• Amérique, arrête de cirer les pompes à Israël


    Gideon Levy, Ha’aretz
    publié le lundi 2 novembre 2009.


    1er novembre 2009

    Barack Obama a été très occupé, donnant sa bénédiction au peuple juif pour Rosh Hashanah (nouvel an juif), enregistrant une vidéo flatteuse pour la conférence du Président à Jérusalem et une autre pour le rassemblement en mémoire d’Yitzhak Rabin. Seul, le Sheikh Hassan Nasrallah le surpasse en terme de productions de communiqués enregistrés.

    Dans toutes les vidéos, Obama abreuve Israël de louanges emmiellées, même s’il a passé près d’un an à faire presion en vain sur Israël, le priant d’être assez gentil pour faire quelque chose, n’importe quoi - ne serait-ce qu’un gel provisoire des constructions dans les colonies - pour que le processus de paix puisse avancer.

    L’envoyé du Président pour le Moyen-Orient, George Mitchell, fut lui aussi très occupé, faisant la navette entre un enterrement (celui du soldat des FDI Asaf Ramon, le fils du premier astronaute d’Israël, Ilan Ramon) et un mémorial (pour Rabin, bien qu’il ait été reporté à la semaine prochaine à cause de la pluie), afin de trouver grâce aux yeux des Israéliens. Les sondages ont montré qu’Obama était de plus en plus impopulaire ici, avec un pourcentage positif de seulement 6 à 10%.

    Il a décidé de s’adresser aux Israéliens par vidéo, mais même un discours persuasif ne convaincra personne de mettre fin à l’occupation. Il aurait mieux fait de dire au peuple israélien la vérité. La secrétaire d’Etat Hillary Clinton, qui est arrivée ici la nuit dernière, ne manquera pas d’exprimer des sentiments similaires : « l’engagement pour la sécurité d’Israël », « l’alliance stratégique », « le besoin de paix », et ainsi de suite.

    Jamais aucun autre pays sur la planète n’a mis les Etats-Unis à genoux et plaidé comme cela. En d’autres points chauds, l’Amérique prend un ton différent. Elle bombarde en Afghanistan, elle envahit l’Iraq et menace l’Iran et la Corée du Nord de sanctions. Quelqu’un à Washington a-t-il imploré Saddam Hussein de bien vouloir se retirer du territoire qu’il occupait au Koweït ?

    Mais Israël l’occupant, le contrariant entêté qui continue à se moquer de l’Amérique et du monde en construisant ses colonies et en maltraitant les Palestiniens, lui a droit à un traitement différent. Davantage de flatteries à l’ego national dans une vidéo, plus d’éloges embarrassants dans une autre.

    Il est temps maintenant de dire aux Etats-Unis : assez de flatteries. Si vous ne changez pas de ton, rien ne changera. Tant qu’Israël sentira qu’il a les Etats-Unis dans sa poche, et que les veto automatiques de l’Amérique le sauveront des condamnations et des sanctions, tant qu’il recevra une aide massive inconditionnelle et qu’il pourra continuer à mener des campagnes punitives, meurtrières sans la moindre remarque de Washington, tant qu’il pourra tuer, détruire et emprisonner sans que le gendarme du monde n’émette un son, Israël persistera dans sa voie.

    Les actes illégaux tels l’occupation et l’expansion de la colonisation, et les offensives avec des présomptions de crimes de guerre, comme à Gaza, de tels actes exigent une approche différente. Si l’Amérique et le monde avaient condamné l’opération Pluies d’été, en 2006 - laquelle a fait 400 morts chez les Palestiniens et endommagé gravement leur infrastructure dans ce qui fut la première grande opération sur Gaza depuis le désengagement (septembre 2005) - alors l’opération Plomb durci n’aurait jamais été lancée.

    Il est vrai que contrairement aux autres fauteurs de troubles dans le monde, Israël est considéré comme une démocratie occidentale, mais l’Israël de 2009 est un pays dont le langage est la force. Anwar Sadat fut peut-être le dernier chef d’Etat à avoir touché nos cœurs avec des discours optimistes, enflammés et pleins d’espoir. S’il venait en Israël aujourd’hui, il serait hué par l’opinion. Le président syrien plaide pour la paix et Israël l’écarte sans ménagement, les Etats-Unis implorent un gel des colonies et Israël fait le dégoûté. C’est ce qui arrive quand il n’y a aucune conséquence à l’inaction d’Israël.

    Quand Clinton sera de retour à Washington, elle ferait bien de prôner un changement fort de politique à l’égard d’Israël. Les cœurs israéliens ne peuvent plus être gagnés par l’espoir, les promesses d’un avenir meilleur ou par de gentilles discussions, ce n’est plus le langage d’Israël. Pour que quelque chose change, il faut qu’Israël comprenne que la perpétuation du statu quo se paiera dans la douleur.

    L’Israël de 2009 est un pays gâté pourri, arrogant et condescendant, convaincu que tout lui est dû et qu’il a le pouvoir de faire passer les Etats-Unis et le monde pour des idiots. Les Etats-Unis ont généré cette situation qui met en danger tout le Moyen-Orient et Israël lui-même. C’est pourquoi il faut un tournant dans l’année à venir : Washington doit enfin dire non à Israël et à l’occupation. Un non sans équivoque, un non présidentiel.

    1er novembre 2009 - Ha’aretz - traduction : JPP

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  • Au Honduras, le peuple doit empêcher que les putschistes vaincus ne reviennent au pouvoir !

    Par Jean-François Claudon (75)

    Le 30 octobre, les accords de Tegucigalpa ont été signés entre les représentants de Manuel Zelaya, le président hondurien légitime chassé le 28 juin dernier par un putsch militaire, et ceux de Roberto Micheletti, chef du régime de facto issu du coup d’Etat. C’est maintenant officiel : Zelaya va revenir au pouvoir dans quelques jours, jusqu’à la tenue des élections générales, le 29 novembre prochain, et pourra même aller au terme de son mandat qui expirera en janvier 2010. Cela dit, ce retour de Zelaya, dans les conditions fixées par les accords de Tegucigalpa, constitue-t-il une victoire du mouvement émancipateur au Honduras ? Et au niveau international, dans cet enchevêtrement de forces et de volontés politiques qui se sont combattues depuis le coup d’Etat, laquelle s’est finalement imposée ? Nous ne sommes pas de ceux qui s’empressent toujours, par pureté révolutionnaire, de jeter le bébé ave  l’eau du bain, mais il faut tout de même dire la vérité. Si le retour de Zelaya est symboliquement une victoire de taille pour le  peuple hondurien et pour le processus révolutionnaire latino-américain, de nombreuses concessions faites aux putschistes prouvent que les Etats-Unis ont repris la main sur l’Amérique centrale et que la gauche radicale sud-américaine sort affaiblie du conflit. En politique comme partout, il est des victoires bien amères…

    Les accords de Tegucigalpa sont constitués de 3 points essentiels censés résoudre la crise politique qui dure maintenant depuis plus de 4 mois. Tout d’abord, les deux partis en présence ont affirmé nécessaire la soumission au vote du congrès du rétablissement du pouvoir légitime en vigueur avant le 28 juin dernier. Certes, il s’agit du même congrès qui a entériné le coup d’Etat contre Zelaya, mais de nombreux hommes politiques influents ont compris que le rétablissement du pouvoir légitime était la condition sine qua non de la fin du gel de leurs avoirs à l’étranger ainsi que des fonds internationaux vitaux pour le pays, mais surtout, de la reconnaissance des élections du 29 novembre prochain qui permettront au petit pays de réintégrer définitivement le concert des nations. Le rétablissement de Zelaya est donc de fait acquis. Mais pour ce faire, que de concessions aux putschistes et aux Etats-Unis !

    Le second point des accords de Tegucigalpa affirme que le nouveau cabinet ministériel, qui devra être constitué avant le 5 novembre, sera un gouvernement « d’unité et de réconciliation nationale ». Le rétablissement de fait de Zelaya n’est donc nullement fondé en droit dans ces accords, puisque le coup d’Etat putschiste n’y est pas condamné explicitement et que l’union nationale qui prend sa suite le légitime a posteriori… Autre concession de taille : la renonciation de Zelaya à sa volonté de convoquer une assemblée constituante afin de modifier la constitution hondurienne de 1982. C’était pourtant cette orientation révisionniste du pouvoir au printemps 2009 qui avait précipité le bras de fer entre Zelaya et l’oligarchie, puis l’éviction de ce dernier.

    Cette concession scelle paradoxalement la défaite politique du pouvoir en passe d’être rétabli, puisque il renonce dans les faits à se battre pour un Honduras véritablement démocratique. Plus généralement, c’est un échec pour toute la gauche radicale latino-américaine, puisque Zelaya a été contraint d’abandonner tout ce que ses soutiens politiques régionaux ont réussi à faire au Venezuela, en Bolivie et plus récemment en Equateur : réviser la constitution de leur pays respectif pour y introduire leurs idéaux socialistes, des éléments de démocratisation et le principe de la réélection du président afin d’assurer la continuité du processus révolutionnaire. Les classes dominantes honduriennes, élevées au bon grain de la lutte US contre la subversion sociale dans les années 1970, avaient en effet rendu inviolables les clauses constitutionnelles garantissant la pérennité de leur pouvoir par une alternance conforme à leurs intérêts. Ce point décisif, déjà contenu dans les accords de San José rejetés en juillet dernier par Chavez et ses alliés, prouve que le grand vainqueur de ce conflit est la diplomatie américaine qui a obtenu ce qu’elle voulait et peut bien abandonner maintenant un pouvoir putschiste qu’elle avait condamné dès le début, tout en le tenant à bout de bras !

    Reste l’essentiel : les deux partis en présence s’engagent à reconnaître les élections générales du 29 novembre prochain et à jouer le jeu démocratique. On pourrait croire que c’est une concession de taille des putschistes, puisque le camp de Zelaya, poussé par la mobilisation des masses, ne peut être que majoritaire à l’issue du scrutin. Belle vue de l’esprit ! Car il ne faut pas oublier que les élections de la fin du mois de novembre se feront dans les formes prescrites par la constitution de 1982, puisque Zelaya a renoncé à la modifier… Il ne sera donc pas candidat à sa propre succession, comme c’était le cas, dès avant le 28 juin. Une nouvelle fois, la résolution du conflit impose un pas en arrière au président légitime. Aux dernières nouvelles, les deux candidats les mieux placés font partie de la droite libérale et conservatrice et sont membres, pour l’un, du Parti National et, pour l’autre, du Parti Libéral de Zelaya, mais sur une ligne bien plus orthodoxe que le fantasque Zelaya dont on se souvient qu’il avait augmenté les minimas sociaux de 60 % au début de l’année…

    Certains commentateurs, pourtant bien documentés, concluent de ce fait que le prochain président sera forcément un homme de la droite pro-américaine et que son élection, en scellant la victoire des Etats-Unis, sanctionnera la défaite de Chavez dans l’issue de la crise du Honduras. Ceux qui parlent ainsi ne sont plus des journalistes, mais des prophètes ! Qui peut dire qui va l’emporter ? La lenteur des négociations n’a certes pas joué en faveur du mouvement populaire, mais l’opposition a encore le temps de se structurer. Les appels de Zelaya à « l’insurrection du peuple » ont beau n’avoir pas abouti fin septembre, il reste que l’insurrection électorale est encore tout à fait réalisable. Zelaya doit quitter définitivement le Parti Libéral et organiser avec ses amis son propre parti en rupture avec l’oligarchie, les putschistes et les services américains. A ceux qui nous rétorquerons qu’il est impossible d’organiser un parti dans un laps de temps si court, nous répondons que ce pari existe déjà.

    Il s’agit du « Front de Résistance au Coup d’Etat » qui regroupe toutes les organisations qui se sont opposées aux putschistes. Cette structure, qui ressemble tant au LKP guadeloupéen, doit perdurer, car même un enfant de dix ans peut comprendre que la victoire d’un candidat de droite à la fin du mois signifierait la victoire définitive du coup d’Etat du 28 juin. Tous les militants ouvriers et démocrates honduriens doivent travailler à ce que, lors des législatives et des présidentielles du 29 novembre, l’on puisse opposer à chaque candidat de l’oligarchie un candidat du Front, éprouvé dans les combats récents et reconnu par le peuple. Si une telle organisation se met en place, face à un peuple résolu et uni, l’appareil d’Etat des putschistes ne fera pas le poids, car, aujourd’hui comme hier, « el pueblo unido jamás será vencido ».

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  • Et l'identité sarkozyste, c'est quoi?
    inv

    Des semaines de réflexion et de sondages pour en arriver là. Mais cette fois-ci, la ficelle fut trop grosse. Rares ont été ceux qui ont pris au sérieux la dernière tactique présidentielle. Nicolas Sarkozy a donc lancé toutes les forces de Sarkofrance sur un nouvel objet de vacarme : l'identité nationale française. Il n'y a pas que sur les blogs que le projet fut raillé.


    Eric Besson, et son identité sarkozyenne


    Fidèle à son «Sarko-mimétisme» devenu légendaire, le ministre de l'Immigration a sonné la charge le premier. Invité de RTL dimanche soir, Eric Besson annonça l’ouverture d'une sorte de Grenelle de l'identité nationale, un «grand débat» en deux volets «identité nationale» et «apport de l'immigration à l'identité nationale», dès le 2 novembre et jusqu'en février 2010, dans les préfectures et sous-préfectures, avec les «forces vives» du pays. Personne ne fut dupe. La presse, puis l'opposition et même une partie de la droite ont critiqué ce projet bassement électoraliste. Sur le Net, les blogs s'en donnent à coeur joie. L'électoralisme de cette initiative est tellement visible que la plupart des commentateurs rigolent, raillent et moquent .


    Mardi, il y avait pourtant un vrai sujet : les chiffres du chômage sont tombés. Encore 45 000 chômeurs de plus en septembre, soit 3,475 millions de personnes inscrites à pôle emploi, sans compter les chômeurs partiels et autres placardisés en stages de reconversion. Au total, on frôle les 5 millions d'exclus du travail.


    On pourrait aussi parler du bilan de la politique migratoire du gouvernement. La Cimade vient de publier son dernier rapport : elle rappelle qu'expulser coûte un prix déraisonnable (environ 27 000 euros par sans-papier «éloigné»). La Cimade souligne aussi que 230 enfants ont été emprisonnés en 2008, au prix de troubles et traumatismes divers. On pourrait aussi rappeler que les polices de Sarkofrance ne trouvent pas suffisamment d'immigrés clandestins «modèles» à expulser: plus de la moitié des expulsés proviennent de Mayotte ou de pays nouvellement européens. Voir Ici 


    Eric Besson préfère s'acharner sur des familles, des touristes, des précaires en tous genres, pour atteindre coûte que coûte son quota d'expulsions. Mais il reste bien timide contre les employeurs de travail clandestin: à peine 15 000 contrôles sur les 8 premiers de l'année. On pourrait aussi souligner que ses appels à la délation des passeurs de février dernier ont fait choux blanc.
    Pour desserrer l'étau des critiques, la Sarkofrance tente d'institutionnaliser ses pratiques au niveau européen, avec le soutien de la Grande-Bretagne et de l'Italie : elle vient de demander à l'Union Européenne de financer des vols charters pour l'expulsion des migrants en situation irrégulière. La Commission européenne et certains pays trainent la patte.


    La terre et les mots


    Mardi, Nicolas Sarkozy visite une ferme dans le Jura, le sourire coincé, encadré par quelques milliers de policiers et gendarmes qui quadrillent le coin. Puis, devant une assistance silencieuse dans une salle des sports voisine, il enfonce le clou. Sous prétexte de quelques annonces en faveur du monde agricole, il s'écrie: «La France a un lien charnel avec son agriculture, j’ose le mot : avec sa terre. Le mot "terre" a une signification française et j'ai été élu pour défendre l'identité nationale française.» Il était difficile de ne pas ressentir quelques relents pétainistes volontairement provocateurs dans ces déclarations. Sarkozy voulait replacer le débat sur un terrain clivant qu'il affectionne, et rassurer un électorat âgé et droitiste.

    Le soufflé est, malheureusement pour lui, très vite retombé. Les propositions du Monarque étaient maigres, malgré ses grands cris volontaristes habituels («je ne cèderai pas !»): un milliard d'euros de prêts bonifiés à une profession déjà surendettée; des subventions pour compenser partiellement les franchises médicales et la taxe sur le Foncier non bâti; un remboursement partiel de la taxe intérieure de consommation sur les produits pétroliers, de la taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel et de la future taxe carbone. Au total, voici 650 millions d'euros d'allègement de charges sur deux ans.


    On attendait des idées précises sur la position française vis-à-vis de la politique agricole commune, que l'Europe doit redéfinir. Rien. On attendait aussi, puisque Nicolas 1er l'avait annoncé, des propositions en matières de régulations des cours de matières premières (sait-on jamais ?), ou de rééquilibrage de la valeur entre producteurs et distributeurs. Rien non plus.


    On retiendra surtout que des paragraphes entiers de son discours ont été en fait copiés-collés, à la virgule près, sur un précédent discours vieux de 10 mois. Même sa bafouille sur l'identité nationale française était pompée sur le même texte. Pourtant, Sarkozy avait prévenu, le doigt en l'air, le ton ferme: «je ne suis pas venu vous tenir un discours que vous avez déjà entendu». Bien sûr. Sarkozy dérape. L'histoire se répète. Il y a 15 jours déjà, le même Monarque déclamait que le lycée était synonyme de méritocratie, le jour même où la polémique sur le «placement» du fiston à la tête de l'EPAD explosait. Triste sort pour un triste Sire...

    Gabegie financière


    Les vieilles recettes ne fonctionnent plus. Il y a deux ans, il suffisait que Sarkozy lance une idée, guidée par l'émotion ou le calcul, contre les cheminots qui chôment, les chômeurs qui fraudent, ou les fous qui assassinent, et le pays tout entier applaudissait ou criait au scandale. Depuis la rentrée, Sarkozy pédale à vide. L'agenda politique lui échappe. Chaque déclaration se transforme au mieux en bourde, au pire en railleries.


    Son discours agricole est tombé à plat. Et une autre polémique, internationale encore une fois, déborde les conseillers du président : un rapport de la Cour des Comptes, réalisé à la demande d'un impétueux Sénat, révèle l'ampleur des dépenses élyséennes pendant la présidence française de l'Union Européenne fin 2008. On y retrouve, comme lors du précédent rapport de la dite Cour sur les frais de fonctionnement de l'Elysée, de croustillants détails sur la mauvais gestion des deniers publics par le Monarque. Servez-vous, il y en a pour tous les goûts : 16,6 millions d'euros pour 4 heures de sommet de l'Union pour la Méditerranée, 1 million d'euros par jour pendant 6 mois de présidence; des frais engagés sans appel d'offres, ni planning, pour le plus grand bénéfice de quelques fournisseurs; des installations, comme cette zone de bureaux au Grand Palais, dont quelques douches haut-de-gamme, 245 000 euros au total, aussitôt montées, aussitôt détruites. Nicolas Sarkozy ne sait pas gérer son propre budget.


    La Cour des Comptes devrait aussi s'intéresser au Plan Espoir Banlieue de Fadela Amara: la secrétaire d'Etat a engagé 34 millions d'euros, à 70% auprès d'entreprises privées, voici un an pour placer en formation ou trouver un emploi pour 45 000 jeunes. Un an plus tard, le bilan est maigre : 1160 jeunes ont été casés.


    Confusion des genres


    Mercredi, Henri Proglio, président de Veolia, passait son examen de passage vers la présidence d'EDF devant quelques parlementaires, à huit-clos. On ne sait jamais. La situation est inédite, pour une entreprise publique de cette taille. Elle trouble, tant le conflit d'intérêt est manifeste : le talentueux Henri Proglio va diriger les deux entreprises, l'une publique, l'autre privée. La confusion des genres n'est pas une découverte en Sarkofrance. Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, avait en main d'épineux dossiers de concurrence relatifs à France Télécom. Il y a quelques mois, il a franchi le Rubicon sans problème ni contestation. Sa promotion chez France Télécom a été accélérée ces derniers jours; il est devenu directeur général adjoint France, à la faveur de la vague de suicides qui frappe l'entreprise.
    Au mépris des règles élémentaires d'éthique, Nicolas Sarkozy a ainsi placé des proches à la tête du premier groupe d'énergie (Proglio chez EDF), du premier opérateur télécom (Stéphane Richard, chez France Télécom), de la seconde banque française (François Pérol, BPCE), et du troisième constructeur d'armement (Luc Vigneron, Thalès).


    La presse en veut, paraît-il, au Président. Mais ce dernier n'est pas rancunier. Il a fait adopter en Conseil des Ministres un nouveau plan d'aide à la presse : l'Etat va offrir un abonnement d'un an à tous les jeunes de 18 à 24 ans. Les patrons de presse sont ravis. Quelle est la contre-partie à cette généreuse subvention?


    Un parquet dépendant


    En matière de justice, les décisions se suivent et se ressemblent. Angolagate, Chirac ou Françafrique, voici trois cas où le ministère de la justice a recommandé le classement sans suite. Il a eu gain de cause, mercredi auprès de la Cour d'appel de Paris, dans l'affaire des détournement de fonds publics par divers chefs d'Etat africains: la plainte d'une ONG a été jugée irrecevable. La Françafrique se porte bien. On ne touche pas aux fidèles soutiens, fussent-ils soupçonnés de corruption. Le patrimoine immobilier des 3 chefs d'Etat incriminés s'élèverait à quelques 160 millions d'euros. Deux autres juges ont au contraire joué l'indépendance : Charles Pasqua est sorti de son procès sur l'Angolagate avec une peine d'un de prison ferme. Le vieux routier des Hauts-de-Seine et de la droite chiraquo-sarkozyenne n'entend pas se laisser faire. Il a demandé la levée du secret-défense, puisque l'instruction n'a pas eu accès à tous les dossiers. Il a aussi mouillé tout le monde: Chirac, Balladur, Villepin, Juppé auraient été au courant de rétro-commissions en faveur de politiques français.
    Un autre juge a renvoyé Jacques Chirac devant un tribunal correctionnel dans l’affaire des emplois présumés fictifs de la ville de Paris. Là encore, le parquet avait demandé le classement sans suite. Nicolas Sarkozy, capable de proclamer publiquement et par avance la culpabilité de son rival Dominique de Villepin lors du procès Clearstream, est resté cette fois-ci bien discret : il s'est rappelé qu'il «existe un principe qui est celui de la séparation des pouvoirs».

    Nicolas Sarkozy croyait tenir le bon bout. C'est raté. Encore une fois.

    SOURCE ICI 


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  • raffarinade-oser-la-reforme-permanente.1257115664.jpgCela n’est pas nouveau mais se confirme davantage chaque jour : ça branle dans le manche à l’UMP… Depuis déjà un certain temps les commentateurs, journalistes ou analystes de la chose politique, annoncent que le «bateau ivre» UMP tangue sous les coups de boutoir d’une tempête annoncée, égrenant la chronique des dossiers, «affaires», polé-miques et scandales de ce ces dernières semaines qui constituent autant de sombres nuées amoncelées à l’horizon, bourrasques et paquets de mer préludes au gros temps : affaires «Prince Jean»à l’Epad, Mitterrand : son livre autant que sa défense du cinéaste Roman Polanski accusé aux Etats-Unis d’actes sexuels sur mineurs (en 1977 ?) dernièrement appréhendé et détenu en Suisse ; hostilité des Français envers la «taxe carbone» et celle des élus à l’égard de la réforme des institutions locales autant que la suppression de la taxe professionnelle.

    Encore une lubie improvisée de Nicolas Sarkozy et comme d’hab, il faut qu’elle soit appliquée immédia-tement – donc dans l’impréparation la plus totale – et selon ses vœux : à charge pour Bercy de la mettre en musique…

    “Démerdez-vous” ! guère étonnant qu’ensuite cela donne lieu à un étrange mais coutumier festival de COUAC ! COUAC ! bien sonores.

    Si encore celui qui se prétend chef d’orchestre connaissait le solfège et l’orchestration… Même pas !

    Il joue faux et conduit de même, contre les indications notées en marge de la partition par le compositeur mais ne pouvant ni ne voulant changer de registre, il se contente de donner des coups de sa baguette sur les doigts des interprètes qui renâclent devant l’obstacle. Utilisant parfois le second violon, un certain Claude Guéant, doué d’à peu près autant de doigté qu’un manchot ! qu’il charge de chapitrer les récalcitrants et leur tordre les bras pour les faire jouer comme il le souhaite… Cela va un temps et parodiant Bourvil dans le «Corniaud» devant sa 2 CV disloquée : «Forcément, ils vont beaucoup moins bien jouer, maintenant !»

    Et surtout, manque de pot ! ce sont les ténors et les solistes qui mènent la charge. Alain Juppé s’était lancé le premier et n’avait guère fait dans la dentelle. Depuis, il a mis quelque peu la sourdine, on a dû lui faire comprendre qu’il était allé un peu trop loin. Encore qu’il m’étonnerait qu’il soit sensible aux remontrances d’un Guéant ou autres seconds couteaux de la même eau.

    Xavier Bertrand pourra bien pisser dans le violon autant qu’il le voudra. Alain Juppé le dira sans doute moins fort et crûment mais n’en pensera pas moins : la suppression de la taxe professionnelle – compensée uniquement la première année ! – coûtera bonbon aux collectivités locales..

    Mais le clou, c’est incontestablement Jean-Pierre Raffarin… Lui, qui jusqu’il y à peu ne tarissait pas d’éloges sur les réformes voulues par le «Grand timonier», y compris celle des institutions territoriales – indispensable ! allant jusqu’à dire, raffarinade entre toutes… qu’il «fallait oser la réforme permanente» - semble de moins en moins disposé à avaler toutes les couleuvres multicolores – des vertes et des pas mûres – que les Sarko et autres Xavier Bertrand ou Guéant souhaiteraient lui faire ingurgiter dès le petit-dej : ce qui le rend dyspeptique en diable ! Et donc atrabilaire.

    Il tonne contre la réforme des instances locales : Conseils généraux et régionaux qui devraient fusionner. Pensez donc : 3000 élus sur 6000 qui perdraient leur mandat ! voilà bien de quoi fâcher grave un sénateur qui doit précisément son élection aux «grands électeurs» : représentants des conseils municipaux, des élus au Conseil général et régional, avec une surreprésentaton des villages et gros bourgs due au découpage des cantons. L’heure est vraiment grave pour que Raffarin en appelle à sauver la décentralisation !

    Il ne s’arrête pas en si bon chemin… D’où la fronde des sénateurs UMP… Le Figaro a ensuite édulcoré le titre en «Bercy veut rassurer les sénateurs»… Mais le problème reste entier même si «Le ministère de l’Economie sera «à (l’)écoute des vingt-quatre membres du groupe UMP (du Sénat) emmenés par Jean-Pierre Raffarin qui ont annoncé qu’ils ne voteraient pas la réforme - la suppression de la taxe professionnelle - en l’état».

    Comme la plupart des élus locaux, il mesure l’impact négatif qu’aurait la suppression de la taxe professionnelle sur les finances des collectivités territoriales et le basculement sur un financement largement prélevé dans la poche des contribuables… Beaucoup de manque à gagner pour les budgets et l’on trouve mieux comme argument électoral à quelques encablures des régionales, sans oublier les prochaines cantonales…

    En mars 2011 pour les cantons renouvelés en 2004. A un an de la prochaine présidentielle - qui ne semble plus une simple formalité pour le candidat (?) Sarkozy – un échec serait une bonne baffe, prélude à un éventuelle déroute en 2012.

    C’est bien d’une Fronde qu’il s’agit !

    Ne pas oublier qu’historiquement La Fronde (1648-1653) connut diverses phases et fit chanceler le pouvoir précisément par la rencontre de la colère des parlementaires du puissant Parlement de Paris - qui perdaient leurs anciennes prérogatives en même temps que leurs intérêts financiers étaient menacés - et l’irritation croissante du peuple, acculé à la fois par une grave crise de subsistances et des mesures fiscales jugées insupportables… Déjà !

    Il faut lire les «mémoires du Cardinal de Retz», Paul de Gondi, alors coadjuteur de l’archevêque de Paris (et oncle de Madame de Sévigné) qui joua un grand rôle dans le soulèvement des parlementaires et du peuple. Moins toutefois que le Duc de Beaufort – petit-fils d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrée - que certains affublèrent du sobriquet de «Beaufort des halles» alors que pour la Cour, il fut le “Roi des Halles”… à cause de sa popularité dans le peuple de ce quartier de Paris.

    La «Fronde des nobles» fut plus tardive mais tout autant sinon plus menaçante pour le pouvoir royal. Ils étaient menés notamment par Condé et Conti – tous deux «princes du sang» : parents du Roi de France – le duc Longueville, Beaufort et encore Retz qui joua souvent sur les deux tableaux entre les frondeurs et la Cour, réfugiée à Saint-Germain-en Laye. Ce qui ne l’empêcha pas d’être en disgrâce.

    fronde-des-princes-fg-saint-antoine-2-juil-1652.1257116905.jpgGaston d’Orléans, oncle de Louis XIV et éternel comploteur ne fut pas en reste et l’on se souvient de l’épisode de la bataille dite du Faubourg Saint-Antoine (le 2 juillet 1652) où sa fille, Mademoiselle de Montpensier – plus connue sous le titre de Grande Mademoiselle – fit tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales, permettant ainsi à Condé de rentrer dans Paris.

    Le plus piquant dans cette histoire sera sans doute que circulèrent dans Paris et une partie de la France révoltée des libelles contre le Cardinal de Mazarin - premier ministre de la Régente Anne d’Autriche, véritablement honni par le peuple et les frondeurs - pamphlets que nous connaissons sous le terme de «mazarinades»

    Or les aimables et fort nombreuses stupidités proférées par un certain Raffarin, premier ministre de Jacques Chirac entre 2002 et 2005 furent vite appelées «raffarinades»… Mais cette fois, si «l’âne du Poitou» se déchaîne et rue dans les brancards, il oublie d’être stupide et de parler pour rien dire.

    mazarin.1257116963.jpg


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  • La Cimade soulève le voile sur le vrai bilan d'Eric Besson

    Publié le 01 novembre 2009 par Juan

    La Cimade publie son 9ème rapport annuel sur les centres et locaux de rétention administrative. L'association humanitaire, qui assiste les sans-papiers dans les centres de rétention, a pu témoigner de la situation nationale: "Ce rapport est une nouvelle fois l’occasion pour nous d’exercer ce devoir de témoignage." Depuis 18 mois, les ministres de l'identité nationale, hier Brice Hortefeux, aujourd'hui Eric Besson, ont cherché à exclure la Cimade de ce rôle national, en divisant l'assistance en lots géographiques bien distincts. Ces tentatives ont échoué, pour le moment.

    La Cimade dresse plusieurs constats :

    - Près de 230 enfants ont été placés en rétention en 2008. La pratique perdure, même si elle est contraire à la Convention Internationale de protection des droits de l'enfant. Elle a été institutionalisée par les décrets du 30 mai 2005 et l'arrêté du 29 août 2005, qui autorisaient les centres de rétention à "recevoir des familles". La Cimade relève que les mineurs sont "soumis à des formes multiples de violence : violence de l’interpellation très souvent réalisée à domicile, violence de l’enfermement, violence présente dans ces lieux où les tensions sont très importantes, violence faite à leurs parents interpellés, menottés, privés de toute autonomie, violence de l’expulsion enfin." Ces excès génèrent divers traumatismes, comme des troubles du sommeil, du mutisme, des troubles de l'alimentation.

    - Le coût des expulsions s'élève à 533 millions d'euros en 2008. L’Etat consacre en effet environ 394 millions d’euros à la garde et l'escorte dans les centres de rétention par les services de police et de gendarmerie. Le ministère de l'immigration dépense 81 millions d'euros pour le fonctionnement des CRA : "28,8 pour les frais de restauration, blanchisserie, etc., 42 millions pour les billets d’avion, de train ou de bateau et 15 millions pour la prise en charge sanitaire et sociale ainsi que l’aide à l’exercice des droits des étrangers." Par ailleurs, le gouvernement a prévu de dépenser 174 millions d'euros d'investissement pour créer ou étendre ses capacités de rétention entre 2006 et 2009, soit 58 millions d'euros par an.

    Cette évaluation, réalisée par un sénateur et reprise par la Cimade, n'est pas exhaustive. Elle ne tient pas compte des "frais de fonctionnement des services des préfectures, le coût des contentieux liés à la rétention administrative et aux reconduites à la frontière devant les tribunaux, pas plus que les coûts correspondant au temps consacré par la police aux interpellations, gardes à vues, etc. infligées aux étrangers".

    Rapporté au nombre d'expulsions forcées réalisées en 2008, soit 20 000, le coût d'une expulsion ressort ainsi à 27 000 euros !

    La Cimade soulève le voile sur le vrai bilan d'Eric Besson- Malgré tous les efforts déployés, les expulsions en métropole restent peu nombreuses : sur les 30 000 éloignements recensés par les services d'Eric Besson en 2008, quelques 15 000 d'entre eux avaient été réalisés à Mayotte. Un territoire où les certifications de nationalités sont mal établis et où, comme le rappelle la Cimade, près de 90% de la population fait l'objet de contrôles d'identité réguliers.

    Mediapart relaye un autre rapport, publié la semaine dernière par Human Right Watch sur le cas des mineurs sans-papiers perdus dans les zones d'attentes de Roissy-Charles de Gaulle.

    "Entre janvier 2008 et juillet 2009 environ 1 500 mineurs étrangers non accompagnés d’un adulte assumant la charge parentale ou d’un parent sont arrivés à l'aéroport de Paris Roissy-Charles de Gaulle et se sont vu refuser l’entrée en France. Ces mineurs qui se trouvent physiquement à l’intérieur des frontières géographiques de la France sans pour autant être « en » France au regard du droit français, ont été détenus par la police dans la « zone d'attente » de l’aéroport. "


    HRW critique

    Vendredi,
    Nicolas Sarkozy a estimé que des vols groupés de migrants en situation irrégulière étaient un "progrès considérable": Jamais personne n'aurait imaginé il y a quelques années que des gouvernements de gauche et de droite, du Sud et du Nord, se mettent d'accord sur le principe que quand quelqu'un n'a pas de papiers en règle, il doit être ramené chez lui, par avion, par train ou par tout autre moyen". La France a demandé à l'Union Européenne qu'elle les finance. C'est à l'ordre du jour du prochain Conseil Européen.


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