseudo et fallacieuse preuve d’une aggravation des choses ne fera, au final, que réellement aggraver les choses, parce que tout est fait pour qu’il en aille ainsi. Parce qu’ils ont repeint le monde à leur couleur. Et il va falloir des efforts - beaucoup - et du temps - beaucoup - pour y ramener un peu de rose et de rouge.

    Notes

    [1] La grande chasse symbolique aux « racailles » organisée en réaction à la ridicule défaite de l’équipe de France, les débordements verbaux à laquelle elle a donné lieu, attendus (Finkielkraut) ou non, ne peuvent que laisser pantelant et écœuré. Quand on en arrive à proposer une lecture ethnique d’une défaite sportive…

     

    [2] Dans le genre, celle qu’une partie de la communauté chinoise vient d’organiser à Belleville, il y a quelques jours, manif sécuritaire tournant à la chasse aux noirs et aux arabes, se pose là.


    votre commentaire