• Mexique : une communauté indigène zapatiste attaquée par la police


     
    La guerre de basse intensité menée par les autorités mexicaines fédérales, régionales et locales) contre les populations indigènes, mayas et zoques du Chiapas, s'intensifie.
    Pour permettre la mise en place d'un projet baptisé "écotouristique", la police de l'État du Chiapas, aux ordres du gouverneur PRD Juan Sabines, vient de franchir un degré de plus dans l'escalade vers ce que les zapatistes désignent comme une véritable "guerre d'extermination contre les peuples indigènes".
     
    Lors d'une brutale opération, réunissant des policiers fédéraux et des fonctionnaires du gouvernement local, parmi lesquels des représentants du ministère de "l'Environnement", les forces de l'ordre ont brûlé les maisons, avec tous leurs effets personnels, des habitants du Poblado Laguna San Pedro. Ils ont saccagé les cultures (y compris les réserves de semences de maïs et de haricots, ainsi que des arbres fruitiers) et pillé la boutique coopérative des membres de cette communauté de la forêt Lacandone, appartenant à la commune autonome Ricardo Flores Magón. Ceux-ci ont ensuite été emmenés de force, avec des hélicoptères, vers la ville de Palenque. Les autorités prétendent vouloir reloger les personnes ainsi déplacées dans une zone "en dehors de la réserve de la biosphère", opérer une reforestation et, au passage, développer des cultures... destinées à la fabrication de "biodiesel".

    L'État mexicain et les multinationales de l'énergie et des "loisirs" s'arrogent ainsi le droit, au nom de la défense de l'environnement, d'expulser des populations qui ont pourtant démontré depuis des millénaires leur capacité à vivre en harmonie, sans l'aide de quiconque, dans ces régions de forêts tropicales.
     
    Il faut noter que cette politique d'expulsions de la région des Montes Azules, préparée depuis des années (1), compte sur l'appui de gouvernements étrangers, parmi lesquels ceux de l'Union européenne (avec le tristement célèbre programme Prodesis), et de plusieurs multinationales de l'environnement, telles que Conservation International et le WWF (2). Une simple lecture de la composition des conseils d'administration de ces ONG permet de comprendre qu'à côté des mégaprojets touristiques se dissimulent également les convoitises sur le pétrole, l'uranium, l'or et surtout la formidable biodiversité que recèle encore, malgré des décennies de pillage, ces régions du Sud-Est mexicain.

    Dans un communiqué, le Conseil de bon gouvernement de La Garrucha s'adresse à la "société civile nationale et internationale", pour lui demander sa solidarité face à de tels agissements.

    Pendant ce temps, la routine de la terreur continue son petit bonhomme de chemin, un peu partout au Mexique. Dans des régions soumises au contrôle direct de l'armée, les enlèvements et les assassinats se multiplient. Huit mille meurtres, au cours de ces douze derniers mois, sont imputés aux gangs du narcotrafic, dont les connections avec les forces policières et militaires ainsi qu'avec des responsables des trois grands partis politiques (PRI, PAN et PRD) ne sont plus à démontrer. Hier, 31 janvier, des tueurs ont froidement abattu treize jeunes gens de quatorze à dix-huit ans, qui fêtaient la victoire de leur équipe de foot
     
    . Cela se passait à Ciudad Juárez, cette ville proche de la frontière avec les USA, où les usines de montage tournent à fond et où des centaines de jeunes femmes ont été assassinées depuis 1995, sans qu'aucune enquête n'aboutisse.

    Mais tout n'est pas noir dans ce tableau, diront certains : le Mexique accueillera, en grande pompe, le prochain sommet mondial sur l'environnement.

    Jean-Pierre Petit-Gras


    (1) Cette dernière opération policière a été opportunément lancée suite à la requête des "propriétaires" de plusieurs centaines de milliers d'hectares dans la région des Montes Azules. Il s'agit de quelques dizaines de membres d'une communauté "lacandone" à qui le président Luis Echeverria - par ailleurs responsable d'une terrible "sale guerre" contre les opposants après les massacres de Tlatelolco à Mexico - avait "offert" ces 617 000 hectares, prévoyant de les instrumentaliser contre les milliers de jeunes indigènes, à la recherche d'un lieu pour vivre, qui étaient en train de s'y installer.

    (2) À la tête de cette dernière, on note, pêle-mêle, un ancien directeur général de Shell, un ministre des finances du Pakistan, un ancien premier ministre des Pays-Bas, une dirigeante de Coca-Cola - secteur environnement, bien sûr - et une pléiade de têtes couronnées.

    CSCPL Source ici

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  • La peine de mort existe toujours en France : des malades meurent en prison


    Communiqué de presse Act Up-Paris & Ban Public, 2 février 2010

    Un prisonnier gravement malade risque de mourir en PACA. La suspension de peine pour raison médicale doit s’appliquer.



    Guy Englumen a 56 ans, il est gravement malade  : il souffre d’irrémédiables problèmes cardiaques, il porte un défibrillateur et doit suivre un lourd traitement médicamenteux à vie. Son état de santé physique et psychique nécessite des soins médicaux constants et une surveillance médicale permanente.

    Pourtant, depuis le 13 janvier, Guy est incarcéré. Alors qu’il se rendait à l’audience de jugement de sa demande de suspension de peine pour raison médicale, il a été arrêté et incarcéré sans même avoir eu le temps de plaider sa cause devant la juge d’application des peines.

    Deux expertises médicales concordantes concluent à l’incompatibilité de son état de santé avec la détention. La juge d’application des peines a pourtant considéré qu’il devait rester incarcéré puisque «  le pronostic vital de Monsieur Englumen reste préoccupant mais n’est pas engagé dans des circonstances d’urgence ».

    Béatrice Brue, juge d’application des peines se trompe, l’incarcération de Guy Englumen est profondément inhumaine et injuste. Non seulement elle ne respecte pas la loi - puisque deux expertises médicales concordantes concluent à la nécessité d’une suspension de peine de prison – mais elle fait fi de tout respect de la dignité humaine.

    Guy a été arrêté et incarcéré dans des circonstances intolérables. Ne supportant pas les conditions de son incarcération, il a été hospitalisé à Marseille en attente d’une très lourde opération chirurgicale qui ne pourra pas être effectuée. Il est trop tard pour l’opérer. Il vient d’être transféré à l’Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale (UHSI) de Marseille. Son état de santé est extrêmement préoccupant, les méandres de la justice et la prison sont en train de l’achever.

    Les médecins de l’UHSI de Marseille sont choqués, plusieurs travailleurs sociaux du Centre de Détention de Salon de Provence sont abasourdis. Les acteurs du milieu pénitentiaire eux-mêmes s’accordent à trouver cette situation incompréhensible, révoltante, inhumaine.

    L’état de santé de Guy jugé incompatible avec la détention justifie légalement et humainement sa libération immédiate. Il y a urgence, son pronostic vital est désormais engagé. L’audience d’appel du refus de sa suspension de peine pour raison médicale, initialement prévue fin mars, vient d’être avancée à mardi prochain en fin de matinée.

    Nous exigeons la libération immédiate de Guy Englumen.

    Cette situation n’est malheureusement pas unique dans les prisons françaises. Nous exigeons une application effective et immédiate de l’article 720-1-1 du code de procédure pénale : le droit à la vie pour les prisonniers malades.


    Contact presse : Laura Petersell - 06 67 65 04 20


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  • Les tartuffes de l’info

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    Epluchez bien vos quotidiens préférés, vos journaux de révérence, vos sites d’infos estampillés  « de gauche ». Scrutez le Monde, Libération,  Rue89, vous n’y trouverez rien, pas une ligne, pas un mot, sur les fosses communes de Colombie, sur les 25 à 50 000 cadavres d’Uribe et de ses copains para militaires, sur les syndicalistes, leaders d’opinion et autres paysans enterrés à la va vite dans les tombes macabres de l’ami Américain.

    On vous parlera des Farc, sanglantes forcément, de ces dangereux terroristes narco trafiquants à la solde évidemment du "populiste" Chavez. On vous brodera jusqu’à la nausée de la Sainte Ingrid Betancourt en voie de canonisation pipole, on ne vous dira rien, ni des milices privées ni des massacres clandestins des autorités colombiennes.

    Que Chavez ose demander par référendum un changement de constitution pour se présenter à un troisième mandat et toute la presse occidentale  doigt sur le pli du pantalon hurlera, au coup de sifflet du chef de gare, à la dictature Bolivarienne. Qu’Uribe modifie sa constitution dans le même but, et vous ne trouverez pas un entrefilet dans votre presse libre, indépendante et autrement plus sérieuse que les blogs orduriers, pour s’en étonner.

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    Que le président d’un Venezuela dont 99% des médias appartiennent à des groupes privés et en guerre permanente contre le pouvoir ne renouvelle pas la fréquence d’une chaîne de télévision appelant ouvertement au coup d’état et toutes nos grandes plumes outragées de dénoncer l’atteinte intolérable à la liberté d’expression.

    Qu’Evo Morales, réélu avec plus de 60 % des voix, ne dispose d’aucun média en Bolivie, que toute la presse en opposition appelle à la sécession et à l’émeute, que le premier journal du pays titre à son propos et à l’occasion d’un de ses voyages à Santa Cruz : "Le singe est en visite", pas un journaliste ici, ne vous l’évoquera, en revanche on vous abreuvera d’un Morales anti-démocrate, porte flingue du "sinistre" Hugo.

    Oui, vous trouverez dans le Monde vespéral, les délires d’une certaine Audrey Fournier dénonçant des propos de Chavez affirmant que les États-Unis auraient provoqué le séisme en Haïti, sans en apporter ni la preuve, ni la source. Oui vous lirez régulièrement la propagande compulsive de Paulo A. Paranagua, qui tel un métronome revient servir sa soupe anti-Chavez, que déguste avec de grands slurps, le boulimique atlantiste  Adler qui sait si bien faire le tri entre le gentil Lula et le méchant Hugo.

    Qu’un Chicago Boy, plus grosse fortune du pays, enrichi de façon trouble sous Pinochet, possédant banque, club de foot, télévision, gagne les élections et vous aurez un obscur Michel Faure sur Rue89 pour s’extasier de la maturité démocratique de la société chilienne, mais qu’au Honduras on assassine tous les jours des opposants politiques, ne risquera pas de lui arracher le moindre sang d’encre.

    Qu’Israël monte un plan de comm compassionnel en Haïti avec ses blocs opératoires pour se refaire la cerise médiatique rapport aux crimes de guerre à Gaza, et aussitôt mille reportages de fleurir, admiratifs et compatissants. En revanche que 344 médecins cubains soignent la population haïtienne au quotidien depuis des années et vous ne trouverez pas un articulet pour l’évoquer.

    Ce qui est pourtant admirable, c’est qu’aucun journaliste, aucun média n’ait jamais été poursuivis, ni au Venezuela, ni en Bolivie. Ce qui est vraiment gerbant, c’est de constater ici, que des médias inféodés au pouvoir, se permettent de déontologiser en rond tout en se faisant complice d’intox et de manipulation.

    Et je vous le dis comme je le pense, si par quelque miracle, je me retrouvais à la tête de ce foutu pays, une chaîne qui considère ses téléspectateurs comme du temps de cerveau disponible, serait immédiatement interdite et sans autre forme de procès.

    Abrutir l’autre pour lui  extorquer de l’argent, l’infantiliser, le désinformer, est au mieux, une escroquerie, au pire une forme avancée de totalitarisme. La lobotomisation est un crime contre l’humanité.

    Je n’aurai ni la grandeur d’âme, ni la patience indulgente de Chavez ou Morales.

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    En attendant on tue au Honduras et en Colombie dans l’impunité générale et le silence radio. Qu’importe, l’ordure, du moment que c’est la nôtre.

    Les journalistes qui dénoncent le canif de Chavez en fermant les yeux sur les mitrailleuses d’Uribe sont des salauds. 

    tgb
    ici


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  • La commémoration de l’Holocauste : une occasion en or pour la propagande israélienne


    AUTEUR:  Gideon LEVY גדעון לוי

    Traduit par  Fausto Giudice


    Les grosses légumes d’Israël ont attaqué à l’aube sur un vaste front. Le Président en Allemagne, le Premier ministre, à la tête d’une énorme délégation, en Pologne, le ministre des Affaires étrangères en Hongrie et son adjoint en Slovaquie, le ministre de la Culture en France, le ministre de l’Information aux Nations unies, et même le député druze du Likoud à la Knesset, Ayoub Kara, en Italie. Ils sont tous partis faire des discours affligeants sur l’Holocauste.

    Mercredi [27 janvier] était la Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'Holocauste , et on n’avait pas vu une telle campagne de relations publiques israéliennes depuis belle lurette. Le moment choisi pour ce rush inhabituel - jamais autant de ministres n’avaient été déployés simultanément à travers le monde - n’est pas fortuit : quand le monde parle de Goldstone, nous parlons d’Holocauste, comme pour brouiller les cartes. Quand le monde parle d’occupation, nous parlons de l’Iran, comme si nous voulions la lui faire oublier.

     Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu speaks in the former Nazi Death Camp Auschwitz Birkenau during solemn ceremonies  marking 65 years since the camp was liberated by the Red Army, Wednesday, Jan. 27, 2010, in Oswiecim, southern Poland. 
    AP Photo

    Netanyahou à Auschwitz

    Israel's Prime Minister Benjamin Netanyahu speaks during a ceremony marking the 65th anniversary of the liberation of Auschwitz camp by Soviet troops and to remember the victims of the Holocaust, in Auschwitz Birkenau January 27, 2010. 
    Reuters Pictures

    Ça ne sera pas d’un grand secours. La Journée internationale de commémoration de l’Holocauste est passée, les discours seront vite oubliés, et la déprimante réalité quotidienne restera. Israël n’en sortira pas avec une bonne mine, même après sa campagne de relations publiques.

    La veille de son départ, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a parlé à Yad Vashem. « Il y a du mal dans le monde», a-t-il dit. « Le mal doit être étouffé dans l’œuf. » Certains « tentent de nier la vérité ». De grands mots, prononcés par la même personne qui, la veille seulement, pas vraiment dans le même souffle, avait prononcé de tout autres paroles, des paroles du mal, du mal véritable, du mal qui devrait être étouffé dans l’œuf, celui qu’Israël essaie de cacher.

    Netanyahou parlait d’une nouvelle « politique d’immigration », une politique qui incarne le mal. Il a amalgamé avec malveillance, les travailleurs immigrés et les malheureux réfugiés – mettant en garde contre le danger qu’ils représentent pour Israël, en faisant baisser nos salaires, en nuisant à à notre sécurité, en faisant de nous un pays du tiers-monde et nous apportant de la drogue. Il soutenait avec ardeur notre ministre raciste de l’Intérieur, Eli Yishai, qui, a parlé des immigrés comme propagateurs de maladies telles que l’hépatite, la tuberculose, le Sida et Dieu sait quoi encore.

    Aucun discours sur l’Holocauste n’effacera ces mots d’incitation à la haine et de diffamation à l’encontre des immigrés. Aucun discours de commémoration ne masquera la xénophobie qui a redressé la tête en Israël, et pas seulement à l’extrême-droite comme en Europe, mais à travers tout le gouvernement.

    Nous avons un Premier ministre qui parle du mal mais qui érige une barrière pour empêcher les réfugiés de guerre de frapper à la porte d’Israël. Un Premier ministre qui parle du mal mais qui prend part au crime du blocus de Gaza, aujourd’hui dans sa quatrième année, laissant un million et demi de personnes dans des conditions honteuses. Le Premier ministre d’un pays dont les colons perpètrent des pogroms contre des Palestiniens innocents avec la devise « price tag » (« étiquette de prix »=le prix à payer), qui a aussi aussi une connotation historique horrible, mais contre lesquels l’Etat ne fait pratiquement rien.

    C’est le Premier ministre d’un État qui arrête des centaines de manifestants de gauche qui se battent contre les injustices de l’occupation et la guerre à Gaza, alors qu’il pardonne en masse aux gens de droite qui ont manifesté contre le désengagement. Son discours d’hier, dans lequel Netanyahu a assimilé l’Iran fondamentaliste à l’Allemagne nazie, n’était que de la propagande de bas étage. Une vraie « banalisation de l’Holocauste ». L’Iran n’est pas l’Allemagne, Ahmadinejad n’est pas Hitler, et les mettre sur le même pied n’est pas moins faux que d’assimiler les soldats israéliens aux nazis.

    L’Holocauste ne doit pas être oublié et il n’est pas nécessaire de le comparer avec quoi que ce soit d’autre. Israël doit participer aux efforts pour garder son souvenir vivant, mais pour cela, Israël doit présenter des mains propres, lavées du mal de leurs propres actes. Et il ne doit pas éveiller le soupçon qu’il utiliserait cyniquement la mémoire de l’Holocauste pour occulter et brouiller d’autres choses. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

    Comme cela aurait été magnifique si, à l’occasion de cette Journée internationale du souvenir, Israël avait pris le temps de faire son examen de conscience et de se demander, par exemple, comment il se fait que l’antisémitisme ait pu redresser la tête dans le monde, juste l’année écoulée, celle qui a suivi nos bombardements au phosphore blanc sur Gaza. Comme cela aurait été magnifique si, pour cette Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, Netanyahou avait annoncé une nouvelle politique, une politique pour intégrer les réfugiés au lieu de les expulser, ou s’il avait levé le blocus de Gaza.

    Mille discours contre l’antisémitisme n’éteindront pas les flammes allumées par l’opération Plomb durci, qui menacent non seulement Israël mais l’ensemble du monde juif. Aussi longtemps que Gaza restera sous blocus et qu’Israël s’enfoncera dans sa xénophobie institutionnalisée, le discours sur l’Holocauste restera creux. Aussi longtemps que le mal sera rampant, ici, chez nous, ni le monde ni nous-mêmes ne serons en mesure d’accepter les prêchi-prêcha que nous assénons aux autres, même s’ils les méritent.


    AP Photo

     


    Source : Haaretz-Holocaust remembrance is a boon for Israeli propaganda

    Article original publié le 28/1/2010

    Sur l’auteur

    Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.

    URL de cet article sur Tlaxcala :
    http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9900&lg=fr


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  • Mega Médias Circus : propagande, désinformation, mensonges et silences (Dissident Voice)

    John CHUCKMAN, Robert JENSEN

    note de la traductrice : Les grands médias étasuniens sont passés maîtres en matière d’informations partiales et de désinformation généralisée dans le but d’imposer la propagande officielle et d’anesthésier la vox populi.

    La recette est simple : les médias dominants sont rachetés par des grands groupes financiers, qui, eux-mêmes, s’achètent les bons services de journalistes grassement payés qu’ils tiennent par la barbichette (enfin, pour faire poli). Les manants, eux, sont abreuvés d’infos inutiles - en général mensongères, ou qui occultent la cause des problèmes - et d’images tapageuses, voire nocives.

    Ce qui s’est passé pour le tremblement de terre à Haïti devrait ouvrir les yeux et faire se poser des questions aux sceptiques.

    Mais, sur ce coup-là, c’est moi qui le suis. Ils sont forts ces médias : ils arrivent à faire tout gober sans que la majorité de la population ne remette en cause la véracité de propos pourtant bien peu crédibles.

    Voici deux articles sur le sujet, publiés par Dissident Voice

    Horreur à HAITI

    Ce que NOUS apprennent les médias

    par John Chuckman

    C’est un flot continu, ces images de gens terrorisés, ces gens aux membres brisés, et ces morts boursouflés, au point que beaucoup d’entre nous ne supportent plus d’en voir ou d’en entendre davantage. On en vient à se demander : que sommes-nous censés faire de ces informations ?

    Créer la pression sur les gouvernements pour que l’aide continue d’arriver massivement ? Peut-être, mais il n’y a pas pénurie d’aide à Haïti. Il y a toutefois un énorme problème dans la capacité limitée d’Haïti à absorber cette aide.

    Qu’il s’agisse des ports maritimes, petits et inefficaces, de l’unique aéroport, petit et inefficace, du manque de routes praticables, et de l’inertie du gouvernement - tous ces aspects qu’on retrouve dans tous les pays aussi pauvres qu’Haïti – il faut du temps aux gens de l’extérieur pour arriver, déposer leur cargaison, et organiser un réseau de distribution à partir de rien.

    C’est sûr, les reportages et les images ne servent à rien en matière de prévention. Il s’agit d’une catastrophe naturelle, donc, qui ne peut être ni prévue, ni évitée. On pourrait toujours répondre que les investissements suite à la catastrophe pourraient améliorer la situation au cas où il y aurait un nouveau tremblement de terre. Mais ce genre d’images et de reportages qui sont diffusés seront oubliés depuis longtemps quand les gouvernements du monde se décideront à reconstruire (s’ils le font).

    Et donc, pour moi, la question qui se pose est : que sommes-nous censés faire de ces informations ?

    Cela me rappelle une autre catastrophe, une qui s’est produite au cours de ces dernières années. Ce n’était pas une catastrophe "naturelle" mais l’œuvre délibérée des extrêmement puissants. Dans cette autre catastrophe, un million de personnes environ sont mortes, environ 5 fois plus que le nombre de morts à Haïti aujourd’hui. J’ignore combien sont devenus infirmes, mais ce doit être un chiffre énorme.

    Cette autre catastrophe a engendré plus de deux millions de réfugiés qui fuyaient pour sauver leur peau, la plupart dans des pays pauvres mais généreux, car ils n’étaient pas les bienvenus par les riches et puissants, et surtout pas par le pays responsable de ce chaos.

    Pour ce qui est des images et des reportages, la plupart de ceux qui étaient diffusés en Amérique du Nord étaient expurgés. Beaucoup d’entre eux, si ce n’est la majorité, étaient malhonnêtes, de toute évidence n’informant pas sur l’importance de l’horreur de la situation. Un groupe de reporters courageux avait réalisé des reportages tout aussi terribles que ceux nous recevons d’Haïti, où on voyait, entre autres, des dizaines d’enfants affreusement mutilés.

    Mais ces images n’avaient pas été diffusées en Amérique du Nord, n’étaient pas publiées dans le New York Times ou d’autres journaux "de référence".

    En fait, ces reporters qui filmaient et qui écrivaient des articles terribles sont devenus la cible des forces qui étaient à l’origine de ces atrocités.

    Je parle, évidemment, de l’invasion de l’Irak, un événement dont le nombre considérable de morts et l’importance des dégâts est comparable au largage d’une bombe thermonucléaire sur une grande ville.

    Evidemment, l’ironie amère est que cette catastrophe était à la fois évitable et aurait même pu être stoppée dès le début. Je suis pratiquement sûr que la publication et la diffusion d’images et d’articles comparables à ceux que nous recevons d’Haïti aurait fait cesser cette brutalité diabolique. Ici, certes, une couverture médiatique honnête et choquante aurait changé les choses, pas à Haïti.

    Et il y a eu, récemment, une autre catastrophe, plus petite, mais quand même terrible, et elle était complètement évitable. Au cours de celle-ci, 1400 personnes sont mortes, parmi lesquelles 400 enfants, et un grand nombre d’infrastructures d’une population relativement pauvre ont été détruites. Les dégâts ne peuvent même pas être réparés parce que les responsables de ces atrocités poursuivent le siège contre leurs victimes, ne permettant la livraison d’aucun moyen matériel.

    Ici non plus, vous n’avez probablement pas vu le genre d’images ou lu le genre d’articles qui nous parviennent d’Haïti. Certains reportages étaient accessibles – je me rappelle un de ces malheureux qui essayait d’éviter de mettre les pieds sur le sang qui ruisselait dans une rue étroite – à nouveau, l’œuvre de reporters incroyablement courageux, mais on ne voyait le résultat de leur travail que sur des sites internet plutôt confidentiels. Aucune de leurs œuvres n’a été publiée ou diffusée par la presse de l’establishment en Amérique du Nord. Ces événements se sont produits dans un endroit appelé Gaza.

    Si vous pensez que la presse est objective, si vous pensez que la presse ne sert pas servilement les intérêts des puissants, vous feriez bien de vous poser des questions.

    John Chuckman

    ARTICLE ORIGINAL
    http://dissidentvoice.org/2010/01/the-horror-of-haiti/

    John Chuckman habite au Canada et est ancien "chief economist" d’une grande compagnie pétrolière canadienne.

    Traduction : emcee Des Bassines et du Zèle

    Note de la traductrice : "Que sommes-nous censés faire de ces informations" : très bonne question.

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    Super reportage télévisé, mauvais journalisme

    Les échecs des médias à Haïti

    par Robert Jensen

    Anderson Cooper, le journaliste vedette de CNN, raconte une scène de rue chaotique à Port-au-Prince. Un garçon a été touché à la tête par une pierre lancée depuis un toit par un pillard. Cooper l’aide à aller jusqu’au bord de la route et réalise alors que le garçon est étourdi et qu’il est incapable de s’enfuir. Posant sa caméra numérique (mais toujours filmé par une autre caméra de CNN), Cooper relève le garçon et le soulève pour le faire passer par-dessus une barrière pour le mettre à l’abri, c’est ce qu’on espère, du moins. "Nous ne savons pas ce qui est arrivé à ce petit garçon" dit Cooper dans son reportage. "Tout ce que nous savons actuellement, c’est qu’il y a du sang dans les rues."

    Ca, c’est du super reportage télévisé, mais ce n’est pas du grand journalisme. En réalité, c’est du journalisme irresponsable.

    Cooper poursuit en expliquant qu’il n’y a pas beaucoup de pillages dans la ville et que la violence de cette scène que les téléspectateurs viennent de voir est, semble-t-il, inhabituelle.

    La question qui vient logiquement à l’esprit, c’est : si cet incident n’est pas représentatif de ce qui se passé là-bas, pourquoi donc, CNN l’a-t-il diffusé ? Etant donné que les Haïtiens se sont généralement organisés en comités de quartiers pour se venir en aide mutuellement en l’absence d’un gouvernement central, cette scène violente n’est-elle pas un incident isolé qui déforme la réalité ?

    Cooper essaie de rattraper le coup en précisant qu’une telle violence n’est pas courante, mais que si cela devait le devenir, et bien, ce serait terrible – "c’est pour montrer ce qui pourrait se passer ensuite".

    Mais les téléspectateurs vont sans doute davantage se souvenir de ces images dramatiques que des tentatives maladroites de les replacer dans leur contexte. Malheureusement, ce mélange qu’ont fait CNN et Cooper de bonne télévision et de piètre journalisme n’est pas une exception ; les infos télévisées tombent régulièrement dans le piège de mettre l’accent sur des scènes dramatiques qui attirent l’œil au détriment d’informations irréfutables mais plus complexes.

    L’absence de contexte historique et politique essentiel s’applique également à la presse écrite. Les faits, l’analyse et l’opinion dont les citoyens US ont besoin pour comprendre ces événements sont rarement fournis.

    Par ex, au cours de cette semaine, nous avons entendu les journalistes répéter inlassablement qu’Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental. Est-il venu à l’esprit des rédacteurs en chef de charger les journalistes de se demander pourquoi ? Ces souffrances que subit actuellement Haïti ont pour origine une catastrophe naturelle, mais ces souffrances ont été aggravées par les politiques épouvantables des deux siècles derniers et dont la plus grande responsabilité incombe non seulement aux élites d’Haïti, mais également aux responsables politiques US.

    Les journalistes ont bien dit que c’est à la suite d’une révolte d’esclaves qu’a été créée la République indépendante d’Haïti en 1804 et ont indiqué en passant comment les exigences de "réparations" de la France (pour compenser la perte de leurs biens, les esclaves) avait ruiné l’économie d’Haïti pendant plus d’un siècle. Certains journalistes ont même signalé qu’étant une société esclavagiste, les US avaient soutenu la politique cruelle de la France et n’avaient pas reconnu l’indépendance d’Haïti avant la Guerre de Sécession.

    Quelques allusions ont parfois été faites concernant l’invasion de l’île par les Etats-Unis au cours de la présidence du "libéral" Woodrow Wilson, une occupation qui avait duré jusqu’en 1934, et le soutien que le gouvernement US avait apporté aux deux dictatures cruelles des Duvalier (les infâmes “Papa Doc” et “Baby Doc”) qui avaient ravagé le pays entre 1957 et 1986. Mais on a rarement eu d’explications sur les conséquences de ces politiques sur les problèmes actuels d’Haïti.

    Plus flagrante encore, c’est l’absence d’explications sur les relations plus récentes entre Haïti et les US, surtout le soutien des Etats-Unis aux deux coups d’état (1991 et 2004) contre un président élu démocratiquement. Jean-Bertrand Aristide avait gagné haut la main les élections de 1990 en exprimant les aspirations de la population pauvre d’Haïti, et son programme économique agaçait à la fois les élites haïtiennes et les responsables politiques US.

    Si l’administration de Bush père avait formellement condamné le coup d’état militaire de 1990, elle avait apporté un soutien tacite aux généraux. Le président Clinton avait ensuite aidé Aristide à reprendre le pouvoir à Haïti en 1994, mais seulement après avoir forcé le leader haïtien à accepter la politique économique favorable au secteur privé exigée par les Etats-Unis.

    Quand Aristide avait été réélu également en 2000, continuant à soutenir les Haïtiens ordinaires, l’administration de GW Bush avait bloqué l’attribution de prêts essentiels pour son gouvernement et avait soutenu les forces réactionnaires brutales qui attaquaient le parti d’Aristide.

    La conclusion triste de cette politique s’est produite en 2004, quand l’armée US a littéralement kidnappé Aristide et l’a fait quitter le pays de force. Aristide réside actuellement en Afrique du Sud, empêché par les US de retourner dans son pays, où il a encore beaucoup de partisans et pourrait être utile pour l’organisation des secours. Combien de personnes qui ont été témoins de l’héroïsme de Cooper largement diffusé sur CNN savent que les responsables politiques aux US ont activement déstabilisé la démocratie à Haïti et se sont opposés au mouvement politique le plus populaire du pays ?

    On comprend bien que, pendant les premières journées de reportages sur le tremblement de terre, les médias se soient essentiellement intéressés à la catastrophe qui venait de se produire. Mais plus d’une semaine plus tard, quelle excuse ont les journalistes ?

    Les responsables des informations télévisées ne devraient-ils pas exiger que les Etats-Unis admettent la responsabilité de notre contribution dans cette situation ? Alors que les responsables politiques se disent émus par la pauvreté à Haïti et se lamentent sur l’absence d’un gouvernement capable d’organiser le pays pendant cette catastrophe, les journalistes ne devraient-ils pas leur poser la question de savoir pourquoi ils n’ont pas soutenu Haïti dans le passé ? Quand ils voient que Bill Clinton et George Bush ont été désignés comme responsables de l’aide humanitaire, les journalistes ne devraient-ils pas poser les questions évidentes, à défaut d’être courtoises, sur la part de responsabilité de ces anciens présidents aux souffrances des Haïtiens ?

    Quand les journalistes de grands medias osent rappeler ce passé politique, ils ont tendance à l’expurger des aspects les plus abjects de la politique des Etats-Unis, dégageant les gens au pouvoir aux Etats-Unis de toute responsabilité dans cette politique de "relations maudites entre les deux pays", comme l’a dit un journaliste du Washington Post. Quand les journalistes expliquent que les problèmes d’Haïti résultent d’une sorte de "dysfonctionnement politique", comme l’a qualifié le Post, il n’est pas étonnant alors, que les lecteurs gobent les arguments ouvertement réactionnaires de chroniqueurs qui dénoncent les problèmes d’Haïti comme provenant de sa "tradition de pauvreté" (Jonah Goldberg, Los Angeles Times) ou d’"influences culturelles réfractaires au progrès" qui a ses racines dans le vaudou (David Brooks, New York Times).

    On peut être informé grâce aux médias indépendants aux US (Democracy Now, par exemple, a proposé des reportages approfondis) ou en lisant la presse étrangère (comme cette analyse politique de Peter Hallward dans Le Guardian). Quand les journalistes des médias commerciaux aux Etats-Unis fourniront-ils le même genre de compte–rendu honnête ?

    Les médias d’infos, évidemment, ont le droit de faire leurs propres choix éditoriaux sur ce qu’ils veulent traiter. Mais nous, les citoyens, sommes en droit d’en attendre davantage.

    Robert Jensen

    ARTICLE ORIGINAL :
    http://dissidentvoice.org/2010/01/great-televisionbad-journalism/

    Robert Jensen enseigne le journalisme à l’Université du Texas d’Austin. Il a écrit : Citizens of Empire : The Struggle to Claim Our Humanity and Getting Off : Pornography and the End of Masculinity (South End Press, 2007). Son dernier ouvrage est : All My Bones Shake : Seeking a Progressive Path to the Prophetic Voice. Voir son site.

    Site où est également paru ce billet : http://thirdcoastactivist.org/

    Traduction emcee Des Bassines et du Zèle

    Note annexe de la traductrice :

    Tout est dit.
    A propos du billet du Guardian de Peter Hallard, je dirai qu’en effet, son texte est bien documenté et très intéressant. Ce qui est inquiétant, c’est la négation des faits et la violence de la réaction de nombreux intervenants dans les commentaires.
    Non seulement nous sommes prêts à tout gober, mais nous défendons bec et ongles des gens qui nous mentent délibérément.
    C’est déprimant.
    Ce n’est pas ainsi que les choses vont changer.
    Ni pour Haïti, ni pour tous ceux qui sont dans le collimateur des puissants. Et pour ces derniers, il semblerait que la liste s’allonge de jour en jour. Nous y compris.

    URL de cet article
    http://www.legrandsoir.info/Mega-Medias-Circus-propagande-desinformation-mensonges-et-silences-Dissident-Voice.html

     
     
    auteur   John CHUCKMAN, Robert JENSEN
    thème(s)   Désinformation & Propagande
    rubrique   Médias, Communication & Propagandes

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