• Les tremblements de terre ne détruisent pas les pays.

    Il ne faut pas reconstruire Haïti.

    Denis BLONDIN Ici

    Dans sa chronique du Devoir des 24-25 avril 2010, Gilles Courtemanche pose la question : Faut-il reconstruire Haïti ? Sa réponse, c’est qu’il ne faudrait pas reconstruire le pays dysfonctionnel d’avant le séisme mais d’abord investir dans l’éducation, en en faisant si nécessaire une condition imposée par les bailleurs de fonds.

    Pour une rare fois, je ne suis pas du tout d’accord avec lui. D’abord, de qui est-il question dans cette question ? De Nous : faut-il que Nous reconstruisions Haïti ? Il n’en peut être autrement lorsque les choix à faire sont ceux des « bailleurs de fonds ». Sur ce point crucial, je pense que nous sommes enfoncés jusqu’au cou dans l’erreur et l’illusion. L’illusion que nous, avec notre argent et notre culture supérieure, pourrions, si nous le voulions, faire les bons choix et reconstruire un pays viable qui serait mis à la disposition des Haïtiens.

    Où, dans le monde ou dans l’histoire, avons-nous vu un pays être construit ou reconstruit par d’autres que ses habitants ? Un pays, ce n’est pas un territoire et des bâtiments. Ce n’est pas non plus une collection de lois qui règlent le fonctionnement des institutions politiques ou économiques. C’est un peuple et la culture qu’il s’est donnée. Penser que nous pourrions reconstruire Haïti, c’est exactement le genre de rêve fou du docteur Frankenstein qui voulait insuffler la vie à une créature obtenue en recousant des parties de corps humains. Et pourtant, dans ce cas, le concepteur pouvait à tout le moins mener son projet farfelu avec la cohérence normale qu’un individu peut fournir, ce qui n’est absolument pas le cas avec les projets farfelus menés par « l’aide internationale » ou « les bailleurs de fonds ».

    Les tremblements de terre ne détruisent pas les pays.

    Après la dernière guerre mondiale, l’Allemagne et le Japon, bien plus détruits qu’Haïti par les bombardements, ont bénéficié de plans de financement extérieurs de la part des « bailleurs de fonds » pour faciliter leur reconstruction matérielle mais ils n’ont jamais eu besoin d’être reconstruits en tant que pays, pour la bonne raison que le bombes n’avaient pu détruire que du matériel. Pas la culture ou les institutions. Les Haïtiens ne sont pas moins intelligents que les Allemands ou les Japonais, même si leurs institutions avaient déjà été sabotées bien avant qu’un séisme ne détruise en plus une partie de leurs infrastructures matérielles.

    Avant de discuter des choix que Nous pourrions faire pour l’avenir d’Haïti, il faudrait d’abord se demander pourquoi ce pays a pu être désorganisé à ce point, bien avant le séisme du 12 janvier. Cette question demanderait de longs développements, tant notre compréhension générale du sous-développement est viciée par les manipulations et la propagande menées par les vrais maîtres du monde qui tentent de nous faire croire que la pauvreté découle de la surpopulation, du climat ou des catastrophes naturelles, de la culture ou des institutions locales, mais jamais des règles qu’ils ont eux-mêmes imposées dans le jeu des échanges économiques et politiques internationaux.

    Depuis qu’ils ont été systématisés aux XVIIIe et XIXe siècles, les rapports internationaux de domination créent de la pauvreté dans certaines zones de la planète, en même temps et pour les mêmes raisons qu’ils accumulent la richesse dans d’autres zones. C’était le cas dans les empires coloniaux et c’est toujours le cas de nos jours, même si la géographie de la richesse s’est un peu complexifiée, mais à partir du milieu du XXe siècle, les choses se sont drôlement aggravées.

    C’est que les colonies, jusqu’alors gérées par un seul maître à la fois, pouvaient être exploitées à volonté mais elles n’avaient pas à supporter les conséquences désastreuses du régime d’incohérence qui a été établi au moment où elles sont devenus « indépendantes » sur papier mais en réalité soumises à la prédation de n’importe quelle grande puissance politique ou économique. Comme un grand nombre de pays d’Afrique ou d’ailleurs, Haïti a sombré dans les affres d’un nouveau type de sous-développement, issu principalement de l’incohérence des décisions imposées par des maîtres qui s’ignorent les uns les autres : les Grandes Puissances, les multinationales, les organisations internationales, les dizaines de milliers d’ONG (1), les réseaux mafieux, le Pape, etc., et bien sûr aussi les mafias locales et la plupart des gouvernements locaux.

    La vraie question

    La véritable question qu’il faudrait poser est la suivante : croyons-Nous que, si Nous leur en laissions la chance, les Haïtiens auraient l’intelligence requise pour organiser une société viable et prendre en charge leurs besoins matériels ou autres ?

    Du bout des lèvres, tout le monde répondrait « oui » mais les « mais » suivraient rapidement : pas tout de suite, pas sans support, pas sans le concours de la diaspora, etc. Bref, peut-être des Haïtiens le pourraient-ils mais il faudrait d’abord que, d’une façon ou d’une autre, quelqu’un leur apporte un quelconque ingrédient magique tel que « l’éducation ».

    Et pourtant, dans l’histoire de l’humanité, la grande majorité des pays ont été créés par des humains sans « éducation », au sens où nous l’entendons de nos jours…

    En observant de loin la mise en œuvre des secours dépêchés en Haïti en janvier dernier, il m’a semblé clair que pour la quasi totalité des intervenants et commentateurs, « les Haïtiens » étaient des corps souffrants ou indemnes, affamés ou pas, et aussi des êtres dotés d’émotions humaines mais jamais des personnes douées de compétences qui auraient pu être mises à profit dans l’organisation des secours. Ainsi, plus de deux semaines après le séisme, le maire de Port-au-Prince confiait à un journaliste de La Presse qu’il devait s’en remettre à la gentillesse de tel ou tel employé de l’ONU pour pouvoir utiliser un moment un ordinateur ou faire quelques appels téléphoniques. On avait transporté sur place des dizaines de milliers de secouristes et des tonnes d’équipements mais personne, semble-t-il, n’avait cru utile de fournir des équipements de base à un leader élu pour qu’il puisse mettre ses compétences à profit.

    Plus récemment, quand les « bailleurs de fonds » ont annoncé le total de leurs investissements à venir (plus de dix milliards de dollars), la même logique prévalait, même si on a pu demander la signature du Président ou du Premier ministre sur un quelconque document d’acceptation. Tout le problème d’Haïti est là, dans son statut de bénéficiaire n’ayant pas un mot à dire dans les décisions qui le concernent. En attendant, l’avenir qui lui est préparé est à peu de choses près celui du plus grand camp de réfugiés sur la planète – des réfugiés dans leur propre pays.

    Les Haïtiens, comme tous les autres peuples de la planète, possèdent de façon innée les compétences nécessaires pour créer des cultures, façonner des institutions et prendre en charge leurs propres besoins – c’est là un simple constat factuel. Ils l’ont fait aussi longtemps qu’ils n’en ont pas été empêchés. Ils n’ont besoin que de liberté, de responsabilité réelle et d’une dignité reconnue mais si on les prive de ces trois ingrédients essentiels pour les réduire à l’état de dépendance, leurs compétences sont momentanément réduites ou anéanties. Si Nous souhaitions vraiment qu’ils puissent prendre leur destin en main, Nous ferions en sorte de reconnaître et de respecter cette dignité, cette liberté et cette responsabilité. Nous cesserions de tout leur imposer, en prétendant assumer nous-mêmes, par pure grandeur d’âme, la responsabilité de leur bien-être ou de leur simple survie.

    Nous pourrions faire preuve de solidarité en cas de coup dur, comme nous le faisons lorsqu’une tempête de verglas désorganise temporairement nos services, mais nous n’en profiterions pas pour remettre en place des régimes de dépendance et de déresponsabilisation qui sont ultimement fondés sur la croyance inavouée en l’inaptitude des assistés.

    Denis Blondin
    Anthropologue

    (1) Seulement en Haïti, leur nombre est évalué entre 10,000 et 15,000 mais personne n’en connaît le nombre exact. Dès lors, comment penser que leurs interventions puissent être coordonnées à l’intérieur d’un plan global de développement ?


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  • Les puissants utilisent cette méthode depuis longtemps : fabriquer la dissidence pour gagner coûte que coûte. Les deux conférences qui se sont tenues en parallèle à la fin avril, le Sommet du millénaire de Montréal et la Conférence des peuples sur le changement climatique de Cochabamba, en sont un exemple. L’obsession climatique basée sur un soi-disant consensus est manipulée en haut lieu et la dissidence que l’on nous présente n’en est pas vraiment une.

    Les changements climatiques s’approprient le Sommet du Millénaire

    La journée de clôture du Sommet du millénaire de Montréal qui se tenait du 20 au 22 avril s’est terminée par une conférence grand public, où se sont succédé des élites des milieux politique, économique, social et artistique, dont « l’Honorable » Al Gore. Malgré la qualité de certaines présentations, le principal objectif du Sommet, soit de réduire de moitié la pauvreté extrême entre 2000 et 2015, a à peine fait l’objet de discussion et les solutions proposées relèvent toutes ou presque de l’action citoyenne. En ce Jour de la Terre, on a préféré mettre l’accent sur le réchauffement planétaire et/ou les changements climatiques, qui, selon M. Gore, sont inextricablement liés à la pauvreté extrême. Une tactique voilée pour détourner le débat à des fins pécuniaires.




    MorAl Gore prêche pour sa paroisse

    Le réchauffement planétaire est d’abord et avant tout une question morale, affirme haut et fort M. Gore. Aussi, pour combattre la pauvreté extrême, il faut nécessairement s’attaquer au réchauffement planétaire. Et quelle est la première étape de ce combat « moral » selon le célèbre défenseur du climat? La « stabilisation de la population ».

    D’abord, le fait d’associer la moralité aux changements climatiques ressemble étrangement à la technique rhétorique peu subtile qu’ont employé les défenseurs du Patriot Act : quiconque questionnera le « consensus » sur le climat sera accusé d’être amoral tout comme les critiques du Patriot Act étaient accusés d’être antipatriotiques.

    Ensuite, la stabilisation de la population que prône M. Gore, prétendument pour enrayer la pauvreté, n’est rien d’autre qu’une nouvelle formulation du plan de contrôle de la population de Henry Kissinger, un plan eugéniste visant à réduire la croissance de la population mondiale, spécifiquement dans les pays les plus pauvres, et ce pour des raisons économiques et de sécurité nationale. Bien sûr, afin de donner à son plan douteux un aura de moralité, M. Gore le drape dans des idéaux inattaquables : éduquer les jeunes filles, leur donner accès à des méthodes contraceptives, etc.

    Or, la pauvreté extrême existait bien avant que l’on ne parle de changements climatiques et celle-ci est la cause de la « surpopulation » dans les pays sous-développés et non l’inverse comme tente de nous le faire croire M. Gore. S’attaquer à la surpopulation pour contrer la pauvreté c’est s’attaquer au résultat plutôt qu’à la cause.

    Sans grande surprise, l’éminent lauréat du prix Nobel de la paix ne remet jamais en cause les systèmes économiques et politiques ainsi que les pratiques commerciales injustes à la base des inégalités Nord-Sud. Pourtant, si les progrès des pays sous-développés réalisés depuis les années 1960 ont été freinés c’est davantage en raison de politiques économiques provenant des institutions internationales, principalement des tristement célèbres plans d’ajustement structurels du Fonds monétaire international, servant avant tout les intérêts économiques des grandes puissances : à bas la nationalisation, vivement la privatisation et un marché de libre-concurrence, c’est-à-dire un marché où les plus démunis demeurent au bas de l’échelle puisqu’ils ne peuvent concurrencer les puissants, un marché où ces derniers sont libres de faire du dumping social chez-eux et du dumping et des économies sur les salaires dans leur pays d’accueil.

    Jamais M. Gore ne parle des guerres, à l’exception évidemment de celles qui sont liées à la surpopulation : les guerres pour l’appropriation des ressources naturelles, sujet à peine effleuré par le conférencier vedette. Pourtant, son pays d’origine est non seulement le plus gros pollueur, mais il est également le plus armé et le plus guerrier de la planète. Les bombes à l’uranium appauvri que l’armée étasunienne fait exploser un peu partout sont un véritable désastre écologique et humanitaire.

    Or, demander aux citoyens d’acheter des produits écologiques, de réduire leur consommation d’énergie et aux gouvernements de participer à un marché du carbone s’avère la solution de M. Gore pour sauver l’environnement, alors qu’en Irak ces bombes sales ont des effets catastrophiques sur l’environnement et la population, particulièrement sur les naissances, à savoir d’innombrables malformations, au point où les femmes iraquiennes ne souhaitent plus enfanter. M. Gore ignore-t-il ce phénomène parce qu’il contribue au plan de dépopulation? Allons savoir.

    Jamais M. Gore ne s’attaque non plus aux gros pollueurs : les entreprises privées. N’est-il pas indécent de demander aux petits citoyens d’adopter un nouveau style de vie, de faire des sacrifices, alors qu’on ne demande pas aux plus gros pollueurs de faire de même? La principale demande faite aux grandes entreprises responsables à la fois de la pollution et de la pauvreté extrême, dont ils profitent largement, est de participer au marché du carbone, la nouvelle manne financière qui permettra aux plus riches de polluer davantage sur le dos des pays en développement. Et à M. Gore, qui investit massivement dans l’économie « verte », de s’enrichir une fois de plus sous le couvert de l’activisme écologique.

    Bref, la « solution » de M. Gore, « en voie de devenir le premier milliardaire du carbone », se résume à pousser les citoyens et les entreprises vers un nouveau marché « vert » dans le but ultime de se remplir les poches et ne contribue en rien à réduire la pollution, ni à enrayer la pauvreté. Malgré tout, le discours du gourou de l’environnement est reçu par les foules avec un enthousiasme aveugle.


    Conférence des peuples : qui se cache derrière les ONG?

     

    La Conférence des peuples sur le changement climatique de Cochabamba, qui avait lieu du 19 au 23 avril, se veut une alternative au Sommet de Copenhague. Peut-elle vraiment être considérée comme telle? D’une part oui. On y a dénoncé, entre autres, les dangers d’un marché du carbone et le caractère destructeur du système capitaliste, et, en passant, les guerres et la responsabilité des entreprises privées en ce qui a trait à la pollution.

    On a aussi proposé des solutions différentes de celles de Copenhague et davantage égalitaires. Mais ces solutions sont non seulement toutes basées sur un consensus douteux cautionné par des entités qui tirent avantage du scénario apocalyptique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), elles sont également des solutions qui, encore une fois, ont pour source de revenu les contribuables. Les contribuables du monde entier, où qu’ils se trouvent.

    À ce stade-ci, il convient de noter que la plupart des grandes organisations non gouvernementales (ONG) participant à ce genre de sommet et prétendant représenter la dissidence et être les porte-paroles des sans-voix, sont en grande partie financées et/ou dirigées par ceux-là même qu’elles critiquent, en prenant soin de ne pas les nommer.

    Greenpeace, Friends of the Earth, la Fondation David Suzuki, le Sierra Club, le World Wild Life Fund ainsi que de nombreuses autres ONG sont financées par le Rockefeller Brothers Fund. On retrouve les mêmes ONG, à quelques exceptions près dans la liste des subventions du Rockefeller Family Fund, et de Rockefeller Philanthropy Advisors. La Rockefeller Foundation, elle aussi, finance Greenpeace et le WWF. Or, on sait que la famille Rockefeller doit sa fortune en grande partie à l’industrie pétrolière, à savoir, la « défunte » Standard Oil. Démantelée au début du 20e siècle, elle est à l’origine d’une trentaine de compagnies pétrolières, dont la famille détient toujours des parts.

    Par ailleurs, ce clan richissime est omniprésent sur la scène politique, économique et financière et fait partie des plus puissantes organisations internationales, dont le Council on Foreign Relations, le Groupe Bilderberg, le Forum économique mondial et la Commission Trilatérale, « un des engins les plus cruciaux de la mondialisation », fondé par David Rockefeller, patriarche de la famille.

    « Comment la Commission Trilatérale a-t-elle contribué à leur objectif de créer un nouvel ordre mondial ou un nouvel ordre économique international? Ils ont placé leurs propres membres à la tête des institutions mondiales relatives au commerce, aux banques et à la politique étrangère. »  (The August Review)


    Pour ne citer qu’un exemple, tous les présidents de la Banque mondiale sauf un ont été des membres de la Commission Trilatérale. Lorsque les architectes du nouvel ordre économique mondial financent des organisations qui disent combattre ce système, il y a de quoi douter des intentions réelles de ces dernières.

    Des descendants de John D. Rockefeller ont récemment proposé que la compagnie Exxon Mobil, dont ils détiennent des parts, « prenne la menace du réchauffement climatique au sérieux ». À voir la quantité de groupes environnementalistes qu’ils financent, on n’a pas à se demander pourquoi ils préconisent une telle approche. Il est clair que ce financement sert des intérêts économiques et qu’il ne s’agit pas de pure philanthropie.

    En effet, en 2009, le Sunday Times publiait une liste des 100 « barons écolo » les plus riches. Outre Warren Buffett, Bill Gates et les fondateurs de Google, dont M. Gore est conseiller, on trouve la famille Rockefeller. Et le fondateur de CNN Ted Turner.

    Sa fondation, la Turner Foundation, a été entre 1996 et 2001 le plus grand donateur de Greenpeace. Sur la liste des groupes activistes ayant reçu du financement de cette fondation, on trouve les mêmes noms que ceux qui figurent sur la liste des fondations des Rockefeller : Sierra Club, David Suzuki Foundation, Friends of the Earth, WWF et d’autres figurant également sur la liste des partenaires de l’événement de Cochabamba, dont Rainforest Action Network, Global Exchange, etc. Qui peut être mieux placé qu’un ancien magna de la presse pour contrôler un message?

    Mais encore. La Ford Foundation  finance elle aussi le WWF, Rainforest Alliance Friends of the Earth, etc. Étrange non? Que les groupes qui se disent dissidents, progressistes ou peu importe quel qualificatif qui sonne de gauche, soient toutes ou presque financés par les puissants contre lesquels ils prétendent lutter? Cela ressemble étrangement aux premiers jours de la Réserve fédérale des États-Unis, époque où les Rockefeller, entre autres, se battaient pour une banque privée, bataille très peu populaire. Une opposition a été fabriquée par les partisans d’une banque centrale privée dans le but de faire passer une proposition semblable, mais plus acceptable car elle donnait l’impression de s’opposer au projet original. « Sois proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis », dit-on dans L’Art de la guerre.

    Tout ce qui précède est un exemple éloquent de cette philosophie. Une opposition est créée dans le but de faire accepter une réalité fort probablement fabriquée et qui éclipse les problèmes réels, entre autres, celui de la guerre et la destruction qu’elle cause. La guerre, qui, comme l’a si bien exprimé le major-général de la marine Smedley Butler dans War is a Racket, n’est au fond que l’expression de rivalités économiques.

    D’une part, il faut être naïf pour penser que ces ONG iraient mordre la main qui les nourrit. Lorsqu’elles évitent tout débat sur les changements climatiques en disant que ceux qui n’adhèrent pas au consensus sont payés par les pétrolières, il ne s’agit que d’une tentative de diversion qui n’a aucune validité puisqu’elles aussi sont, d’une manière détournée, financées par ces mêmes industries.

    D’autre part, il faut également faire preuve de naïveté pour penser que les intérêts des groupes environnementalistes ne sont pas à la base des intérêts financiers. Cela ne signifie pas que tous les membres de ces groupes recherchent tous des gains potentiels. Bien des gens impliqués dans de telles organisations sont profondément désintéressés, croient réellement œuvrer au bien de l’humanité et ne réalisent pas que ceux qui les financent sont motivés la plupart du temps par l’appât du gain.

    Enfin, il ne faut pas oublier que l’eugénisme est à la base de l’environnementalisme. Pour ne citer qu’un exemple, le WWF a été fondé par Sir Julian Huxley, eugéniste notoire,et le prince Philippe de Grande-Bretagne. Le premier président du WWF et fondateur du Groupe Bilderberg, le prince Bernard des Pays-Bas, avait des affiliations nazies. Nazi et eugénisme vont de pair, on le sait.

    Or, Betsy Hartmann, directrice du Population and Development Program au Hampshire College de Amherst, explique que l’eugénisme, contrairement à la croyance populaire, n’a pas disparu avec les atrocités nazies. En réalité, « la dimension démographique n’a guère disparu ». Le programme de « stabilisation de la population » de M. Gore en est un exemple flagrant. Tout est dans la formulation : y a-t-il une différence entre dépopulation et stabilisation de la population? Les mots sont différents, mais le concept demeure le même.

    À la lumière de ce qui précède, il convient de se questionner sur les réelles intentions de ceux qui disent vouloir nous protéger d’une catastrophe annoncée. Tous ces liens avec l’industrie pétrolière, les banques et les médias ne sont certes pas fortuits. Pas moins que tous ces noms qui reviennent constamment en des endroits clés. Il s’agit sans aucun doute d’une propagande orchestrée sur tous les fronts. Bref, méfions-nous de ceux par qui le scandale arrive.

    Julie Lévesque est journaliste et chercheure au Centre de recherche sur la mondialisation (CRM).


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  • Tout le monde s’en fiche (TruthDig)


    Cela fera bientôt dix ans que nous sommes en guerre en Afghanistan et bientôt huit en Irak. Des centaines de milliers d’Irakiens et des milliers de civils Afghans et Pakistanais ont été tués. Des millions ont été poussés vers des camps de réfugiés. Des milliers de nos propres soldats et marines sont morts ou sont estropiés physiquement ou psychologiquement.

    Nous finançons ces guerres, qui n’ont pas de véritable soutien populaire, en empruntant des milliers de milliards de dollars qui ne pourront jamais être remboursés, tandis que les écoles ferment, les états tombent en faillite, les services sociaux sont rognés, nos infrastructures tombent en ruines, des dizaines de millions d’Américains sont réduits à la misère, et le véritable taux de chômage approche les 17 %. Une inertie collective, suicidaire nous entraîne vers une insolvabilité nationale et l’effondrement de l’empire. Et personne ne proteste. Le mouvement pacifiste est mort, malgré les efforts héroïques d’une poignée de groupes tels les Vétérans d’Irak Contre la Guerre, le Parti des Verts et Code Pink. Tout le monde s’en fiche.

    Cette apathie de masse a pour origine la profonde division entre les libéraux, qui sont majoritairement blancs et bien éduqués, et notre classe ouvrière déshéritée, dont les enfants qui n’ont guère de possibilités de trouver un emploi décent, n’ont souvent pas d’autre choix que l’armée.

    Les libéraux, dont les enfants fréquent plus souvent une université d’élite qu’un corps de marines, n’ont pas combattu le NAFTA (Accord de libre échange de l’Amérique du Nord) en 1994 et le démantèlement de notre industrie. Ils n’ont rien fait lorsque deux ans plus tard les Démocrates ont saccagé les aides sociales et ils sont restés impassibles lorsque nos banques ont été offertes aux spéculateurs de Wall Street.

    Ils ont ratifié, en soutenant les Démocrates Clinton et Obama, le pillage mené par les entreprises privées au nom de la globalisation et d’une guerre sans fin, et ils ont ignoré le sort réservé aux pauvres. Pour toutes ces raisons, les pauvres n’accordent que peu d’intérêt aux protestations morales des libéraux. Nous avons perdu toute crédibilité. Nous sommes détestés, et à juste titre, pour notre complicité tacite dans l’assaut mené contre les travailleurs et leurs familles.

    Cependant, notre passivité à engendré quelque chose de plus qu’un aventurisme impérial et un sous-prolétariat structurel. Un coup d’état en douce effectué par un gouvernement contrôlé par des intérêts privés s’est transformé en une néo-feodalité où il n’y a plus que des maîtres et des serfs. Et ce processus ne peut pas être renversé par le biais des mécanismes traditionnels de la politique électorale.

    Jeudi dernier je me suis rendu à Washington pour rejoindre le Représentant Dennis Kucinich pour une conférence sur les guerres en cours. Kucinich a profité de cet événement organisé dans l’enceinte du Congrès pour dénoncer une nouvelle demande de Barack Obama pour une rallonge supplémentaire de 33 milliards de dollars pour la guerre en Afghanistan.

    Le Démocrate du Ohio a présenté une proposition de loi, soutenue par 16 élus, qui exige un débat à la Chambre des Représentants sur la poursuite de la guerre en Afghanistan. Kucinich est le seul membre du Congrès à condamner publiquement l’autorisation accordée par l’administration Obama pour l’assassinat d’Anwar al-Awlaki, un religieux américain qui vit au Yémen et qui est accusé d’entretenir des liens avec le kamikaze du vol de Détroit à Noël. Kucinich avait aussi invité le journaliste d’investigation Jeremy Scahill, l’écrivain/militant David Swanson, et le Colonel de l’armée à la retraite Ann Wright ainsi que le vétéran de la guerre en Irak Josh Steiber.

    La réunion, qui s’est tenue dans la bâtiment Rayburn, nous a brutalement rappelé notre insignifiance. Il n’y avait que quelques jeunes assistants parlementaires. Aucun autre membre du Congrès n’était présent. La majorité du public était composée d’environ 70 militants pacifistes qui, comme d’habitude dans ce genre d’événement, avaient été rejoints par un groupe hétéroclite de théoriciens du complot qui pensent que le 11/9 est l’œuvre du gouvernement et que le feu Sénateur Paul Wellston, mort dans un accident d’avion, a été assassiné. Scahill et Swanson ont donné une litanie de statistiques troublantes qui montrent comment les entreprises privées ont pris le contrôle des différents pouvoirs.

    Les entreprises privées ont réussi à prendre le contrôle de notre sécurité intérieure et de nos agences de renseignement. Elles dirigent notre économie et gèrent nos systèmes de communication. Elles possèdent les deux partis politiques principaux. Elles ont construit un appareil militaire privé. Elles pillent les caisses de l’état selon leur bon vouloir. Et elles sont devenues inattaquables. Ceux qui dénoncent le coup d’état sont tenus à l’écart du débat public et sont marginalisés, comme Kucinich.

    « Nous n’avons aucun système de communication dans ce pays, » a dit Swanson, qui est le co-fondateur d’une coalition pacifiste (AfterDowningStreet.org) et qui a mené sans succès une campagne pour la destitution de George W. Bush et Dick Cheney. « Nous avons un cartel médiatique privé qui se confond avec l’industrie de l’armement. La démocratie ne les intéresse pas. Le Congrès est à leur solde. Il est totalement corrompu par l’argent.

    Nous nous battons la coulpe à cause de notre inertie et de notre incapacité à imposer notre volonté, mais pour nous la barre est placée très haut. Il nous faudra travailler très très dur et faire de très gros sacrifices pour pouvoir exercer une influence sur ce Congrès si nous espérons le faire sans mettre la main à la poche et nous offrir des médias dignes de ce nom.

    Les parlementaires hypocrites du Congrès parlent toujours d’argent, de comment il faut faire attention à ne pas le dépenser n’importe comment, sauf lorsqu’il s’agit de financer des guerres. C’est de l’hypocrisie, mais qui ira les dénoncer ? Pas leurs collègues, pas leurs financiers, pas les médias, personne à part nous. Nous devrions le faire, mais en général nous ne le faisons pas parce que de temps à autre ils changent le parti au pouvoir et que nous sommes toujours partie prenant dans l’un ou l’autre. »

    Scahill – qui a effectué un remarquable travail d’enquête sur la sous-traitance y compris la société Blackwater, rebaptisée Xe – a expliqué comment la gestion des guerres en Irak et Afghanistan a été méthodiquement transférée par le Pentagone à des sous-traitants privés qui n’ont pas de comptes à rendre. Il a regretté le manque de soutien à un projet de loi présenté par le Représentant Jan Schakowsky, projet connu sous le nom de Stop Outsourcing Security (SOS) Act, H.R. 4102 (Interdiction de la sous-traitance en matière de sécurité – NdT), qui aurait « écarté les entreprises privées des fonctions qui devraient être réservées aux forces armées et aux fonctionnaires du gouvernement des Etats-Unis. »

    « Il s’agit là d’une des dures réalités de notre temps, où on peut proposer une loi qui énonce quelque chose d’aussi simple que « nous ne devons pas sous-traiter à des entreprises privées les questions de sécurité nationale » et ne trouver que 20 membres du Congrès pour le soutenir, » a dit Scahill. « La triste réalité est que le Représentant Schakowsky sait que l’industrie de l’armement est bipartisane. Elle finance les deux camps.

    Pendant un moment on a cru que le sous-traitant était devenu une sorte de nouveau Israël. On ne pouvait pas trouver un seul membre du Congrès pour les critiquer parce qu’il y en a tellement qui sont dépendants de financements privés pour garder leur siège à la Chambre des Représentants ou au Sénat. Je crois aussi que l’élection d’Obama, comme pour de nombreux autres sujets, a éliminé cette possibilité et que la Maison Blanche enverrait ses émissaires pour intimider les membres du Congrès qui ne suivraient pas la ligne du parti. »

    « La totalité du gouvernement a été privatisée », a poursuivi Scahill. « En fait, la totalité des ceux qui gagnent 100.000 dollars ou moins dans ce pays pourraient aussi bien donner tous leurs biens directement aux sous-traitants plutôt que de payer le gouvernement. C’est pour vous dire à quel point la société a été privatisée, à quel point le gouvernement a été sous-traitée dans ce pays.

    Il y a 18 agences de renseignement, militaires et civiles, et 70% de leur budget est consacré à des sous-traitants privés qui travaillent à la fois pour le gouvernement des Etats-Unis et des entreprises privées et des gouvernements étrangers. Nous avons massivement sous-traité les opérations de renseignement dans ce pays tout simplement parce que nous avons massivement tout sous-traité. 69% de toute la main d’œuvre du Pentagone, et je ne parle pas uniquement des théâtres d’opération, est désormais privatisée.

    En Afghanistan, les statistiques sont époustouflantes. L’administration Obama est infiniment pire en Afghanistan en matière de mercenariat et autres sous-traitants privés que l’administration Bush. En ce moment, en Afghanistan, il y a 104.000 sous-traitants privés du Ministère de la Défense aux côtés des 68.000 soldats américains. Le rapport est pratiquement du simple au double entre le nombre de soldats salariés du gouvernement américain et les employés de sociétés privées. Sans compter les 14.000 sous-traitants du Département d’Etat présents en Afghanistan. »

    « Dans quelques mois, en très certainement avant un an, les Etats-Unis auront jusqu’à 220.000 ou 250.000 personnes financées par l’état en train d’occuper l’Afghanistan. Nous sommes loin des 70.000 soldats que ceux qui prêtent un peu d’attention pensent que les Etats-Unis ont en Afghanistan. » a dit Scahill. « Nous parlons d’un pays où, selon le conseiller à la sécurité nationale du président, le général James Jones, se trouvent moins de 100 membres d’Al Qaeda incapables de frapper les Etats-Unis. C’était pourtant la raison invoquée de notre présence en Afghanistan. C’était pour poursuivre les auteurs des attentats du 11/9. »

    Josh Stieber a pris la parole en dernier. Stieber a été déployée avec l’armée en Irak entre février 2007 et avril 2008. Il était membre de la compagnie Bravo 2-16, celle impliquée dans l’attaque par des hélicoptères Apache en juillet 2007 contre des civils irakiens, montrée dans une vidéo récente publiée par Wikileaks. Stieber, qui a quitté l’armée comme objecteur de conscience, a publiquement demandé pardon au peuple irakien.

    « En aucun cas il ne s’agit d’un cas exceptionnel, » a-t-il dit en parlant de la vidéo, qui montre des pilotes d’hélicoptère en train de mitrailler avec nonchalance des civils, dont un photographe de l’agence de presse Reuters et des enfants, dans une rue de Bagdad. « C’était inévitable étant donné les conditions. Nous livrions de nombreux combats à l’époque.

    Une bombe pouvait exploser au bord d’une route ou un sniper pouvait tirer de n’importe où. La paranoïa était constante, nous étions constamment sous pression. Lorsqu’on place des gens dans une telle situation au milieu de civils, c’est le genre de choses qui arrivera et qui est arrivé et continuera d’arriver tant que notre pays ne s’en préoccupe pas. Maintenant que cette vidéo a été rendue publique, il est de notre responsabilité de reconnaître que c’est à cela que ressemble cette guerre au quotidien. »

    Je me sentais déprimé en sortant du bâtiment Rayburn pour aller prendre le train et rentrer chez moi. Les voix de la raison, les voix du bon sens, celles qui ont un contenu moral, comme celles de Kucinich ou Scahill ou Wright ou Swanson ou Stieber, n’ont que peu de chances d’être entendues. Les libéraux, qui n’ont pas compris les objectifs inavouables du gouvernement privé et ceux de ses maléfiques serviteurs du Parti Démocrate, ont leur part de responsabilité. Mais même une classe libérale éclairée aurait eu du mal à combattre les grotesques numéros de carnaval et de théâtre politique qui ont provoqué cet aveuglément collectif. Nous avons tous été subjugués. Et avec les milliers d’innocents en Irak, en Afghanistan, au Pakistan et ailleurs, nous serons tous dévorés.

    Chris Hedges ici

    http://www.truthdig.com/report/item...

    Traduction "non Chris, t’es pas tout seul, enfin presque" par VD pour le Grand Soir


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  • Malgré la poussée de racisme en Arizona
    Les États-Unis restent demandeurs de main-d’œuvre étrangère

    Par : Djamel Bouatta

    Alors que l'Arizona, État voisin du Mexique, vient de légiférer sur “le délit de faciès”, les hommes politiques américains de premier plan déclarent que les Ètats-Unis doivent ouvrir leurs frontières. C’est la nature même de la première puissance mondiale et c’est également le prix du maintien du niveau de vie américain, le fondement du mythe américain, plaident-ils.

    Paradoxe américain : la loi “SB1070”, adoptée le 19 avril par le Parlement de l'État de l'Arizona, autorise la police à contrôler les résidents et passants dès lors qu'elle a un soupçon sur leur statut. En clair, toutes les têtes latinos, qui font la richesse de l’Arizona, tombent sous le coup de cette loi infamante. Les immigrés ou descendants d'immigrés hispaniques représentent la première minorité du pays, ils sont les premiers concernés dans cet Etat gouverné par un républicain nostalgique des années Bush et frontalier du Mexique.

    Les post-bushiens, bien repris en main par Sarah Palin, gouverneur haut en couleur, de l’Alaska et représentative de l’Amérique blanche et raciste, reprochent aux Latinos leurs votes  démocrates. Lors des législatives de 2006, leurs voix  ont renvoyé chez eux des républicains et en 2008, elles ont contribué à ouvrir la route de la Maison-Blanche à Barak Obama. Les Latinos se sont mobilisés et en appellent donc à Obama. Des rassemblements massifs sont convoqués dans tout le pays. Le premier président noir des États-Unis avait fait des promesses électorales mais, il lui sera difficile, soutiennent ses proches, de renvoyer tout de suite l’ascenseur aux Latinos.

    À Washington, où le calendrier des démocrates est déjà chargé avec la régulation financière, le changement climatique et les efforts en cours pour doper l'emploi, l'idée d'aborder la question de l'immigration, divise les progressistes au Congrès comme les commentateurs politiques.
    En attendant une décision venue de Washington, le texte proposé par la gouverneure républicaine Jan Brewer est sévèrement condamné par les chefs d'État latino-américains.

    Le président du Mexique, Felipe Calderón, a dénoncé une loi “inhumaine, inacceptable, discriminatoire et injuste” et menace de boycotter les produits et services en provenance d'Arizona ainsi qu'à décourager ses ressortissants de s’y rendre en vacances. Près de 16,5 millions de touristes issus d'Amérique centrale et du Sud vont aux États-Unis chaque année, ils réfléchiront à deux fois avant de le refaire avec ce risque d'être interpellés en raison de la couleur de leur peau ou de la langue qu'ils parlent. Les Latinos de l’Arizona envisagent de s’expatrier vers des lieux américains plus accueillants comme Miami, Los Angeles ou d'autres grandes villes, où la population hispanique est importante et où ils ne risqueront pas un contrôle au faciès.

    C’est le moment choisi par l’ex-président Bill Clinton pour interpeler le Congrès à “voter quelque chose”. Car, selon lui, “la valeur de (son) pays, ce que n'ont pas la Chine ou l'Inde, c'est que nous avons des personnes de partout dans le monde ici, et qu'ils font du bon travail”. Il y a environ 12 millions d'immigrés illégaux, “nous n'allons pas les expulser, donnons-leur un statut. Il ne faut pas leur donner la citoyenneté, à moins qu'ils ne réussissent les tests, mais donnons-leur un statut permanent et tout ira bien”, a-t-il martelé.

    Contradictions chez les républicains : certains d’entre eux demandent plus d'immigrés, “la présence d'immigrés illégaux est une bonne chose pour les États-Unis, ils acceptent les jobs dont personne ne veut et à un salaire défiant toute concurrence”. Mike Bloomberg, le maire de New York réprouve la loi votée en Arizona, une “invitation au harcèlement” car il sait que sa ville ne doit son dynamisme pas qu’à Wall Street. Les services fonctionnent grâce aux petites mains latinos.

    Le maire de New York a ainsi annoncé qu'il soutiendrait  “à 100%” Obama, si le président décidait de revoir les lois sur l'immigration. Un projet de l'administration Obama devrait être présenté à l'été, il prévoit de permettre aux immigrés illégaux d'obtenir des papiers après un certain délai sur le sol américain. Ce projet est une promesse de campagne du candidat Obama aux Hispaniques. Mais dans son camp, beaucoup craignent que le moment soit mal choisi.

    L'argument selon lequel les immigrés “prennent le travail des Américains” est agité par les petits Blancs en cette période de crise. Une chose est certaine, dans une première étape, les clandestins qui ont un emploi seront régularisés et lorsque la croissance reprendra, même les républicains feront venir des étrangers.

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    Mobilisation contre la loi sur l'immigration en Arizona

     

    Des manifestations étaient prévues dans quelque 70 villes.

    La loi d'Arizona criminalise le fait d'être sans papiers et exige que la police détermine si les citoyens sont présents dans le pays de façon légale.

    Les défenseurs des droits de l'homme affirment que la loi conduit à appliquer le "délit de faciès" mais les autorités insistent sur le fait que le texte interdit expressément aux officiers de police d'arrêter des personnes en raison de leur appartenance raciale.

    La gouverneur d'Arizona, Jan Brewer, a indiqué que la loi, populaire dans les sondages nationaux, était nécessaire pour rendre étanche la frontière de l'Etat avec le Mexique, principal point d'entrée des immigrés sans-papiers.

    Les consulats à Los Angeles de nombreux pays latino-américains (Mexique, Bolivie, Brésil, Costa Rica, Equateur, Salvador, République Dominicaine, Pérou et Guatemala) ont assuré leurs ressortissants d'Arizona de leur soutien, et leur ont demandé de manifester samedi.

    Appel au boycottage de l'Arizona

    Le maire de L.A., Antonio Villaraigosa, a dit appuyer l'idée de boycotter l'achat de biens et de services en provenance de l'Arizona. «Cette loi est anti-patriotique et va à l'encontre de la Constitution des États-Unis, a dit le maire, lui-même fils d'immigrants latinos. J'invite les gens à manifester en grand nombre.»

    Les opposants à la loi ont déclenché une série de mesures de boycottage de l'Arizona et de ses produits. La Ville de San Francisco a interdit à ses employés d'aller en voyage d'affaires en Arizona, tandis que le président du Sénat de la Californie, Darrell Steinberg, a appelé l'État à «couper les liens avec l'Arizona tant que la loi qui encourage le profilage racial est maintenue».

    Signe que l'application de la loi sera ardue, des shérifs de différents comtés en Arizona commencent à critiquer ouvertement la loi, approuvée par 35 républicains de la Chambre des représentants, tandis que les 21 démocrates ont voté contre.

    Le shérif du comté de Pima, Clarence Dupnik, qualifie la loi de «raciste» et de «stupide». Il dit n'avoir aucune intention de la faire appliquer.

    «Si nous arrêtons les gens, nous allons nous faire poursuivre. Si nous ne faisons rien, nous allons nous faire poursuivre. Nous avons les mains liées», a-t-il confié aux médias locaux.

    Sur le plan national, un sondage Gallup montre que 39% des répondants sont en faveur de la loi, alors que 30% s'y opposent. Près du tiers des répondants, 31%, disent ne pas être assez familiers avec la loi pour avoir une opinion.

    La loi, qui oblige les policiers à interpeller les individus qu'ils soupçonnent d'être dans le pays illégalement, a été qualifiée de «malavisée» par le président Barack Obama. Le président mexicain, Felipe Calderon, a quant à lui affirmé que les citoyens mexicains risqueraient d'être intimidés en Arizona, et a critiqué la loi.

    Le procureur général des États-Unis et le département de la Justice étudient la possibilité de poursuivre l'État de l'Arizona. Jusqu'ici, la tâche de faire respecter les lois sur l'immigration incombait aux agents frontaliers fédéraux, une force de 20 000 agents présents le long de la frontière.

    Parallèlement, la loi est aussi acclamée: plusieurs élus veulent en faire un exemple. Au Texas, deux élus de la Chambre des représentants ont promis de proposer une loi sévère contre les immigrants illégaux, calquée sur l'initiative de l'Arizona.


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