• Parodie d’Images: Le Site Web Elysée.fr revue et corrigé par Cpolitic

    100 000 euros pour un site web. Pour un tel prix, n’importe qui imagine un concept innovant, détonant même, pour en refaire un support leader mondial dans le domaine de la communication et du web 2.0 (Amitiés à Frédo!)

    Mais non, durant les heures les plus sombres de la France d’après guerre, avec une crise mondiale sans précédent, tout le monde réalise des économies d’échelles ou de bout de chandelles, tout le monde agit en faveur de la protection de l’environnement, tout le monde souhaite aider son prochain pour combler ces satanées inégalités. Toutes et tous… sauf lui qui ne pense qu’à se faire refaire le portrait aux frais des contribuables: ce n’est plus un site web présidentiel, c’est un site à la gloire du minable empereur Sarkozy avec comble du déshonneur, un design copier-coller du site internet du president of united states, Barack Obama!

    100 000 euros, le plagiat… à relativiser avec le déplacement de Alain Joyandet pour la Martinique, dans un jet privé haut de gamme (pas un vieux bimoteur pourri) de Dassault Aviation le Falcon 7X: 116 500 euros! (Oubliez le Grenelle, oubliez les économies)
    Promis on vous avait promis, après la gaffe de Kouchner et d’Estrosi (138 K€), qu’ils ne recommenceraient pas. Tant pis…

    Le détail qui tue
    Revenons à Elysée.fr. Sur les 17 images (10 dans l’animation et 7 en vignettes) visibles sur la première moitié du site web, la partie que vous visualisez en premier, on peut admirer sa sainteté Nicolas…16 fois! Est-ce utile d’en dire plus?
    Ainsi pour trouver la seule image sans son égo démesuré, il faut attendre un article consacré à Haïti.
    Comprendre: La France c’est Nicolas Sarkozy.

    On trouve même une image avec Simone Veil habillée en tenue d’académicienne. Hors Nicolas n’était pas présent à la cérémonie la plus emblématique: la cérémonie d’investiture avec la remise de l’épée. Ou comment déformer la réalité…

    Finalement ce site web résume tout le programme électoral du candidat perpétuel de Neuilly-Sur-Seine: Egocentrisme, Foutage de Gueule et exubérance. Bien loin des qualités requises pour un véritable chef d’état. Par contre, pour un petit caïd de banlieue…

    Alors forcément, Cpolitic ne pouvait s’empêcher de replacer judicieusement les vraies images d’origine:
    elysée.fr site web de la présidence de la république française 
parodie

    et aussi…
    elysée.fr site web de la présidence de la république française 
parodie

    pourquoi pas…
    elysée.fr site web de la présidence de la république française 
parodie

    pour finir…
    elysée.fr site web de la présidence de la république française 
parodie


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  • Quelques réflexions autour des arrestations du 15 février à Paris

    « Que la répression soit balayée par un réveil terrible de vie »

     
     

    Arrêtés le 15 février 2010, nous sommes mis en examen dans le cadre d’une procédure correctionnelle et accusés de « dégradations ou destructions volontaires graves de biens commis en réunion » et « Dégradations ou destructions volontaires par l’effet d’une substance explosive, d’un incendie ou de tout autre moyen de nature à créer un danger pour les personnes ». Nous sommes pour l’instant placés sous contrôle judiciaire avec interdiction de nous voir ainsi que deux autres camarades également mis en examen pour le premier chef d’inculpation uniquement.

    Ces quelques lignes ne sont le fait que de deux personnes, elles n’engagent donc que ces deux personnes. Les autres s’exprimeront ou non, selon ce que leur cœur leur dit, mais il ne s’agit en aucun cas de représenter qui que ce soit d’autre que nous-mêmes. Ce texte n’a pour seule valeur que l’information, car la répression de quelques-uns doit pouvoir servir d’expérience à quelques autres. Pas question ici de se plaindre à l’Etat ou à une quelconque « opinion publique ». Contrairement à nos intentions initiales, nous ne reviendrons pas sur les détails techniques de l’arrestation, de la perquisition ou de la GAV, puisqu’un texte sorti récemment fait déjà cela très bien. Dernière chose, grâce à l’aide de quelques compagnons/nes, nous avons pu écrire ce texte sans entrer en contact.

    Peu de choses à dire, sinon qu’un matin de Lundi, avec une surprise un peu sans surprise, c’est la section antiterroriste de la Brigade Criminelle (SAT-PP) qui se présente violemment à la porte d’une amie chez qui nous serons trois à nous faire serrer (dont deux qui seront mis en examen). Sans surprise, pourquoi ? D’abord à cause de filatures répétées de ces précédentes semaines, mais aussi pour une raison moins conjoncturelle. C’est simple, en tant qu’anarchistes revendiqués, la prise de conscience des risques qu’impliquent nos engagements et l’affirmation publique et visible de nos idées est quelque chose d’acquis.

    S’assumer en tant qu’ennemis de l’Etat, c’est s’assumer en tant qu’ennemi potentiellement reconnu de l’Etat. Il y a dans cet engagement quelque chose de profondément individuel d’abord, puis quelque chose de profondément social ensuite. C’est à dire qu’il s’agit d’un rapport humain, aussi, un ensemble de liens intersubjectifs qui se créent par l’entraide, l’affinité, le partage et surtout l’ouverture aux autres.

    C’est pour cela selon nous, que les mythes de l’invisibilité, de la lutte armée et de la clandestinité (lorsqu’elle est un choix conscient et politique et qu’elle est le moyen de la lutte armée) sont au choix des faire-valoir, des fourvoiements de mythomanes ou des choix allant dans le sens d’un autoritarisme qui finira par pointer son nez, un jour ou l’autre (militarisation, spécialisation, paranoïa, privilège de la stratégie et de la tactique sur les raisons du cœur etc.). C’est pour cela que nos idées se sont toujours, aux cotés de nos compagnons, diffusées de façon publique et visible.

    C’est le fait que nous puissions, nous ou d’autres porteurs d’idées subversives et antiautoritaires, intervenir au grand jour et non pas comme des clandestins enterrés dans leur paranoïa qui ne communiqueraient plus qu’avec leurs camarades, ce sont ces choses la que l’Etat ne peut tolérer, et moins encore, comprendre.

    En effet, les schémas de pensée et le référentiel d’un flic sont incapables d’imaginer ou d’entrevoir la possibilité d’une organisation non constituée formellement (comme la prétendue « M.A.A.F »), non politique, sans hiérarchie et librement consentie entre des individus aux buts approchants, ce que Stirner appelait libre-association. D’où les questions et remarques typiques des flics et des journaflics : « qui sont les chefs ? », « qui vous dicte votre conduite ? » ou encore les inventions policières « ultra-gauche » et « anarcho-autonome ».


    Et jamais n’avons nous rencontré d’individus se revendiquant « anarcho-autonome », et qui, à part quelques marxistes anti-léninistes du siècle passé se réclame encore de l’ultra-gauche ? Il s’agit, des mots mêmes de la juge d’instruction en charge de l’affaire au moment de la mise en examen de l’un d’entre nous, de « constructions policières ».

    Bien sur, durant cette garde-à-vue, c’est le désarroi qui gagne à certains moments, c’est la menace d’un coup de chapeau de dernière minute, de la fabrication de nouvelles « preuves » contre nous et nos camarades, d’une énième invention policière qui justifiera un placement immédiat en détention et tout ce que cela implique pour nous comme pour les luttes auxquelles nous participons.

    Il y a dans ces instants de cogitation, des réalités qui refont surface : C’est nos idées (aussi diversifiées puissent-t-elles être) et donc ce que nous sommes que l’on attaque, les faits particuliers après tout, ils s’en foutent, l’innocence et la culpabilité, ce langage de flics et de juges, il n’y a qu’eux pour s’en servir de prétexte, ou s’en servir tout court.

    Cela étant dit, et les aspects individuels mis de coté, cette affaire porte en elle quelque-chose d’éminemment collectif. Et c’est surtout de cela que nous aimerions parler ici, sans prendre les habits de quelconques donneurs de leçon, puisque les intuitions que nous voulons partager ici sont déjà largement répandues parmi ceux qui luttent, mais aussi, parce qu’elles proviennent, en plus de discussions et réflexions collectives, de notre propre subjectivité.


    Le contexte est ici essentiel pour la compréhension de ces événements et de ceux à venir. Depuis que des sans-papiers ont foutu le feu à leur taule à Vincennes le 22 juin 2008, c’est une solidarité massive (comparée à l’agitation de ces dernières années) qui s’est exprimée ici et là à travers la France, avec en toile de fond un contexte de lutte en Europe contre la machine à déporter.

    Cela fait des années, en effet, que l’agitation autour de cette révolte et maintenant autour du procès de cette révolte, dans lequel dix personnes sont condamnées d’avance [1], fait rage. De nombreuses balades sauvages ont eu lieu (cf. la brochure Sur l’intérêt des manifs sauvages) et ont encore lieu, des réunions publiques et des occupations également ; de nombreux tracts, de nombreuses brochures, de nombreuses affiches, de nombreux tags ont essayé de recouvrir les villes et les rues de toute la France.

    Aussi de nombreux sabotages anonymes de distributeurs de billets de banques qui balancent les sans-papiers aux flics ont animé cette solidarité en acte dans une même continuité de révolte. Toujours la question de Vincennes s’est accompagnée d’un questionnement plus général, comment venir à bout de la machine à expulser dans son intégralité ? Du monde qui la produit ?
    La diversité de ces pratiques obtient toute notre solidarité et c’est parce que, comme beaucoup d’autres, nous ne l’avons jamais caché, qu’aujourd’hui les flics s’intéressent à nous et à d’autres.

    Il faut garder en tête que la machine à expulser, plutôt qu’une « dérive raciste », est tout d’abord une immense machine à fric pour ceux qui répondent aux appels d’offre de l’Etat, qu’ils soient humanitaires (CIMADE, France Terre d’Asile, Croix Rouge, Ordre de Malte…), constructeurs (Eiffage, Bouygues…), fournisseurs (Vinci, Accor, Ibis, Holiday Inn...), tous tirent profit des expulsions et du marché qui s’est créé autour d’elles. En fait, ce ne sont pas tant les quelques bouc émissaires interchangeables qui subissent les frais de la justice tels que nous où d’autres, mais c’est une lutte entière menée depuis quelques années et avec verve contre la machine à expulser, une lutte qui leur coûte cher et qui cherche à se diffuser et à s’étendre, que l’on cherche à sanctionner.

    On se souvient par exemple des arrestations « antiterroristes » de Damien, Ivan et Bruno aux abords du CRA de Vincennes peu avant un rassemblement, deux d’entre eux sont aujourd’hui dans la nature, certainement excédés de ces privations constantes de liberté imposées d’en haut. Nous avons bien conscience que notre arrestation et notre mise en examen ne sont rien face aux plans du pouvoir, aussi vrai que ces quelques secousses répressives ne sont rien face aux ravages de la révolte qui ne fait pas que gronder. Nous avons bien conscience aussi qu’il aurait pu s’agir de n’importe quels autres compagnons ou camarades de lutte, qu’il fallait bien commencer cette nouvelle vague par quelques-uns, et ces quelques-uns, ce fut nous, cette fois-ci.

    La lucidité, c’est de se rendre compte que des augures nouveaux se présentent à nos portes, que c’est le ciel qui nous survole qu’ils tentent d’assombrir, que cette instruction ouverte sera peut-être le prétexte à de nombreuses arrestations, à des recoupements, à des incarcérations peut-être, à un affinement du renseignement maniaque et contre-subversif et autres infamies étatiques. C’est le moment de faire de leur souhait un rêve inatteignable, un paradis qui ne leur sera jamais accessible. Parce que la généralisation des pratiques qu’impliquent nos diverses pensées et nos passions leur serait fatale, mais il n’est pas question de sombrer dans le catastrophisme pour autant, prétexte à l’inertie et à l’impuissance confortable. Il n’est pas question non plus, dans ce texte comme ailleurs, de se plaindre et de crier au scandale.

    Ce serait la grande force d’un mouvement pourtant si faible dans l’espace et dans le temps comme dans ses capacités projectuelles et la diffusion de ses pratiques et contenus, que la collectivité qui le compose assume collectivement les actes répréhensibles (du petit point de vue pénal) qui se dégagent de son sein, car ces pratiques sont celles d’une lutte, et que cette lutte, c’est de nos volontés à tous qu’elle émerge.

    Il faut se rendre compte que ces quelques soubresauts de répression touchent à quelque chose d’éminemment collectif et qu’ils concernent tous ceux qui luttent contre la machine à expulser, en ce qu’ils sont une attaque contre tous. Là se trouve l’un des temps forts de la solidarité : rompre l’isolement qu’ils souhaitent imposer ; dans l’affirmation généralisée que lorsqu’ils s’attaquent à l’un où l’une d’entre nous, c’est à nous tous qu’ils s’en prennent. C’est l’instant, à notre avis, pour renforcer les initiatives et les affinités projectuelles, pour redoubler d’efforts et ne pas céder à la panique, qui ne ferait que participer à l’isolement de ceux que désignent l’Etat et sa cohorte de valets. C’est aussi le moment de cesser de n’être que d’éternelles cassandres du soutien, dénonçant à tour de larmes plutôt qu’à bras-le-corps.

    On sait ce que cherche l’Etat, c’est l’isolement de certains et la dissociation (au sens commun) des autres, comme c’est le cas par exemple d’une tendance du RESF et de son communiqué qui prémâche le boulot des flics. Autrement dit, le processus de désolidarisation qui peut mener certains à mettre la tête sous terre au passage de l’orage ; juste le temps qu’il faut à l’Etat pour démolir des camarades bouc émissaires, et ressortir la tête pour reprendre la mascarade des postures, pour fermer les parapluies en espérant de façon précaire que la prochaine fois, ça ne sera pas soi-même qui se retrouvera dans l’œil du cyclone.

    Voila, en espérant que ces quelques lignes seront prises pour ce qu’elles sont, une modeste invitation au débat, une modeste invitation à réfléchir à cette situation que l’on ne peut ignorer mais qui en essayant de clôturer des chemins, offre à ceux qui veulent se battre pour la liberté de nouveaux espaces de diffusion dans la solidarité révolutionnaire. A ceux qui ne voudront pas comprendre cela et qui trouveront toujours matière à s’évader de la guerre sociale, à ceux aussi, qui pleurent sur la carcasse d’une banque, c’est notre mépris que nous souhaitons renvoyer. Aux autres, notre solidarité et nos affinités. Un salut à ceux qui ne sont pas restés au chaud ces derniers temps et qui savent bien que la lutte ne s’arrêtera pas pour si peu. Nous voulons la liberté pour tous, avec ou sans-papier, nous voulons reprendre à l’État le contrôle qu’il exerce sur nos vies.

    Pour un monde sans prisons,
    Pour un monde qui ne soit pas une prison.

    Mars 2010,
    Dan et Olivier.
    Ici

    Notes

     

     

     

    [1] - Nadir Autmani : 30 mois ferme (le proc avait requis 36 mois dont 6 avec sursis),
    - Hani Ashraf : 24 mois (le proc avait requis 3 ans ferme) mais aurait droit à un nouveau procès,
    - Samir Awadi : 12 mois ferme (le proc avait requis 18 mois dont 6 avec sursis),
    - Hassen Belkader : 8 mois (le proc avait requis 6 à 8 mois),
    - Bozkurt : 8 mois (le proc avait requis 6 mois ferme) peut être aurait droit à un nouveau procès,
    - Moïse Diakité : 36 mois ferme (le proc avait requis 36 mois dont 6 avec sursis),
    - Ali Diallo : 30 mois dont 6 avec sursis (c’est ce que le proc avait demandé),
    - Mahamadou Dramé : 30 mois dont 6 avec sursis (c’est ce que le proc avait demandé),
    - Ekma Moktaré : 12 mois ferme (le proc avait requis 18 mois dont 8 avec sursis),
    - Mohamed Salah : 30 mois ferme (le proc avait requis 36 mois dont 6 mois avec sursis).

     


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  • L'Islande, futur paradis de la liberté de la presse?


    liberte_de_la_presseVoilà une info qui fait réagir les médias commerciaux : l’Islande deviendrait un paradis de la liberté d’expression. Comme d’autres sont des paradis fiscaux en protégeant les spéculateurs, l’Islande ambitionne devenir un havre pour les journalistes d’investigation qui, certes, se font rares en ces temps de poursuites intempestives pour diffamation. Ca la fout mal : si l’Islande veut devenir le paradis des journalistes qui veulent enfoncer les clous, ça veut dire qu’ailleurs c’est pas le top. 


    C’est marrant, rares sont ceux qui soulèvent le débat à ce sujet. Pourtant nous qui vivons en sarkoland depuis bientôt trois ans devrions nous sentir concernés. L’Islande, en effet, se démarque totalement du bal de somnambules auquel nous a habitués l’industrie médiatico militaire1] de notre bonne vieille France. De quoi s’agit-il exactement ?

    Les 320.000 Islandais, qui viennent de dire (à 93%2]) qu’ils ne veulent pas filer leurs sous aux spéculateurs anglais et hollandais qui se sont fait avoir par la banque spécialiste des subprime pourris Icesave, considèrent aujourd’hui qu’il faut une vraie liberté de la presse pour avoir une chance d’éviter une crise comme celle qui a littéralement ruiné l’Islande.

    Du coup, le 16 février le Parlement a commencé à étudier une proposition de loi, plus ou moins poussée par le Icelandic Modern Media Initiative (IMMI), et destinée à rendre maximale les libertés d’information et d’expression. Depuis, les députés sont occupés à recenser ce qui se fait de mieux en la matière.

    A l’origine du projet, un groupe qui publie des documents officiels censurés, Wikileaks, et qui est victime de moult3] poursuites de la part de ceux qui sont dérangés par ces infos. Wikileaks aurait choisi l’Islande pour mener le combat, parce que c’est le pays qui a fini n°1 du classement Reporters Sans frontières sur la liberté de la presse de 20084].

    Au final, si l’Islande parvient à regrouper les lois les plus protectrices de la liberté d’expression, certains craignent que les journalistes et même d’autres citoyens ne se lâchent un peu trop. Je reviendrai plus bas sur le droit de la presse en France et en Belgique, où les différences sont déjà notables, pour qu’on comprenne mieux l’intérêt d’un paradis de la liberté d’expression. Contre lequel, évidemment, on peut s’attendre à une levée de boucliers.

    Mais qu’est donc Wikileaks5]? Un site créé en 2006 par, semble-t-il, des dissidents Chinois, des journalistes et mathématiciens US, Européens et Taïwanais, et qui a eu l’intelligence d’implanter ses serveurs dans des pays où la liberté de la presse est importante, comme la Suède, afin de bloquer les poursuites éventuelles à la suite de la publication de documents censurés. Du coup, aucun de la centaine de procès intentés n’a encore été perdu par le groupe. Alors forcément, ça énerve : le Pentagone a de déclaré le site « menace pour l’armée » et a pensé à bloquer Wikileaksdès mars 2008. Diantre. Autrement dit, c’est la guerre.

    En tout cas, ça y ressemble : en février, le site a du suspendre ses activités, officiellement pour des raisons de finances. timbreIl faut 600.000$ à Wikileaks pour payer ses employés, et il n’a pu en récolter que 130.000 en 2009.

    Aujourd’hui, quasiment aucun du bon million de documents publiés par Wikileaks n’est accessible sur Internet. Même le site qui avait repris les documents publiés par Wikileaks n’est plus accessible, ni aucun autre. Et puis, une plainte d’une banque Suisse auprès de la justice californienne a obtenu la fermeture du sitefin février 20086]. Maintenant, l’original n’émet plus en raison –officiellement- de problèmes financiers, mais à force de poursuites judiciaires, aucun double7] de ce site n’est plus accessible : aucun des dizainesde sites miroirs créés depuis ces derniers mois. Le seul moyen de trouver des documents de Wikileaks aujourd’hui est de passer par des torrentset de télécharger les fichiers via un site intermédiaire.

    Le fait d’être hébergé en Suède, où le secret des sources est protégé, n’a pas empêché une bonne dizaine de flics allemands de perquisitionner chez le propriétairedu nom de domaine allemand de Wikileaks en mars 2009. Soi-disant pour rechercher des fichiers pédophiles.

    Bref, on peut dire qu’il y a eu comme un nettoyage, au même moment d’ailleurs où la censure devienttotalement décomplexée sur Dailymotion.

    Alors évidemment, si Wikileaks veut continuer à publier ces documents –que le Pentagone accuse d’être de la propagande- il faut que le site soit hébergé dans un pays qui garantit le plus de liberté possible. Accessoirement, cela permettrait aussi de contourner ce que certains appellent le « tourisme de la diffamation», qui consiste à porter plainte pour diffamation dans le pays le plus répressif qu’on peut trouver et qui a hélas, en ces temps répressifs, tendance à se développer rapidement8].

    En effet, si jamais l’Islande parvient à mettre en œuvre la loi qui est sur les rails, un journaliste accusé de diffamation injustement pourra intenter lui-même un procès à celui qui l’attaque. Car un journaliste qui écrirait cela en Islande ne pourrait pas être poursuivi par un pays étranger qui aurait de moins bonnes protections de la liberté d’expression et des sources. Ce qui vaudrait aussi pour des sites hébergeurs ou des éditeurs.

    Là où cela va rapporter à l’Islande, c’est quand les médias et hébergeurs de sites polémiques –ou à scandales, c’est le risque- viendront y installer leur siège. Au final, tous ceux qui risquent des poursuites pour diffamation (ce qui, on va le voir, devient banal un peu partout), viendront probablement se domicilier en Islande, quitte à y payer leurs impôts. 

    Via cette « initiative de modernisation des médias islandais », les députés islandais affirment vouloir protéger le journalisme d’investigation qui, il faut bien le dire, se fait rare. Il ne s’agit pas de protéger la presse people ou les sites purement diffamatoires.



    sarkonapolk9En France, protection des sources : 0

    On l’a vu, la liberté de la presse et la liberté d’expression défendues par l’Islande reposent essentiellement sur la protection des sources. Ce que ne veulent pas les journalistes, c’est devoir balancer leurs sources –à qui ils ont garanti l’anonymat comme la déontologie l’impose- à un flic ou à un juge s’il n’y a pas une raison sérieuse.

    Ladite protection des sources est, selon la cour européenne des droits de l'homme, la «pierre angulaire de la liberté de la presse » nécessaire dans une société démocratique. Ca a l’air de rien, mais si les sources ne sont pas protégées, elles ne peuvent risquer de divulguer quoi que ce soit. Et un journaliste n’a pas le droit de faire risquer à ses sources des poursuites pénales (violation du secret professionnel etc.).

    La Belgique, après un non droit total en la matière, a aujourd’hui une des lois les plus protectrices au monde. En France, ce n’était déjà pas la panacée avant l’entrée en sarkoland. Mais, depuis les choses se sont largement dégradées.

    A priori, la loi permet à un journaliste français de ne pas divulguer ses sources bien qu’un journaliste n’ait pas le droit au secret professionnel. Ca c’est la théorie. Car en pratique, alinéa après alinéa, les députés ont crée moult brèches dans ce système. Comme le dénoncele Syndicat National des Journalistes, il suffit à un juge de poursuivre le journaliste pour « violation d’un secret professionnel », « violation du secret de l’instruction », recel de documents volés etc. pour l’obliger à balancer ses sources. On a souvent ce genre de cas dans les grosses affaires politico judiciaires.

    Plus récemment, on a inventé la « lutte contre le terrorisme », notion floue s’il en est, pour réclamer l’accès aux sources des journalistes. Quand on sait que tout ce qui ressemble à des anarchistes (« anarcho autonomes », aujourd’hui), est assimilé à un terroriste, on comprend que certains sujets sont risqués à aborder ne serait-ce que pour protéger les éventuels informateurs.

    Chez nous, les juges ont parfois tendance à considérer les journalistes comme des informateurs et n’hésitent pas longtemps avant de mener des perquisitions dans les rédactions ou chez les journalistes. Il suffit d’une plainte d’un industriel, comme Renault, pour recel de documents internes ou « violation du secret professionnel », par exemple contre Auto Plus9], et le juge sera pressé d’aller vérifier d’où vient la fuite, c’est-à-dire la source du journaliste qui a balancé l’info.

    En principe, les perquisitions dans les rédactions ne doivent pas gêner la diffusion de l’information (art 56-2 du code de procédure pénale). Alors les magistrats se pointent tôt le matin pour saisir les ordinateurs et les notes des journaleux et mettre certains bureaux sous scellés10]. Le mieux, c’est que personne ne sait ce qu’ils recherchent, ce qui leur permet de saisir un maximum d’éléments.

    Et les garde à vue de journalistes sur des plaintes de multinationales ou de personnalités, pour diffamation ou autre, sontsarkozymedias_influence_marronnier_L_1 également monnaie courante dans la France des droits de l’homme. Le journaliste Denis Robert qui a enquêté sur les comptes non publiés de Clearstream en sait quelque chose. Ou sinon, les juges n’hésitent pas à demander à l’opérateur téléphonique d’un journaliste (qui a refusé de balancer ses sources au sujet d’un meurtre dans le milieu nantais) le relevé complet de ses appels, sans qu’il n’en soit informé11].

    Aujourd’hui, c’est à tel point que les étudiants en journalisme apprennent différentes façons de planquer leurs sources, notamment en en détruisant certaines malgré les risques en cas de procès.

    Bref, ce n’est pas la fête. En 2008, Rachida Dati avait fait passer une loi qui, disait-elle, constituait une avancée « considérable » en matière de protection des sources. Mais ce n’était que la transposition d’un texte européen.

    Et la France a évidemment un peu biaisé : en réalité, comme on pouvait s’en douter, il s’agissait surtout de garantir aux juges un accès aisé aux sources en question. C’est simple : il suffit d’entretenir un flou artistiquesur les motifs qu’un juge peut invoquer. De fait, le texte dit que les juges ont accès aux sources en cas « d’impératif prépondérant d’intérêt public ». Comprenne qui pourra, mais en tout cas c’est encore plus pratique que la notion de « terrorisme », qui n’a toujours pas de définition juridique. Toutefois, le texte précise que le journaliste n’a pas, malgré tout, l’obligation de divulguer ses sources. Ce qui peut être contourné facilement en lui mettant la pression lors d’une garde à vue.

    En outre, de nombreuses catégories de journalistes ne sont pas couvertes par cette pseudo « protection des sources », les écoutes téléphoniques, largement utilisées par les flics, ne sont pas concernées et le journaliste ne peut refuser de mentionner ses sources que s’il est entendu comme témoin12].

    Au final, ce texte est très flouet n’aborde pas tous les éléments qui constituent des atteintes au secret des sources. Mais, il faut reconnaître que les perquisitions dans les rédactions ont fortement diminué.

    Les sénateurs l’ont donc remanié en novembre 2009, pour enlever le caractère « exceptionnel » de la demande d’accès aux sources et ajouter que cette demande doit être « nécessaire et proportionnée » au but poursuivi par le juge. Ils ont aussi ajouté quelques exceptions au principe général de la protection des sources. Toutefois, comme l’a souligné le SNJ, une perquisition comme celle qui a eu lieu par exemple à la rédaction d’Auto Plus en juillet 2008 (à la suite d’une plainte de Renault pour violation du secret industriel) n’aurait pas été légale si le texte avait été en vigueur, car il ne s’agit pas d’un « impératif prépondérant d’intérêt public » mais d’une affaire privée.

    Mais, il y a d'autres moyens formidables pour brider la presse, aussi efficaces que la question de la protection des sources, parmi lesquels la plainte pour diffamation. A la différence de la calomnie, les propos diffamatoires peuvent être vrais, il suffit en France de prouver que l’auteur a cherché à nuire à l’ « honneur » ou à la réputation d’une personne, d’une entreprise, d’une association etc.

    En cas de plainte, le journaliste doit prouver que ce qu’il dit est vrai, c’est-à-dire qu’il doit livrer ses sources et ses documents au juge. Une des marottes de sarkoléon est d’ailleurs de faire passer les procès pour diffamation au civil, ce qui enlèverait l’instruction menée au pénal (enfin, tant qu’on a encore des juges d’instruction). Le SNJ considère quemettre la diffamation au civil reviendrait à considérer qu’elle relève d’une affaire privée, avec réparation du préjudice, sans aucune considération pour les libertés publiques et le droit à l’information.

    sarkozy_medias_tele_sarkostique_6Les politiques, Sarkozy en tête, n’hésitent pas à recourir à la diffamation dès qu’un journaliste les attaque sans trop de détours, mais les entreprises et les particuliers aussi. En décembre, « pour l’exemple»13], Bolloré a porté plaintepour diffamation contre deux journalistes de France Inter : ils avaient évoqué les méthodes du groupeau Cameroun. Accessoirement, on en déduit que les médias appartenant à Bolloré ne risquent pas d’aborder ce sujet.

    Au cas où cet arsenal ne suffit pas, il reste les plaintes pour « vol, recel et contrefaçon», comme lorsque sarko a fait convoquer par la police des journalistes de France 3, pour la diffusion de propos « off » tenus avant une émission, et dans lesquels sarko menaçait journalistes en leur disant que « ça va changer ».

    Enfin, il reste les atteintes à l’image ou à la vie privées, pratiques pour condamner la presse quand elle dérange une star ou un homme politique. En France, nous avons, paradoxalement, l’une des législations les plus restrictives en la matière. Ce qui nous a valu quelques condamnationsde la Cour Européenne des Droits de l’Homme, qui considère que le droit à l’image et à la vie privée ne doit pas empiéter sur la liberté d’expression. Mais la CEDH avait déjà pointé le recours abusifà la « diffamation », ou le problème de la protection des sources.

    Et puis, il faut noter que la super loi de 2008 sur la protection des sources n’est manifestement pas respectée : dans le cadre de l’affaire Treiber, des journalistes ont encore une fois été pris pour des auxiliaires de police et interrogés14]durant plus de 7 heures par la brigade de recherche des fugitifs. En outre, au cours de ces interrogatoires, les journalistes ont appris qu’ils étaient suivis et mis sur écoute depuis quelques semaines.

    Pour terminer, on peut encore souligner le fait que l’Elysée a aussi tendance à confondre les médias avec une agence de presse privée, et qu’il est toujours prompt à dire que les médias ne relatent pas suffisammentses multiples gesticulations. Il ne faut pas non plus oublier l’ingérence constante de sarkoléon dans la vie des médias, que ce soit en enlevant la pub sur la télé publique, en annonçant le nom de leur futur patron aux journalistes des Echos, en mettant ses pions à TF1 et à France Inter…


    La Belgique

    La loi actuellesur le secret des sources date seulement de 2005, après une décennie de perquisitions et d’interrogatoires arton1358de journalistes pour tout et n’importe quoi. C’était même à tel point que la cour Européenne des Droits de l’Homme avait condamné la Belgique.

    La loi belge est aujourd’hui l’une des plus protectrices au monde, et le journaliste (y compris les collaborateurs indépendants des rédactions) se voit reconnaître le droit de ne pas donner ses sources à un juge quand il est entendu comme témoin. On ne peut pas perquisitionner chez lui, ni mettre en place d’écoutes, ni saisir son matériel dans le but d’obtenir ses sources.

    En Belgique, la seule raison sérieuse qui peut être invoquée par un juge uniquement pour obtenir les sources d’un journaliste est une menace sur la vie humaine15]. Mais en plus il faut qu’il n’y ait pas d’autre moyen d’obtenir ces informations, et il faut que ce soit le seul moyen de prévenir le crime. Il faut donc un risque soit d’attentat, soit d’assassinat. En dehors de cela, le juge et encore moins un flic, ne peut pas demander à un journaliste de lui communiquer ses sources. Mais de toute manière, la déontologie des journalistes Belges leur impose de communiquer l’information dans ces cas-là.

    Le juge ne peut donc pas invoquer des raisons telles que la « sécurité nationale », l’atteinte au « secret défense », la préservation de l’ordre public, de l’économie nationale etc. Et si un journaliste porte plainte pour atteinte au secret des sources, on ne peut pas le poursuivre pour obstruction, un outil fort prisé des magistrats français.

    Quant à la diffamation, elle est également plus restrictive en Belgique qu’en France. On se rappelle qu’en France, un journaliste peut être poursuivi pour diffamation même si ce qu’il dit est vrai. Il faut prouver l’intention de nuire seulement. En Belgique, la diffamation consiste à « imputer méchamment » (donc avec intention de nuire) à quelqu’un un « fait précis » qui puisse nuire à son honneur ou à sa réputation de manière publique (au moins une autre personne a été mise au courant des faits en question). Mais il faut en plus qu’on ne puisse pas avancer légalement la preuve des faits. Par exemple si on reproche à quelqu’un d’avoir commis un délit et que le délai de prescription est passé, ça devient de la diffamation. La calomnie, c’est quand on ne peut rien prouver du tout.

    Et depuis longtemps en Belgique, l’ensemble des « délits de presse » est jugé par un jury populaire aux assises16] car on considère que c’est la population qui doit juger ceux qui l’informant. Le huis-clos est exclu, et la délibération au civil aussi. En outre, ces délits de presse sont prescrits trois mois après la publication, et la détention préventive est proscrite.


    sarkozy_police_journal_20h_Bref…

    Que ce soit en Belgique ou en France, les journalistes sont heureusement obligés de s’auto censurer. Il leur faut donc « bétonner les sujets », et en Belgique ils peuvent parfois mener une enquête jusqu’au bout sans risquer la diffamation, si les preuves qu’ils avancent sont admissibles légalement. En France, c’est plus compliqué.

    Cela oblige aussi à réfléchir à la manière dont on présente les choses. Mais le problème est que bien souvent, on manque de preuves solides dans les dossiers les plus sensibles. En général, la plupart des gens témoignent anonymement, et les preuves matérielles qu’on peut obtenir sont assez limitées surtout s’il faut les obtenir sans trahir le secret professionnel, le secret industriel, le secret de l’instruction, le droit à la vie privée etc.

    Tous les journalistes ont sous le coude des enquêtes non publiées et non publiables en raison des risques légaux (et parfois autres) encourus par le journaliste, son rédacteur en chef et le directeur de publication, qui sont responsables conjointement. Du coup, chaque papier « sensible » est longuement soupesé, du moins dans les rédactions sérieuses.

    D’où l’intérêt de ce projet de loi islandais. Mais l’idéal serait que la presse à scandale ainsi que ceux qui publient des choses sans vérifier leurs sources ne puissent pas entrer dans le cadre de cette protection.

    On observe actuellement que les régimes les plus à droite ne cessent de critiquer les médias et les journalistes. De Berlusconi à sarkozy, les médias sont incriminés : en effet, ceux deux victimes seraient les victimes d’une « diabolisation », n’est-ce-pas. Eux qui sont si petits face aux médias. Qui ne possèdent aucun média ou ne connaissent aucun chef d’industrie médiatique. Et qui ne savent pas se servir de ces médias, qui n’osent pas les menacerni même leur serrer la vis pendant qu’eux sont intouchables.

    L’autocensure se banalise en France ces derniers temps, et cela s’est vu de manière flagrante lors de la campagne présidentielle de 2007. Un exemple : si la presse nationale Belge n’a pas hésité à qualifier sarkozy de candidat « populiste », puisque son programme et sa manière d’agir correspondant à la définition donnée au populisme en science politique17], en France aucun quotidien national dit « de référence », y compris Libération, n’a osé le faire. Pourquoi ? Les risques de poursuites pour diffamation ou d’être renvoyé de sa rédaction à la suite d’un coup de fil à Lagardère ou Dassault ont été plus fort que le devoir d’informer. On le voit aussi quand des vidéos18] sont diffusées dans les Journaux télévisés des chaines belges, et qu’on n’en parle en France que lorsque ça fait un buzz sur Youtube le lendemain.

    Ce n’est en effet pas dans les médias français qu’on aurait pu lire un édito intitulé « Oui, sarkozy est dangereux ». C’est image003_bispourtant ce qu’a fait le quotidien francophone Le Soirlors de la campagnede 2207, affirmant que sarkoléon avait pris « une posture résolument populiste ».

    Les collègues de La Libre Belgique, l’autre grand quotidien francophone, ont par exemple évoqué les « relents populistes» du discours de sarko alors qu’il n’était déjà que ministre de l’Intérieur, et de réitérerà moult occasions par la suite. On peut donc écrire beaucoup de choses en Belgique, qu’on ne pourrait pas dire en France, particulièrement en ce qui concerne sarkozy. Mais, le nucléaire doit arriver juste derrière19].

    Même s’il est difficile de s’en rendre compte en vivant en France et en n’étant pas dans le microcosme journalistique, même si certains collègues français le nieront avec force, l’autocensure se généralise en France. Du coup, l’innovation islandaise est plutôt à voir du bon œil.

    Une fois n'est pas coutume, je vais conclure avec cette phrase de Jacques Prévert, semble-t-il: "Si la vérité n'est pas libre, la liberté n'est pas vraie".




    [1]Je dis cela parce que finalement, Dassault est proprio du Figaro et de l'Express, Lagardèrede plein de journaux, Bolloré s’y met, et tous sont surtout présents dans l’armement, bénéficiant des talents de VRP du Chef. Bouygues par contre est surtout dans le BTP. François Pinault (LVMH) est quant à lui propriétaire du Point.


    [2]Alors que bien sûr, s’il n’eut été quelques émeutes pour aller à contresens, le gouvernement aurait appliqué l’accordconclu avec l’Angleterre et les Pays-Bas. Ceci dit, cet accord passé dans les salons ministériels pend toujours au nez des islandais.


    [3]Apparemment, une centaine déjà.


    [4]On notera au passage que la France était 35è en 2008 (31è en 2007), juste derrière le Ghana, la Grèce et le Mali, tandis que la Belgique est 7è. Même le Costa Rica et la Namibie passaient devant le sarkoland. Et en 2009, elle est passée 43è, derrière le Surinam, la Namibie, le Costa Rica, le mali, l’Afrique du Sud, la Jamaïque ou encore Chypre.


    [5] Le Mondedu 18/03 expliquaitqu’un rapport de l’armée US sorti par Wikileaks de 2008 montrait que l’armée cherchait à analyser le fonctionnement et à contenir l’impact de Wikileaks au maximum, notamment en neutralisant les « taupes ». Quatre jours après, le rapport n’était plus en ligne.


    [6]Apparemment, le tribunal a même demandé à l’hébergeur US de Wikileaks de lui transmettre toutesles informations relatives aux souscripteurs, aux contacts, aux factures et aux adresses IP utilisées pour accéder au compte du site. Ce qui n’est qu’une banale violation du secret des sources.


    [7]Par exemple, le site Cryptome, qui avait repris un grand nombre de documents de Wikileaks, a été fermé après une plaintede Microsoft. Le site avait publié un document secret sur la surveillance des internautes opérée par Microsoft.


    [8]Pour une star US, mieux vaut porter plainte pour atteinte à la vie privée en France, une multinationale qui se plaint de diffamation ira en Angleterre, où c’est celui qui est accusé qui doit apporter la preuve de ce qu’il dit. Ce fut le cas pour une universitaire US (Rachel Ehrenfeld) qui a publié un livre accusant un homme d’affaires saoudien d’avoir financé des terroristes et a été condamnée en 2005 à 10.000 £ d’amende et à détruire tous les exemplaires de son livre, Funding Evil qui pourtant n’avait été vendu qu’à une vingtaine d’exemplaires en Angleterre, via Internet.


    [9]En juillet 2007, Renault a porté plainte contre X pour violation du secret industriel à la suite de la publication de photos d’un véhicule et d’informations qui devaient rester « confidentielles ». Du coup, en juillet 2008 le journal Auto Plus a eu droit à une perquisition et le chef du service Nouveauté à une garde à vue.


    [10]C’est arrivé en mai 2009 au journal L’Equipe, à la demande de l’autorité de la concurrence, ou au Pointen janvier 2007, après la transcription par le journal d’écoutes téléphoniques montrant que l’équipe de cyclisme Cofidis trafiquait des produits dopants. Le Canard Enchaîné est aussi un habitué des perquisitions, et parfois la rédaction arrive à les empêcher, comme en mai 2007 quand les juges venaient chercher des infos relatives à l’affaire Clearstream, suite à un tapage médiatique. Les quotidiens régionaux ont aussileur dose.


    [11]C’est ce qui est arrivé à un journaliste du quotidien breton Le Télégramme : en décembre 2007, le journaliste avait refusé de révéler sa source au sujet d’un article sur un assassinat, et le parquet avait demandé à orange de fournir le relevé des appels passés avec son portable. Et cela, sans que le journaliste ou sa rédaction en soient mis au courant.


    [12]Du coup, la mise en examen est fort pratique, comme dans le cas de Vittorio de Filippisen 2008.


    [13]En effet, Bolloré considère qu’il s’agit d’une « campagne de presse lancée contre le groupe », à laquelle il convient de mettre un terme. Le groupe aussi porté plainte contre une photographe indépendante qui a témoigné lors du procès.


    [14]Avec à la clé des pressions psychologiques et une insistance ferme pour qu’ils balancent leurs confrères susceptibles d’avoir des infos.


    [15]La loi dit qu’il ne peut être porté atteinte au secret des sources « qu’à la requête d’un juge et seulement si la révélation des sources en question est le seul moyen de prévenir la commission d’infractions menaçant l’intégrité physique d’une ou plusieurs personnes et si, de plus, ces informations revêtent une importance cruciale pour prévenir la commission de ces infractions et qu’il n’existe aucun autre moyen de les obtenir."


    [16]Sauf s’il s’agit de propos racistes ou xénophobes.


    [17]Les grandes caractéristiques du populisme, qu’il soit de droite ou de gauche, sont l’appel direct au peuple et la figure charismatique du chef qui concentre tous les espoirs et tend à concentrer aussi tous les pouvoirs puisqu’il considère qu’il n’y a pas lieu d’avoir des intermédiaires entre lui et le peuple. Accessoirement, il y a aussi souvent un caractère anti parlementariste qu’on voit très bien chez Berlusconi, un peu moins chez sarko qui se contente de défaire toutes les institutions sans rien demander à personne.


    [18]Ce fut le cas du fameux « off »de sarko à France 3, mais aussi de sa sortie aprèsun rendez vous avec Poutine, ou de la fois où on a appris qu’en bon mégalo, il avait exigé que tous les ouvriersd’une usine présents pour sa visite soient plus petits que lui…


    [19]On se rappelle qu’en France le nuage de Tchernobyl est censé s’être arrêté pile aux frontières, tandis qu’en Belgique on a interdit aux gens de manger leurs légumes et de chercher des champignons. D’où le paradoxe qu’à Dunkerque où Lille il n’y avait officiellement pas de radioactivité, et 10 kilomètres plus loin on avait pris des mesures d’urgence. Mais ce n’est qu’un exemple de l’obstruction du lobbie nucléaire typiquement française.

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    Source ici


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  • Les images parlent d'elles-même, la prison de Nancy permet de se la couler douce dans un palace digne d'un 4*... aux frais de la France qui travaille.



    Oui, vous avez bien lu. Un message circulant sur le Net vante les conditions de vie en prison, qu'il juge meilleures que les conditions de travail. Tout juste s'il ne conseille pas d'assassiner son patron pour faciliter le déménagement...

    Ce pourrait être drôle si le message ne contribuait pas à colporter autant d'idées reçues. En examinant de plus près les arguments de l'auteur anonyme du message, sur le plan verbal comme sur le plan visuel, force est de constater qu'il a tout faux.

    Le poids des mots


    Le message commence par évoquer l'espace disponible dans les deux lieux. Sauf qu'il attribue aux cellules des dimensions de 10 x 10, soit 100 mètres carrés. Ben voyons. Si vous ne voyez pas le ridicule de l'affirmation, vous pouvez toujours vous reporter au site du Ministère de la Justice, qui indique qu'une cellule individuelle à la prison de Nancy fait 10,5 mètres carrés, soit guère plus que 3 m x 3 m... (Soit 10 x 10 pieds, ce qui laisse à penser que le message est traduit de l'anglais, une hypothèse vraisemblable, on le verra.)

    Et individuelle ou pas, avec un taux de peuplement de 125,2 % au 01/09/07 en France d'après un rapport du 24/03/09 du Conseil de l'Europe, un prisonnier (sauf VIP ou jugé dangereux, ce qui peut parfois revenir au même) a très peu de chances de se retrouver vraiment seul dans une cellule. Et ce ne sont pas les récentes évolutions législatives qui feront changer les choses, d'après les experts.

    Sans compter qu'un détenu passe 100 % de sa semaine en prison, alors qu'un travailleur ne passe que 20 % de sa semaine au travail. Ca commence bien.

    Et ca continue
    : en prison, tout serait gratuit, à commencer par les repas. Voire. Il y a bien un "service minimum", mais il est si peu nourrissant qu'il est quasiment obligatoire de "cantiner" (= se payer des suppléments), suivant un système prévu par le Code de Procédure Pénale, précisément pour éviter d'accroître la dépense publique. Un système d'ailleurs jugé "baroque et inégalitaire" par un rapport du Sénat du 29/06/2000.

    Le même rapport fait remarquer que les produits d'hygiène basiques, que l'administration pénitentiaire est tenue de fournir d'après le Code de Procédure Pénale, sont la plupart du temps facturés aux détenus. Vous avez déjà payé du papier hygiénique sur votre lieu de travail, vous ? Pas moi, en tout cas.

    Et bien sûr, contrairement à ce qu'on entend trop souvent, la télévision se paye aussi, en prison. Et cher : la location revenait à 3.380 francs par an en 2000, toujours d'après le même rapport - soit 515 euros, alors que la redevance audiovisuelle était de 118 euros en 2009...

    Et les choses n'ont pas évolué depuis 2000, comme en témoigne l'histoire de cet ancien détenu, François Korber, qui accuse de "racket" la prison de Melun... La Cour des Comptes était moins incisive dans un rapport du 10/01/2006, mais elle recommandait quand même aux établissements pénitentiaires "d’établir des règles claires, transparentes et homogènes de tarification pour la location des postes de télévision".

    Il reste les visites des proches pour se consoler ? Hum. Elles sont limitées à 45 minutes, n'ont lieu qu'une à trois fois par semaine, sous la surveillance d'un gardien et dans un cadre que le rapport du Sénat cité plus haut n'hésite pas à qualifier de "souvent sordide".

    Justement, parlons-des gardiens. Ils seraient pires que votre chef, d'après le message. Mais votre patron a-t-il déjà sorti une matraque ou une bombe lacrymogène pour "négocier" avec vous ? Si oui, il vous reste toujours la ressource de quitter votre entreprise pour une autre - le prisonnier, lui, est obligé de rester là où on l'a placé... Le message passe ce point sous silence.

    Et ce n'est pas la seule réalité sur laquelle il fait l'impasse.

    Par exemple, quand vous êtes malade, un médecin vous dispense d'aller travailler. Et quand vous avez atteint un certain âge, vous partez à la retraite.

    Un détenu, qu'il soit malade ou pas, âgé ou pas, continue de purger sa peine : ainsi, d'après le rapport du COE cité plus haut, il y avait en 2007 en France 2.292 personnes de plus de 60 ans en prison, sur un total de 63.500 prisonniers.

    Et les conditions de vie des détenus malades n'ont rien de particulièrement confortables : reportez-vous au livre de Laurent Jacqua, "La Guillotine carcérale", qui décrit entre autres ce que c'est que d'être sidéen en prison.

    Mais, et la loi Kouchner ? Elle a surtout servi à libérer Maurice Papon... Dixit Laurent Jacqua lui-même, toujours en prison fin 2009, même s'il doit être libéré bientôt.

    Le message oublie également de mentionner que le taux de suicide en prison (0,22 % en 1998, toujours d'après le rapport du Sénat) est 137 fois plus élevé que le taux de suicide au travail (qui peut être évalué à 0,0016 % en 2003, d'après une étude de l'INRS) ! Ce qui suffit seul à montrer que l'ambiance en prison n'est pas meilleure qu'au travail. Y compris dans les prisons les plus récentes, comme en témoigne la vague de suicides à Mont-de-Marsan...

    Mais le message oublie surtout un fait élémentaire, qu'il convient de rappeler : au travail, vous êtes libre.(* quoique ...) Pas en prison.

    Le choc des photos


    Oui, mais, et les photos ? Elles montrent un décor plutôt accueillant, non ?

    Sauf que ce ne sont pas du tout des photos de la prison de Nancy.

    Une fois de plus, il suffit d'aller voir sur un site officiel, celui de l'Agence Pour l'Immobilier de la Justice : en consultant la plaquette consacrée à Nancy, on se rend immédiatement compte que les deux décors n'ont rien à voir, ce qui achève définitivement de détruire l'argumentation de l'auteur anonyme de ce message.

    Mais alors, d'où sortent-elle, ces photos ?

    Une inscription en allemand gravée sur le fronton [photo N°3] met sur la piste de la prison de Leoben en Autriche, conçue par l'architecte Josef Hohensinn.

    Le coup n'est pas neuf : en 2008, déjà, on avait essayé de faire passer des photos de Leoben pour celles de la soi-disante prison d'Ostende (en Belgique), qui n'existe même pas ! C'est au tour de la France d'être victime de la même mystification - parions que nos amis canadiens y auront bientôt droit, eux aussi. En tout cas, les anglo-saxons ont déjà fait les frais de cette plaisanterie douteuse, d'après Snopes.

    Le canular est patent, même si évidemment la question de l'opportunité de construire une prison telle que Leoben reste posée. Ceci dit, nous laisserons aux autrichiens cette controverse.

    Remarquons quand même que les mesures de sécurité minimales apparemment en vigueur à Leoben se justifient par le fait qu'il s'agit d'une prison pour détenus non dangereux.

    Et que l'Autriche, en matière de mauvaises conditions de détention, n'a rien à envier à la France, si l'on en croit un rapport du Comité pour la Prévention de la Torture du 21/06/2001 - ne vous fiez pas aux apparences...

    Alors ?


    Vous avez toujours envie d'aller en prison après ça ? Ou vous avez plutôt envie de faire un don à l'Observatoire International des Prisons, voire de devenir visiteur de prison ? Vous n'avez peut-être pas envie d'aller jusque-là, mais évitez au moins de retransmettre ce genre de messages...

    Article par Frédéric - HoaxTeam
    ici


    3 commentaires
  •   Je m'étais promis de ne rien écrire sur ce sujet. C'est râté.

      Il y a quelques jours, Mr Zemmour a déclaré sur un plateau de télévision que la plupart des trafiquants de drogue sont noirs ou arabes (cf. également ici).  Cela a entraîné une multitude de réactions allant du soutien à la liberté d'expression jusqu'à la dénonciation du racisme le plus grossier.

      En présence de telles phrases, la première tentation est d'ignorer la polémique. S'il fallait s'attarder  et commenter à chaque fois que quelqu'un lance des propos de ce genre, les journées et les nuits n'y suffiraient pas. Il est rarement opportun de faire écho à ceux qui font de la réflexion du café du commerce, de la bêtise, ou de la provocation leur fonds de commerce.

      Pourtant, ce qui donne l'envie de réagir, c'est ce qui se cache en arrière plan, ce sont ces pensées sournoises et dangereuses que l'on sent tapies en embuscade, prêtes à la moindre occasion à se montrer au grand jour et à prendre de l'ampleur.

      D'où ces quelques commentaires.


      Avec d'autres interlocuteurs et dans un autre lieu qu'une émission populaire destinée à faire du spectaculaire à peu de frais, il ne serait pas forcément indigne de s'interroger sur les statistiques judiciaires afin de rechercher si, à telles catégories d'infractions, correspondent des catégories d'auteurs différenciables.

      Encore faudrait-il au préalable s'entendre sur les paramètres utilisables. Car quand on fait état de délinquants "noirs ou arabes", on ne sait s'il s'agit uniquement des étrangers ou, dans le même sac, des français dont les ascendants sont d'origine étrangère.

      Quoi qu'il en soit, le point de départ devrait être la réalité. Or, contrairement à ce qu'il a été avancé ici où là, il est un peu réducteur de se contenter de lancer que pour comprendre qui sont les délinquants il suffit de se promener dans les salles d'audience..


      Le Ministère de la justice publie régulièrement diverses statistiques dont la lecture apporte parfois d'intéressantes indications.

      Dans la fiche "info-stats" de décembre 2009, il est mentionné (page 4) que "86,9 % des condamnés sont français, et 13,1 % de nationalité étrangère (pour certains la nationalité exacte est inconnue).

      Il y est également précisé que la part des étrangers-auteurs varie selon les infractions : 11 % en matière de circulation routière (mais 7 % en CEA et 25 % en conduite sans permis), 36 % pour les faux documents, 32 % en matière de travail illégal, et 60 % dans le domaine du transport routier.

      Enfin s'agissant de la nationalité, la proportion des auteurs étrangers est de 15 % d'algériens et 15 % de marocains, 7 % de portugais et 7 % de turcs, 6 % de tunisiens, 4 % de zaïrois et 2 % d'italiens.

      Déjà on constate que les "noirs", s'il s'agit des africains (seuls des zaïrois sont quantifiés), sont très peu nombreux parmi les délinquants sur le territoire français, et que toutes nationalités confondues les étrangers d'Afrique du nord, qui sont certainement les "arabes" dont il a été fait état, sont moins de 10 %.

     
      En complément de ces premiers indicateurs, il est mentionné plus précisément dans le document "Les condamnations - année 2008", également publié par le Ministère de la justice, que les infractions à la législation sur les stupéfiants représentent 13,5 % de toutes les infractions sanctionnées (page 8).

      Un tableau annexe (page 222) nous apprend que, en matière de stupéfiants, et pour l'année 2008, sur 42.649 condamnations 4.019 ont été infligées à des étrangers, dont 972 marocains, 647 algériens, 216 tunisiens, 165 portugais, 154 zaïrois, 136 turcs et 96 italiens.

      Cela permet de relativiser l'affirmation, qui apparaît très fausse à la lecture de ces chiffres, selon laquelle les traficants de drogue sont majoritairement "noirs ou arabes", si l'on montre du doigt des populations étrangères.


      Mais peut-être s'agit-il de stigmatiser l'origine géographique de délinquants pourtant français, que l'on voudrait identifier par leur couleur de peau ou le lieu de naissance de leurs parents ou grand-parents.

      Bien sûr, pour des personnes françaises, il n'existe aucune statistique quand à l'origine familiale. Il est donc impossible de savoir, parmi les français qui violent la législation sur les stupéfiants, combien sont d'une famille d'origine étrangère.

      Alors, sur quoi se fonde l'affirmation selon laquelle les personnes arrêtées pour usage ou trafic de stupéfiants sont très majoritairement noires ou arabes ?

      C'est peut-être le cas. Mais l'affirmation passerait de la remarque de café du commerce à l'analyse scientifique si elle était un peu plus étayée par des références fiables et indiscutables.

      Au-delà, quelle est la part respective des "noirs", et celle des "arabes", sachant que les premiers, au moins en ce qui concerne les étrangers, sont en proportion très faible ?

      Or chacun l'aura remarqué. Aucun chiffre, aucune statistique, aucune étude n'a été citée...


      Mais cela ne serait de toutes façons que l'arbre qui cache la forêt.

      La délinquance est multiforme. Si l'on commence à regarder les couleurs de la peau et l'origine géographique des délinquants, d'accord. A condition que la démarche s'applique à toutes les catégories de délinquants.

      Or il existe bien d'autres infractions spécifiques.

      Mais les violeurs qui comparaissent en cours d'assises, les hommes qui battent leurs épouses, les conducteurs jeunes ou moins jeunes qui boivent délibérément au restaurant ou en discothèque puis qui tuent au volant de leur voiture, les auteurs de fraudes fiscales, les chefs d'entreprises qui détournent l'argent de la société ou trichent lors de  marchés publics pour arranger membres de la famille ou amis, ou qui pratiquent une discrimination ethnique à l'embauche, ou qui bafouent les règles de sécurité au travail et sont responsables d'accidents parfois mortels, qui emploient de la main d'oeuvre étrangère en situation irrégulière pour la maintenir en état de précarité,  ne sont pas spécialement noirs ou arabes, bien au contraire.

      Pourtant, peu nombreux sont les commentaires qui stigmatisent ces français - de France - qui boivent puis tuent, violent, agressent, trichent, ou discriminent.


      Allons maintenant un peu plus loin.

      A supposer même que la plupart des trafiquants de drogue soient "noirs ou arabes", encore faudrait-il se demander s'ils le sont surtout à cause de leur origine géographique, ou pour d'autres raisons.

      Je m'explique par le biais d'un autre exemple.

      On le sait, la plupart des prêtres qui agressent sexuellement des enfants sont membres de l'église catholique. Cela est dû au fait que la doctrine de cette église leur interdit, en principe, toute relation sexuelle, ce qui est biologiquement inhumain et souvent intenable.

      Est-on dès lors autorisé à proclamer de façon simpliste et générale : les catholiques sont plus pervers que les juifs ou les musulmans ? Non. La seule remarque qui peut être faite c'est : les prêtres qui n'ont pas le droit d'avoir des relations sexuelles sont plus enclins que les autres à commettre des agressions sexuelles.

      Et l'on en revient à notre sujet.

      Supposons un instant que les auteurs d'infractions à la législation sur les stupéfiants habitent en forte proportion ce que les sociologues qualifient de "cités-ghettos". La concentration de population, la difficulté pour les forces de l'ordre de contrôler ce qui s'y passe, le niveau socio-économique des habitants, sont des facteurs parmi d'autres favorisant, dans ces lieux, le développement de réseaux de trafiquants.

      Dès lors, si ce sont ces facteurs qui expliquent que les trafics apparaissent plus dans ces cités que dans les quartiers chics des villes, et quand bien même pour des raisons économiques les familles d'origine étrangère à revenus modestes y habitent souvent parce qu'elles n'ont pas financièrement accès à des modes de logement plus onéreux, le commentateur est seulement autorisé à dire :  les trafiquants de drogue sont plus souvent membre des cités que des centre villes.

      Le fait qu'une forte proportion des habitants de ces cités soit "noire ou arabe" n'est plus alors inéluctablement le critère principal qui explique le lien entre cité et trafic de drogue. Un "arabe" des cités n'est pas trafiquant parce qu'il est génétiquement programmé pour cela. Il l'est parce que comme d'autres habitants des cités, y compris des français de longue date, il a évolué dans un milieu déséquilibré et pathogène. Ce qui bien évidemment ne justifie rien.

      Faire le lien entre le trafic de drogue et les "noirs ou arabes" devient alors vicieux en ce sens que l'objectif est de mettre en avant un critère péjoratif, l'origine ethnique, en face d'une délinquance spécifique qui ne s'explique pas essentiellement par cela.

      C'est exactement cela le racisme ordinaire.


      D'où la question finalement essentielle : pourquoi ne met-on en avant que les populations "noires ou arabes" quand il s'agit de commenter la délinquance ? Est-ce un hasard si, à ce sujet, ce sont une fois de plus les mêmes groupes ethniques sur lesquel on veut braquer le projecteur et focaliser au maximum la désapprobation de l'ensemble du groupe social ?

      Il est fort probable que derrière un discours sur la seule délinquance l'objectif recherché aille bien au-delà d'une analyse des infractions commises. Les "noirs et les arabes" ont toujours été des cibles de choix quand il s'est agi de diriger la haine vers d'autres. Les récents propos ne sont que la suite d'une longue série, et ne seront probablement pas les derniers de ce genre.


      Alors oui, finalement, il faut commenter ces paroles à l'emporte pièce et attirer l'attention sur ce qu'elles risquent d'emporter, même indirectement.

      Car aujourd'hui autant qu'hier il nous faut nous méfier de cette peste, que certains se plaisent à répandre, et qui pourrait bien, si nous n'y faisons pas garde, nous ronger jusqu'à l'os.


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