• Levy, Frêche, Kahn, Kant.

    Jean François Kahn vante la camelote vendue au Bazar de Hôtel Levy, et sous couvert d'une bonne engueulade à propos de l'emballage il tente de nous refiler la viande avariée BHL comme encore mangeable.

    Que ce dernier des derniers ait longuement daubé sur Kant à partir d'une "blague de potache" comme s'il s'agissait "d'une réalité philosophique fondamentale", Kahn déplore que ça ne fasse "rire que quelques minutes", que ça ait "moins de résonance" que tous les Frêche-cancans.
    "Qui sait de quoi parlent exactement ces livres ? Quelles thèses, quelles théories, quelles visions, il y défend ?"

    Des visions en parlant de B.H Lévy, quelle foutaise!

    Le postillonneur en chef voudrait, comme on dit, ne pas jeter le bébé avec l'eau sale du bain.
    L'eau sale se serait "la mise en scène de la personne", le bébé : "la pensée, l'oeuvre" de BHL.
    Il lui reproche, finalement, son seul mérite, qui est d'avoir introduit en France le marketing philosophique, dont le premier principe est qu'il faut qu'on parle d'un livre coûte que coûte et qu'on en fasse parler davantage que ce dont le livre lui-même parle, ou aurait à dire.
    Kahn écrit: "Statut humiliant à bien y réfléchir, qu’être un emballage dont le contenu laisse indifférent. "

    Pourtant qu'est il d'autre ?

    Dès 1977, l'ancien philosophe Gilles Deleuze résumait ainsi l’œuvre des « nouveaux philosophes » et le formidable « marketing littéraire » qui leur servait déjà de caisse de résonance : « Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D’abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l’ange. Plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance, plus le sujet d’énonciation se donne de l’importance par rapport aux énoncés vides. »

    Deux ans plus tard, le 18 juin 1979, Pierre Vidal-Naquet écrivait à la rédaction du Nouvel Observateur :

    "Monsieur le Directeur,
    Votre publication a eu récemment l’occasion de faire écho de façon favorable au livre de Bernard-Henri Lévy, Le Testament de Dieu, publié aux Éditions Grasset dans la collection « Figures ». Je pense que votre bonne foi a été surprise.
    Il suffit, en effet, de jeter un rapide coup d’œil sur ce livre pour s’apercevoir que loin d’être un ouvrage majeur de philosophie politique, il fourmille littéralement d’erreurs grossières, d’à-peu-près, de citations fausses, ou d’affirmations délirantes. Devant l’énorme tapage publicitaire dont bénéficie cet ouvrage, et indépendamment de toute question politique et notamment de la nécessaire lutte contre le totalitarisme, il importe de rétablir, dam les discussions intellectuelles, un minimum de probité.

    Je n’entends pas fournir ici une liste complète des erreurs de Bernard-Henri Lévy, cela demanderait un gros volume ; je me contenterai d’une simple anthologie de « perles » dignes d’un médiocre candidat au baccalauréat.

    ...Qu’il s’agisse d’histoire biblique, d’histoire grecque ou d’histoire contemporaine, Monsieur Bernard-Henri Lévy affiche, dans tous les domaines, la même consternante ignorance, la même stupéfiante outrecuidance, qu’on en juge ..."
    Suivent trois pages de bourdes, d'erreurs, de contre-vérités, de falsifications en tout genre, toutes plus ahurissantes les unes que les autres.

    En 1976 «Time» magazine consacrait aux pseudo-philosophes Bernard-Henri Lévy, André Glucksman, Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, une couverture, sous l'étiquette "Nouveaux philosophes", ravi de revoir un anticommunisme refleurir en France, joint à une américanolâtrie, ailleurs que sous la plume de vieux cons du genre Aron.

    La "démarxisation" de l'intelligentsia française était l'enjeu, à cet égard la réussite fut totale.
    Sur le cadavre du Marxisme, qui était une Physique sociale, ces vers se mirent au travail accélérant la décomposition de la conscience.

    Dès le lendemain, le plateau d'«Apostrophes» révélera à vingt-cinq millions de téléspectateurs ébaubis, le look très petite gouape du sentier, mâtiné Gonzague Saint Bris, avec aussi, accessoirement, sa fumeuse "pensée", binaire: totalitarisme/démocratie !

    Ce fut l'inexorable promotion de cet envahissant concept fourre-tout de "totalitarisme", qui permit d'évacuer toute connaissance sérieuse, faisant fi des circonstances historiques particulières, des forces sociales en présence, et qui créa cette confusion délibérément entretenue entre nazisme, fascisme, bolchevisme, stalinisme, Pol Pot, Hitler, Mao, Saddam Hussein, Arafat etc....

    De la bouillie pour les chattes.

    Contre tout savoir, construit, difficile, on est passé à un pathos de bons sentiments d'une mièvrerie effarante, de la politique qui est réfléchie, virile, à la moraline, lunaire, bavarde, larmoyante et emphatique, qui ne connaît rien d'autre que l'hystérie du moment.

    Sous un fatras de pseudo-concepts, d'autant plus redondants qu'ils sont vides de sens, "les nouveaux philosophes" firent évoluer la pensée philosophique de l'intelligence rationnelle à l'émotion journalistique.

    Le grotesque de la rhétorique, l'indigence du propos, sont balancés par l'enflure des personnages, tel BHL, car "plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d'importance, plus le sujet d'énonciation se donne de l'importance par rapport aux énoncés vides."

    La naissante gynécocratie va se jeter sur cette "pensée" si bien faite pour elle.
    Tous aujourd'hui, sont devenus des néo-conservateurs bon teint, dominés par le sionisme, unique objet de leur adoration.

    Deleuze frappera dur et juste et à coups redoublés sur ces ni nouveaux ni philosophes, qui sont des charognards qui prospéraient sur les cadavres du goulag, des boats-people et sur tous les martyrs de l'histoire.

    De ce groupe, "Lévy "écrit -il, est un «imprésario, script-girl, joyeux animateur et même disc-jockey»
    L'auteur de «l'Anti-Oedipe», tout à fait visionnaire, décèle surtout chez eux, une «force de réaction fâcheuse» à travers la domestication inédite de l'intellectuel par le journaliste. Une soumission sans équivalent «de la pensée aux médias». Désormais, « le journal n'a plus besoin du livre».

    "Mais, achève-t-il, "les nouveaux philosophes, c'est vraiment l'infection....Rien de vivant ne passe par eux, ils auront accompli leur fonction s'ils tiennent assez la scène pour mortifier quelque chose.»

    Terminons par un autre intellectuel véritable, Cornélius Castoriadis qui écrit à propos de BHL: "Sous quelles conditions sociologiques et anthropologiques, dans un pays de veille et grande culture, un “auteur” peut se permettre d’écrire n’importe quoi, la « critique » le porter aux nues, le public le suivre docilement – et ceux qui dévoilent l’imposture, sans nullement être réduits au silence ou emprisonnés, n’avoir aucun écho effectif ?"

    - Ce sont bien des "conditions anthropologiques" inédites inaugurant une mutation plus fondamentale encore que la révolution du néolithique.
    Ou bien, et cela dans la prochaine période historique, nous réussirons à nous débarrasser de la Domination dont tous les BHL du monde ne sont que les symptômes, ou bien toute civilisation humaine sera définitivement abolie, il ne nous restera plus qu'à imiter les chéris de ces dames, et nous re-singer.
    félix le chat

    Ici


    votre commentaire
  • Colombie : la ville de Medellín serait-elle une société-laboratoire ?

    "Au lieu de former des citoyens l’État forme des mercenaires"

    dimanche 14 février 2010, par Primitivi

    La ville de Medellín serait-elle devenue une sorte de laboratoire ? En janvier dernier Uribe a proposé la création d’un réseau d’étudiants qui collaborerait avec l’armée pour lutter contre le crime. Ces étudiants seraient payés 50$ par mois.

    Plutôt que de tenter d’apaiser le climat, de tenter de recréer des liens au sein de la ville le président choisi d’étendre encore le conflit en incluant les étudiants à la machine de guerre qu’est le concept de la Sécurité Démocratique.

    Nous publions un appel public à la prise de conscience du Red Juvenil de Medellín qui craint, à juste titre on dirait, la mise en place d’une société paranoïaque dont le seul langage est la violence. "Qu’au lieu de former des citoyens l’État forme des mercenaires".

    Soulèvement public

    Le gouvernement colombien intensifie la guerre dans les communautés de Medellín

    Durant une visite dans la ville de Medellín le 27 janvier 2009, Álvaro Uribe, le président colombien, avait proposé la création d’un réseau de coopérants de l’Armée Nationale constitué par 1000 étudiants de la ville, pour qu’ils aident les forces publiques dans la lutte contre le crime, et qui recevraient une paie mensuelle de 100 000 pesos soit 50 dollars US. Quelques jours après, depuis Davos en Suisse, il avait confirmé sa proposition en précisant que seuls les jeunes hommes de plus de 18 ans seraient concernés par l’offre.

    Devant cette proposition le Red Juvenil de Medellín [1], organisation de jeunes qui défendent depuis 20 ans l’antimilitarisme, la non-violence et l’objection de conscience, comme formes aidant à construire des relations humaines permettant de dépasser les causes structurelles du conflit social et armé en Colombie et qui misent sur une société démilitarisée, tiennent à faire les appréciations suivantes :

    - L’histoire de la ville de Medellín a été traversée durant des décennies par une situation profondément ancrée de conflit urbain qui fait que depuis des années, des groupes en marge de la loi contrôlent des quartiers entiers de la ville. Cette situation difficile se présente, d’un côté, par la légitimation de la violence comme manière de résoudre les conflits et comme mécanisme de contrôle de la population. Mais d’un autre côté, elle est soutenue par les conditions matérielles difficiles dans lesquelles se trouvent tout particulièrement les habitants des secteurs populaires, où les difficultés économiques, la situation de pauvreté, le problème des déplacés qui se concentrent à la périphérie de la ville, et le peu d’accès aux droits sont notables.

    Ce contexte très complexe, aggravé par la dégradation de l’ordre public récurrente depuis des décennies en Colombie, fait que selon les rapports des organisations sociales et même les rapports officiels, il y a près de 300 bande organisées aujourd’hui dans Medellín, qui rassemblent près de 6000 personnes munies d’armes.

    Cette situation est connue depuis des années par les organismes de l’État, les secteurs économiques et politiques qui, comme l’ont montré des récentes enquêtes, ont légitimé, appuyé et négocié avec ces groupes armés. Certains des groupes armés comptent plus de 15 ans d’existence à Medellín.

    Une situation comme celle là demande que l’État voit plus loin, comprenne la vraie dynamique du conflit urbain du Medellín, et ose prendre des mesures qui résolvent réellement le problème à la racine et ne le nourissent pas, comme cela arrive avec des mesures comme celle du réseau de coopérants. Et comme cela a déjà été fait avec des mesures à courte vue prises dans le passé. Cela montre bien que l’État connait mal le problème, que ce problème est structurel et qu’il est nécessaire de le résoudre sans quoi la situation continuera à empirer comme le montrent non seulement les taux d’homicides, mais aussi ceux de la pauvreté, du chômage et de l’exclusion sociale.

    Comme circonstances aggravant cette situation dans la ville on trouve la méfiance de la population face aux comportements de la force publique dans plusieurs quartiers, comportements pour lesquels plusieurs fonctionnaires ont été mis en accusation. D’autres organismes de l’État et des secteurs de la politique sont également sur la sellette, et des enquêtes ont été ouvertes.

    - Cette mesure ne va faire qu’aviver le conflit urbain que vit la ville, tout en générant encore plus de méfiance parmi les habitants, pour ces raisons cela va mener à une aggravation majeure de la violence armée.

    - On tombe sous le coup d’une violation du droit international et des conventions du CICR, puisque cette mesure est un manquement au principe de distinction qui demande la mise à l’écart de la population civile lors d’une confrontation. Cette mesure est une manière peu coûteuse d’impliquer la population dans une dynamique de guerre qui a été rejetée et répudiée par la société civile.

    - Le message caché derrière cette mesure est “que la guerre paie”, puisqu’une grande partie de l’aide internationale reçue par l’État colombien part dans les affaires militaires [2], la même chose se passe avec les impôts payés par les colombiens. Message que nous n’acceptons pas et que nous ne reconnaissons pas comme étant le nôtre, sous aucun motif. Car la guerre et les processus de militarisation de la population civile sont des actes que nous rejetons et que nous considérons contraires à toute idée de construction d’une société libre.

    - Ce qui est manifeste face à des mesures comme celle-là c’est que c’est un échec notoire de la politique de Sécurité Démocratique [3] qui en plus de ne pas pouvoir résoudre à la racine le problème des groupes insurgés, a été un énorme échec. Puisqu’il y a des secteurs de la ville au seins desquels la présence de groupes armés illégaux est évidente, zones urbaines où elle n’a même pas pu obtenir un contrôle territorial.

    Pour aggraver les choses, les processus de réinsertion, de Justice et Paix [4], de négociation avec les bandes et de soumission à la justice montrent aujourd’hui dans les faits qu’ils n’ont pas réellement pu résoudre la situation de l’ordre public ; depuis le début les organisation sociales et non gouvernementales tentent d’attirer l’attention sur leur échec et leur inconvenance.

    - Des mesures comme celle-ci fortifient la stigmatisation de la jeunesse, qui fournit la majorité des morts en ville, qui est aussi l’objet des mesures de contrôle de la part de l’État et que maintenant le gouvernement lui-même veut inclure dans la confrontation.

    - Si nous voulions critiquer la proposition du président Uribe ; nous dirions alors que s’il tient à ce que les étudiants soient majeurs, cela voudrait dire que les membres du réseau de coopérants seraient des étudiants des universités. Ce qui mènerait à penser qu’il s’agirait, dans ce cas, plus d’une tentative pour contrôler les universités et en particulier les organisations et les mobilisations des étudiants. Cela transformerait la proposition du président en une forme de contrôle politique, plus que d’une tentative pour résoudre la situation dans les quartiers. Ce serait alors une certaine manière de criminaliser les luttes populaires et les mouvements étudiants.

    Les mesures comme celles-là renforcent l’intérêt pour les actions de politique de sécurité que déploie l’actuel gouvernement, qui se résument à militariser la population civil. La question en suspend est : Que se passe-t-il dans une société qui se trouve dans cet état de militarisation ? La réponse flagrante est que cela implique une société qui délègue à la violence la résolution de tout conflit. Une société dans un état critique, soumise à l’emprise des armées et des mercenaires, légitimant la guerre, parce que la violence devient le moyen de subsistance des gens (il faut aussi penser à la proposition dans laquelle la ville de Calie, le réseau des coopérants est contrôlées par les chauffeurs des services public) et construite sur les piliers anxiogènes de la méfiance, du contrôle, de l’élimination de l’ennemi et de l’obéissance. Des valeurs qui sont à l’inverse de la construction d’une société libre et autonome.

    Face à cette scène de militarisation d’une société fatiguée de la guerre ; nous proposons une réaction de la population, guidée par les principes de la non-violence, qui est la voie de la résistance civile. Une résistance à la présence de groupes armés dans les quartiers, une résistance au scénario de la violence, une résistance et une non coopération aux mesures guerrières de ces propositions qui font qu’au lieu de former des citoyens l’État forme des mercenaires. Une résistance à la stigmatisation de la jeunesse. Une résistance à la négation de la situation de conflit urbain dans la ville. Conflit complexe qui requiert des mesures plus complètes et plus humaines.

    Envoyé par : RED JUVENIL DE MEDELLÍN 2 février 2010


    Source : Red Juvenil de Medellín (reçu par mail)
    A ce propos :
    - "Propuesta en boca de los estudiantes" (MSN Noticias)
    - "Uribe vinculará estudiantes como informantes de la Fuerza Pública" (El Tiempo)
    - "Uribe propone red de estudiantes informantes" (Ponte al dia)
    Traduction : Primitivi

    Notes

    [1] Réseau de la jeunesse de Medellin

    [2] Principalement le Plan Colombie, plan de coopération avec les États-Unis qui a rapporté 6,5 milliards de dollars depuis 2000 et dont le budget 2010 est d’environ 520 millions de dollars. Voir "l’accord militaire entre la Colombie et les États-Unis a été signé"

    [3] Sécurité Démocratique : mesure politique prise dès 2002 par Uribe face aux groupes guérilleros, paramilitaires et narcos. La principale mesure étant un déploiement militaire majeur sur tout le territoire colombien. Cette remilitarisation du pays a encore accrue les problèmes des exactions armées, des disparitions et des déplacements forcés de population. Bref au final la politique de Sécurité Démocratique ressemble plus à une politique de nettoyage social qu’à autre chose.

    [4] Uribe a fait passer la loi de « justice et paix » de juillet 2005, amnistiant les paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), qui sont responsables à 70 % des fosses communes où les corps correspondent à autant de disparus en attente d’identification [4]. Cette amnistie a permis la démobilisation de plusieurs milliers de paramilitaires. Wikipédia


    votre commentaire
  • Les leçons de l’Irak sont ignorées et la cible est maintenant l’Iran


    Le réarmement militaire du Golfe par les Etats-Unis et la promotion par Blair d’une guerre contre Téhéran, sont de sérieux avertissements que nous sommes à la veille d’une nouvelle catastrophe, écrit Seumas Milne.
     
     

    [Où l’on peut se demander si le battage fait en France sur le port du voile intégral ne fait pas partie d’une campagne psychologique de préparation à une confrontation armée avec l’Iran - N.d.T]

     

     

    (JPG)

    Les troupes occidentales ont commis d’innombrables massacres en Irak. Ici une photo prise à Falloujah, ville irakienne bombardée avec des obus au phosphore par l’armée américaine en 2004.

    Nous étions supposés avoir compris les leçons de la guerre contre l’Irak. C’est ce à quoi l’enquête Chilcot en Grande-Bretagne est censée avant tout servir. Mais les signes venus du Moyen-Orient indiquent que cela pourrait se produire encore une fois. Les Etats-Unis pratiquent l’escalade militaire dans le Golfe, ont indiqué des officiels cette semaine, amplifiant sa présence navale et fournissant de nouveaux systèmes d’armes aux états arabes alliés, pour une valeur atteignant des dizaines de milliards de dollars.

    La cible est tout naturellement l’Iran. Le Koweit, les Emirats Arabes Unis, le Qatar et le Bahrain sont tous en train de prendre livraison de batteries de missiles Patriot. En Arabie Saoudite, Washington commande directement une importante force de 30 000 hommes pour protéger les installations pétrolières et les ports. A eux seuls les Emirats Arabes Unis ont acheté 80 chasseurs F-16, et le Général Petraeus, commandant des forces armées des Etats-Unis, prétend maintenant être en mesure « d’abattre l’armée de l’air iranienne en entier ».

    Les Etats-Unis prétendent que cette militarisation croissante est défensive, destinée à décourager l’Iran, à calmer Israël et à rassurer ses alliés. Mais l’évolution politique que cela représente est assez claire. La semaine dernière Barack Obama a averti que l’Iran ferait face « à des conséquences de plus en plus graves » pour ne pas avoir arrêté son programme nucléaire, tout en faisant le lien avec la Corée du Nord - comme George Bush l’avait fait dans à son discours sur « l’axe du mal » en 2002.

    Lorsque le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a rappelé cette semaine son accord pour que l’Iran transfère la majeure partie de son uranium enrichi à l’étranger pour y être retraité, les Etats-Unis ont répondu par la négative. « La main tendue » d’Obama, jusqu’alors combinée avec la menace de sanctions, voir pire, semble avoir été presque retirée.

    Le vice-président des Etats-Unis, Joe Biden, l’a souligné en déclarant que les dirigeants iraniens « semaient les graines de leur propre destruction ». Et en Israël - qui s’est juré d’utiliser tous les moyens possibles pour empêcher l’Iran d’être en mesure d’acquérir des armes nucléaires - se multiplient les menaces de guerre contre les alliés de l’Iran, le Hezbollah au Liban et le mouvement palestinien du Hamas. « Nous devons recruter le monde entier pour combattre Ahmadinejad, » a éructé le président israélien Shimon Peres ce mardi.

    Les similitudes avec les préludes de l’invasion de l’Irak sont indubitables. Comme en 2002-2003, on nous dit qu’un état dictatorial du Moyen-Orient, développant secrètement des armes de destruction massive, défie les résolutions des Nations Unies, empêche des inspections, menace ses voisins et soutient le terrorisme.

    Comme dans le cas de l’Irak, aucune preuve n’a été fournie pour étayer ces accusations, bien que de fausses fuites au sujet de programmes secrets soient régulièrement diffusées dans la presse dominante. Récemment, un ancien responsable de la CIA a rapporté que les services de renseignements américains avaient donné foi à des documents, forgés de toutes pièces et publiés dans le Times, prétendant démontrer que l’Iran prévoyait d’expérimenter un « déclencheur à neutrons » pour une arme atomique. Cela rappelle les soit-disant tentatives de l’Irak d’acheter de l’uranium au Niger.

    Au cas où quelqu’un n’ait pas saisi le parallèle, Tony Blair a martelés [ces accusations] chez nous lors de l’enquête sur l’Irak vendredi dernier. Loin de montrer des remords quant au carnage qu’il a contribué à répandre sur le peuple irakien, l’ancien premier ministre a été autorisé à transformer ce qui était supposé être un gril pour lui, en une plate-forme pour faire la promotion d’une guerre contre l’Iran.

    Démontrant que le néo-conservatisme est bien vivant et en parfaite santé à Londres, Blair a essayé de traiter le fait que l’Irak n’avait aucune arme de destruction massive comme un simple question juridique, tout en adoptant la même approche à l’égard de l’Iran. Les intentions supposées [de l’Iran] et ses capacités étaient suffisants pour justifier la guerre, a-t-il insisté. Mentionnant l’Iran 58 fois, il a expliqué que la nécessité « de s’occuper » de l’Iran faisait apparaître « des questions très similaires à celles que nous discutons ».

    Vous pourriez penser que les opinions d’un homme qui selon l’avis de 37% de peuple britannique, devrait être poursuivi pour crimes de guerre seraient traitées avec mépris. Mais Blair reste délégué du Quartet [Etats-Unis, Russie, Union Européenne et Nations Unies] pour le Moyen-Orient - même si durant le même temps il empoche 1 million de livres sterling par an d’un fonds d’investissements des Emirats Arabes Unis qui négocient actuellement une participation aux bénéfices de l’exploitation des réserves de pétrole irakiennes.

    Il n’est pas non plus le seul à faire pression en faveur de la guerre contre l’Iran. Un autre néo-conservateur de l’ère Bush, Daniel Pipes, a écrit cette semaine que la seule façon pour Obama de sauver sa présidence était « de bombarder l’Iran » et de détruire « la capacité en armes nucléaires » de ce pays, impliquant quelques éléments un peu gênants pour les Etats-Unis comme une occupation au sol ou des victimes.

    La réalité est qu’une telle attaque serait potentiellement encore plus dévastatrice que l’agression contre l’Irak. L’Iran a la capacité d’appliquer des représailles armées, à la fois directement et indirectement par ses alliés, ce qui non seulement mettrait le feu à la région mais bloquerait aussi 20% des approvisionnements mondiaux en pétrole qui transitent par le détroit d’Ormuz. Cela ferait aussi certainement reculer la possibilité d’un changement [politique] graduel de l’Iran.

    L’Iran est un État autoritaire mais divisé, maintenant durement fissuré par l’opposition. Mais ce n’est pas une dictature du type de celle de Saddam Hussein. Contrairement à l’Irak, Israël, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, l’Iran n’a envahi et occupé le territoire de personne, mais elle a à ses frontières les troupes de deux puissances hostiles et dotés d’armes nucléaires. Et malgré tous les discours incendiaires de M. Ahmadinejad, ce sont les États-Unis et Israël disposant d’armes nucléaires qui maintiennent l’option d’une attaque contre l’Iran, et non l’inverse.

    L’agence nucléaire des Nations Unies, l’AIEA, n’a de son côté trouvé aucune preuve que l’Iran chercherait à fabriquer des armes nucléaires, tandis que les propres agences de renseignements des Etats-Unis ont estimé que le programme suspecté d’armements avait été arrêtée en 2003, bien que cela doive maintenant être révisé vu le nouveau climat. Les dirigeants iraniens ont longtemps insisté sur le fait qu’ils ne voulaient pas d’armes nucléaires, alors que beaucoup les soupçonnent de vouloir devenir une puissance nucléaire capable de produire des armes s’ils se sentent menacés. Etant donné l’histoire récente de la région, ce ne serait guère surprenant.

    Pour le gouvernement américain, comme sous l’administration Bush, le vrai problème est le pouvoir indépendant que représente l’Iran dans la région la plus sensible dans le monde - dans une situation encore aggravée par la guerre en Irak. Les signaux émanant de Washington sont mélangés. Le responsable du renseignement au niveau national expliquait ce mardi que les États-Unis ne pouvaient rien faire pour empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires s’il était décidé à le faire. Peut-être que le renforcement du dispositif militaire dans le Golfe n’est qu’un bruit de bottes... La préférence est clairement pour un changement de régime, plutôt que pour une guerre.

    Mais Israël est très capable d’aller de l’avant si cette option échoue, et les risques seraient élevés pour les États-Unis et ses alliés, dont la Grande-Bretagne, d’être entraînés dans les retombées d’une éventuelle attaque.

    Comme on l’a compris dans le cas de l’Irak, l’opinion des boute-feu comme Blair et Pipes peut rapidement se généraliser. Si nous voulons éviter une répétition de cette catastrophe, des pressions pour empêcher la guerre avec l’Iran devraient s’appliquer dès à présent.

    (JPG)
    Seumas Milne

    * Seumas Milne est journaliste et éditeur associé au journal britannique The Guardian

    Du même auteur :

    -  Mahmoud Abbas : « Je soutiens le mur égyptien » - 5 février 2010
    -  Le terrorisme est le prix à payer pour le soutien aux despotes et aux dictateurs - 10 janvier 2010


     
     

    3 février 2010 - The Guardian - Vous pouvez consulter cet article à :
    http://www.guardian.co.uk/commentis...
    Traduction de l’anglais : Nazem

     

     

    Qui sommes-nous ?
     

    votre commentaire
  • Rapport n° 57 sur les violations israéliennes des droits humains


    Les Forces d’occupation israéliennes (FOI) continuent d’agresser systématiquement les civils palestiniens et leurs biens dans les Territoires palestiniens occupés (TPO).
     
     

    Durant cette semaine du 4 au 10 février 2010 :

     

     

     

    • les FOI ont blessé par des tirs 7 civils palestiniens, dont deux journalistes et un mineur, en Cisjordanie ;
    • elles ont lancé des attaques aériennes, navales et terrestres sur des cibles palestiniennes à l’intérieur de la bande de Gaza ;
    • et une vaste opération militaire sur le camp de réfugiés de Shu’fat, près de Jérusalem-Est ;
    • elles ont mené 22 incursions dans les communautés palestiniennes en Cisjordanie :
      • 32 Palestiniens, dont 7 mineurs et une femme, ont été arrêtés, ainsi que deux internationaux défenseurs des droits de l’homme, en Cisjordanie ;
      • les bureaux de la Campagne Stop the Wall à Ramallah ont été investis par les FOI ;
      • 7 Palestiniens, dont 2 mineurs, ont été arrêtés en Cisjordanie sur les check-points de l’armée d’occupation ;
    • les FOI ont maintenu un siège total sur les Territoires palestiniens occupés ainsi que l’isolement de la bande de Gaza du monde extérieur ;
    • 4 pêcheurs palestiniens de la bande de Gaza ont été détenus pendant plusieurs heures ;
    • Israël poursuit ses activités de colonisation en Cisjordanie et les colons israéliens leurs agressions contre les civils palestiniens et leurs biens :
      • les FOI ont rasé des terres à Beit Sahour pour construire un mirador ;
      • les colons se sont emparés de 50 dunums (5 ha) de terres à Salfit ;
      • et également d’un mont près de Naplouse et y ont installé un nouvel avant-poste ;
      • les colons ont aussi arraché 50 pieds de vigne à Hébron.

    (JPG)

    Des soldats israéliens arrêtent un Palestinien durant les affrontements
    dans le camp de réfugiés de Shu’fat, près de Jéruselem-Est.


    Violations israéliennes recensées durant la période du 4 au 10 février

    1 - Incursions dans les zones palestiniennes et agressions contre les civils palestiniens et leurs propriétés en Cisjordanie et dans la bande de Gaza

    Jeudi 4 février 2010

    -  Dans la région d’Hébron : vers 1h du matin, les FOI investissent le village de Sa’ir, au nord-est d’Hébron. Elles mènent leur raid et fouillent des maisons, arrêtant 3 Palestiniens mineurs : Nash’at Zaidan Jaradat, Nassar ‘Aatef Jaradat et Shadi Mohammed Jaradat, tous les trois âgés de 16 ans.

    Vers 2h, incursion dans Beit Ummar, un village au nord d’Hébron : même opération, avec 8 arrestations : Murshed Mohammed Za’aqiq, 35 ans, ‘Aavesh Ahmed al-Za’aqiq, 23 ans, Rami Bassam Za’aqiq, 32 ans, Mohammed Bassam Za’aqiq, 20 ans, Murad ‘Aamer Abu Jouda, 21 ans, Mohammed ‘Aamer Abu Jouda, 20 ans, Shareef Fat’hi Ebraighaith, 22 ans, et Ashraf ‘Ali Sabarna, 27 ans.

    Vers 15h30, incursion dans Beit Oula, au nord-ouest d’Hébron, l’armée investit une fabrique de meubles et arrête deux salariés : Maher Ramdan al-Najjar, 22 ans, et ‘Abdullah Hussein Qandil, 21 ans.

    Et vers 23h, l’armée entre dans Ethna, un village au nord-ouest d’Hébron, fouille la maison d’Ahmed Mousa Sawaifa, 31 ans, après avoir fait sortir les membres de la famille. La maison et son mobilier sont vandalisés par les soldats israéliens.

    -  Région de Jénine : l’armée entre dans Kufor Ra’ei, à l’ouest de Jénine, où elle fouille des maisons et arrête Mohammed Fu’ad Diab, 20 ans.

    -  Bande de Gaza : 10h00, les Forces d’occupation israéliennes pénètrent à 250 mètres dans ‘Abassan à l’est de Khan Younis. Elles nivellent les terres qu’elles avaient précédemment défoncées et se retirent 4 heures plus tard .

    Vendredi 5 février

    -  Région d’Hébron : vers 1h du matin, les FOI entrent dans Beit Ummar à nouveau, fouillent la maison de la famille d’Hamza Tawfiq Meqbel, 18 ans, qui est arrêté.

    Au même moment, elles entrent dans Tarqoumia, au sud-ouest d’Hébron, fouillent des maisons, sans arrestation.

    Et vers 1h30, incursion dans le camp de réfugiés d’al-Fawar, au sud d’Hébron. Fouilles de maisons, convocation pour interrogatoire de Shadi Abu Hashash.

    Samedi 6 février

    -  Hébron : toujours Beit Ummar, vers 12h30, où l’armée installe un barrage au carrefour de Safa et pourchasse les civils palestiniens. Vers 13h10, les soldats tabassent Ibrahim Mohammed Ekhlil, 22 ans, près de son domicile. Il porte des ecchymoses sur tout le corps.

    Dimanche 7 février

    -  Jénine : vers 1h du matin, l’armée entre dans le village d’al-Zababda, au sud-est de Jénine, pas d’arrestations.

    -  Ramallah : vers 3h, incursions dans les villes de Ramallah et d’al-Bireh. L’armée envahit un immeuble d’habitations à al-Bireh, dans lequel vivent des internationaux, militants des droits humains.

    Après avoir contrôlé leurs visas dans leurs passeports, les FOI arrêtent Ariadna Jove Marti, 24 ans, journaliste espagnole, et Bridgette Chappel, 25 ans, étudiante australienne à l’université de Bir Zeit, et les emmène à la prison d’Ofra, en attendant de les expulser vers leurs pays, au motif que leurs visas seraient expirés. Les deux jeunes femmes sont des militantes d’International Solidarity Movement (ISM). Un porte-parole de l’armée israélienne prétend que les femmes « sont connues pour avoir participé à des émeutes illégales qui entravent les opérations israéliennes pour la sécurité. »

    Il faut savoir que les FOI ont arrêté un certain nombre de militants internationaux qui ont manifesté, dans la non violence, contre les violations des droits humains par Israël et les agressions des colons israéliens contre les civils palestiniens en Cisjordanie et parmi eux, Eva Novakova, citoyenne tchèque.

    -  Bande de Gaza : 06h30, deux vedettes garde-côtes font feu sur deux bateaux de pêche qui appareillent de la côte à al Waha au nord de Beit Lahiya. 4 pêcheurs sont à bord. Les FOI arraisonnent les deux bateaux de pêche, les confisquent et font prisonniers les 4 pêcheurs. Ils seront relâchés dans la soirée. Il s’agit de ’Odai ’Abdul Bari al-Sultan, 18 ans, Mohammed ’Abdul Bari al-Sultan, 20 ans, Dib Kamel al-Anqah, 22 ans, and Ahmed Kamel al-Anqah, 18 ans.

    -  Hébron : vers 9h, l’armée entre dans Ethna, au nord-ouest d’Hébron, fouille la maison d’Ahmed Mousa Sawaifa, 31 ans, lequel n’était pas chez lui. Les soldats laissent à son épouse une convocation pour qu’il se rende au bureau de police dans la colonie de Kiryat Arba, au sud-est de la ville. Ils menacent également d’arrêter son épouse au cas où Sawaifa ne se présenterait pas.

    Lundi 8 février

    -  Jéricho : vers 2h30, l’armée pénètre dans al-Zubaidat, au nord de Jéricho, fouille la maison de la famille de Mousa Ahmed Zbaidat, 24 ans, et l’arrête.

    -  Ramallah : retour à al-Bireh vers 3h30, où l’armée fouille la maison de Jamal Mohammed al-Taweel, maire de la ville, et arrête son épouse, Muntaha Khaled al-Tawwel, 45 ans.

    -  Tulkarerm : incursion vers 8h dans le village de Kherbat Jebara, au sud de Tulkarem. L’armée monte un check-point à l’entrée du village et interdit à quiconque de passer. Les soldats rasent également des terres à l’entrée du village et y montent des guérites de contrôle.

    -  Bande de Gaza : 11h30, depuis la frontière à la hauteur de Beit Hanoun, les FOI ouvrent le feu sur plusieurs manifestants palestiniens et militants internationaux de la solidarité rassemblés à proximité du collège agricole. Pas de victimes. Selon Saber al-Za’anin coordinateur de l’initiative locale, une manifestation pacifique hebdomadaire s’oppose à la création de la « zone tampon » tout le long de la frontière avec Israël. Les tirs sur les manifestants ont duré 15 minutes.

    Mardi 9 février

    -   Hébron : vers minuit et demi, incursion dans le camp de réfugiés d’al-‘Arroub, au nord d’Hébron, l’armée fouille des maisons et arrête deux Palestiniens : Nassim Rebhi Jawabra, 19 ans, et Bavan Khaled al-Badawi, 20 ans.

    Puis, vers 1h, c’est le tour du village de Beit ‘Awa, au sud-ouest d’Hébron, avec deux arrestations : Thabet Mohammed Safi, 37 ans, et Yusri Mahmoud al-Masalma, 23 ans.

    -   Jénine : l’armée entre vers 1h30 dans la ville et le camp de réfugiés de Jénine, fouille la maison d’Isma’il Raja Abu Tame’, pas d’arrestations.

    Puis vers 2h, dans Zabbouba, à l’ouest de Jénine, l’armée fouille des maisons et arrête Tha’er Abu Hammad, 26 ans.

    -   Tulkarem : vers minuit et demi, l’armée arrête 3 écoliers palestiniens alors qu’ils sortent de l’école dans le village de Zeita al-Sha’rawiya, au nord-ouest de Tulkarem : Mohammed Ghanem Masarwa, Mo’tassem Nafez Masarwa et Mohammed Muhannad Masarwa, tous les trois âgés de 14 ans.

    -  Bande de Gaza : 23h20, du haut de leurs miradors situés sur la frontière au nord de Beit Lahiya, les FOI ouvrent le feu sur le secteur de la plage. Pas de victimes.

    23h40, un drone cible un missile sur l’aéroport au sud-est de Rafah. Quelques minutes plus tard l’aviation lâche 4 bombes sur la même cible. Les bâtiments de l’aéroport sont entièrement détruits. Pas de victimes.

    Mercredi 10 février

    -  Bande de Gaza : 00h15, les vedettes garde-côtes tirent sur des pêcheurs qui quittent la rive à Al-Waha. Les pêcheurs ont été contraints à quitter le secteur. Pas de victimes.

    08h30, du haut de leurs miradors au nord-ouest de Beit Lahiya, les FOI tirent sur des civils en train de récupérer des matériaux abandonnés sur une ancienne colonie. Ils sont parvenus à s’enfuir sans qu’il y ait de victimes.

    -  Naplouse : vers 17h, après avoir identifié le Palestinien qui a poignardé un soldat israélien près du check-point de Za’tara, au sud de Naplouse, les FOI pénètrent dans le village d’al-Kheljan, au sud-ouest de la ville. Elles mènent leur raid, fouillent des maisons, notamment celle de la famille de ce Palestinien, Mahmoud al-Khatib. Elles ordonnent à la famille de quitter la maison pour la démolir. Les Forces d’occupation se retirent du village le soir, après avoir arrêté 6 Palestiniens, dont les 4 frères d’al-Khatib : Mohammed Yousef al-Khatib, 27 ans, Ahmed Yousef al-Khatib, 20 ans, ‘Emad Yousef al-Khatib, 38 ans, Usaid Yousef al-Khatib, 17 ans, Mohammed ‘Aqqab al-Khatib, 38 ans, et ‘Aatef ‘Aqqab al-Khatib, 27 ans.

    Durant leur opération, les FOI confisquent plusieurs ordinateurs, des téléphones portables et des documents appartenant à cette famille.

    (JPG)

    8 février, des jeunes Palestiniens s’affrontent avec les soldats qui pénètrent dans Shu’fat
    (AP)


    Campagne militaire contre le camp de réfugiés de Shu’fat, près de Jérusalem-Est

    Pendant la semaine écoulée, les FOI ont mené une campagne militaire d’envergure contre le camp de réfugiés de Shu’fat, près de Jérusalem-Est. Lors de cette opération, 3 civils palestiniens (un mineur et deux journalistes) ont été blessés et au moins 60 ont été arrêtés.

    D’après l’enquête conduite par le PCHR, dimanche soir, 7 février, les FOI assiègent le camp de réfugiés de Shu’fat, et ferment toute les routes qui y conduisent. Le lendemain matin, elles pénètrent dans le camp, appuyées par un hélicoptère qui survole le camp, et accompagnées d’officiels de l’autorité fiscale israélienne. Elles investissent des dizaines de maisons, de magasins et de centres médicaux, et les vandalisent. Les agents des impôts confisquent également du mobilier.

    A midi, des groupes d’enfants palestiniens se rassemblent et lancent des pierres et des bouteilles vides sur les véhicules de l’occupant. Aussitôt, les troupes tirent sur les ados. Deux journalistes palestiniens, qui couvrent les évènements, sont blessés : Daila Jwaihan correspondant de Quds.net, touché par une grenade dans le dos, et Kareem Khader, caméraman de CNN, touché par un éclat de bombe sonore à une cheville et par une balle d’acier enrobée de caoutchouc à la main gauche.

    De nombreux civils souffrent aussi de l’inhalation des gaz. Pendant cette journée, les FOI arrêtent au moins 60 Palestiniens, dont des mineurs, et elles investissent nombre de centres médicaux et cliniques. Les FOI se retirent du camp vers 22h30.

    Le mardi matin, 9 février, les troupes d’occupation reviennent dans le camp, confisquent des voitures. Très vite, des ados palestiniens se regroupent et leur lancent des pierres, l’armée tire à nouveau sur les jeunes, blessant Ahmed al-Hawas, 14 ans, d’une balle dans un pied.


    2 - Maintien du siège sur les Territoires palestiniens occupés

    Le siège est maintenu, serré, sur les Territoires, ainsi que les restrictions strictes sur les déplacements des Palestiniens, dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, dont Jérusalem-Est.


    Bande de Gaza

    Mouvements des personnes et des biens aux postes frontière

    Rafah International

    Date  : Détails
    3 février  : 28 Palestiniens sortent ;
    160 autres et le corps d’un patient décédé rentrent.
    4 février  : 2 Palestinians sortent ;
    100 autres rentrent.
    5 février  : fermé
    6 février  : 1 Palestinien sort ;
    9 autres rentrent.
    7 février  : 1 Palestinian rentre.
    8 février  : 10 Palestiniens sortent ;
    3 autres et le corps d’un patient décédé rentrent.
    9 février  : 18 Palestiniens sortent ;
    1 autre et le corps d’un patient décédé rentrent.

    Karm Abu Salem (Kerem Shalom)

    Date  : Détails
    3 février  : 100 containers d’aide alimentaire en provenance d’organisations humanitaires
    internationales et de denrées pour les commerçants,
    169,9 tonnes de gaz domestique et 264.427 litres de fioul rentrent ;
    810 kilogs de fraises sortent.
    4 février  : 140 containers, 179,67 tonnes de gaz rentrent ;
    370 540 fleurs sortent.
    5 février  : 100 containers, 85,25 tonnes de gaz
    et 305 023 litres de fioul rentrent.
    6 février  : fermé
    7 février  : 95 containers, 150,4 tonnes de gaz et 296.640 litres de fioul rentrent ;
    2 containeurs de fraises et 2 de fleurs sortent.
    8 février  : 80 containers, 63,93 tonnes de gaz et 340 551 litres de fioul rentrent
    9 février  : 104 containers, 150,19 tonnes de gaz, 74 610 litres d’essence
    et 348.445 litres de fioul rentrent ;
    un containeur avec 627,5 kilogs de fraises et un autre avec 422 280 fleurs sortent.

    Al-Mentar (Karni)

    Ouvert le mercredi 03 février pour l’entrée de 1 280 tonnes de céréales et 1 120 tonnes de fourrage, ainsi que le mardi 9 pour 1 680 tonnes de céréales et 1 640 tonnes de fourrages.

    Beit Hanoun (Erez)

    Date  :
     :
    Patients  :
     :
    Accompagn.  :
     :
    Arabes
    d’Israël
     :
     :
    Ambassad.  :
     :
    Presse  :
     :
    Internat.  :
     :
    Gazaouis  :
     :
    Commerç.
    3 février  : 29  : 27  : 6  : 5  : 3  : 43  : 12  : 5
    4 février  : 23  : 19  : 7  : 12  : 3  : 82  : 12  : 5
    5 février  : 1  : 1  : 10  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0
    6 février  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0
    7 février  : 41  : 44  : 14  : 0  : 5  : 8  : 1  : 3
    8 février  : 39  : 37  : 6  : 1  : 0  : 19  : 3  : 3


    (JPG)

    Frappe aérienne israélienne à Rafah, le 10 février.
    (AP)


    Cisjordanie

    Jérusalem : les FOI maintiennent leur siège sur la ville, et des milliers de Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza ne peuvent toujours venir à Jérusalem. De nombreux check-points sont installés autour et dans la cité. Les restrictions sont encore plus strictes les vendredis, jours de prière, pour empêcher les Palestiniens de venir prier à la mosquée al-Aqsa dans la vieille ville. Et les Palestiniens qui se font prendre à essayer de contourner les barrages, se font durement frappés par les policiers et les soldats de l’occupation.

    Ramallah : les troupes postées aux check-points de Jaba’ et de Qalandya, au sud-est de Ramallah, ont imposé des restrictions supplémentaires sur les déplacements, et mené des contrôles plus approfondis sur les Palestiniens. Elles ont monté des check-points volants pour arrêter les véhicules palestiniens et les fouiller. Le jeudi 4 février, le soir, l’armée a fermé carrément le check-point d’‘Attara, au nord de Ramallah.

    Naplouse : le matin du mardi 9 février, les FOI sur le check-point de Za’tara, au sud de la ville, ont ajouté de nouvelles restrictions aux déplacements des Palestiniens.

    Jénine : vers 6h du matin, le dimanche 7 février, les FOI ont monté un barrage au carrefour de Zabbouba, à l’ouest de Jénine. Elles ont bloqué tous les véhicules pour les fouiller. Le lundi matin, nouveau check-point également à l’entrée ouest de Jénine, et un autre à l’entrée du village de Rummana, à l’ouest de la ville.

    Arrestations sur les check-points militaires

    -   Vendredi 5 février, vers midi, les troupes sur le check-point à l’entrée de la mosquée Ibrahimi dans le sud d’Hébron ont arrêté Mohammed Jebril Taha, 22 ans.

    -   Le même jour, le soir, au check-point sur la route de Naplouse à Jénine, arrestation de Mohammed Nasser Mahimid, 22 ans, du village d’al-Taybeh, à l’ouest de Jénine.

    -   Même jou, le soir, sur le check-point situé au nord-ouest d’Hébron, arrestation de 3 civils palestiniens du village de Beit Kahel : Rami Mohammed al-‘Asafra, 25 ans, Tameem Mohammed al-‘Asafra, 21 ans, et Wiham Khaled al-‘Atawna, 18 ans.

    -   Lundi matin, 8 février, à nouveau sur le check-point à l’entrée de la mosquée Ibrahimi à Hébron, arrestation de Mo’taz ‘Ali al-Sharha et de Shadi Mohammed Ravan, tous les deux 17 ans et du village de Dura, au sud-ouest d’Hébron.


    3 - Construction du mur d’annexion

    Si le mur illégal d’annexion se termine, il s’étendra sur 724 kilomètres autour de la Cisjordanie, isolant toujours plus toute une population. 350 km sont déjà construits, dont 99% environ à l’intérieur même du territoire palestinien, confisquant de plus en plus de terres palestiniennes.

    Lors des manifestations non violentes organisées par les Palestiniens, avec des internationaux et des Israéliens militants pour les droits de l’homme, l’armée continue d’utiliser la force.

    Bil’in, à l’ouest de Ramallah : le vendredi 5 février après la prière, et comme chaque vendredi, les Palestiniens, des internationaux et des Israéliens se sont rassemblés dans le centre du village, puis dirigées vers le mur, lançant des pierres sur les troupes qui se sont positionnées sur le secteur. Aussitôt, celles-ci répliquent en tirant des balles caoutchouc et lançant des grenades assourdissantes et des lacrymogènes sur les manifestants. Des dizaines d’entre eux souffrent d’avoir respiré les gaz et certains de contusions après avoir écopé des coups.

    Nabi Saleh, au nord-ouest de Ramallah : vendredi 5 février, les troupes d’occupation entrent dans le village, tirent des balles caoutchouc et lancent des grenades lacrymogènes et assourdissantes sur des Palestiniens qui tentent d’organiser une manifestation non violente. De nombreux manifestants sont indisposés par les gaz.

    Deir Nizam, au nord-ouest de Ramallah : à midi ce même vendredi, même tentative de manifestations par les Palestiniens, même réactions de l’armée.


    (JPG)

    Un Palestinien de Bil’in montre sa terre, aujourd’hui de l’autre côté de cette colonie, Modlin Ilit, en Cisjordanie occupée.
    (AP)


    4 - Activités de colonisation et agressions des colons contre les Palestiniens et leurs biens

    La colonisation s’est poursuivie dans les Territoires palestiniens occupés en toute violation du droit humanitaire international, ainsi que les agressions des colons.

    -  Le jeudi matin 4 février, des colons israéliens de la colonie de Rafafa, au nord-ouest de Salfit, rasent une bande de terre agricole palestinienne, s’emparent de différents terrains et y placent des mobile homes, ceci dans les villages de Deir Estia et d’Hares. Ils rasent en outre au moins 50 dunums (5 ha) d’oliveraies et clôturent 24 dunums de terrain. Les dommages peuvent être résumés comme suit :

    1 - ils rasent 25 dunums de terres appartenant à Yousef Mahmoud Samhan ;
    2 - ils ferment les routes qui conduisent à une terre qui appartient à Nafez Ahmed ‘Abdul Haq ;
    3 - idem pour une terre appartenant à ‘Abdul Raheem Zaidan ;
    4 - idem pour une terre appartenant à ‘Abdul Rahman Taha ‘Agel, ils l’occupent et y montent une tente et des mobile homes ;
    5 - ils confisquent une terre appartenant à Mohammed ‘Othman Abu Nasser ;
    6 - ils rasent une terre appartenant aux héritiers d’‘Abdul Karim Mahmoud Sahban,
    7 - et une autre appartenant à Ameen ‘Abdul Haleem Daoud.

    -   De la même manière, des colons de la colonie Adi Ad, installent 4 mobile homes sur le mont de Sha’ab, à l’est du village de Jaloud, au sud-est de Naplouse, pour y installer un nouvel avant-poste colonial. La terre sur ce mont, qui couvre environ 500 dunums, appartient à différents villageois palestiniens. C’est le second avant-poste colonial qui s’implante dans le secteur, un précédent a déjà été monté à près de 300 mètres de là.

    -   Le vendredi matin, 5 février, des colons de Kiryat Arba et de Kharsina, agressent des Palestiniens et leurs biens dans le secteur d’al-Baq’a, au sud-est d’Hébron. Ils arrachéent au moins 80 pieds de vigne sur un terrain qui appartient à la famille Jaber, à l’est de la route de contournement n° 60.

    -   Le samedi 6, vers 13h, des colons de Brakha, au sud de Naplouse, escortés par les FOI envahissent le village d’‘Iraq Bourin. De nombreux Palestiniens se rassemblent alors et tentent d’empêcher les colons d’entrer dans le village. Aussitôt, les troupes ouvrent le feu sur les civils. 3 d’entre eux sont blessés : Hussam ‘Aahed al-Faqeeh, 45 ans, touché par une lacrymogène au ventre, Adham Kamal Faraj, 22 ans, blessé par une balle caoutchouc au ventre, et Sameh Ahmed Nemer, 20 ans, par une lacrymogène à l’épaule.

    -   Mardi soir, 9 février, des colons de Brakha, à nouveau, au sud de Naplouse, attaquent un berger palestinien du village d’‘Iraq Bourin, au sud de la colonie. Un garde à la sécurité de la colonie tire sur le berger, le blessant.

    Selon l’enquête conduite par le PCHR, il est environ 16h, mardi, ‘Ameed ‘Aaref Qadous, 18 ans, et son ami, Sa’ad Hussam al-Faqeeh, 18 ans, font paître leurs moutons dans le secteur d’al-Malsa, à l’est du village. Soudain, ils voient au moins 50 colons se diriger vers eux, venant de la colonie de Brakha. Les deux bergers leur lancent des pierres pour les chasser et des villageois leur viennent en aide. Les colons sont forcés de repartir vers la colonie, les villageois à leur poursuite. Bientôt, une jeep blanche immatriculée en Israël arrive sur les lieux. Un colon en est descend et se met à tirer au jugé. Qadous est blessé par une balle à la jambe droite.

    -   Mercredi matin, 10 février, les FOI empêchent des agriculteurs palestiniens du village de Beit Ummar, au nord d’Hébron, ainsi que les internationaux qui les accompagnent, de planter des arbres sur des terres qui risquent d’être confisquées, près de la colonie Karmi Tsur, au sud-ouest du village. Les troupes israéliennes lancent des bombes sonores et des lacrymogènes. N’empêche que les agriculteurs et les militants de la solidarité réussissent à planter environ 500 plants d’olivier.

    -  Ce même jour vers 14h, l’armée d’occupation entre dans la zone d’‘Esh al-Ghurab, au sud-est de Beit Sahour, à l’est de Bethléhem. Elle rase une terre qui fut déjà utilisée il y a 5 ans pour un poste militaire. Selon des sources de la presse israélienne, les FOI projettent d’y monter un mirador.


    (JPG) Document public

    Pour plus d’informations, notamment les noms des victimes, merci de consulter le site (http://www.pchrgaza.org) ou de contacter le PCHR à son bureau de Gaza, par mel (pchr@pchrgaza.org) ou par téléphone (+972 (0)8 2824776 - 2825893).


     
     

    Rapport hebdomadaire pour la période du 4 au 10 février 2010 : PCHR
    traduction pour ce qui concerne Gaza : Jacques Salles, et la Cisjordanie, JPP.

     

     


    votre commentaire
  • La répression de Haïti par les États-Unis se poursuit


    Project Censored       

    Le gouvernement américain prévoit d’exproprier et de démolir les logements de centaines de Haïtiens dans le bidonville de Cité Soleil afin d’agrandir la base militaire des forces occupantes de l’ONU.
     

    NB: Le Project Censored est un livre reprenant certains articles censurés. "La répression de Haïti par les Etats-Unis se poursuit" fait partie de ce projet. Datant de 2008, l'article qui suit se présente dans son intégralité puis est accompagné de mises à jour. Investig'Action


    L’entreprise du gouvernement américain, DynCorp International (DCI), un bras quasi officiel du Pentagone et de la CIA, est responsable de l’expansion de la base. La base hébergera les soldats de la mission de stabilisation de Haïti de l’ONU (MINUSTAH).
    Cité Soleil est le champ de bataille le plus truffé de balles de l’occupation militaire étrangère, qui a débuté après que les Forces spéciales américaines ont kidnappé et exilé le président Jean-Bertrand Aristide, le 29 février 2004. Depuis lors, des citoyens ont été victimes de massacres réitérés des œuvres de la MINUSTAH.

    Les contrats de DCI, portant sur 5 millions de dollars, comprennent l’expansion de la base principale, la reconstruction du poste de police de Cité Soleil et de deux autres postes militaires avancés, de même que l’aide à la formation et la livraison d’équipements.
     Selon le maire de Cité Soleil, Charles Joseph, et un responsable de DCI sur le site, c’est l’US Agency for International Development (USAID) du département d’État se charge du financement de l’expansion de la base – une façon guère orthodoxe de se servir de l’aide au développement.

    L’avocat Evel Fanfan, président de l’Action des unités motivées pour une Haïti de droit (AUMOHD) déclare qu’environ 155 constructions seront rasées au moment où l’expansion de la base devra aller de l’avant. En mars 2009, quatre-vingts habitations avaient déjà été démolies. La plupart des bâtiments visés sont des habitations, mais il y a également une église.
     « Ils ont commencé les travaux sans dire quoi que ce soit aux personnes qui vivaient là », a déclaré Fanfan. « Les autorités ne leur ont pas dit ce qu’on allait faire, ni si elles allaient être relogées, ni comment elles allaient être dédommagées ni même si elles allaient être dédommagées du tout. »

    Inquiets, des résidents de la zone ont constitué le Comité pour les maisons devant être démolies (KODEL), qui a contacté l’AUMOHD. Fanfan a rédigé un communiqué de presse et le KODEL a tenu une conférence de presse.
     « Les soldats de la MINUSTAH sont venus à notre conférence de presse et nous ont dit d’envoyer un avocat discuter avec l’ambassade des États-Unis, parce que c’est celle-ci qui est responsable des travaux », a déclaré la pasteur auxiliaire Eddy Michel.
     « Légalement, le gouvernement haïtien n’a autorisé personne à faire quoi que ce soit », a expliqué Fanfan. « Le maire de Cité Soleil, est supposé avoir autorisé la construction, mais il n’y a ni papier, ni décret, ni ordre qui l’autorise. »

    Le 25 mars 2009, l’ambassadrice des États-Unis à Haïti, Janet Sanderson, a été rejointe par le chef de la MINUSTAH, Hedi Annabi, au cours de la cérémonie d’inauguration de la remise en état de la base, qui hébergera trente-deux policiers haïtiens, y compris une unité de contre-insurrection spécialisée dans la lutte contre les émeutes, de même qu’un contingent plus important de troupes des Nations unies.

    Un communiqué de presse de DCI, daté du 31 mars 2008, expliquait : « Conformément au devis  des tâches de l’Initiative de stabilisation de Haïti, DCI fournit une aide à la formation de 444 membres de la Police nationale de Haïti. Le devis comprend la livraison par DCI aux forces de police haïtiennes d’équipements de base et d’équipements spécialisés non mortels, de véhicules et d’appareils de communication. La valeur de ce travail est de 3 millions de dollars. DCI a également été chargé de remettre à neuf le poste de police principal de Cité Soleil. Ce poste fonctionnera en tant que base principale de cette nouvelle unité spécialisée. Les travaux de remise à neuf s’élèveront à plus de 600.000 dollars. »

    Des preuves similaires de graves ingérences américaines dans la souveraineté et les processus démocratiques de Haïti ont fait surface le 23 juin 2008 quand les groupes pour les droits de l’homme Zamni Lasante (partenaires du plus important programme de santé à Haïti), le Centre des droits et l’homme et la justice dans le monde et le Centre du Mémorial Robert F. Kennedy pour les droits de l’homme (Centre RFK) ont publié un rapport révélant que l’administration Bush bloquait une aide « potentiellement vitale » à Haïti afin de s’ingérer dans les affaires politiques de cette nation appauvrie.

    En plus d’être la nation la plus pauvre de l’hémisphère occidental, Haïti est également l’un des pays les plus pauvres en eau potable dans le monde, et figure même en dernière place de l’Indice de pauvreté en eau.
    Le 4 août 2008, le Centre RFK a rendu publics des documents internes du département américain du Trésor, dénonçant ainsi des actions du gouvernement américain, motivées politiquement et visant à bloquer la ventilation de 146 millions de dollars en prêts que la Banque interaméricaine de développement (IDB) avait approuvés pour Haïti. L’IDB avait d’abord approuvé ces prêts en juillet 1998, y compris 54 millions de dollars pour des projets de nécessité urgente tournant autour de l’eau et des conditions sanitaires.

    Toutefois, les documents montrent que les responsables de l’IDB et du département américain du Trésor ont cherché des moyens de lier la livraison des prêts à des conditions politiques sans rapport auxquelles le gouvernement américain voulait soumettre le gouvernement haïtien. Cette intervention constituait une violation directe de la charte de l’IDB qui interdit à la banque de faire dépendre ses décisions des affaires politiques de ses États membres.
     « Après plusieurs années d’enquête sur la rétention de ces prêts, nous disposons aujourd’hui de preuves claires et détaillées des interventions remarquables du gouvernement américain et de l’IDB pour bloquer les fonds ‘vitaux’ destinés à Haïti », a déclaré Monika Kalra Varma, directrice du Centre RFK. « Du fait que leurs transgressions ont été rendues publiques, ils doivent tenir compte de l’appel au contrôle et à la transparence.
    Nous les pressons de faire appliquer les mécanismes de contrôle nécessaires afin d’empêcher que se reproduisent ces actes malveillants en coulisse et, par-dessous tout, nous les invitons instamment à remplir leurs obligations vis-à-vis du peuple haïtien, »
     
     
    Mise à jour de Cyril Mychalejkou


    Quand l’administration Bush a retenu l’aide à Haïti destinée à financer des projets concernant l’eau potable et les conditions sanitaires et destinés à améliorer « la qualité de la vie – particulièrement pour les femmes et les enfants – et à réduire l’incidence de la maladie et de la mortalité infantile », elle l’a fait dans un pays où, selon International Action, dont le siège est à Washington, DC, « l’eau est la principale cause de la mortalité infantile et des maladies des enfants (…) Haïti a actuellement le taux de mortalité infantile le plus élevé de l’hémisphère occidental (…) et plus de la moitié des décès à Haïti étaient dus à des maladies gastro-intestinales apportées par l’eau. »

    En dépit du rapport publié en juin par le Centre RFK et qualifiant l’action comme « l’un des exemples les plus remarquables de malfaisance de la part des États-Unis ces dernières années » et en dépit également des documents du département américain du Trésor rendus publics en août qui prouvent que le blocage du prêt obéissait à une motivation politique, il y a eu un black-out médiatique virtuel sur ces découvertes.


    Le New York Times a publié un article de 487 mots (« Des groupes des droits de l’homme attaquent les États-Unis pour avoir retenu l’aide à Haïti pour des motivations politiques », 24 juin 2008) qui couvrait la publication du rapport, mais n’a jamais donné de suivi à la chose. Et en dépit d’avoir reconnu que l’administration Bush n’était pas du tout satisfaite de l’ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide et que le président Bush avait encouragé le coup d’État qui devait éloigner Aristide du pouvoir en 2004, le NYT a, soit été incapable, soit refusé de reconnaître que le blocage de l’aide aurait pu avoir été une action délibérée en vue de créer un climat susceptible de provoquer des troubles politiques et sociaux – des conditions qui pouvaient encourager certaines parties de la population haïtienne à accepter un renversement de leur gouvernement démocratiquement élu.


    Mais ce fut quelque chose que Jeffrey Sachs, ancien conseiller au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale, reconnut bel et bien. Dans un article du Los Angeles Times (« Dès son premier jour au pouvoir, Bush était prêt à déloger Aristide », 4 mars 2004, Sachs écrivait : « Les responsables américains savaient certainement que l’embargo sur l’aide allait se traduire par une crise dans la balances des paiements, une hausse de l’inflation et un effondrement du niveau de vie, et tous ces éléments alimentèrent la rébellion. » (1)

    Le fait que l’administration Bush peut avoir causé la mort de milliers de Haïtiens en bloquant l’aide dans des buts politiques cyniques et auto-intéressés n’était pas une histoire digne d’être couverte par les médias traditionnels américains. Pas plus que le rôle de l’administration Bush dans le violent coup d’État qui éloigna la président Aristide ou que le fait qu’octroyer sélectivement ou retenir l’aide est utilisé comme outil en politique étrangère afin d’influencer, de déstabiliser et de renverser des gouvernements.  Mais il y a des organes médiatiques et des organisations auxquels les lecteurs peuvent s’adresser s’ils veulent suivre les développements de ce genre d’affaires. Pour plus d’informations sur Haïti et l’Amérique latine, voir :


    http://www.UpsdideDownWorld.org
    http://www.RFKcenter.org
    http://www.Haitianalysis.org
    http://www.Nacla.org
    http://www.haitiliberte.com
    http://www.rightsaction.org
    http://www.zcommunications.org


    (1) Dan Beeton, « What the World Bank and IDB Owe Haiti » (Ce que la BM et l’IDB doivent à Haïti), Global Policy Forum, 25 juillet 2006.
     

    Mise à jour par le Centre Robert F. Kennedy pour la justice et les droits de l’homme


    L’enquête du Centre RFK et de Zamni Lasante publiée dans Upside Down World le 26 août 2008 fournit de nouveaux éclaircissements sur le rôle des hauts responsables américains dans le gel des emprunts destinés à Haïti. L’article comprend un passage en revue des documents rendus publics par le gouvernement des États-Unis, après une requête introduite conformément à la loi sur la liberté de l’information (FOIA) par le Centre RFK pour la justice et les droits de l’homme et par Zanmi Lasante (ZL). Cette requête FOIA avait pour but de dénoncer les actions des hauts responsables du département américain du Trésor et de la Banque interaméricaine de développement (IDB) tendant à bloquer illégalement les prêts potentiellement vitaux au secteur social de Haïti. Le fait d’avoir rendu ces documents publics signifia la fin d’une bataille de plusieurs années en vue de dénoncer le rôle du gouvernement des États-Unis.

    Cependant, elle signifia également le début d’un appel à rendre des comptes. Le présent article et le rapport en question publié par le Centre RFK et ZL appuyés par le Centre pour la justice et les droits de l’homme de la faculté de droit de l’Université de New York, ainsi que par l’association Partners In Health, provoquèrent une relance du niveau de conscience des ONG, de la diaspora haïtienne et des responsables des gouvernements haïtien et américain à propos de ce problème. Cet été, le rapport sera rendu public à Haïti, tant en créole qu’en français.  

    Le rapport particulièrement édifiant intitulé « Wòch nan Soley : Le déni du droit de l’eau à Haïti » examine les documents FOIA et l’impact des actions en coulisse qu’ils passent en revue tout en fournissant un compte rendu sur les coûts en vies humaines de ces actions et en analysant les violations des droits de l’homme. Ce rapport, y compris l’analyse FOIA, a été commenté par le New York Times, le Miami Herald et d’autres médias importants.
     
    Depuis que ce rapport a été rendu public, des membres du Congrès se sont mis à enquêter sur une possible malfaisance à propos des prêts et à examiner des solutions politiques afin d’empêcher que de tels agissements se reproduisent. L’expérience et les informations acquises en rédigeant le rapport et en plaidant pour des demandes de comptes dans cette affaire ont aidé le Centre RFK à élargir ses efforts pour défendre une réforme de l’aide à l’étranger et le recours à une argumentation centrée sur les droits de l’homme quand il s’agit aux donateurs de se justifier.

    Malgré l’article et le rapport, le peuple de Haïti continue à souffrir en raison des actions entreprises par les États-Unis par le biais de l’IDB. La communauté de Port-de-Paix, qui devait être la première à recevoir des fonds émanant de ces prêts – déjà en 2001 – attend toujours la remise en état de sa distribution d’eau publique. Les délais de déboursement ont ajouté une nouvelle série d’entraves aux obstacles existants rencontrés par les projets de développement à Haïti.


    L’impact durable de l’interférence américaine dans les prêts est surtout ressenti par les tout jeunes enfants de Haïti, du fait qu’ils continuent à survivre sans accès à une eau sûre, suffisante et propre. Toutefois, le fait d’avoir rendu publics les documents FOIA et le rapport a créé un espace constructif de dialogue avec l’IDB. Au moment où ce rapport a été rendu public, l’IDB à Port-au-Prince a finalement œuvré avec beaucoup de zèle pour que soient lancés sans plus attendre les projets concernant l’eau potable.


    Alors que la progression sur le terrain est lente, les démarches entreprises depuis la publication du rapport indiquent concrètement qu’un jour l’eau coulera enfin à Port-de-Paix, en espérant qu’il en aille de même pour les autres régions de Haïti qui attendent cette ressource depuis 2001.

    Traduit par Jean-Marie Flémal pour Investig'Action - michelcollon.info  
    Source: projectcensored.org
     
    Pour de plus amples informations, voir :


    Robert F. Kennedy Center for Justice and Human Rights (Centre RFK pour la justice et les droits de l’homme) : http://www.rfkcenter.org/
    Partners in Health/Zanmi Lasante : http://www.pih.org/where/Haiti/Haiti.html
    Center for Human Rights and Global Justice at NYU Law School (Centre pour les droits de l’homme et la justice dans le monde, Faculté de droit de l’Université de NY) :
    http://www.chrgj.org
    Ou lisez le rapport intégral sur : http://www.rfkcenter.org/files/080730_Haiti
    RighttoWater_FINAL.pdf.
     
    Références:


    Haïti Liberté, 4 septembre 2008
    Titre : « La base militaire de l’ONU en expansion : Que mijote Washington à Cité Soleil ? »
    Auteur : Kim Ives
    Upside Down World, 25 juin 2008
    Titre : « L’administration Bush accusée de retenir l’aide ‘vitale’ à Haïti »
    Auteur : Cyril Mychalejko
    Upside Down World, 4 août 2008
    Titre : « Le centre RFK rend publics des documents soulignant les actions américaines visant à bloquer les fonds ‘vitaux’ d’aide à Haïti »
    Auteurs : Centre du Mémorial RFK des droits de l’homme
    Étudiants responsables des recherches : Elizabeth Vortman, Leora Johnson et Rob Hunter
    Évaluateurs de l’université : Karen Grady, PhD et Sasha Von Meier, PhD
    Université de l’État, Sonoma

    VOIR DOSSIER HAITI  REUNI PAR L'EQUIPE D'INVESTIG'ACTION - MICHELCOLLON.INFO


    votre commentaire