• Tribune de Sarkozy : explication de texte

    Caleb IRRI Ici 
    photo AFP/MARTIN BUREAU

    Il y a quelques jours, monsieur Sarkozy faisait publier dans Le Monde une tribune concernant l’identité nationale. Fortement intéressé par ses propos, je me suis donc penché sur ce texte et, après plusieurs relectures, j’eus la désagréable impression de me sentir aussi vide après qu’avant d’en avoir pris connaissance. Cependant, il en restait comme un arrière goût assez désagréable, et la sensation que ce texte s’était vu contraint de force à rentrer dans un cadre ne correspondant pas à la verve qui fait de Sarkozy un très bon orateur (malgré ce que je pense de ses oraisons).

    Car ce texte n’est pourtant pas innocent, et malgré son apparente banalité bien-pensante, il finit quand même par me permettre de trouver ce que j’étais venu y chercher : la double-pensée.

    Tout d’abord, il faut se remémorer la définition de la double-pensée telle que la définit George Orwell : “Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle. Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est gardien de la démocratie. Oublier tout ce qu’il est nécessaire d’oublier, puis le rappeler à sa mémoire quand on en a besoin, pour l’oublier plus rapidement encore. Surtout, appliquer le même processus au processus lui-même. Là était l’ultime subtilité. Persuader consciemment l’inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l’acte d’hypnose que l’on vient de perpétrer”.

    Dans la première partie de cette tribune, le président évoque le problème du référendum, qui selon lui sur un problème complexe ne peut se satisfaire d’une réponse tranchée par un « oui » ou par un « non ». pour nous affirmer plus loin que la France (au sujet de l’Europe) a réussi, grâce à la faculté de compréhension de son gouvernement, à réconcilier les partisans et les opposants à ce projet ; sans même faire mine de se souvenir que du référendum, en France en tout cas, on ne reparla plus… Qu’est-ce à dire ? que le référendum ne veut rien dire, ou qu’il est inutile ? car si l’on en croit les passages suivants, il ne faudrait pas non plus négliger le résultat du référendum suisse concernant les minarets ; et ce malgré tout ce qu’il dit auparavant des référendums. Pourquoi ? car la Suisse est une vieille démocratie, pardi ! pas la France ? la belle double-pensée que voilà, n’est-il pas ?

    Ensuite, le président défend le référendum suisse en le prenant comme représentatif de ce que « ressentent tant de peuples en Europe ». en se défendant bien sûr d’une quelconque intolérance. Pour quelques lignes plus loin carrément employer le terme de « dénaturés » à propos du cadre de vie, du mode de pensée et des relations sociales. Mais qu’est-ce qui dénature au juste, ces braves européens dont l’accueil et la tolérance sont culturels et naturels ? le passage (”Les peuples d’Europe sont accueillants, sont tolérants, c’est dans leur nature et dans leur culture. Mais ils ne veulent pas que leur cadre de vie, leur mode de pensée et de relations sociales soient dénaturés”) ne nous le dit pas. Mais le lien avec l’identité est fait juste après (”Et le sentiment de perdre son identité peut être une cause de profonde souffrance. La mondialisation contribue à aviver ce sentiment.”) : en gros, c’est la mondialisation qui fait perdre son identité à nos braves européens. Mais c’est quoi l’identité européenne ? justement, la tolérance et l’accueil !

    En gros, si j’anticipe un peu, les étrangers, avec leurs minarets, risquent de nous faire perdre notre identité, qui est celle de l’accueil et de la tolérance ! ! on pourrait presque en rire si cela s’arrêtait ici.

    Mais ce n’est malheureusement pas terminé : voilà qu’arrive l’opposition de la nation face au communautarisme. Et par quel détour : la mondialisation ! cette mondialisation tant louée pour le rapprochement des peuples qu’elle favorisait il y a quelques années à peine, se voit aujourd’hui responsable du besoin d’un retour à des repères… à une identité donc. Mais attention, il y a identité et identité : la République oui, la tribu non. Les mots ne sont pas innocents, et le jugement de valeur tombe sous le sens. Pour ceux qui croyaient se trouver vivre en communauté, il faudra qu’ils apprennent la différence avec la Nation : la voilà enfin notre identité « nationale » !

    « L’identité nationale c’est l’antidote au tribalisme et au communautarisme ». il y a le bien, et le mal dans cette seule phrase. Et après avoir énoncé la « menace » que constituent ces deux notions, le texte se dirige peu à peu vers sa cible annoncée, l’étranger, à travers le terme bien choisi de « métissage ». en établissant la distinction entre le « métissage » et le « communautarisme », le président commence à définir clairement ce qui fait « l’identité nationale », et surtout ce qui ne la fait pas. A travers deux belles phrases vides de sens (”Le métissage c’est la volonté de vivre ensemble. Le communautarisme c’est le choix de vivre séparément”), on voit clairement apparaître à nouveau la double-pensée : le communautarisme c’est le choix de vivre séparément ; communautarisme, racine étymologique « commun », ensemble, le contraire de « séparément ».

    Et nous glissons ensuite directement dans le rapport à l’immigration, avec « celui qui accueille » et « celui qui arrive ». celui qui accueille « offre », « partage », tandis que celui qui arrive doit avoir « la volonté », « sans brutalité », de s’inscrire dans ce métissage. C’est lui qui doit se faire transformer par le métissage, et non pas « l’identité nationale » qui doit se transformer pour accueillir l’étranger : la messe est dite.

    Enfin presque, car ce n’est pas encore terminé. Car le véritable ennemi de l’identité nationale n’est pas encore clairement établi : c’est le musulman. Encore avide de double-pensée, le président semble bien entendu défendre la liberté de culte de chacun, et met en avant « sa bonne foi » (”Lorsque j’étais ministre de l’intérieur, j’ai créé le Conseil français du culte musulman (CFCM) pour que la religion musulmane soit mise sur un pied d’égalité avec toutes les autres grandes religions”).

    En évoquant le respect mutuel entre ceux qui accueillent et ceux qui arrivent, on s’aperçoit que le service minimum suffit pour ceux qui accueillent, tandis que la liste s’allonge pour ceux qui arrivent. En dehors de leur foi, il semble que les étrangers soient priés de laisser au vestiaire tout ou partie de leur culture originelle, sous peine de mettre en péril cette identité précédemment définie.

    Les musulmans sont finalement bien « cette sourde menace » qui fait peur à toute l’Europe (et à la France en particulier) car les menaces sont claires : « tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l’échec l’instauration si nécessaire d’un islam de France ». Car la France est une civilisation chrétienne, et républicaine, et apparemment l’Islam s’oppose à ces deux notions, qui semblent aller de pair ; enfin si l’on ajoute encore une couche de double-pensée, en faisant fi des nombreux (et historiques) métissages qui ont fait l’Europe depuis des siècles.

    Pour finir, la dernière phrase de ce texte est un défi au bon sens, en voulant établir en même temps la liberté d’opinion et la restriction de cette liberté, en la fondant sur la discrétion, qui se trouverait être apparemment définie par l’absence de provocation.

    En définitive une incroyable ineptie, parée de toutes les techniques verbales et syntaxiques les plus grossières, et qui passe malgré tout presque inaperçue : dommage.

    Caleb Irri
    http://calebirri.unblog.fr


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  • Rapport n° 48 sur les violations israéliennes des droits humains


    PCHR du 3 au 9 décembre 2009

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    Les Forces d’occupation israéliennes (FOI) ont poursuivi leurs agressions systématiques contre les civils palestiniens dans les Territoires palestiniens occupés (TPO) et maintenu un siège total sur la bande de Gaza.

    Durant la semaine écoulée :

    • un civil palestinien a été blessé par les FOI en Cisjordanie ;
    • les FOI ont mené 23 incursions dans les communautés palestiniennes en Cisjordanie et une dans la bande de Gaza :
      • elles ont arrêté 36 Palestiniens dont 5 mineurs et une femme ;
      • de l’argent et des bijoux ont été volés par les FOI dans une maison du village de Sa’ir près d’Hébron ;
    • les navires israéliens continuent d’attaquer les pêcheurs palestiniens dans la bande de Gaza ;
    • Israël a maintenu un siège total sur les TPO et continué l’isolement de la bande de Gaza du monde extérieur ;
    • les troupes d’occupation sur les check-points militaires en Cisjordanie ont arrêté 4 Palestiniens ;
    • une pénurie de gaz de cuisine s’est manifestée dans la bande de Gaza ;
    • les troupes postées au passage frontalier de Beit Hanoun (Erez - bande de Gaza) ont arrêté un Palestinien qui se rendait à Jérusalem pour recevoir des soins ;
    • les FOI ont poursuivi la judaïsation de Jérusalem-Est occupée pour y créer une majorité juive :
      • les FOI ont obligé un Palestinien à démolir une partie de sa maison dans le quartier de Jabal al-Tour, à Jérusalem ;
      • les colons israéliens, escortés des forces israéliennes, se sont emparés d’une maison palestinienne à Sheikh Jarrah, à Jérusalem ;
    • Israël a poursuivi ses activités de colonisation en Cisjordanie et les colons leurs agressions contre les Palestiniens et leurs biens :
      • des colons israéliens ont attaqué des Palestiniens dans le sud du village d’‘Assira, au sud de Naplouse ;
      • les colons ont arraché 50 oliviers dans le sud de Bethléhem.


    (JPG)
    Des soldats israéliens tirent sur sur des manifestants contre la construction du mur d’annexion dans le village de Ni’lin à l’ouest de Ramallah.

     

    Violations israéliennes recensées durant la semaine du 3 au 9 décembre 2009


    1 - Incursions dans les zones palestiniennes et agressions contre les civils palestiniens et leurs biens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza

    Jeudi 3 décembre

    Incursions dans la région de Jénine : vers 1h du matin, les FOI ont pénétré dans le village de Qabatya au sud-est de Jénine ; elles ont patrouillé et fouillé 3 commerces de matériel agricole appartenant à Maher ‘Alawna, ‘Ata Abu al-Rub et Mohammed Abu Anas. Vers 2h, incursion dans le village de Deir Abu Da’if, au nord-est de Jénine (6 arrestations dont 3 frères).

    Région d’Hébron : vers 1h30, dans le village de Beit Ummar, patrouilles et fouilles de maisons (5 arrestations dont 2 mineurs) ; durant cette opération, les FOI ont vandalisé les maisons, déchiré une copie du Coran et foulé aux pieds des photos de Palestiniens tués par les troupes israéliennes. Vers 3h, incursion dans le secteur de Jabal Jouhar au sud-est d’Hébron (une arrestation).

    Vendredi 4 décembre

    Tulkarem : incursion vers 2h dans la ville où l’armée fouille l’appartement d’al-Zughol (une arrestation).

    Samedi 5 décembre

    Hébron : vers minuit, l’armée d’occupation basée dans le sud d’Hébron fouille des maisons dans les quartiers al-Sahla et Wad al-Hussain. Vers 2h, incursion dans Beit Ummar, au nord d’Hébron, l’armée fouille la maison de la famille de Tha’er Sa’id Abu ‘Ayash, 20 ans, et l’arrête.

    Dimanche 6 décembre

    Jénine : vers 1h30, les FOI pénètrent dans al-Yamoun, à l’ouest de Jénine (4 arrestations).

    Lundi 7 décembre

    Bethléhem : vers minuit et demi, incursion dans Beit Sahour.

    Hébron : dans le village de Dura, vers 1h du matin. Vers 1h15, dans Sa’ir, au nord d’Hébron où l’armée fait irruption dans une maison à deux étages appartenant à Ahmed Hussein Shalalda, 70 ans. L’armée a regroupé les membres de la famille dans l’étage du haut et en frappé sérieusement quelques-uns avant de les forcer à sortir de la maison. Le propriétaire de la maison souffre de contusions et de coupures au visage, et sa bru, Sawsan Nazmi ‘Ayaida, 30 ans, qui est enceinte, souffre de contusions et de douleurs sérieuses dans le ventre. Les FOI ont également fait sauter une cave toute proche, ce qui a endommagé les fenêtres et les portes de la maison. En outre, l’armée a arrêté le fils du propriétaire, Ibrahim, âgé de 30 ans. Selon Sawsan ‘Ayaida, la bru, 25 000 NIS (nouveau shekel israélien - environ 4 500 €), 500 dollars jordaniens (environ 480 €) et 250 grammes d’or ont disparu durant l’opération israélienne dans la maison.

    Toujours dans la région d’Hébron : vers 1h30, les troupes d’occupation ont pénétré dans le camp de réfugiés d’al-‘Arroub, au nord d’Hébron.

    Mardi 8 décembre

    Naplouse : vers minuit, les FOI sont entrées dans Naplouse, assiégeant un immeuble de 11 étages dans la rue al-Sikka. Elles ont fait sauté les portes de 6 appartements au troisième étage, appartenant à Salah Mohammed Hussein al-Bukhari, à son frère ‘Othman, et aux familles d’Ashraf ‘Olaiwi, Sami Hamdan, Suleiman ‘Abdu et al-Zagha. Elles ont fait sauter aussi la porte de l’ascenseur. Quelques soldats ont investi l’appartement d’al-Bukhari, en utilisant des échelles et des fils de fer et en cassant les fenêtres, et l’ont arrêté, prétendant qu’il était recherché depuis 2001.

    Dans son témoignage au PCHR, Samia Fayiq Hashish, a déclaré : « Vers minuit, le mardi 8 décembre, je me tenais dans l’entrée de notre appartement au troisième étage de l’immeuble Zeina, dans la rue al-Sikka, avec mon époux, Salah Mohammed Al-Bukhari, 35 ans, qui venait me rendre une courte visite, à mois et à nos trois enfants qui dormaient dans leur chambre. J’ai entendu des bruits de pas autour de l’immeuble. Salah m’a demandé d’aller dans la chambre des enfants pour voir si tout allait bien et il est passé dans le hall. Moins de 5 minutes plus tard, j’ai vu 3 soldats israéliens derrière la fenêtre de la chambre des enfants. Ils ont cassé la fenêtre et sont entrés dans la pièce. Dans le même temps, j’ai vu d’autres soldats arriver de notre chambre après qu’ils en aient brisé les fenêtres. Ils avaient fait sauter aussi la porte d’entrée de l’appartement. Tous les soldats se sont regroupés autour de Salah dans l’entrée. Je les ai alors entendu crier tandis qu’ils tapaient sur Salah. J’ai essayé de sortir de la pièce pour voir ce qu’il se passait, mais ils m’en ont empêché. Mes enfants se sont réveillés et se sont mis à crier. Aussitôt après, 4 soldats sont arrivés dans la pièce et l’un d’eux m’a dit qu’il était officier. Il m’a poussée par l’épaule et m’a ordonné de lui apporter la carte d’identité de mon mari. Je lui ai dit que je ne l’avais pas. Il m’a crié alors : "Menteuse !". Lui et les autres soldats sont allés dans notre chambre et ont commencé à fouiller. Ils ont trouvé le passeport de Salah. L’officier a crié : « C’est Salah ! ». Alors ils se sont mis à fouiller à fond la maison tout en vandalisant son contenu. Vers 3h du matin, un soldat m’a appelée et m’a demandé d’apporter une chemise et des chaussures pour Salah. Je leur ai montré la chambre, alors il les apportées. J’ai entendu alors Salah qui m’appelait : « Samia, apporte mes vêtements ». Je les lui ai donnés. Il était dans la cuisine, menotté et entouré de 7 soldats. Il saignait à la tête, à l’œil gauche et à la bouche. Ses lèvres étaient bleues. Vers 3h30, ils sont partis de la maison, en emmenant Salah avec eux. »

    Vers 2h, incursion dans ‘Irqa Bourin au nord-est de Naplouse (une arrestation).

    Hébron : vers minuit, incursion dans Dura, au nord d’Hébron, fouille de la maison de la famille de Tariq Hassan ‘Afifi, 21 ans, qui est arrêté. Vers 1h, l’armée entre dans le quartier Qaizoun dans le nord-est d’Hébron, fouille de la maison de la famille Nasri Hassan Abu Shamsiy, qui est arrêté. Bethléhem : incursion dans le camp de réfugiés de Deishé, au sud de la ville, avec fouilles de plusieurs maisons (une arrestation).

    Tulkarem : vers 1h30, dans le village d’‘Allar, au nord de Tulkarem, où l’armée fouille des maisons et emmène deux Palestiniens pour interrogatoire. Salfit : vers 2h30, incursion dans le village de Qarawat Bani Hassan au nord de Salfit.

    Mercredi 9 décembre

    Naplouse : vers 1h30, les FOI pénètrent dans Naplouse et le camp de réfugiés voisin d’’Ein Beit al-Maa’. Après avoir fouillé plusieurs maisons, elles arrêtent 11 Palestiniens dont une femme et 3 mineurs. Vers 2h, incursion dans le village d’’Awarta, au sud-est de Naplouse (une arrestation).


    (JPG)
    La frontière entre Gaza et l’Egypte, où celle-ci construit
    une barrière souterraine contre les tunnels.
    (AP)


    2 - Maintien du siège des TPO

    Les FOI ont maintenu un siège très serré sur les TPO et imposé des restrictions sérieuses aux déplacements de civils palestiniens dans la bande de Gaza comme en Cisjordanie, dont Jérusalem-Est occupée.


    Bande de Gaza

    Mouvements des personnes et des biens aux postes frontière

    Rafah International

    Date  : Détails
    2 décembre  : 2 Palestiniens sortent ;
    189 autres dont 185 pèlerins rentrent.
    3 décembre  : 54 Palestiniens sortent ;
    705 autres dont 487 pèlerins rentrent.
    4 décembre  : 491 Palestiniens, dont 487 pèlerins rentrent.
    5 décembre  : 10 Palestiniens sortent ;
    508 pèlerins rentrent.
    6 décembre  : 10 Palestiniens sortent ;
    675 autres dont 673 pèlerins rentrent.
    7 décembre  : 9 personnalités palestiniennes et une délégation du Croissant Rouge égyptien sortent ;
    600 pèlerins et le corps d’un patient décédé rentrent.
    8 décembre  : 11 personnes, dont un citoyen russe sortent ;
    948 autres dont 945 pèlerins rentrent.

    Karm Abu Salem (Kerem Shalom)

    Date  : Détails
    2 décembre  : 101 containers de denrées alimentaires en provenance d’organisations
    humanitaires interntionales et ds denrées pour le commerce
    local rentrent.
    3 décembre  : 125 containers
    4 décembre  : 63 410 tonnes de gaz domestique rentrent.
    5 décembre  : fermé
    6 décembre  : 129 containers
    7 décembre  : 130 containers
    8 décembre  : 105 containers

    Nahal Ouz

    Ouvert le 2 décembre pour 184 tonnes de gaz domestique et 1 034 000 litres de fioul industriel et le 8 pour 234 tonnes de gaz domestique et 950 730 litres de fioul industriel. De plus Israël a autorisé l’entrée de365,000 litres d’essence pour le secteur privé.

    Beit Hanoun (Erez)

    Date  :
     :
    Malades  :
     :
    Accompagnat.  :
     :
    Arabes
    d’Israël
     :
     :
    Ambassad.  :
     :
    Presse  :
     :
    Internat.  :
     :
    Gazouis  :
     :
    Commerçants
    2 décembre  : 11  : 10  : 14  : 5  : 9  : 28  : 11  : 0
    3 décembre  : 14  : 18  : 26  : 3  : 4  : 34  : 1  : 2
    4 décembre  : 3  : 3  : 43  : 3  : 1  : 15  : 4  : 1
    5 décembre  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0  : 0
    6 décembre  : 36  : 40  : 56  : 4  : 5  : 20  : 4  : 7
    7 décembre  : 21  : 21  : 18  : 2  : 2  : 30  : 0  : 3
    8 décembre  : 37  : 35  : 22  : 5  : 7  : 25  : 17  : 5

    Al-Mentar (Karni)

    Ouvert le 3 décembre pour 1 680 tonnes de céréales et 1 640 tonnes d’aliments pour bétail et le 7 pour l’entrée de 720 tonnes de céréales et 1 480 tonnes d’aliments pour bétail.


    Cisjordanie

    Il y a environ 630 barrages routiers permanents, tenus ou non par des soldats, à travers la Cisjordanie. En plus, quelque 60 à 80 barrages « volants » sont mis chaque semaine. Au moins 65% des grandes routes qui conduisent aux 18 communautés palestiniennes sont fermés ou sous contrôle total des FOI (soit 47 sur 72 routes).

    Il y a également environ 500 km de routes où les droits des Palestiniens sont restreints en Cisjordanie. De plus, environ un tiers du territoire cisjordanien, dont Jérusalem-Est occupée, est inaccessible aux Palestiniens sans une autorisation spéciale remise par les FOI. Une autorisation très difficile à obtenir.

    Les forces d’occupation continuer de harceler, et d’agresser les manifestants lors des manifestations non violentes contre le mur. Même harcèlement à Jérusalem et dans tout le territoire, où les Palestiniens sont systématiquement arrêtés, fouillés, dans les rues et sur les routes.

    Jérusalem : la cité connaît toujours les mêmes restrictions, comme le reste de la Cisjordanie. Des milliers de Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza ne peuvent toujours y accéder, empêchés par les contrôles aux check-points dans et autour de la ville. Les restrictions sont encore plus serrées le vendredi, jour de prière, pour réduire encore le nombre de Palestiniens à aller prier à la mosquée d’Al Aqsa. Ceux qui tentent de contourner les barrages et qui se font prendre sont sérieusement tabassés par les policiers et les soldats d’occupation.

    Naplouse : les mêmes restrictions sont maintenues, notamment avec des contrôles prolongés à la porte de fer sur la route de Naplouse à Tulkarem, ainsi qu’au check-point d’Huwara, au sud de Naplouse, direction Jérusalem. Dimanche matin, 6 décembre, à Za’tara, contrôles prolongés également. Ramallah : au check-point de Jaba’-Qalandya, au sud-est de Ramallah, l’armée a imposé des restrictions plus sévères aux Palestiniens, ainsi que des contrôles prolongés, c’est-à-dire des heures de plus à attendre en file, par tous les temps. Des check-points volants ont également été posés dans le secteur, pour bloquer et fouiller les véhicules palestiniens.

    Hébron : les FOI ont maintenu, comme dans toute la Cisjordanie, les mêmes restrictions. Le jeudi 3 décembre, elles ont décidé de permettre aux colons israéliens des colonies Kiryat Arba et Kharsina, au sud-est d’Hébron, de traverser la route al-Ja’bari, qui est très fréquentée par les Palestiniens. Les colons ont pu traverser la route dès le lendemain et les déplacements de Palestiniens sur cette route ont été alors limités.

    Arrestations sur les check-points de l’armée d’occupation

    -  Jeudi soir, 3 décembre, les troupes israéliennes stationnées au passage frontalier d’al-Karama, sur la frontière jordanienne, ont arrêté Hajj Ahmed Jameel Eshtayeh, 45 ans, du village de Salem, à l’est de Naplouse, alors qu’il rentrait en Cisjordanie d’un pèlerinage en Arabie saoudite.

    -  Le mardi 8 décembre vers 16h, au check-point d’Huwara, au sud de Naplouse, l’armée arrête Ziad Durgham al-Sal’ous, 48 ans, de Naplouse.

    -  Le mercredi matin, 9 décembre, sur le check-point d’Abu ‘Obaid, à Abu Dis, au sud-est de Jérusalem, l’armée a arrêté Waleed Fareed al-Raj’ei, 20 ans, et ‘Obaida Khaled Abu ‘Arqoub, 21.

    Harcèlement sur les check-points militaires

    Le vendredi après-midi, 4 décembre, l’armée postée à un check-point au carrefour d’al-Ras, au sud-est d’Hébron, a arrêté, contrôlé et frappé Tha’er Nassar al-Ja’bari, 20 ans. Il souffre de contusions au visage et dans le dos.


    (JPG)
    Erez, nord de la bande de Gaza, un malade atteint d’un cancer attend
    le bon vouloir de l’occupant pour aller se soigner.
    (AP - source - photo n° 13)


    3 - Construction du mur d’annexion

    Les FOI ont continué la construction du mur d’annexion à l’intérieur du territoire de la Cisjordanie. Pendant la dernière semaine, elles ont, comme chaque fois, utilisé la force contre les manifestations non violentes organisées par les Palestiniens avec les internationaux et des militants israéliens, pour protester contre la construction du mur.

    Bil’in, à l’ouest de Ramallah : le vendredi 4 décembre, après la prière, les Palestiniens, internationaux et militants israéliens se sont rassemblés dans le centre du village et se sont dirigés vers le mur. Après des altercations avec les soldats, ceux-ci ont tiré à balles caoutchouc, lancé des lacrymogènes et des grenades assourdissantes sur les manifestants. Des dizaines d’entre eux souffrent de l’inhalation des gaz.

    Ni’lin : à l’ouest de Ramallah, le même jour, même manifestation. Même violence de l’armée d’occupation pour réprimer la manifestation non violente. Nasser Hassan Khawaja, 21 ans, a été touché d’une balle dans le ventre, et des dizaines de manifestants souffrent de l’inhalation des gaz.

    Al-Ma’sara, au sud de Bethléhem : même jour et même manifestation hebdomadaires des Palestiniens, avec des internationaux et des Israéliens. L’armée a fermé l’entrée du village et attaqué les manifestants. Rami Mohammed Braijiya, 24 ans, souffre de contusions sur tout le corps et a été arrêté par les Israéliens.


    4 - Mesures visant à créer une majorité juive à Jérusalem

    Les FOI ont dans la dernière période renforcé leurs mesures arbitraires contre les Palestiniens de Jérusalem-est pour les obliger à quitter la ville. Le PCHR a décidé de consacrer une section de son rapport hebdomadaire pour faire connaître ces violations flagrantes des droits humains, par les FOI, contre les Palestiniens de Jérusalem-Est occupée.

    -  Durant la semaine du 3 au 9 décembre, les Israéliens ont obligé Daoud Ahmed al-‘Alami à démolir une partie de sa maison dans le quartier d’al-Sawana, village d’al-Tour, près de Jérusalem. La maison comprenait une salle en bois, construite en 1980. Cinq ans plus tard, la police israélienne et des officiels de la municipalité israélienne de Jérusalem étaient venus et avaient photographié la salle. En 2006, le tribunal municipal israélien ordonnait la démolition de la pièce et infligé une amende de 11 000 NIS (environ 2 000 €) à al-’Alami.

    -  Il y a quelques jours, al-‘Alami a reçu un avis du tribunal qui l’informait qu’un acte d’accusation lui serait présenté parce qu’il n’avait pas démoli la pièce. Il a été obligé de la démolir vendredi et samedi, 4 et 5 décembre.

    -  Jeudi matin, 3 décembre, des colons israéliens ont investi la maison de Rifqa ‘Abdullah al-Kurd, une femme de 89 ans, dans le quartier Sheikh Jarrah, Jérusalem-Est. Le fils d’al-Kurd, Nabeel, habitait la maison avec son épouse et ses trois enfants depuis 1956.

    La famille est l’une des 68 familles jérusalémites vivant dans les 28 maisons menacées de saisies. Une société coloniale juive s’est prétendue propriétaire du terrain sur lequel la maison est construite, et le tribunal israélien a ordonné la fermeture de la maison en 2001, prétendant qu’elle avait été construite sans le permis israélien. Le tribunal a également ordonné à al-Kurd de remettre les clés de la maison et décidé de recevoir une plainte contre elle, qui l’accuse d’avoir agressé l’un des policiers venus faire appliquer la décision du tribunal. Il faut préciser que Ridqa al-Kurd souffre de plusieurs maladies qui font qu’elle est incapable de marcher. N’empêche que les forces israéliennes l’ont traînée jusqu’au tribunal afin de l’empêcher de s’opposer à la police venue saisir la maison.

    Le 5 octobre dernier, la famille avait fait appel devant un tribunal israélien contre la prétention des colons qui revendiquaient la propriété du terrain, mais le tribunal a rejeté son recours. Et le 3 décembre, des colons, escortés par des dizaines de policiers, ont brisé la serrure de la porte et l’ont remplacée par une nouvelle serrure. Rifqa al-Kurd a été blessée. Une famille israélienne s’est installée dans la maison, et elle y vit maintenant sous totale protection des forces israéliennes et d’une société de sécurité privée, avec une décision judiciaire qui lui permet de l’habiter.

    -  Durant cette semaine, des colons ont envahi le secteur d’Ard al-Sammar, à Sheikh Jarrah. Ils ont coupé les pneus de 19 voitures de familles palestiniennes, collé des slogans racistes sur les voitures et écrit sur les murs des menaces dirigées contres les Arabes.


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    Ni’lin, la résistance non violente contre l’occupation et son mur
    (AP)


    5 - Colonisation et agressions des colons contre les Palestiniens et leurs biens

    Les FOI ont poursuivi les activités de colonisation dans les TPO en violation du droit international, et les colons leurs attaques physiques contre les Palestiniens.

    -  Vendredi 4 décembre, vers 11h, des colons de la colonie Yits’har, au sud de Naplouse, ont envahi deux maisons appartenant aux famille de Jamal Yousef Ahmed et d’Ahmed Mahmous Saleh, dans le sud du village d’’Assira. Des enfants palestiniens se sont alors rassemblés et se sont mis à balancer des pierres sur les colons pour que cesse leur attaque sur les deux maisons. Deux heures plus tard, les colons ont quitté le secteur, sans qu’il n’y ait eu de victimes.

    -  Dimanche matin, 6 décembre, des colons d’Efrat, ont coupé et brûlé au moins 50 oliviers dans le village d’Um Salamouna, au sud de Bethléhem. Ces attaques se produisent une semaine après la plantation de ces arbres par des Palestiniens et des organismes officiels.

    -  Lundi soir, 7 décembre, des colons de Sham’a, au sud d’Hébron, escortés par l’armée d’occupation, ont bloqué la route qui conduit au village d’al-Sammou’, avec des pierres. Le mardi 8 décembre, des colons de Kiryat Arba, au sud-est d’Hébron, ont fait des prières en face du bâtiment al-Rajabi dans la rue al-Ras, bâtiment qui a été saisi par les forces israéliennes il y a près d’un an. Pendant ce temps, les soldats stationnés dans le secteur arrêtaient et contrôlaient les voitures palestiniennes qui passaient.


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    Document public

    Pour plus d’informations, notamment les noms des victimes, merci de consulter notre site (http://www.pchrgaza.org) ou de nous contacter à notre bureau de Gaza, par mel (pchr@pchrgaza.org) ou par téléphone (+972 (0)8 2824776 - 2825893).

    Rapport hebdomadaire pour la période du 25 novembre au 2 décembre 2009 : PCHR
    traduction pour ce qui concerne Gaza : Jacques Salles, et la Cisjordanie, JPP.


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  • Hortefeux : le bon et le mauvais racisme

    Prix de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme : quelle imposture !

    lundi 14 décembre 2009, par Olivier Bonnet

     

    bhLes bras nous en tombent : l’indigne Brice Hortefeux, ex ministre de la Honte nationale, fonction dans laquelle il eut l’occasion de démontrer son grand humanisme, vient de recevoir le prix de la lutte contre le racisme et contre l’antisémitisme, décerné par l’Union des patrons et des professionnels juifs de France, nous apprend Le Figaro : "Qualifiant de « poison pour notre République » l’antisémitisme, le ministre a annoncé la nomination prochaine d’un préfet, au sein de son ministère, chargé de coordonner la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

    Ce préfet aura « une autorité suffisante sur les acteurs de la sécurité pour, en lien avec le préfet de police et les directeurs généraux de la police et de la gendarmerie, préparer les décisions qui s’imposent chaque fois que nécessaire, pour prévenir et réprimer ces actes inadmissibles », a expliqué Brice Hortefeux". Première remarque : est-il nécessaire de nommer un préfet spécialement dévolu à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, quand il suffit d’appliquer la loi française ? "Condamnant les dégradations découvertes dimanche à la mosquée de Castres, poursuit Le Figaro, le ministre a rappelé qu’un « programme de subventions pour la sécurisation des lieux de cultes et des structures culturelles de la communauté juive portant sur cinq ans » avait par ailleurs été mis en place depuis 2004.

    Quinze millions d’euros ont ainsi été investis dans ce « programme de travaux » qui a notamment permis la sécurisation, par alarme et videosurveillance, de « 349 bâtiments, dont 107 écoles et crèches, 81 associations et centres communautaires et 161 synagogues". C’est tout de même incroyable que le ministre réagisse à la profanation d’une mosquée en faisant le bilan de la protection des... synagogues ! Les musulmans français ne se sentent-ils pas un peu les dindons de la farce de la pseudo lutte sarkozyste contre le racisme ? Ce Hortefeux récompensé du prix de la lutte contre le racisme n’est-il pas le même qui déclarait, parlant des Arabes : "Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes" ?

    Ainsi y aurait-il un bon et un mauvais racisme ? Le bon racisme anti-musulmans, anti-basanés, que l’on flatte en cultivant l’amalgame entre délinquance et immigration, voire en suggérant des causes ethniques à la criminalité, le bon racisme que l’on cajole histoire de serrer les rangs électoraux, à grands coups de débats sur l’identité nationale, clin d’oeil appuyé à l’extrême droite et boîte de Pandore pour l’expression décomplexée de la xénophobie. Et puis il y a le mauvais racisme, et d’abord celui qui frappe les blancs, qu’une Elizabeth Lévy ne craint pas de dénoncer courageusement (sic), persuadée de faire oeuvre de briseuse de tabous quand elle ne fait que hurler avec les loups (de la réacosphère comme des bistrots). C’est la posture du refus de "la repentance", du fait qu’on ait "tout le temps l’impression de s’excuser d’être Français", comme l’avait dit l’inénarrable Nicolas Sarkozy superdupont sarkohimself.

    C’est l’exaltation du "rôle positif de la colonisation". C’est la stigmatisation systématique sur l’air du "ces gens-là ne veulent pas s’intégrer". Outre le "racisme anti-Français" qui mobilise nos pathétiques Superdupont, il y a un autre mauvais racisme, à condamner la main sur le coeur pour se refaire une virginité humaniste : l’antisémitisme. Rappelons que la judéophobie, terme préférable, n’est qu’un avatar du racisme, que la lutte contre ce dernier ne se circonscrit pas à elle.

    Or ce pouvoir qui fait pratiquer par sa police la chasse aux faciès, celui qui entend trier les immigrés par région d’origine - tout en niant hypocritement tout critère ethnique - ne semble jamais vraiment se mobiliser que pour voler au secours de la communauté juive. Entendons-nous bien : nous n’avons aucune forme de complaisance pour la judéophobie.

    Mais lorsque ce bon maire UMP parle de "dix millions payés à rien foutre", vise-t-il les juifs ? Si l’antisémitisme est "un poison pour la République" comme dit Hortefeux, nous en connaissons un autre, que l’idéologie sarkozyste injecte à haute dose dans l’opinion, envers lequel la droite est si complaisante : la légitimation des discriminations anti-Arabes, anti-noirs, anti-assistés, anti-pauvres... Une phrase de l’article du Figaro a attiré notre attention : "Depuis 2003, les actes antisémites sont recensés à la fois par la police-gendarmerie et le service de protection de la communauté juive, qui confrontent leurs données (plaintes et déclarations) pour établir en commun les statistiques définitives." Un service de protection de la communauté juive ? Et maintenant un préfet à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ? Schizophrénie ou manipulation : ce communautarisme que le pouvoir fait mine de fustiger, cet ennemi de la République laïque, il n’a en réalité de cesse de le cultiver précieusement.


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  • Une pincée de sucre, et tout s’adoucit…


    Depuis deux mois, la stratégie de contre-insurrection mise en œuvre par l’État grec après les événements de décembre est entrée dans une nouvelle phase : c’est aujourd’hui une stratégie de contre-insurrection totale. Si nous parlons de contre-insurrection et non de répression, c’est parce que la première, à la différence de la seconde, ne relève pas tellement de l’intervention militaire en tant que technologie politique et sociale visant à produire de l’adhésion, de la peur et du défaitisme. La stratégie de contre-insurrection ne vise pas à anéantir rapidement les insurgés, mais plutôt à réduire leur espace de vie : la contre-insurrection s’attaque aux dimensions conceptuelles, affectives et culturelles de l’insurrection. C’est une stratégie préventive qui a pour cible les nombreuses possibilités qui ont fleuri lors des événements de décembre.


    Le principe de base de la contre-insurrection est d’un côté de « gagner les cœurs et les esprits » et d’un autre côté de « ne pas sortir le poisson hors de l’eau mais d’assécher la mer où les insurgés sont comme poissons dans l’eau ». Et cela passe par la double technique de la dissociation et de l’union. Il s’agit d’isoler les insurgés des espaces des possibles qu’ils ont dégagés en décembre, d’isoler en eux leurs affinités politiques et sociales, d’isoler les insurgés pour que leur rencontre même soit impossible. De façon concomitante, il s’agit de fédérer les mécontents autour de la réforme en présentant l’insurrection comme un recul, et de finalement rallier la majeure part de la population à la répression, en figurant celle-ci comme le fait de gens empreints d’humanité, œuvrant du côté du peuple dans un grand souci d’efficacité.

    I.

    La première étape lors d’une contre-insurrection est d’isoler de leur terrain d’action favorable les éléments incontrôlables au sein des insurgés. Un procédé qui s’applique dans le quartier d’Exarchia, à la franchise universitaire, sur l’avenue Patission jusqu’aux environs de la place d’Omonia et l’avenue Acharnon. Le quartier d’Exarchia est perçu actuellement comme le foyer de rassemblement des éléments incontrôlables de la jeunesse – les anarchistes, les gauchistes et tous ceux qui, s’ils ne s’engagent pas dans des attaques violentes, ne leur sont pas très hostiles.

    Et c’est précisément sur ce terrain - de sympathie ou de tolérance - que l’appareil contre-insurrectionnel est mobilisé. Une première occupation par la police pendant trois jours du quartier en octobre a permis de démontrer la supériorité militaire de l’État, et sa capacité à déployer des forces plus grandes encore. Depuis cette occupation, le moindre incident provoque une invasion totalement disproportionnée où la visée principale n’est pas d’arrêter les fauteurs de troubles, mais plutôt de se livrer à une revanche collective sur quiconque pourrait se trouver sur place au même moment.

    Il s’agit d’une stratégie de guerre psychologique dont l’objectif est d’étouffer toute tolérance et/ou sympathie, et qui met en œuvre des procédés de (auto) contrôle sur les bases d’un calcul inversé de la relation entre l’incident et ses conséquences. Car il est certainement beaucoup plus simple de contenir un mécontentement « intérieur » que la peur de la répression, quand on ne parvient pas à arrêter les attaques qui ont lieu régulièrement dans la métropole athénienne.

    Dans le même temps, le discours dominant sur la franchise universitaire a substitué à une lecture première faisant de celle-ci une base arrière pour la préparation des attaques une lecture la présentant comme un espace anomique que l’État et les universitaires doivent reconquérir. En d’autres termes, la franchise universitaire est présentée dans le discours comme un terrain à réoccuper dans sa totalité, et ce d’une façon continue – et non comme une institution qui produit des phénomènes isolés devant être contenus. Ainsi, le problème se situe plus du côté d’un travail dans le long terme, d’une situation permanente, et non du côté de régimes d’exception particuliers.

    Les opérations de type psychologique menées tant à Exarchia qu’en matière de franchise universitaire ont été précédées par une opération de nettoyage social dans le centre d’Athènes et ses environs. Nettoyage social qui s’est articulé autour d’un contrôle des populations défavorisées et des migrants. La criminalisation de leurs rassemblements et la problématisation biopolitique de leur co-habitation posée en termes hygiénistes (comme dans le cas du squat d’Efeteio) a au départ permis d’isoler des centres politique et économique les éléments les plus incontrôlables de l’insurrection.

    Puis il s’est agi, sous couvert du voile protecteur de la sociale-démocratie, d’assujettir des catégories particulières, notamment les migrants : par leur assimilation, en leur promettant la régularisation des enfants, le droit de vote aux élections municipales, la construction d’une mosquée à Athènes et en leur demandant même leur aide dans les commissariats de police. Ceci constitue la méthode de contre-insurrection par excellence axée en premier lieu sur la neutralisation du terrain, qui a donné naissance aux concepts de collectivisation, et en second lieu sur la réunification imaginaire des catégories particulières via la récupération opérée par l’État démocratique.

    II.

    À un second niveau, la contre-insurrection essaie de dissocier le mécontentement général de l’insurrection en tant que dynamique et en tant que possibilité, afin de le rallier à la réforme. L’invention d’un objectif pour les insurgés, et son unification à une restructuration systémique, les dépossède de tout but et fait de toutes leurs actions quelque chose de particulièrement incongru et inutile aux yeux de la population. L’obligation de répondre à des questions posées par l’ordre dominant lui-même constitue déjà la moitié du travail de la contre-insurrection.

    Cette stratégie s’illustre par exemple dans la rencontre entre des élèves et le ministre de l’Éducation. L’interprétation qui en a été faite en général était la suivante : l’explosion de violence était le résultat d’un déficit démocratique à l’école et la solution dépendait de l’élaboration d’un « nouveau contrat social » entre les élèves, les enseignants et le ministère. L’initiative du ministère de l’ordre public consistant à créer un « bureau de réclamation pour les victimes d’actes arbitraires » participe de cette stratégie.

    La tactique centrale de toute stratégie contre-insurrectionnelle menée par la sociale démocratie, c’est-à-dire la tentative de contenir un mécontentement largement répandu parmi la population (mécontentement qui selon l’État a été à l’origine des événements de décembre), est une technologie du pouvoir qui non seulement promet la réunion pacifiée des antagonismes sociaux et économiques, mais présente également l’insurrection comme la cause d’un recul, comme le masque qui empêche de voir le bout du tunnel.

    Ce rôle d’acteur de la paix et du retour à la normale est joué par la gauche parlementaire, dont le cœur et l’esprit ont été du côté de l’État depuis des décennies. A travers une grille de lecture moralisatrice de la violence révolutionnaire, la gauche reprend tout son rôle dans la reproduction sociale en condamnant « la violence d’où qu’elle vienne », violence qui serait d’après elle le catalyseur primordial d’un retour imaginaire vers l’autoritarisme.

    Selon la gauche, tout acte de violence est par essence « un acte de violence gratuite », un acte commis par des militants de droite encagoulés devant être mis à l’écart soit par le biais de condamnations ou de manifestations, comme celle qui a été soutenue par le POSDEP (syndicat des professeurs d’université). Cette tactique, fondée sur une prise de distance équivalente par rapport à tout type de positions radicales, a trouvé son expression lorsque l’État a émis dans le même temps des mandats d’arrêt contre les trois anarchistes recherchés par la police et contre les agresseurs de K. Kouneva.

    Cette injonction consistant à faire corps avec le système de valeurs de l’État, compris non pas en tant que sujétion à la loi et à l’ordre mais en tant que système de dialogue, de négociation et de compromis, isole le mécontentement largement répandu de ce qu’il peut réaliser réellement, et le transforme en l’expression d’une demande répétée d’inclusion dans le bourbier de la relation au Capital.

    Idéalement, la contre-insurrection est une guerre qui ne connaîtrait aucune bataille réelle. Une guerre fondée sur l’isolement, l’assèchement, une guerre remportée grâce à l’agitation des instincts les plus conservateurs de la société, et la récupération de la grogne et de la protestation générales dans le cadre de la pacification et de la réforme.

    III.

    En dernier lieu, la campagne de contre-insurrection a pour but de miner la cohérence et l’unité de l’insurrection, en mettant en œuvre une stratégie d’isolement allant d’une définition catégorielle des insurgés (sous l’angle social, politique ou psychologique…) à une coupure avec leurs propres vécus. D’un côté, on exige des insurgés qu’ils délaissent les identités mouvantes qu’ils ont créées en décembre - ce qui a déstabilisé toutes les identités alors existantes - et qu’ils s’enferment plutôt dans leurs postures initiales : l’élève doit rester un élève, l’anarchiste un anarchiste, l’immigrant un immigrant, le tox’ un tox’.

    Si des mondes différents se sont rencontrés en décembre dans les rues et se sont battus ensemble dans cette œuvre de destruction, ils ont prouvé que le renversement supposément impensable des catégories sociales est chose possible. Les frontières existant entre ces mondes doivent alors disparaître à jamais.

    Par ailleurs, le récit moralisateur du ministère de l’ordre public au sujet des « enfants et des professeurs », des « hooligans et des politiques », des « émeutiers et des idéologues » ressort aussi de ce schéma tactique. Une part essentielle de cette logique consiste donc à amener une partie des insurgés à imposer d’eux-mêmes une dissolution ou à ramener le reste du groupe à la raison, selon un code moral ayant reçu l’approbation de l’État.

    Il s’agirait d’une attitude basée sur le « fair play » qui garantirait une inclusion des antagonismes de classe vers un retour à la normale sondé et contrôlé non pas tant par le Bureau pour la Protection du Régime que par les insurgés eux-mêmes. Ce contrôle des insurgés contre toute déterritorialisation de leurs pratiques, cet ascétisme de la patience et de l’espoir, ont été une technologie de sujétion centrale mise en œuvre par l’appareil de normalisation le plus efficace du siècle passé, appareil de normalisation qui s’appelle « la gauche ».

    Dans le même temps, la criminalisation de certains choix et de certaines pratiques est une tactique classique de la dépolitisation. Elle permet en effet de réprimer facilement tous ceux qui se sont engagés dans ces voies. Cependant, l’une des conditions nécessaires à la réalisation de cet exercice est de les isoler d’un milieu politique et social avec lequel ils sont liée. Cette recette a été couronnée de succès lors de l’été 2002 via la lobotomie pratiquée autour de la question de la mémoire sociale, et ce avec l’assentiment de la gauche. Les mandats d’arrêt émis aujourd’hui plus ou moins secrètement contre tous ceux qui sont accusés de participer à des « entreprises terroristes » visent à contenir une population radicale et incontrôlable plus large.

    D’un côté, ils ont pour objectif de forcer chacun à mener son propre examen de conscience afin de trouver en soi des éléments à charge éventuels, et d’un autre côté, de provoquer calme et soulagement chez ceux qui, faisant partie d’un groupe qui ne jouerait qu’un rôle politique mineur selon l’État, à savoir le groupe des « idéologues » et des « gens sérieux », ne pourraient être associés à certains groupes plus ciblés. Le ministère crée ainsi une atmosphère morbide où règnent la confession, la suspicion, la peur, voire l’indifférence : « Suis-je soupçonné de quoi que ce soit ? » « Avec quel genre de preuves pourraient-ils m’arrêter ? »

    « Pourrais-je être lié sans le savoir à quelque chose ou à quelqu’un qui pourrait me porter préjudice ? » Ou bien : « Il n’ont aucun moyen de nous retracer, le glas sonnant seulement pour ceux qui n’ont pas de principes. » etc. Cette paranoïa jouant sur deux échelles - infinitésimale et infinie toute à la fois - comprise en tant que produit par excellence d’une gouvernance de la police secrète, a pour but d’isoler le sujet de son propre vécu, de son propre être-au-monde. Cette paranoïa vise à faire de tout être un être pensant comme l’État, en d’autres termes, pensant comme des lignes de flics, comme cette armée de patriotes morts-vivants, comme la substance du Parti de l’Ordre. Penser et parler comme Lui sacrifie la possibilité d’un devenir insurrectionnel et amène à entretenir la certitude d’une dette envers l’existence éternelle de l’État.

    Source Ici 


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  • Pourquoi un Tribunal Russell sur la Palestine ?


    Brahim SENOUCI
    publié le dimanche 13 décembre 2009.


    Il y a un fait désormais établi aux yeux de l’opinion publique mondiale. Israël n’a pas la volonté de faire la paix avec les Palestiniens sur la base du droit international. La politique menée depuis des décennies par tous les gouvernements israéliens n’est qu’une longue litanie d’évitements, de recherche de cadres qui seraient autant de substituts à celui que fixent les résolutions onusiennes, l’Avis de la Cour Internationale de Justice de juillet 2004… Les Accords d’Oslo constituent le premier exemple de cette stratégie de remplacement de la contrainte de la légalité internationale par une politique de négociation sans fin, négociation ne comportant aucun préalable, aucune référence aux textes juridiques pertinents. La Feuille de Route obéit à la même logique, encore plus perverse puisque, non seulement les résolutions votées par l’ONU ne sont plus considérées comme la base unique de règlement du conflit, mais encore l’ONU est ravalée au rang de comparse au sein d’un Quartette au sein duquel la prédominance des Etats-Unis ne fait aucun doute.

    Cela fait donc deux décennies qu’un fantomatique « processus de paix » est censé apporter un règlement politique, tout ceci sur fond de massacres de populations civiles comme à Gaza, d’extension de la colonisation, d’édification d’un Mur dont le but est d’annexer sans cesse plus de territoires. Itzak Shamir, Premier ministre israélien que Bush père avait « contraint » à s’asseoir à une table de négociations avec les Palestiniens à Madrid, avait déclaré être d’accord pour fonder un processus de paix à condition qu’il y ait « beaucoup de processus et pas beaucoup de paix ».

    L’avènement d’Obama a pu laisser espérer un infléchissement de la politique étatsunienne dans un sens moins favorable à Israël. Quelques coups de semonce du puissant lobby israélien ont vite fait litière des belles résolutions du discours du Caire.

    Il faut se rendre à l’évidence. La Palestine, étranglée, appauvrie, démunie, voit se dresser contre elles une coalition rassemblant les Etats les plus puissants de la planète, les Etats-Unis, l’Europe, ainsi que certains Etats, dont des régimes arabes qui croient pouvoir trouver leur salut en troquant la défense de la Palestine contre la pérennité de leur pouvoir.

    Que faire ?

    Il faut que l’opinion publique internationale réalise que la pièce qui se joue au Proche-Orient peut, si elle ne s’en mêle, devenir une tragédie, celle de la disparition d’une nation et d’un peuple. Une telle issue, outre son caractère révoltant, aurait des conséquences incalculables sur la stabilité du monde. En effet, elle enverrait aux peuples le signal que la justice, le droit, n’ont plus cours et que le primat de la force redevient la norme. Ce serait bien entendu une mauvaise nouvelle, non seulement pour les populations du tiers-monde mais aussi pour celles des pays développés, car promises à un avenir où le tout sécuritaire liberticide ne réussira pas à les prémunir contre les attentats terroristes.

    Nolens volens, la Palestine est devenue une cause emblématique, une sorte de marqueur de l’état du droit dans le monde. Il y a d’autres tragédies de par le monde, souvent bien plus meurtrières. Les hérauts du sionisme ne manquent d’ailleurs pas d’en faire l’un des éléments de leur propagande en nous invitant à « regarder ailleurs ». Il se trouve que les victimes de ces tragédies soutiennent elles-mêmes la cause palestinienne. Les keffiehs fleurissent partout, en Europe mais aussi en Afrique et en Asie ! Tout se passe comme si la souffrance du monde s’incarnait dans la figure du Palestinien.

    C’est dans ce contexte qu’est née l’initiative du Tribunal Russell sur la Palestine. Le Tribunal Russell a été fondé en 1966 par le mathématicien anglais et prix Nobel de littérature Lord Bertrand Russell à l’époque de l’agression étatsunienne au Vietnam. Pour définir l’esprit et l’objectif de ce Tribunal, il eut ces mots : « Puisse ce Tribunal prévenir le crime de silence ». La sentence, délivrée par Jean-Paul Sartre qui en fut le président, eut un effet considérable sur l’opinion publique et contribua sans doute à hâter la fin de la guerre.

    C’est l’espoir que cultivent les initiateurs du Tribunal Russell sur la Palestine. Toutefois, dans leur esprit, la fin du conflit israélo-palestinien doit résulter d’une solution juste, fondée sur le droit. Israël empêche une telle solution d’émerger et viole de façon délibérée le droit international. Ces violations ont été constatées à maintes reprises. Les instances onusiennes ne peuvent pas faire autrement que de constater l’absence d’exécution des résolutions qu’elles ont édictées. La Cour Internationale de Justice constate également les infractions au droit et aux conventions de Genève. Amnesty International et Human Rights Watch décrivent par le menu les infractions commises par les Israéliens. Le rapport Goldstone fait état de crimes de guerre et de possibles crimes contre l’humanité perpétrés à Gaza.

    Le Tribunal Russell n’a donc pas pour objectif de dresser une nouvelle fois la liste des crimes commis par Israël. Il se contentera de les rappeler, avec la force qui convient.

    Son objet est de juger, devant l’opinion internationale, les acteurs, Etats ou organisations, qui ont permis aux criminels de se soustraire à la justice. Il désignera à l’opinion internationale les acteurs, Etats ou organisations, qui ont permis à Israël de bénéficier d’une scandaleuse impunité.

    Gageons que l’opinion internationale se saisira de la sentence qu’il prononcera et l’agitera sous le nez de ses gouvernants pour les contraindre à faire respecter le droit.

    Le lecteur intéressé pourra se reporter au site :

    www.russelltribunalonpalestine.com

    Il y trouvera l’Appel, la composition du Comité de parrainage, les textes fondateurs, la clendrier des événements…

    Brahim SENOUCI, membre du Comité d’Oranisation du Tribunal Russell sur la Palestine

    Brahim SENOUCI

    01-34-38-26-72(Université)

    01-46-42-59-61 (Domicile)

    06-83-00-29-01 Visitez le blog de Brahim SENOUCI : http://brahim-senouci.over-blog.com/

     

    Brahim SENOUCI

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