• A la « Catho », hommage au cardinal putschiste de Tegucigalpa et à l’ancien directeur général du FMI

    Le sabre, le goupillon et la salle de marchés

    Bernard CASSEN
    On aurait aimé que ce soit un canular, mais c’est une information vérifiée : le 24 novembre prochain aura lieu à Paris une cérémonie dont le casting est proprement ahurissant au regard de l’actualité française et internationale.

    Ce jour-là, le cardinal archevêque de Tegucigalpa, Oscar Rodriguez Maradiaga, et l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Michel Camdessus, recevront les insignes de docteur honoris causa de l’Institut catholique de Paris. Et leur panégyrique (Laudatio) sera prononcé respectivement par Monseigneur Hippolyte Simon, archevêque de Clermont, et Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE).

    Il faut vraiment croire que les puissances invitantes, à savoir le cardinal André Vingt-Trois, et le recteur de l’Institut, Pierre Cahné, vivent sur une autre planète pour oser mettre en scène publiquement cette nouvelle alliance du sabre, du goupillon… et de la salle de marchés.

    On ose espérer que l’invitation au cardinal Maradiaga reposait sur l’image « progressiste » que le prélat avait su se donner ces dernières années, notamment lors de sa candidature à la succession de Jean-Paul II. Mais les autorités de l’Institut catholique auraient dû se renseigner et lire ses déclarations après le coup d’Etat du 28 juin dernier au Honduras. Non seulement, comme d’ailleurs les autres membres de la Conférence épiscopale hondurienne et, dit-il, avec le plein soutien du Vatican, il n’a pas dénoncé le putsch, mais il l’a au contraire légitimé en déclarant que « les documents prouvent que les institutions ont correctement fonctionné et que la Constitution a été respectée ». Il n’a pas condamné ni même évoqué les assassinats, les tortures et les arrestations massives dont s’est rendu coupable le gouvernement de facto. Pas non plus un mot sur la suppression de toutes les libertés civiques, sur la fermeture de tous les moyens de communication qui n’avaient pas fait allégeance aux putschistes, en particulier la station de radio des Jésuites, Radio Progreso. Le goupillon du cardinal a aspergé d’eau bénite le sabre putschiste.

    Voilà le récipiendaire du doctorat honoris causa de l’Institut catholique dont l’archevêque de Clermont s’apprête à célébrer les qualités. Le gouvernement de Nicolas Sarkozy, qui a condamné le coup d’Etat et continue de reconnaître officiellement le président Zelaya, devrait logiquement refuser le visa d’entrée en France à ce prélat considéré comme putschiste par le gouvernement légal.

    Les états de service dont peut se prévaloir Michel Camdessus sont d’un autre ordre : il n’a certes jamais trempé dans une action armée, mais les politiques qu’il a impulsées à la tête du FMI, de 1987 à 2000, ont été infiniment plus coûteuses en détresse et en vies humaines que celles de la soldatesque hondurienne. Sa trajectoire est l’inverse de celle du cardinal de Tegucigalpa : il pose volontiers aujourd’hui à l’adepte de la mondialisation « à visage humain », alors que pendant des années, il a imposé d’impitoyables plans d’ajustement structurel aux malheureux pays qui avaient recours à son « aide ».

    Grâce aux « recettes » du FMI, il a à son actif, si l’on peut dire, la création ou l’aggravation d’une dizaine de crises financières majeures, de celle du Mexique en 1994 à celle du Brésil en 1999. Fanatique du marché et de la libéralisation financière qui, pour lui, « demeure le but final correct », il s’est toujours désintéressé des conséquences sociales des mesures qu’il imposait. Après les émeutes de la faim qu’elles provoquèrent en 1997 en Indonésie, et la violente répression qui s’ensuivit, ce catholique pratiquant expédia ainsi ses regrets aux familles des victimes : « Je n’avais pas prévu que l’armée allait tirer sur la foule »…

    Il n’y a certainement aucun pays du Sud où une institution universitaire accorderait une distinction à Michel Camdessus. Tout porte même à croire que sa venue dans un établissement d’enseignement supérieur provoquerait des troubles. Est-ce cette persévérance dans l’erreur, à peine compensée par des bribes tardives de repentance, que va récompenser l’Institut catholique ?

    Que Jean-Claude Trichet ait été sollicité pour faire le panégyrique de l’ancien directeur général du FMI complète un tableau franchement caricatural. Le président de la BCE partage avec le récipiendaire une absolue certitude des bienfaits de l’orthodoxie monétaire et un souverain mépris des instances élues. Avec eux, les salles de marchés font leur entrée officielle dans les hauts lieux du savoir. La finance n’a que faire des franchises universitaires qui, pourtant, s’imposent encore à la police…

    Tout cela fait beaucoup pour une seule journée. Certainement, le 24 novembre à 19 h, on refusera du monde à la « Catho »…

    Bernard Cassen
    Secrétaire général de Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac

    http://www.medelu.org/spip.php?article282


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  • Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre Israël : réponse à Uri Avnery

    Michel Warschawski       

    L'appel pour le « BDS » - Boycott, Désinvestissement, Sanctions – a finalement atteint l'opinion publique israélienne. La décision de la Norvège de retirer ses fonds  des sociétés israéliennes impliquées dans la construction des colonies a fait la différence, et a représenté le premier grand succès de cette campagne importante.

    Après avoir ignoré la campagne pour le BDS pendant plusieurs années, Uri Avnery s'est finalement senti obligé de réagir, à deux reprises, dans son blog. Comme Uri, je réagis rarement aux opinions des autres dans mon propreblog, comme il le dit avec délicatesse : « je ne veux pas imposer mes vues, je veux juste apporter des éléments pour la réflexion, et je laisse le lecteur se former sa propre opinion ». Certains arguments mis en avant par Avnery, cependant, requièrent une réponse, car ils peuvent égarer ses lecteurs.
     En dépit du fait que j'ai parfois des désaccords avec Avnery – quoique beaucoup moins que dans le passé -  j'ai un grand respect pour l'homme, pour le journaliste, pour le militant, pour le commentateur politique, et depuis la banqueroute de « la Paix Maintenant » au cours du «processus d'Oslo, nous avons souvent milité ensemble côte à côte, et j'oserais dire que nous sommes devenus amis. C'est pourquoi je me sens obligé de réagir à sa critique de la campagne BDS.

    Laissez moi commencer par une évidence, que je considère comme étant un faux débat.  « La haine est mauvaise conseillère », écrit Uri, et je serai le dernier à le contredire Je sais d’ailleurs aussi  qu'il sera d'accord avec moi si j'ajoute que dans notre contexte politique la haine est cependant compréhensible.

    « Israël n'est pas l'Afrique du Sud », dit Uri. Bien sûr qu'elle ne l'est pas, et chaque réalité concrète a ses specifites. Néanmoins, ces deux pays ont quelques similitudes : les deux sont des Etats racistes avec des (espèces différentes de) systèmes d'apartheid (au sens littéral, le sens d'apartheid   est « séparation structurelle »). Les deux pays sont établis comme des « Etats européens » dans un environnement national/ethnique composé de non-Européens, qui sont, à juste titre, considérés comme un environnement hostile. Nous devons également admettre – et c'est déjà un point plus important – que dans l'objectif d'obtenir des résultats substantiels dans notre combat, nous avons besoin de construire  une dynamique unitaire incluant la résistance nationale palestinienne, les forces israéliennes hostiles à l'occupation, et lemouvement de solidarité internationale. Il y a dix ans, j'avais appelé cela « le triangle gagnant ».

    Nous avons en effet beaucoup de choses en commun avec Uri, jusqu'à ce qu'intervienne la question  de sa mauvaise appréciation de ses opposants politiques. Dans son article discutant l'article de Neve Gordon dans LA Times,  écrit : « Neve Gordon et ses partenaires dans le BDS ont perdu espoir dans les Israéliens ». Si c'était vrai, pourquoi Neve, moi-même et beaucoup d'autres Israéliens militants du BDS consacrent-ils autant de temps à construire, avec Uri Avnery, un mouvement israélien contre la guerre, l'occupation et la colonisation ? La vraie question n'est pas « faut-il changer la société israélienne », mais comment et pourquoi.

    L'objectif politique de Uri Avnery, dit-il, est « une paix entre Israéliens et Palestiniens », c'est -à-dire un compromis qui puisse satisfaire la majorité des deux communautés, sur une base symétrique (dans un autre article important, il l'a appelé « Vérité contre Vérité »). Une telle symétrie est le résultat d'une autre pré-supposé d'Avnery : le conflit en Palestine est un conflit entre deux mouvements nationaux d'égale légitimité.

    Neve et beaucoup de ceux qui soutiennent la campagne BDS sont en désaccord avec ces deux points de vue : notre objectif n'est pas la paix pour la paix, parce que la paix en elle-même ne signifie  rien (pratiquement chaque guerre dans l'histoire moderne a été déclenchée sous le prétexte de réaliser la paix). La paix est toujours le résultat d'un rapport de forces dans lequel un camp ne peut imposer à l'autre tout ce qu'il considère comme ses droits légitimes.

     Contrairement à Uri, notre but est l'épanouissement de certaines valeurs, comme les droits fondamentaux individuels et collectifs, la fin de la domination et de l'oppression, la décolonisation, l'égalité, et le plus de justice possible. Dans un tel cadre , nous pouvons manifestement soutenir des « initiatives de paix » qui peuvent réduire le niveau de violence et/ou obtenir un certain niveau de droits. Dans notre stratégie,cependant , ce soutien à des initiatives de paix n'est pas le but en soi, mais seulement le moyen de progresser vers la réalisation des valeurs et des droits mentionnés plus haut.

    Cette différence entre « paix » et « justice » est à mettre en relation avec la divergence concernant la deuxième hypothèse d'Uri Avnery : la symétrie entre deux mouvements nationaux et deux aspirations également légitimes.
    Pour nous, le Sionisme n'est pas un mouvement de libération nationale, mais un mouvement colonialiste, et l'Etat d'Israël est et a toujours été un Etat colonial. La paix, ou, mieux, la justice, ne peuvent être réalisées sans une totale décolonisation (on peut dire dé-sionisation) de l'Etat d'Israël : c'est une précondition pour la réalisation des droits légitimes des Palestiniens – qu'il s'agisse des réfugiés, des residents de Cisjordanie et de Gaza vivant sous occupation militaire ou des citoyens palestiniens de seconde classe en Israël. Que le résultat final de cette décolonisation soit une solution « à un Etat », la constitution de deux Etats démocratiques (c'est-à-dire pas un « Etat juif »), une fédération,  ou tout autre système institutionnel, est secondaire, et devra en définitive être décidé, le cas échéant, dans le combat lui-même et en fonction du niveau de participation des Israéliens.

    En ce sens, Uri Avnery a tort quand il établit que nos divergences portent sur « un Etat » ou « deux Etats ». Comme je l'ai expliqué, la divergence est sur les droits, sur la décolonisation, et le principe d'égalité complète. La forme que cela prendra, à mon avis, n'est pas la question, pour autant  que nous parlions bien d'une solution dans laquelle les deux peuples vivent en liberté (c'est-à-dire sans relations de type colonial) et dans l'égalité.

     Une autre divergence importante avec Uri Avnery concerne  la dialectique entre le calendrier du mouvement de libération nationale palestinien et le rôle du soi-disant camp de la paix israélien.  S'il est évident que le mouvement national palestinien a besoin du plus grand nombre possible d'alliés Israéliens pour obtenir sa libération aussi vite que possible avec le moins de souffrances possible, on ne peut pas espérer du mouvement palestinien qu'il attende que Uri, Neve et les autres anticolonialistes israéliens aient convaincu la majorité de l'opinion israélienne. Pour deux raisons : premièrement parce que les mouvements populaires nationaux n'attendent pas pour combattre l'oppression et le colonialisme; et deuxièmement parce que l'Histoire nous a appris que les changements à l'intérieur d'une société coloniale ont toujours été le résultat du combat pour la libération, et non l'inverse: quand le prix de l'occupation devient trop élevé, de plus en plus de gens comprennent que ça ne vaut pas le coup de continuer.

    Oui, il y a besoin d'une main tendue pour la coexistence, mais ensemble avec une main  de fer pour se battre pour les droits et la liberté. La faillite du processus d'Oslo confirme une vieille leçon de l'Histoire : toute tentative de réconciliation avant la réalisation des droits renforce le maintien de la relation de domination coloniale. Sans un prix à payer, pourquoi les Israéliens voudraient-ils mettre fin à la colonisation, pourquoi risqueraient-ils une crise intérieure profonde ?

     C'est pourquoi la campagne BDS est si  pertinente : elle offre un cadre international pour agir dans le but d'aider le peuple palestinien à obtenir ses droits légitimes, à la fois au niveau institutionnel (les Etats et les institutions internationales) et au niveau de la société civile. D'un côté elle s'adresse à la communauté internationale, lui demandant de sanctionner un Etat qui viole systématiquement la loi internationale, les conventions de Genève, et les differents accords signés; de l'autre elle appelle la société civile à l'échelle mondiale à agir, aussi bien comme individus que comme mouvements sociaux (syndicats, partis, conseils municipaux, associations, etc) pour  boycotter les biens, les personnalités officielles, les institutions, etc. qui représentent l'Etat colonial israélien.


     Les deux tâches (boycott et sanctions) seront finalement une pression sur le peuple israélien, les poussant à comprendre que l'occupation et la colonisation ont un prix, que la violation des règles du droit international fera tôt ou tard de l'Etat d'Israël un pays infréquentable, non admis dans la communauté des nations civilisées. Exactement comme l'Afrique du Sud dans les dernières décennies de l'apartheid. En ce sens, et contrairement à ce que dit Uri, le BDS s'adresse au public israélien, et, dès maintenant, est la seule façon de provoquer un changement dans l'attitude des Israéliens vis-à-vis de l'occupaion/colonisation. Si on compare cette campagne BDS à la campagne de boycott anti-apartheid qui a pris 20 ans pour commencer à porter ses fruits, on ne peut qu'être surpris de l'efficacité déjà acquise par la campagne BDS contre Israël, et dont en Israël même nous sommes témoins des premiers effets.
     
    La campagne BDS a été lancée par une large coalition de mouvement politiques et sociaux palestiniens. Aucun Israélien qui affirme soutenir les droits du peuple palestinien ne peut décemment  tourner le dos à cette campagne : après avoir affirmé pendant des années que « la lutte armée n'est pas le bon choix », ce serait un comble que les mêmes militants israéliens veuillent disqualifier cette stratégie du BDS. Au contraire, nous devons tous ensemble rejoindre la  campagne « Boycott de l’interieur » (« Boycott from Within ») dans le but d'apporter un soutien israélien à cette initiative palestinienne. C'est le minimum que nous pouvons faire, et c'est le minimum que nous devons faire.

    Source: Alternative Information Center

    Traduction: Serge Evou

    SOURCE MICHEL COLLON 


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  • Derniers "ajustements" et conclusion proche au Honduras


    Les négociations n'ont finalement pas encore abouti sur la question du retour du président Zelaya. Les crispations les deux tendances du Parti Libéral, parti du président renversé comme du putschiste Micheletti, tardent à s'aplanir, mais le différent semble plutôt porter sur les modalités constitutionnelles (décision du Congrès, ou de la Cour suprême) du rétablissement que sur son principe.

    Les putschistes, qui ont réalisé un coup d'etat "à l'ancienne" ne respectant les nouvelles normes "Soros" du coup d'Etat "du 21e siècle" (mobilisation de la "société civile", "répression" des affreux autocrates socialistes, "victoire de la liberté"...), sont acculés, ils doivent agir pour voir les élections prévues fin novembre reconnues (élections probablement acquises à la droite - ou à la "normalisation" - après 3 mois de répression sanglante des forces progressistes - emprisonnements, disparitions...).

    Déjà, en rupture avec le triomphalisme qui ne manquerait pas d'accueillir, au Honduras et dans le monde, le retour de Zelaya, nous avons exprimé notre position selon laquelle les putschistes ont déjà gagné, avec le soutien de la bourgeoisie impérialiste US et de ses alliés et laquais du monde entier (en particulier de l'OEA), le "processus" actuel n'étant qu'un maquillage démocratique de cette victoire.

    Qui de sensé peut parler de victoire avec l'"accord" en passe d'être finalisé ? Avec la Constituante enterrée, les froces progressites décimées, un Zelaya de retour privé de tout pouvoir et de toute façon en fin de mandat, une élection du 29 novembre acquise, par le rapport de forces, à la droite soutien du coup d'Etat...

    Ce qu'aurait été une victoire

    - La remise du pays en l'état du 28 juin. Le président élu a été privé de 3mois et demi de son mandat, celui-ci doit donc être prolongé, et les élections reportées d'autant. Comment prétendre que ces élections se dérouleront "dans des conditions normales", après ce qui s'est passé, sous prétexte que Zelaya est revenu à la présidence ?

    - Dans l'intervalle (et dans les meilleurs délais), devrait se tenir le référendum initialement prévu le 28 juin, sur le projet d'Assemblée Constituante.

    - Non pas "pas d'amnistie" (ce qui signifie que le vainqueur du 29 novembre, pro- ou (utopie, utopie...) anti-putsch pourra faire juger le camp adverse), mais la destitution de leurs fonctions et le procès selon la loi hondurienne des putschistes, des tortionnaires et des assassins.

    Ces revendications n'ont rien de révolutionnaire, et même tout de démocratique petite-bourgeoises. C'est pourtant ce qu'ont été incapables de tenir fermement les négociateurs de Zelaya.

    Non pas pour les voir aboutir, ce serait rêver, mais pour montrer à la face du monde que dans les pays dominés les principes les plus élémentaires de la légalité bourgeoise ne s'appliquent pas, ou plus dès qu'il s'agit d'améliorer même de façon ridicule la condition du peuple. Et pour démasquer la position des États-Unis et de leurs alliés de l'OEA sur ces principes, dont ils se font les héros quand il s'agit de Cuba, du Venezuela,de la résistance colombienne, du Hamas ou de l'Iran.

    Car bien sûr la "communauté internationale" n'aurait pas manqué de dénoncer l'"irresponsabilité", l'"obstination" du camp Zelaya...

    Mais trêve de politique-fiction. Tout cela est bien entendu impossible à des grands bourgeois issus de l'oligarchie, même animés des meilleures intentions réformistes et humanistes. La détermination populaire, prolétaire, est étrangère à leur psychologie de classe.

    Quoi qu'il arrive désormais au Honduras, le combat ne fait que commencer. La dictature terroriste n'aura duré que 3 mois et demi, et non 40 ans, mais la "légalité démocratique" rétablie et sanctionnée par les élections du 29 novembre sera une "légalité démocratique" à l'espagnole.

    La marche du peuple hondurien doit reprendre là où elle s'est arrêtée : devant les isoloirs pour une assemblée constituante. Tel est l'enjeu aujourd'hui de la lutte des classes au Honduras.



    Par Servir_Le_Peuple - Publié dans : Amérique Latine


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  • RSA : grâce à Martin Hirsch, Hortefeux, toujours Ministre des Affaires Sociales ?

    jeudi 15 octobre 2009 par Réseau Solidaire d’Allocataires

    Le racisme institutionnel est le plus souvent ambigu, rarement les " preuves" sont-elles suffisamment flagrantes pour susciter l’indignation médiatique. On est en face d’un système ou les responsabilités sont tellement diluées, qu’il n’y pas besoin d’un « acte » raciste, la multiplication des « dysfonctionnements », et des « exigences réglementaires « suffit amplement à détruire l’égalité des droits garantie formellement par les textes.

    Ainsi le RSA ,en soi, est une inégalité : il faut prouver cinq années continues de titres de séjour avec autorisation de travail pour y accéder. Il ne faut pourtant pas cinq ans pour être astreints à payer des impôts directs et indirects, ni même être en situation « régulière ».

    Cette inégalité nouvelle a été dénoncée dès l’annonce du projet de loi, et la HALDE saisie par le GISTI, groupe d’information et de soutien des immigrés, a jugé cette mesure discriminatoire ( délibération à lire ici, ce qui n’a pas empêchée qu’elle soit inscrite dans la loi.

    Mais cette condition, la seule légale suffit-elle pour que le précaire qui la remplisse accède au RSA, comme un « national » ? Non.

     

    Pour nombre d’étrangers, une condition supplémentaire est désormais ajoutée par la CAF de Paris, pour établir les cinq années de séjour.  

    Concrètement elle se traduit par l’intervention de la Préfecture de Police dans l’instruction des dossiers.

     

    En exigeant non seulement la production des titres de séjours antérieurs du demandeur, mais aussi des documents officiels concernant la période intercalaire entre deux titres, période ou l’étranger attend le rendez-vous de renouvellement, la Caf trouve ainsi un prétexte pour la saisine directe de la Préfecture : concrètement, le droit au RSA dépend ainsi du bon vouloir du Ministère de l’Intérieur. Si celui-ci « tarde » à fournir les documents ou ne les fournit pas à la CAF, le RSA n’est pas attribué.

    Exemple concret, issu d’une intervention collective à la CAF Jaurès ( 75019) pour un allocataire.

     

    Mr T . a demandé l’allocation le 25 août, suite à l’épuisement de ses droits au chômage. Ce jour là, il a fourni ses cinq titres de séjours antérieurs d’une durée d’un an.

    Il a attendu plusieurs semaines, puis s’est rendu de lui-même à la CAF Jaurès, pour avoir des nouvelles de son dossier.

    C’est à cette occasion qu’il a appris que celui-ci était bloqué pour « pièces manquantes ».

    Premier « dysfonctionnement » : aucun courrier n’a été envoyé à Mr T. pour l’informer de ce blocage, et lui demander des documents complémentaires. Il n’aura aucune explication à ce sujet.

    Quel est le problème ?

    La CAF estime que la preuve de la continuité du droit au séjour n’est pas établie.

    Pourquoi ?

    Second « dysfonctionnement » :

    Comme tous les titulaires de cartes d’un an, Mr T. chaque année, fait sa demande de renouvellement bien en avance. Mais la Préfecture de Police se prétend « débordée » et depuis trois ans, le rendez-vous pour le renouvellement est toujours postérieur d’un mois à la date de validité du titre de séjour.

    Pendant un mois, c’est un document avec la date du prochain rendez-vous qui fait office de titre de séjour. Et, forcément, il y a toujours un décalage d’un mois entre la date de fin du titre de séjour précédent et le début du suivant.

    Ce sont ce genre de « dysfonctionnements » qui occasionnent à de nombreux précaires des embauches manquées, des allocations familiales bloquées, l’impossibilité de signer le bail d’un logement qu’on a galéré pour trouver. Car ces fiches de rendez-vous permettent tout juste de ne pas être expulsé mais ne sont pas considérées comme valables pour le reste des démarches, dans de nombreuses administrations.

    Qui a eu la riche idée d’utiliser ce « dysfonctionnement » de la Préfecture de Police pour retarder l’accès au RSA ? Un juriste très malin dans les hauteurs de la CAF.

    En comptant sur le fait que bien des étrangers gardent précieusement la copie de tous leurs titres de séjours antérieurs mais pas ces papiers de rendez-vous, qui seuls attestent de la régularité du séjour pendant UN mois entre chaque titre d’un an.

    Ceci permet à la CAF de faire intervenir la Préfecture de Police dans le versement du RSA ! Car l’on explique à Mr T, que la demande de vérification va être adressée à la Préfecture qui a l’historique du séjour de Mr T et pourra attester de la « continuité » du droit au séjour.

    Troisième "dysfonctionnement" :

    Cette même Préfecture de Police, capable de traiter en temps réel la vérification des titres de séjour produits lors du dépôt du dossier à Pôle Emploi, pour traquer les « faux papiers », met malheureusement longtemps, très longtemps à répondre à la CAF pour l’ouverture des droits au RSA.

    C’est ce qu’apprend Mr T. lors de sa deuxième visite à la CAF, de la bouche d’un salarié « qui n’y peut rien et c’est comme ça ». Mais Mr T., qui connaît bien le fonctionnement de son pays d’ « accueil » a conservé ses fameux papiers de rendez-vous. Il les rapporte le jour même à la CAF.

    Mais plusieurs semaines s’écoulent encore. Mr T vient et revient, « dossier en cours de traitement ». Et puis lors d’une énième visite, on l’informe qu’on est toujours en attente de …la Préfecture de Police.

    Quatrième « dysfonctionnement » : pas de trace des papiers déposés par Mr T., qui attestent de la régularité de son séjour sur les périodes demandées, et rendaient inutile l’attente de la réponse de la Préfecture.

    C’est ordinaire pour tout le monde à la CAF, ce genre de mésaventures, . Mais pour Mr T., cela s’ajoute à d’autres choses qui ne concernent que les étrangers.

    Nous distribuons des tracts sur les suspensions dues à l’application du RSA devant la CAF Jaurès lorsque nous rencontrons Mr T. Il est venu redéposer ses papiers quarante huit heures auparavant, et est revenu aujourd’hui simplement pour demander dans combien de temps le RSA lui serait versé.

    On lui a répondu avec dédain qu’on n’avait pas à lui répondre, que le dossier serait traité comme les autres, point barre.

     

    Mais cette fois, derrière le guichet, nous sommes une dizaine.

    Le racisme ordinaire, conscient ou pas, se reconnaît souvent par ce qu’on peut appeler « l’effet de contraste avantageux ».

     

    Ce moment, ou l’on devient d’un blanc resplendissant dans l’œil de son interlocuteur parce qu’on est à côté d’un Noir.

    A la CAF Jaurès, nous autres, précaires du Réseau Solidaires d’Allocataires sommes ouvertement et fréquemment qualifiés d’ « emmerdeurs de première », de «  trouble à l’ordre public perpétuel », d’ «  ignares qui n’y connaissent rien, la ramènent sans arrêt avec des droits qui n’existent pas et feraient mieux d’aller bosser ».

    Généralement, l’allocataire que nous accompagnons a droit à tous les égards et l’on ne manque jamais de lui faire savoir qu’il n’avait nul besoin de venir avec « ces gens » pour être entendu.

    Mais aujourd’hui, nous voici élevés au rang d’interlocuteurs respectables.

    « Je ne comprends pas que votre association accompagne précisément ce monsieur, j’en suis même très étonnée vu son comportement », nous dit aimablement une adjointe de la direction.

    Evidemment cela ne dure pas.

    Face à des interlocuteurs qui nous répondent que « la situation de ce monsieur est parfaitement normale et qu’il n’y a rien à en dire », le ton monte très vite.

    Notamment, parce que Mr T. fait remarquer que c’est la première fois qu’il peut s’exprimer sans être interrompu, la première fois qu’on l’appelle par son nom de famille, qu’on ne lui dit pas aujourd’hui ce qu’on lui a dit la dernière fois «  Vous n’avez qu’à aller travailler ».

    «  Vous êtes un menteur , rien qu’un menteur »., hurle une des salariEs présentes devant ces remarques

    On nous reproche habituellement de hurler et de déranger tout le monde, mais là c’est en face qu’on s’énerve. D’ailleurs, plusieurs salariEes quittent leur box, et viennent tous témoigner de l’arrogance prétendue de Mr T., « qui vient ici une fois par jour demander ou en est son dossier ».

    « C’est pas de notre faute, on n’est pas la Préfecture de Police ici, ». Précision utile, car ce n’était pas du tout évident pour un observateur extérieur. Ainsi, il semble que le délit de solidarité ait aussi une certaine réalité à la CAF.

    L’adjointe de la direction revient ainsi brusquement à notre visite précédente, ou nous avions obtenu une avance sur droits supposés pour un autre allocataire. « Ca je peux vous dire que c’est terminé, plus jamais on ne vous cèdera, finie la compréhension et les acomptes ».

    Ben oui, c’est bien connu, les allocataires, on leur tend la main, ils vous bouffent le bras et vous ramènent toute la misère du monde et les revendications délirantes qui vont avec !

    Nous attendons paisiblement que ces petites minutes d’hystérie vengeresse et collective se calment d’elles même.

    Nous comprenons d’ailleurs qu’il doit être difficile de perdre sa dignité devant un allocataire qui a fait collectivement respecter la sienne.

    Nous exigeons que la date du versement du RSA de Mr T lui soit indiquée voilà tout, et finalement du bout des lèvres, on nous parle de quinze jours à trois semaines « maximum », à cause du retard de douze jours dans le traitement des dossiers , « le même pour tous les allocataires », mais que tout sera fait cependant pour que ça aille le plus vite possible.

    Nous voilà rassurés, l’égalité des droits qu’on n’a pas, au moins, elle, est respectée.

    Mr T. a même droit à la prise de son numéro de téléphone portable, et à l’assurance qu’il sera appelé pour être tenu au courant de l’avancée du dossier.

    « Tous des racistes », pourrait-on en conclure.

    Ce serait faux. En réalité, parmi tous ces gens qui ont eu en main le dossier de Mr T., qui ont mécaniquement fait ce qu’ils font pour tous les autres dossiers de ce type, il y en a même sûrement qui sont révoltés par le racisme ouvert et brutal.

    Si ceux qui l’ont reçu, ce jour là et les autres d’avant, ont eu un regard excédé sur sa personne, l’ont envoyé paître ou lui ont parlé comme à un chien, la plupart seraient ulcérés qu’on l’attribue à un sentiment raciste, la plupart répondraient qu’ils auraient fait la même chose avec un Français dans les mêmes circonstances.

    Et ce n’est pas forcément faux. Simplement, aucun Français n’a besoin de montrer ses cartes d’identité précédentes pour obtenir le RSA. Aucun Français ne dépend du bon vouloir de la Préfecture de Police pour son versement.

    Lorsque la discrimination est légale, alors le racisme au quotidien n’exige aucune adhésion particulière des fonctionnaires, juste qu’ils fassent leur travail « normalement », et surtout sans y penser.

    Et si l’étranger est détesté plus que les autres, et rejeté, et perçu comme un agresseur permanent, ce n’est pas tant parce les salariéEs sont racistes en soi, mais parce qu’en exigeant simplement ses droits, il leur rappelle que le travail bien fait n’est rien d’autre que la perpétuation passive d’une injustice sans cesse répétée.

    Le problème n’est pas l’image qu’ils ont des immigrées, mais l’image d’eux même qui leur est renvoyée en pleine figure. Et bien, souvent la réaction est d’autant plus violente chez ceux qui se vivent au quotidien comme antiracistes. Quel autre sens donner à ce cri sincère, à ce « Menteurs » hurlé brusquement et contre toute vraisemblance ?

     

    En tout cas, la Préfecture de Police à Paris intervient bien dans l’attribution du RSA à une partie des allocataires.

     

    Et ce, qu’ils soient sans activité ou travailleurs à temps partiel. Au minimum, cette intervention retarde de deux mois le versement de l’allocation mais aussi tous les droits connexes qui vont avec.

    Mécaniquement, cela augmente le nombre de précaires exclus de fait , temporairement ou définitivement du RSA, déjà plus restrictif que le RMI pour les étrangers , et d’autres catégories. Et donc la proportion de précaires contraints d’accepter n’importe quel boulot, à n’importe quel salaire, pour ne pas se retrouver sans ressources.

    Et les conditions de travail sont tirées vers le bas pour tous !

    Lutter pour l’égalité des droits sociaux pour tous, c’est de l’auto défense pour l’ensemble des précaires !

    Ne laissons pas des pratiques discriminatoires s’installer !

    Si vous êtes étranger, qu’on exige de vous des documents autres que vos titres de séjour, que votre dossier est bloqué ou retardé, contactez nous, pour organiser ensemble la riposte !

     

    RESEAU SOLIDAIRE D’ALLOCATAIRES

     

    Retrouvez-nous à nos permanences

    Tous les mardis de 18h à 19h à la Maison des Associations, 15, passage Ramey - 75018 Paris – Métro Marcadet Poissonniers – Bureau « Les vignes » au 1er étage

     

     Tous les mercredis de 13h à 14h, devant la CAF, 67, avenue Jaurès – Métro Laumière

    Réseau Solidaire d’Allocataires- ctc.rsa@gmail.com


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  • Casques bleus: quand on a intérêt à faire durer la guerre ...

    Salvador Capote   

    La crise au Honduras n’est toujours pas résolue et pourrait mener à un conflit majeur qui pourra coûter cher à l’oligarchie de ce pays. Il n’est donc pas surprenant que dans les cercles les plus réactionnaires de cette nation d’Amérique Centrale, ainsi qu’aux USA, on pense déjà à faire appel à un des moyens les plus efficaces pour rompre la montée au pouvoir des secteurs populaires ; imposer l’envoi de troupes « pacificatrices », les casques bleus de l’ONU.
     
    Quelques ingénus penseront que ces troupes, qu’elles soient de l’ONU ou sous le drapeau d’autres organisations multilatérales, interviennent de façon juste et équitable avec la participation de tous les pays membres et que leur rôle est d’installer et maintenir la paix. En fait, dans la majorité des cas, si pas tous, la présence de forces étrangères aggrave le conflit et ce que ces troupes maintiennent c’est un statu quo, toujours en faveur des classes privilégiées. Les missions dites de paix de l’ONU sont financées principalement par les USA et les pays européens de l’OTAN, tandis que les simples soldats proviennent des pays du Tiers-Monde. Il y a ceux qui paient et il y a ceux qui meurent. Celui qui paie décide.

    Selon des données officielles, les cinq pays qui ont apporté, en 2008, le plus grand nombre de soldats aux missions de l’ONU sont : Pakistan, Bangladesh, Inde, Nigeria et Népal. Les trois premiers couvrent le tiers des 100.000 casques bleus déployés dans les zones de conflit dans le monde. Du dernier proviennent les féroces gurkhas.

    L’ONU paie mensuellement aux gouvernements respectifs 1.101$ par soldat et 1.404$ s’il a une qualification militaire. Ensuite chaque gouvernement paie aux troupes la somme qu’il estime correspondre (toujours une infime partie de la somme reçue). Ces salaires, plus l’armement, équipements et entraînements fournis par l’ONU, permettent à des pays pauvres de maintenir une modernité dans leurs armées qu’ils ne pourraient s’offrir autrement. Le paradoxe est là, un militarisme alimenté par les missions de paix. De plus, la participation à ces missions étant lucrative pour les gouvernements et assurant leur emploi aux soldats, les uns comme les autres ont tout intérêt, économiquement et militairement, à ce que ces conflits se prolongent.

    L’ONU manque d’une logistique propre, elle dépend entièrement des pays développés. Un fonctionnaire de l’ONU le « Chief Administrative Officer » assure seulement le rôle de coordinateur. Les pays donateurs, les USA en particulier, déterminent le flux de ravitaillement et donc, le contrôle de toutes les missions sont entre leurs mains, même si leurs citoyens n’y participent pas. Et ne pensez pas que cela soit une charge économique pour les USA et ses alliés. L’intervention des troupes de l’ONU évite jusqu’à un certain point, leur présence directe dans les conflits. Si l’ONU n’assurait pas ce rôle, dans combien d’endroits du monde les troupes nord-américaines devraient-elles combattre ou assurer le rôle de gendarmes ? Susan Rice, la nouvelle ambassadrice  des USA à l’ONU, citée par Jack Curry (1), affirme que l’ONU effectue ses interventions pour le 1/8 de ce que cela coûterai t aux USA s’ils intervenaient directement. « C’est une bonne affaire - dit-elle - tant du point de vue de la sécurité que du point de vue financier ».

    Ces soldats du Tiers Monde, ont souvent un niveau scolaire très bas. Ils ignorent complètement l’histoire, la culture et les coutumes du pays où ils sont envoyés. Ils parlent une autre langue, ne comprennent pas les racines et caractéristiques du conflit et leur unique ou principale motivation est le salaire. En réalité ce sont des mercenaires, mais comme ils agissent sous couvert d’une organisation internationale on ne peut les répertorier comme tels.

    Dans une étude réalisée par l’ONU en 1996 (rapport Machel), Graça Machel, alors première dame du Mozambique, informa : « dans 6 des 12 enquêtes sur les camps réalisées pour faire ce rapport sur l’exploitation sexuelle des enfants dans des situations de conflit armé, l’arrivée des troupes des forces de paix est en relation avec une rapide croissance de la prostitution infantile ». Pendant le conflit en Bosnie, ces forces de paix ont été impliquées dans un scandale dû au fait qu’ils enlevaient des enfants pour les faire travailler comme esclaves sexuels dans des bordels.

    Plusieurs années après, le problème de l’abus sexuel d’enfants par  les casques bleus n’est toujours pas résolu. Un nouveau rapport, fait par « Save the Children », publié en mai 2008 dénonça que « l’abus sexuel d’enfants par des travailleurs humanitaires et des forces de paix est fréquent et les efforts faits pour protéger les mineurs de ces agressions ne sont pas adéquats ». « Save the Children » a basé son rapport sur les visites faites en 2007 à Haïti, au sud du Soudan et en Côte d’Ivoire. L’étude montre un large spectre d’abus et exploitations : enfants échangeant du sexe pour de la nourriture, sexe forcé, prostitution et pornographie infantile, trafic d’enfants. L’étude donne le récit d’un jeune de 14 ans travaillant dans le camp des forces de paix en Côte d’Ivoire : « Ils nous demandent spécialement des filles de notre âge. En général de huit à dix hommes se partagent deux ou trois filles. Quand je propose une fille plus grande, ils me disent qu’ils préfèrent les petites filles. »

    Dans un article publié le premier octobre 2009 (2), le Washington Times signale que « le Congo est amphitryon du MONUC, acronyme de la plus grande et plus coûteuse opération pour maintenir la paix dans l’histoire des Nations Unies. Malgré la présence de 18.000 soldats et un budget annuel de plus de 1.2 milliard de dollars, les forces de paix ont été incapables de protéger la population des groupes rebelles et des soldats du gouvernement ». Citant l’ambassadeur d’Autriche, Thomas Mayr-Harting, il est dit que c’est « absolument impardonnable » que les civils doivent vivre sous la menace de violences là où sont déployées les forces de paix de l’ONU. Au Congo, selon le Fond de Développement pour la Femme, chaque jour une moyenne de 36 femmes et filles sont violées ou torturées sexuellement.

    Plusieurs pays latino-américains font partie de la MINUSTAH, acronyme de la Mission des Nations Unies de Stabilisation à Haïti. L’ambassade du Brésil à Tegucigalpa accueille le président Zelaya mais n’oublions pas que c’est ce pays qui est à la tête de la MINUSTAH et dont les soldats ont massacré, au moins à deux occasions, le peuple rebelle mais sans défenses de la Cité Soleil. A quoi servit la MINUSTAH ? A consacrer le coup d’état de George W. Bush, en 2004 contre le président légitime Jean Bertrand Aristide; à soutenir la brutalité du régime ignoble de Gérard Latortue; a appuyer la persécution de Lavalas; à semer la terreur dans les quartiers considérés pro-Aristide de Bel-Air, Martissant, Grand Ravin, Pele et bien sûr la Cité Soleil. La MINUSTAH n’est rien d’autre qu’une armée d’occupation qui répond aux intérêts de l’élite haïtienne et de l’administration des USA.

    Dans une récente et habile initiative de l’oligarchie du Honduras, Adolfo Facussé, président de l’Association Nationale des Industries, a présenté au journal La Jornada un nouveau plan pour sortir de la crise. Une des propositions du « plan Facussé » est la création d’une force multinationale qui se chargerait de faire respecter d’éventuels accords. Cette force externe - propose -t-il - se composerait de trois milles soldats du Panama, de Colombie et du Canada. Caramba ! Mais n’est-ce pas le Panama l’unique pays qui anticipe sa reconnaissance au régime qui sortirait des élections de novembre ? N’est-ce pas l’armée colombienne qui a bombardé récemment le territoire souverain d’Équateur pour assassiner le comandant des FARC Raúl Reyes ? Le Canada n’est-il pas le fidèle allié des USA ? Une force multilatérale formée par des amis des putschistes serait comme engager un renard pour veiller sur le poulailler. J’aimerais savoir comment réagirait l’oligarchie du Honduras face à une force de paix composée d’un contingent majoritairement vénézuélien avec un général bolivarien à sa tête.
     
    Si le peuple du Honduras permet l’entrée dans son pays de l’une des dites « force de paix », qu’elle soit ou pas de l’ONU, vous pouvez être sûrs que ces forces ne se retireront pas avant que l’oligarchie du pays ne considère ses intérêts garantis pendant les trente ou quarante années à venir. Il n’y a pas d’autre attitude digne que d’exiger la restitution immédiate et sans conditions du président Manuel Zelaya; il n’y a pas d’autre chemin valable que la résistance.

    (1) « Does the U.N serve american interests ? », Jack Curry, PARADE, The New York Herald, 4 oct 2009
    (2) « U.N rebues nations over rape, torture », Betsy Pisik, The Washington Times, 1 oct 2009
     
    Traduit par Karen Bellemans pour Investig’Action.
     
     
    SOURCE AMERICA LATINA EN MOVIMIENTO 


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