• Le journalisme à la papa est mort hier et on ne le pleurera pas. Finies les investigations laborieuses et les thunes de l’État gaspillées pour que des types jouent l’Albert Londres en des terres mêmes pas françaises : place au journalisme responsable ! Les mesures gouvernementales vont enfin mettre de l’ordre dans une profession qui se croyait au-dessus des lois. Revue de détails.

    Journalisme, année zéro

    Ça couvait depuis un moment. Le Président, en ébullition, avait de plus en plus de mal à contenir son courroux. Et les Français, conscients du problème, étaient prêts à embrayer. Trop longtemps que quelques apprentis Tintins en goguette coûtaient bonbon à la nation pour des clopinettes, sous-Kessel de pacotille incapables de lire correctement leur Guide du Routard.

    L’affaire des deux journalistes retenus en otage en Afghanistan parce qu’ils se croyaient dans un remake de SAS nique le Mollah Omar a mis le feu aux poudres. Et l’ordre de l’Élysée est tombé hier : puisque les journaleux sont irresponsables, ils resteront désormais là où on peut les contrôler : en France ou dans les environs (Suisse, Liechstenstein et peut-être Monaco si la situation y reste stable). Sage décision.

    Car les deux reporters inconscients qui batifolaient en terre afghane comme s’il c’était la Creuse ne sont que les derniers d’une longue lignée. Claude Guéant l’a rappelé hier dans une conférence de presse : « Le contribuable français va encore devoir raquer un max parce que deux irresponsables sont allés faire les débiles en territoire barbu. Cette fois, c’en est trop. Après Aubenas, Malbrunot, Kieffer et tous les autres, on en tire les conclusions nécessaires : interdiction absolue de vadrouiller en zone dangereuse. Finie l’époque des boys-scouts et des Rouletabille. On réinvestira l’argent ainsi économisé dans la moralisation du capitalisme, c’est du gagnant-gagnant.  ».

    Ce que le contribuable ne verra plus. Merci qui ?

    Le raisonnement est limpide. Puisque les journalistes ne savent pas suivre les plus élémentaires consignes de sécurité et que leurs rédactions ne mettent pas les freins nécessaires à leurs dérives, il convient que l’État lui-même leur fixe des interdits, et pas seulement géographiques : d’autres données seront prises en compte (état de santé, présence à la garden-party de l’Élysée, couleur politique etc…). « Ce sera une sorte de code de la route pour journalistes, a déclaré François Fillon. Plus question de leur laisser faire n’importe quoi , on va veiller à ce qu’il n’y ait plus de sortie de route. C’est pour leur bien.  »

    Devant la levée de boucliers chez certains des vieux grognards de la corporation, toujours prêts à crier à l’abus de pouvoir, Jean François Coppé a embrayé dans la soirée : « J’entends déjà les critiques qu’on va nous faire, sur la baisse de qualité de l’info, la fin des enquêtes, le nivellement par le bas de l’info, blablabla… Mais on a de quoi répondre ! À l’heure de Twitter et de Facebook, un journaliste n’a plus besoin de partir loin pour accumuler les informations : il suffit qu’il fasse semblant d’être sur place, et tout le monde s’en contente. Regardez Bernard Henry Lévy : la Géorgie, la Yougoslavie, Gaza… il n’a rien vu et pourtant il raconte plein de choses fascinantes. Et puis, avec de bons décors, on recrée facilement une ambiance… Quelques tubes de gouache, une heure de boulot, et on a un arrière-fond parfait pour un direct depuis Tora-Bora. Les journaux vont faire de réelles économies et les réinvestir dans de la vraie info. »

    Un Journaliste, lui ? Peuh, il n’avait même pas Twitter…

    Interrogés, les principaux directeurs de journaux hexagonaux se sont félicités de la décision du gouvernement. « Franchement, notre métier n’est pas de s’inquiéter pour notre personnel mais de le protéger. De toute manière, la plupart du temps, on faisait semblant d’avoir quelqu’un à l’étranger et on pompait l’AFP. Ces mesures ont l’avantage de clarifier les choses », remarque ainsi Laurent Joffrin, visiblement ravi. Du côté des chaines de télé, même son de cloche. Nonce Paolini, directeur général de TF1 déplore simplement que l’on autorise la Suisse comme terrain d’enquête : «  Même s’ils ont légiféré sur les minarets, ils restent assez poreux aux fondamentalistes, ça peut être un danger. Pourquoi pas autoriser la Belgique tant qu’on y est ? »

    Autre innovation, l’Élysée songe à instaurer un prix Pulitzer hexagonal basé sur un système de loterie. Fini le temps où quelques casse-cous raflaient les récompenses et les honneurs ; un simple journaliste à la Gazette de Triffouillis pourra bientôt remporter la récompense suprême en matière d’enquête. Nul doute qu’une saine émulation s’instaurera entre les rédactions et que l’Investigation avec un grand I en sortira gagnante.

    Enfin, cerise sur le gâteau, le gouvernement prépare la sortie d’un Guide du Routard du journalisme responsable (et durable) afin de conseiller au mieux les chasseurs d’images et de témoignages. Tous les cas de figure seront abordés. Besoin urgent d’une vidéo de pirates somaliens ? Allez-donc faire un tour à Disneyland, les Pirate des Caraïbes y sont criants de vérité. Un plan manquant pour compléter un reportage sur les écoles en Afghanistan ? Foncez dans les squares parisiens ou à Calais, les Afghans y sont encore nombreux (juste, dépêchez-vous avant qu’il n’en reste plus, ils se font de plus en plus rares en nos contrées). Pas d’adresse pour aller déjeuner avec votre boss Christophe Barbier mardi prochain ? Pas d’inquiétude, il adore les vermicelles de truffes de chez Marco Piunzinelli, dans le 16e. Des bons plans à foison…

    Marre des plans galères, ami journaleux ? Le gouvernement est là pour toi.

    L’homme nommé rédacteur en chef de ce guide, meilleur journaliste de France depuis plusieurs décennies, PPDA, nous en dit plus : « C’est toute une organisation qui se met en place. On va faire comme pour les plages : il y aura les zones vertes (journalisme autorisé sans restriction), les zones oranges (journalisme autorisé si embedded, Twitter conseillé), les zones rouges (réservées à BHL, Twitter + Facebook conseillés, attendre les conférences de l’Élysée avant d’écrire son billet) et les zones noires (no comment…). Je sais que certains craignent qu’on ne puisse plus faire notre boulot mais c’est du pipeau : comment vous croyez que j’ai interviewé Fidel Castro ? En y allant comme un mercenaire ? Laissez-moi rire… Le journalisme d’aujourd’hui se conjugue différemment, avec une bonne dose d’inventivité et de créativité.  »

    Un modèle

    Pour finir, le gouvernement ne compte pas en rester là. Fidèle à la devise de Bernard Tapie - Pourquoi acheter un journal quand on peut acheter un journaliste ? - , le Président a décidé que les revenus des journalistes seraient désormais indexés sur leur capacité à respecter les règles édictées en la matières. Le blaireau de journaliste de base y pensera désormais à deux fois avant de prendre des initiatives contre-productives. Nul doute que l’information en sortira gagnante et que des dérives du type Denis Robert/Clearstream ne devraient plus se reproduire. C’est à ce prix - seulement - que notre démocratie pourra renouer avec les vertus d’une véritable presse d’investigation responsable.


    Spéciale dédicace, évidemment, au succulent Jean-Pierre Martin.

    SOURCE ICI


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  • Bruxelles, le 15 janvier 2010

     

    La CSI condamne avec véhémence l’assassinat d’Evelinda Ramírez Reyes, dirigeante du Frente de Resistencia en Defensa del Pueblo y de los Recursos Naturales (FRENA), affilié au Frente Nacional de Lucha (FNL), lui-même affilié au Mouvement syndical indigène et paysan du Guatemala (MSICG).

    La semaine dernière, des dirigeants du FRENA de la province de San Marcos se sont rendus dans la capitale pour des réunions avec les autorités de l’Etat aux fins de dénoncer des abus, des illégalités et des actes arbitraires perpétrés par l’entreprise DEOCSA-UNION FENOSA et les autorités gouvernementales dans le cadre de l’application de l’état de prévention décrété le 22 décembre 2009.

    Le 13 janvier, plus de 750 personnes, au nombre desquelles figuraient plusieurs dirigeants du FRENA, se sont réunies avec des fonctionnaires de l’exécutif pour exiger le rétablissement des garanties constitutionnelles. Sur le chemin du retour, des individus armés ont intercepté le véhicule dans lequel voyageaient quatre dirigeants et ouvert le feu, provoquant la mort d’Evelinda Ramírez Reyes.

    « La CSI est d’accord avec le communiqué publié par les groupes parlementaires URNG-Maíz, Winaq et MNR, qui affirme que cet assassinat, comme tant d’autres, est le résultat de l’impunité avec laquelle les factions du pouvoir parallèle opèrent contre les dirigeants syndicaux et sociaux qui luttent pour le respect des droits humains et syndicaux. » « Il convient de renforcer l’Etat de droit pour que le peuple guatémaltèque puisse faire valoir ses droits fondamentaux en toute liberté », a déclaré Guy Ryder, secrétaire général de la CSI.

    Dans une lettre envoyée au gouvernement guatémaltèque, la CSI a fait appel à l’intervention directe et immédiate du président Álvaro Colom en vue de l’ouverture d’une enquête détaillée sur l’assassinat, pour que les auteurs intellectuels et matériels soient traduits en justice et que des mesures appropriées soient adoptées pour mettre en terme au climat antisyndical qui subsiste au Guatemala.

    Source ici


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  • Elections chiliennes : la démonstration

    Patrick MIGNARD

    Une fois encore, à près de quarante ans de distance, ce petit pays d’Amérique Latine est un laboratoire extraordinaire des limites du processus « démocratique » et électoral. La victoire du « candidat de droite » a quelque chose de surréaliste dans un pays qui a payé un aussi lourd tribu aux forces de la réaction. Elle est la concrétisation de la faillite des fondements des stratégies politiques électoralistes.

    L’ « expérience Allende » a montré comment un processus électoral, dans un contexte historique donné, n’était absolument pas une garantie d’instaurer un système politique et social démocratique,… et comment le Capital était tout à fait capable de renier les principes qu’il proclame dès que ses intérêts son menacés.

    L’Histoire se répète sous une autre forme,… plus « démocratique » cette fois.

    PINOCHET ET APRES ?

    Comme toutes des dictatures « modernes », l’épisode Pinochet n’a duré qu’un temps… le temps qu’il a fallu pour briser toute opposition dangereuse – et impuissante face à la force – et à « remettre l’économie sur les rails » des intérêts du Capital… Que ce soit l’Allemagne nazi, l’Italie fasciste, l’Espagne franquiste, la Grèce des colonels, l’Argentine, l’Indonésie, les Etats d’Amérique Latine,,… Toutes ont, avec certes leurs spécificités, fonctionné, au niveau du principe de la même manière.

    Comme beaucoup de criminels politiques, le vieux dictateur est mort paisiblement dans son lit entouré des siens et paré des sacrements de l’Eglise. Tout a été fait, et le gouvernement Thatcher ( on ne peut plus « démocratique ») n’y est pas pour rien, pour qu’il échappe à ce que l’on nomme encore aujourd’hui la « Justice ».

    La dictature n’a évidemment rien réglé, sinon préservé les intérêts, à court et moyen terme, du capital. Accroissant considérablement les inégalités elle a livré l’industrie chilienne à la rapacité des firmes transnationales faisant exploser les indicateurs économiques de la rentabilité et du profit, de même que les statistiques du creusement des inégalités et de la misère populaire.

    Le mouvement populaire, décimé par les tueurs du coup d’Etat, avec l’appui, depuis reconnu par elle, de la CIA, ne s’en est jamais remis, sinon dans les formes parlementaires classiques qui assurent la stabilité du système marchand. Le jeu stérile du parlementarisme a pu reprendre conférant au Chili une notoriété « démocratique » vite reconnue par les « démocraties » soulagées,… reléguant le coup d’Etat et ses victimes aux aléas de l’Histoire qu’il s’agit de vite oublier.

    Seules les victimes directes, réclamant justice, véritable empêcheuses de « tourner en rond » et accusées de maintenir ouvertes les plaies du passé, ont empêché l’oubli ce qui n’est bon ni pour les affaires, ni pour le moral de l’opinion publique.

    Comme pour toutes ces dictatures, l’épisode Pinochet a non seulement enrayé un processus, mais à « préparé » d’une certaine manière – o ironie morbide ! - le « retour à la démocratie », de manière telle qu’il a fait quasiment l’unanimité comme un retour à des conditions « normales » de la société. Tout le monde a rejoué le jeu.

    Bien sûr, la « gauche » d’après le Coup d’Etat s’est reconstituée, mais en mettant « beaucoup d’eau dans son vin », supprimant – prétextant opportunément une « autre période » - ce qui avait fait l’originalité de l’Union Populaire d’Allende. Ainsi, responsable et respectueuse de l’ « état de droit », elle a joué un jeu qui l’a amené à une brillante défaite. L’ »alternance démocratique » proclameront doctement certains.

    NOUVELLE VALEUR D’EXEMPLE

    Au Chili, la « boucle est bouclée ». On signifie clairement à l’opinion publique que si elle était restée dans le cadre strict du système, rien ne se serait passé, il y a plus de trente ans, et que désormais peut jouer en toute tranquillité le jeu de l’alternance Droite- Gauche,… comme dans toutes les « grandes démocraties ».

    En ce sens les dictatures sont d’extraordinaires machines à maintenir le fonctionnement politique « démocratique » dans des limites qu’il ne faut pas dépasser. Elles sont une mise en garde politique permanente pour que soit joué, dans des « limites acceptables », le jeu stérile du parlementarisme.

    Autrement dit, elles ne sont pas des aberrations produites par le système marchand elles en sont les gardes fous dissuasifs. Même si, durant une période, elles agissent comme un repoussoir politique, elles n’altèrent en rien, à long terme, non seulement les structures du système économique, mais aussi l’inconscient collectif. Nous en avons là une preuve flagrante au Chili avec le retour de cette droite si proche de Pinochet et de ses assassins.

    La victoire de la Droite conservatrice signifie plus que la victoire électorale, c’est-à-dire formelle, des possédants, des classes riches, elle est aussi l’expression de la faillite de la stratégie de Gauche, le manque total de stratégie crédible du mouvement populaire. Cette victoire signifie clairement que si l’on joue, politiquement, avec les possesseurs du capital sur leur propre terrain, avec leurs règles,… on est inévitablement perdant, et même, si par hasard on « gagne », la situation se retourne toujours à l’avantage de ceux-ci. Le Chili n’est pas le seul à faire cette expérience,… toutes les « démocraties parlementaires » l’on faite… Et malgré cela, on continue à persister dans l’erreur et l’obstination.

    Il s’est probablement trouvé des citoyens qui ont souffert de la dictature et qui par lassitude, manque de perspective ont voté pour la Droite ou se sont carrément abstenus. Comment expliquer autrement un tel désastre, un tel fiasco politique. Ce qui nous renvoie à notre propre situation pour expliquer qu’une partie de citoyens qui n’avaient rien à attendre de Sarkozy,… ont voté pour lui, et nous ne sortons pas d’une dictature sanguinaire.

    LE BILAN ET LES LECONS

    Quel enseignement tirer de ce désastre politique ?

    Toute construction politique, aussi sophistiquée soit-elle, aussi démocratique soit-elle, ne résiste pas à l’épreuve des faits, c’est-à-dire de la réalité économique et sociale. Si celle-ci est fondée sur les infrastructures et superstructures du système marchand,… elle ne sert qu’à le conforter et le pérenniser. Fonctionner politiquement comme le font toutes les « gauches » du monde, et pas qu’au Chili, s’est s’engouffrer dans une impasse. Quand oserons nous le reconnaître une bonne fois pour toutes ?

    On peut ressentir une grande désespérance en se rendant compte que rien ne change, tout recommence comme avant et que l’on ne tire aucune leçon conséquente de l’Histoire. Tout le système politique des « démocraties », est expressément fait pour que rien ne change,… sinon quelques détails superficiels.

    Gauche et Droite marchent la main dans la main pour aboutir à un système d’alternance, à l’anglo-saxonne où la spirale des élections exerce une telle force que rien ne peut lui échapper. Fondé sur la démagogie et le mensonge, il utilise prioritairement les outils du marketing pour séduire. Même les organisations dites « révolutionnaires », aux discours critiques et aux pratiques solidaro-humanistes sacrifient au dogme du marketing politique, de la représentativité et de l’élection,… constituant ainsi une extraordinaire caution démocratique à un système qui n’en a que l’apparence.

    La construction d’une alternative est bien évidemment sur un autre terrain,… celui de l’organisation sociale et de la construction d’alternatives qui montrent que la logique marchande de spéculation et de course au profit n’a aucun avenir et ne peut que conduire à la catastrophe.

    Le Chili passe, comme beaucoup de pays avant lui, aux « pertes et profits » de l’Histoire.

    Réfléchissons bien à cela avant de nous précipiter bêtement vers les urnes qui nous sont tendues.

    Patrick MIGNARD Ici


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  • Amis de "Los Necios" :

    L'OPLN s'ajoute à la campagne pour fortifier le Périodique le Libertador dirigé de manière magistrale par notre ami et compagnon de lutte Jhonny Lagos, qui avec son équipe de journalistes,de photographes, de crieurs de journaux, de collaborateurs et autres personnel, continu de maintenir une position courageuse et honnête face au coup d'état militaire mené à bien par l'oligarchie hondurienne et l'impérialisme américain, en démontrant que pour maintenir des principes il est impératif de faire face à la barbarie.

    Malgré les kidnappings, les attentats et les menaces permanentes, le Libertador continu en donnant sa lutte dans les rues.

    En avant Compagnons !

    Ensemble Nous sommes  la Résistance !

    Nous Vaincrons !
     
    Sottises !

    OPLN

    Le site web Ici
     
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    Amig@s de Los Necios:

    La OPLN se suma a la campaña por fortalecer el Periódico El Libertador dirigido de forma magistral por nuestro amigo y compañero de lucha Jhonny Lagos, que con su equipo de periodistas, fotógrafos, diagramadores, canillitas, colaboradores y demás personal, han logrado mantener una posición valiente y honesta frente al golpe de estado militar llevado a cabo por la oligarquía hondureña y el imperialismo norteamericano, demostrando que para mantener principios es imperativo enfrentar la barbarie.

    A pesar de los secuestros, los atentados y las permanentes amenazas, El Libertador continúa dando su lucha en las calles.

    ¡Adelante Compañeros!

    ¡Juntos somos la Resistencia!

    ¡Venceremos!

    ¡Necedad!

    OPLN

    Tegucigalpa, M.D.C. 19 de enero de 2010
     
    Su sitio en la web: AQUI



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  • La Première Guerre mondiale des mots

    Quand j’entends parler de « liberté » et/ou de « démocratie », je sors mon rouleau à pâtisserie


    AUTEUR:  Michèle MIALANE


    Selon le Petit Larousse illustré :

    Démocratie : Régime politique dans lequel le peuple exerce sa       souveraineté lui-même, sans l’intermédiaire d’un organe représentatif (démocratie directe) ou par représentants interposés (démocratie représentative.)

    Le « Tiers État » qui, avec l’aide de quelques nobles et curés divers, a introduit dans mon pays la « démocratie » (représentative car déjà alors il paraissait bien difficile aux millions de Français de délibérer et de trouver un consensus) l’a dotée de la fière devise qui orne le front de nos édifices publics : « Liberté, égalité, fraternité. »

    Ce Tiers État qui était en fait la bourgeoisie montante- et d’aucuns en son sein souhaitaient sincèrement améliorer le sort d’un « peuple » quelque peu pressuré par une monarchie agonisante - n’avait pas été élu au suffrage universel. Il a fallu attendre 1848 pour que l’idée se fasse jour. Encore devait-on montrer patte blanche ou plutôt membre viril pour être électeur.  Et cela devait durer, dans le pays qui avait inventé le concept, jusqu’en 1944, où nous autres femmes dotées d’une intelligence inférieure et d’une affectivité surdéveloppée avons enfin eu le droit de mettre un bulletin dans les urnes de la République, ce qui à dire le vrai n’a pas été un facteur décisif de l’abolition du Code Napoléon.


    À Versailles ! Paris, 5 octobre 1789

    Le Tiers État de 1789 avait été élu par des citoyens payant l’impôt. Imagine-t-on que des pauvres absolus puissent avoir une pensée saine ? Cela explique sans doute que la propriété fut déclarée « droit inaliénable et sacré » par les Constituants alors que le droit à la nourriture n’existe encore de nos jours que dans la jurisprudence (cas de « l’état de nécessité » qui vous autorise, si vous n’avez pas un sou en poche et rien mangé depuis trois jours, à piquer un cassoulet  avec ou sans porc  dans un supermarché sans encourir les foudres de la Justice.) Notre cher Secrétaire d’État au logement l’a bien rappelé l’autre jour lorsqu’on lui a demandé (sur la Cinq) s’il était vraiment acceptable d’empêcher les gens de squatter un appartement vide depuis dix ans quand le moindre loyer à Paris excède la moitié du SMIC et qu’il fait moins dix degrés : la propriété, même laissée à l’abandon, c’est sacré, plus que le confort et même la vie d’un pauvre qui crève de froid, non mais !

    La « démocratie » donc, c’est la démocratie « représentative », soit le pouvoir législatif délégué à des gens élus. Élus par qui ? Nous l’avons vu : par ceux que le système déjà en place juge bons. (Je précise que les États généraux étaient convoqués par le roi et que la noblesse et le clergé y disposaient de places réservées, la moitié environ du total. En 1789, Louis XVI convoqua les États généraux en raison de la désastreuse situation financière du royaume). Il arrive que cela tourne au désavantage de ce système. C’est rare. Cela faillit être le cas en 1793. Mais l’on se reprit.

    Alors : Qui représentent ces délégués ?

    Inutile de rechercher, de nos jours, quelle est la proportion respective des professions libérales et des salariés du haut de l’échelle, bref du gratin, d’une part et des employés, ouvriers, petits paysans, bref de la piétaille, de l’autre dans l’Assemblée du peuple, et de la comparer à cette même proportion dans l’ensemble de la population. Je suis résolument contre la parité homme-femme car le système implique que de toute façon la plupart des petits, lorsqu’ils accèdent à des postes de pouvoir, ont trahi ou vont le faire. Voyez Fadela Amara. Comme dans un système patriarcal les femmes ne sauraient être que des femmes-alibis, dans un système où les riches sont maîtres les pauvres ne sauraient être que des pauvres-alibis. Pour Fadela Amara, les deux à la fois. Ça vaut une décoration !Femme du peuple

    Comment voulez-vous dans de pareilles conditions que cette Assemblée prenne le parti de gens dont au mieux elle ignore tout, qu’au pire elle redoute, que presque toujours elle méprise ? La prétendue « démocratie athénienne » était moins faux-cul : elle n’était le fait que d’hommes (mâles) riches et ne prétendait pas agir dans l’intérêt des pauvres, des femmes, encore moins des esclaves. Car c’était une démocratie esclavagiste, comme plus tard la République romaine. Et bien plus tard encore les Etats-Unis d’Amérique. Du reste la France révolutionnaire n’a été qu’à peine troublée par l’esclavage dans ses colonies, et les diverses Républiques qui se sont ensuite succédées, avec quelques intermèdes, ont exalté le fait colonial ; comme chacun sait, quoi de plus démocratique que la colonisation ? Les colorés ont comme les femmes une intelligence inférieure et une affectivité surdéveloppée, c’est bien connu. Il leur faut des maîtres !

    Venons-en au fait : dans ce prétendu « gouvernement du peuple », les conquêtes sociales ont été ... des conquêtes ; acquises de haute lutte par le mouvement ouvrier en général, la paysannerie n’étant devenue contestataire que très récemment dans les pays dits « démocratiques ». Je citerai en France les deux grands mouvements du Front populaire et de mai 1968. Les lois votées en faveur du peuple n’ont pas été décidées magnanimement par ses « représentants  », mais leur ont été arrachées. Les femmes, elles, ont livré au quotidien des combats longs et opiniâtres.

    Mais ce cache-misère de l’absence de souci pour le peuple a volé en lambeaux depuis - je prie les anticommunistes de m’en excuser- la chute de l’Union soviétique. Car depuis longtemps cette invention antique, puis française, servait les intérêts des maîtres du monde, en particulier du monstre états-unien (et de son séide britannique), qui n’hésitait pas à qualifier de « démocratiquement  élus » ou de « démocrates » les dictateurs sanglants qu’elle soutenait un peu partout  après les avoir le plus souvent mis en place elle-même. De Suharto à Videla en passant par Trujillo, Marcos et le Chah d’Iran...le choix est vaste. Soyons juste, la France n’a pas été en reste, essentiellement en Afrique, encore que je ne puisse faire autrement, aujourd’hui précisément, que de mentionner la famille Duvalier, haïtienne comme chacun sait. C’était bien simple : quiconque était anticommuniste était démocrate, quiconque n’était pas anticommuniste était totalitaire, ou en grand danger de le devenir. (On ne savait pas au juste ce qu’était le communisme, mais c’était le Mal absolu puisqu’il était l’Ennemi de la Liberté et il était tapi dans son antre moscovite d’où il tentait d’étendre sur le monde ses malsains tentacules). Avec la disparition de la menace soviétique, le monstre a perdu toute vergogne et a invoqué la démocratie pour renverser tous les régimes qui n’étaient pas à sa botte, surtout s’ils avaient le mauvais goût de détenir trop de ressources énergétiques ou minières.

    J’avais proposé il y  a quelques années les définitions suivantes :

     -Est démocratique tout régime en accord avec les Etats-Unis, y compris ceux qui se sont imposés par coup d’État militaire, pratiquent la détention et l’assassinat arbitraires, torturent , bâillonnent toute opposition et pressurent les pauvres.

     -Est totalitaire tout régime qui ne se plie pas aux diktats des USA, même s’il respecte tous les critères de la « démocratie » : liberté de conscience, d’expression, de circulation, etc., et même liberté des médias et élections « libres».

    Et voilà : nous en arrivons au pire : la liberté, cette raison d’être de la « démocratie», est aussi la condition sine qua non de son établissement.

    Sémantiquement c’est gênant.  Et pas seulement sémantiquement : si la démocratie ne peut s’établir sans liberté, c’est que la liberté lui a préexisté ? Et si elle lui a préexisté, elle peut exister sans elle ?


    Les tricoteuses jacobines, an II, gouache, Pierre-Etienne Lesueur, 1793-1794, Paris, musée Carnavalet © RMN / Agence Bulloz
     

    Revenons au Petit Larousse :

    Liberté : État d’un être qui n’est pas soumis à la servitude (merci ! Comment définissez-vous la servitude ? Comme un « état où l’on est privé... d’indépendance. » Autrement dit : de liberté !) plus une petite dizaine de définitions, toutes relatives à un cas précis (liberté de conscience, de culte, d’expression, de circulation...). Bref, la liberté, dans l’absolu , c’est assez merdique à cerner.

    Les Constituants mentionnés plus haut, et qui avaient promu la propriété au rang de « droit inaliénable et sacré », sans lui assigner aucune limite, avaient bien senti le problème :  la propriété, on sait bien ce que c’est. Essayez de vous installer dans le lit de votre voisin, ou seulement  de payer avec le porte-monnaie de la dame qui est devant vous, voire modestement de jouer avec le dernier Nintendo de votre petit frère, vous verrez  que vous êtes  à peu près seul contre tous. Mais la liberté ? La liberté, elle, c’est vous qui la définissez, alors elle est limitée ... par celle d’autrui. Dirent les Constituants.

    Car le problème est que  dans le concret il  y a, tout au plus, la liberté de faire telle ou telle chose (Voir plus haut, le Petit Larousse). Et ça peut conduire à de sévères bagarres, quand deux libertés empiètent l’une sur l’autre, ce qui est à peu près toujours le cas. On l’a en partie résolu, ce problème, en admettant que tous les « autrui » ne se valent pas. Il y en a qui sont plus égaux que d’autres... Une autre de mes constatations c’est : notre système est parfaitement juste si on admet qu’un homme vaut deux femmes, un Blanc dix colorés (ces deux lois souffrent quelques exceptions) et un riche autant de pauvres que son compte en banque vaut celui du pauvre (Cette fois, aucune exception).

    C’est ainsi que, dans notre système qui n’a que ce mot à la bouche, des actionnaires inutiles ont la liberté de mettre à la rue, pour empocher un peu plus d’argent dont déjà ils regorgent, des milliers d’êtres humains  qui aimeraient avoir la liberté de conserver leur emploi. Un propriétaire de dix immeubles a la liberté  de refuser d’en louer un, à un prix raisonnable, à dix familles en possession d’enfants qui aimeraient avoir la liberté de se  loger correctement. Un milliardaire a la liberté de priver d’eau et de nourriture cent mille êtres humains, en détournant à son profit, pour ses menus plaisirs, le cours d’eau qui les fait vivre et  au bord duquel ils aimeraient avoir la liberté de continuer à vivre. Ce que nous appelons « liberté », dans un monde marchandisé, c’est la loi de la jungle, dans une jungle où la force se nomme « l’argent ».

    Alors, qu’on remplace notre devise par ces trois mots : esprit critique, égalité en droits (en droits ; j’y tiens ! l’égalité  tout court est un leurre) et solidarité. Au moins, ça voudra dire quelque chose.

    Appendice :

    Dans notre système français « démocratique » :

    Un texte (le TCE) rejeté par 55% des votants, avec une forte participation électorale, a été imposé par le Parlement, y compris les « représentants » de deux Partis (P.S  et Verts) dont les électeurs avaient voté contre à plus de 60%.

    Une loi contestée par une Chambre où l’exécutif dispose d’une très forte majorité va passer en force, si ce n’est déjà fait (Taxe professionnelle)

    Une loi rejetée par le Conseil Constitutionnel, gardien d’une Constitution -adoptée (très largement) au suffrage universel - sera imposée sous peu  par l’exécutif (Taxe carbone).

    Un débat qui n’intéresse absolument pas plus de  la moitié des Français, et fort modérément la majorité des autres (l’identité nationale) est lancé à grands frais, alors que le projet de statut de la Poste ne fait l’objet d’aucun référendum (il est déjà adopté) , bien qu’une consultation organisée de bric et de broc au coin des rues ait mobilisé deux millions de votants (et nombreux sont ceux qui comme moi y auraient participé s’ils en avaient eu la possibilité) qui  le rejettent à 90%.

    Vous me fournirez bien d’autres exemples ?




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    La Première guerre mondiale des mots est une initiative de Palestine Think Tank et Tlaxcala.

    Les auteurs souhaitant y participer peuvent envoyer leurs contributions à  contact@palestinethinktank.com et à tlaxcala@tlaxcala.es.



    Source : l'auteure

    Article original publié le 19/1/2010

    Sur l’auteure

    Michèle Mialane est membre de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteure et la source.

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