• publié par roland (Dazibaouebmaster) Aujourd'hui 08H44

    5050582466850.jpgPar Gilles Devers - Actualités du droit

    Le faire part du cousin d’Edvige est paru hier au Journal officiel : le décret n° 2009-1249 du 16 octobre 2009 portant création d'un traitement de données à caractère personnel relatif à la prévention des atteintes à la sécurité publique. Une lecture de détail s’impose.

    L’article 1 définit le but. Recueillir, conserver et analyser les informations qui concernent (1°) « des personnes dont l'activité individuelle ou collective indique qu'elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique » mais aussi (2°) « les personnes susceptibles d'être impliquées dans des actions de violence collectives, en particulier en milieu urbain ou à l'occasion de manifestations sportives. » Bon, ça dérape déjà. Nous sommes bien d’accord qu’il n’est pas nécessaire d’attendre les premières infractions pour ficher : pas de problème pour les personnes dont l'activité indique « qu'elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique ». Mais c’est ensuite que ça ne va pas, avec les « personnes susceptibles d'être impliquées ». Donc elles n’ont rien fait, rien ne permet de penser qu’elles peuvent faire, sinon le  (1°) suffit. Mais le divinatoire du flic permet de dire qu’elles sont « susceptibles d’être impliquées ». Bref, ça ne veut rien dire, et ça permet de tout faire.

    Ensuite, le grand soleil s’annonce avec l’article 2 qui précise ce que l’on peut enregistrer : le motif, l’état civil, les signes physiques particuliers, le patrimoine, les activités publiques, comportement et déplacements. Mais aussi les « personnes entretenant ou ayant entretenu des relations directes et non fortuites avec l'intéressé. » Vous êtes membre de la famille ou proche d’une « personne susceptible d'être impliquée », et vous voilà répertorié pour dix ans (article 4). Dix ans plus tard, vous côtoyez une autre « personne susceptible d'être impliquée », et c’est reparti pour un bail.  9782070614462.jpg

    On poursuit avec l’article 3. Le décret instaure gaillardement une dérogation à loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978 en permettant de stocker des informations relatives à « l’origine géographique » et aux « activités politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales ». Tout ceci pour les susceptibles de… En pratique, aucune limite : votre pensée les intéresse.

     

    Là où c’est grave et rigolo, c’est à propos de l’origine géographique. Brice nous refait le coup de l’auvergnat, et nous explique que c’est en réalité pour identifier les bandes de voyous, et surtout pas pour s’intéresser aux origines raciales ou ethniques. Mais non, Brice, lis bien le décret que tu as co-signé... Les « activités publiques, comportement et déplacements » c’est défini par l’article 2. L’article 3, c’est le pays d’origine. Mauvaise pioche : c’est interdit par la loi et un décret ne peut rien faire contre la loi.   

     

    Tout ceci est déjà bien, mais l’article 5 ajoute, par voie d’exception bien sûr, les mineurs âgés d'au moins treize ans, dans les conditions de l'article 1er. Ce qui veut dire qu’on fiche les mineurs âgés de 13 ans à qui il n’est rien reproché mais qui sont « susceptibles d'être impliqués » et que par voie de conéquence, on peut aussi ficher les membres de leurs familles et les petits copains.

    Qui a accès à ces infos ? Les agents des services spécialisés (information générale et renseignement) mais aussi toute la maréchaussée : «  tout autre agent d'un service de la police nationale ou de la gendarmerie nationale, sur demande expresse précisant l'identité du demandeur, l'objet et les motifs de la consultation. Les demandes sont agréées par les responsables des services mentionnés aux 1° à 3°. »

    cugega00b.jpgEt si vous n’êtes pas content ? L’article 9 rappelle les dispositions de l'article 41 de la loi Informatique et Libertés, qui vous permettent le droit d'accès aux données via la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), mais sont exclus « le droit d'information (article 32) et le droit d'opposition (article 38).

     

    Donc, on peut déjà annoncer un petit recours devant le Conseil d’Etat, au minimum pour ce faux-nez des origines géographiques,  pour la surveillance politique, philosophique, religieuse ou syndicale, largment entendue et étendue aux « susceptibles de », car la mesure n’est pas proportionnée au but annoncé, pour les mineurs à qui on ne reproche rien mais « qui sont susceptibles de… » et au fichage des proches de ces mineurs.

     

    Je précise, car il y a deux débats.

     

    Le premier est de savoir si ce fichage est nécessaire ou non. Je pense que ce procédé est excessif par ses extensions successives. Par le « susceptible d’être impliqué », l’inclusion des proches et le fichage des opinions et des croyances, il permet à la police d’en savoir beaucoup trop, sans contrôle judiciaire, et d’amonceler des infos qui visent à la surveillance de la population  plus qu’à la préservation de la sécurité.

     

    Je peux me tromper. C’est dire alors que toutes les infos sont nécessaires. Mais dans ce cas, il faut passer par la loi et non se satisfaire d’un décret. Les préoccupations nouvelles de la sécurité supposent de se doter d’outils nouveaux ? Peut-être ! Mais il faut abandonner la voie facile du décret, qui s’inscrit dans le cadre du droit existant, et passer par la loi pour apporter des dérogations explicite aux régimes légaux de base.

     

    Avec un vrai débat, comme dans les démocraties. 

     

    georgeslepetitcurieuxhaut.jpg


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  • Je suis fatiguée
    J'en ai assez d'être crevée
    Je suis dégoutée
    J'arrive à peine à me lever
    Je suis fatiguée
    Je suis exténuée
    J'ai plus envie de rien
    Sauf peut-être demain

    Ouvre ma porte
    Je t'ai donné la clef
    Pousse ma porte
    Tourne la poignée
    Que le vent te porte
    Sur mon palier
    Ouvre ma porte
    Mon cœur va s'envoler

    C'est ma vie, je suis ici
    Allongée même si je suis levée
    C'est ma vie, je suis ici
    Je vais me remettre à bouger
    C'est ma vie, je suis ici
    Voyager c'est peut-être une idée
    C'est ici, c'est ma vie
    Je vais me remettre à bouger

    Je suis terrassée
    J'arrive à peine à lever le pied
    Les bras baissés
    Je sens le temps se plomber
    Je suis fatiguée
    J'en ai assez d'être crevée
    Ça va passer
    Quand va falloir y aller

    Ouvre ma porte
    Je t'ai donné la clef
    Pousse ma porte
    Tourne la poignée
    Que le vent te porte
    Sur mon palier
    Ouvre ma porte
    Mon cœur va s'envoler

    C'est ma vie, je suis ici
    Allongée même si je suis levée
    C'est ma vie, je suis ici
    Je vais me remettre à bouger
    C'est ma vie, je suis ici
    Voyager c'est peut-être une idée
    C'est ici, c'est ma vie
    Je vais me remettre à bouger

     


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  • Le sommet de l'ALBA s'est ouvert à Cochabamba


    Le VIIème sommet de la gauche américaine radicale et « anti-impérialiste », l’ALBA, Alliance bolivarienne pour les Amériques, s’est ouvert ce vendredi après-midi à Cochabamba, dans le centre de la Bolivie. L’ALBA, qui regroupe notamment le Venezuela, Cuba, la Bolivie, l’Equateur, le Nicaragua et le Honduras, cherche à développer une intégration régionale « d’après des principes de solidarité et de coopération et non sous l’égide du capitalisme et de la compétition » . Les chefs d’état du Venezuela, Hugo Chavez, et d’Equateur, Rafael Correa, ont fait le déplacement et ont été accueillis par le président bolivien Evo Morales. Une délégation de la Russie, pays non membre de l’ALBA, est également présente. Parmi les dossiers du sommet, la crise au Honduras, le changement climatique, et une future monnaie commune pour la région, le « sucre ».
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    Une vue du sommet de l'ALBA à Cochabamba en Bolivie, le 16 octobre 2009.
    ( Photo: Danilo Balderrama / Reuters )
     


    Avec notre envoyé spécial à Cochabamba, Reza Nourmamode

    « Nous sommes un syndicat de présidents révolutionnaires et anti- impérialistes » a réaffirmé Evo Morales pour définir l’Alliance bolivarienne pour les Amériques. Lors du discours d’ouverture, le président bolivien a souligné les principaux thèmes qui feront l’objet d’une déclaration finale : les droits des peuples indigènes, la lutte contre le réchauffement climatique, et la crise au Honduras…

    Une représentante du président déchu du Honduras Manuel Zelaya est d’ailleurs présente à Cochabamba afin de demander l’appui de l’ALBA pour le retour de la démocratie dans son pays.

    Autre dossier particulièrement attendu, celui de la création du « sucre », un système d’appui aux échanges commerciaux, premier pas vers la naissance d’une monnaie commune pour les pays de membres de l’alliance.


    Hugo Chavez
    Président du Venezuela
    « Le “sucre” est un système unique de compensation régionale, un outil d’échange pour un commerce juste pour contrer le capitalisme hégémonique. Le “sucre” est un pas très important pour notre souveraineté monétaire, pour nous libérer de la dictature du dollar que l’empire yankee impose au monde depuis longtemps. »

     Chavez 
     
    17/10/2009 par Reza Nourmamode
    Un autre sommet se déroule au même moment, celui des mouvements sociaux et peuples indigènes des pays de l’ALBA… Un sommet qualifié non de parallèle mais de « complémentaire » par les autorités des différents pays qui promettent que les recommandations formulées par la base seront prises en compte à l’heure des décisions. Les chefs d’Etat et les leaders sociaux ont d’ailleurs prévu de faire meeting commun dans un stade de la ville après la clôture du sommet.

    SOURCE RFI 


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  • Obama au pied du mur : démocratie ou chaos en Amérique Latine

    L’Amérique latine est au seuil d’une nouvelle ère : soit une ère de retour à l’incertitude politique, à la violence et au chaos, soit une ère de stabilité politique et de prospérité économique. Le Honduras en est un indicateur crucial.


    Partisans du président élu Zelaya - Le comportement des Etats-Unis en Amérique Latine n’auraient sur le fond pas changé, restant les adeptes des coups de force afin d’imposer leurs intérêts par le biais d’oligarchies et de dictatures militaires
    Les résultats possibles de la crise hondurienne sont susceptibles de définir la prochaine ère pour l’Amérique latine ainsi que le futur rôle des Etats-Unis dans cet hémisphère, et même au delà. En effet, l’Histoire est beaucoup plus complexe que celle d’un courageux président réfugié dans une ambassade étrangère dans son propre pays.

    Lors de sa deuxième visite en Asie comme secrétaire d’état, Hillary Clinton a déclaré le 21 juillet à Bangkok, « Les Etats-Unis sont de retour. » La déclaration a déconcerté beaucoup de pays asiatiques, en dépit de toutes les explications de Clinton qui ont suivi. Les pays asiatiques, à la recherche d’une unité et d’une coopération économique au niveau régional se rendent bien compte de la subtile signification des termes employés. Cependant, il est peu probable que ces pays politiquement stables et économiquement prospères soient d’accord pour autoriser sans garantie des interférences extérieures, particulièrement avec une influence régionale chinoise croissante et l’élection de Yukio Hatoyama comme premier ministre du Japon.

    Mais qu’éprouve l’Amérique latine face aux ingérences des Etats-Unis ? Les résultats du coup de force hondurien devraient permettre de répondre à cette question.

    Depuis l’introduction de la doctrine Monroe en 1823 [1], la politique et les structures économiques des pays latino-américains étaient des composantes des politiques extérieures des Etats-Unis, indépendamment de savoir qui présidait à la Maison Blanche. Les économies de la région ont paru, à l’occasion, servir de laboratoire pour des théories économiques concoctées dans des universités américaines. Beaucoup de pays latino-américains ont vécu - et une vie plutôt chiche - entre les interventions des Etats-Unis, des oligarchies locales égoïstes, et une sauvagerie et un désordre produits par les dictatures militaires. Dans beaucoup de cas, ces trois composantes ont été intrinsèquement liées.

    Mais l’influence des USA dans cette région, comme dans le reste du monde, a commencé à décliner. Les guerres des néo-conservateurs au Moyen-Orient et en Asie du sud ont eu lieu mais étaient des tentatives désespérées, et aujourd’hui manquées pour récupérer en partie une influence en perte de vitesse.

    L’ancienne administration Bush a laissé l’Amérique latine à elle-même alors que les aventures militaires des Etats-Unis ailleurs dans le monde représentaient un poids considérable pour le pays, militairement, économiquement et politiquement, à l’intérieur comme à l’extérieur. Mais comme Clinton a promis un retour vers l’Asie, l’administration d’Obama a tenté un retour vers l’Amérique latine, une région qui est sensiblement différente de ce qu’elle était auparavant, avec une nouvelle forme de socialisme populaire prenant pied (au Venezuela, en Bolivie, et ailleurs) sans complètement bouleverser les modèles économiques qui ont longtemps régi ces pays. Tandis que beaucoup supportent mal la franchise du Président Hugo Chavez, peu de monde en Amérique latine, excepté les quelques alliés qu’il reste aux Etats-Unis, le considére comme une menace. Tout au contraire, le nouvel âge a promis une plus grande coopération dans tous les secteurs économiques entre les pays latino-américains, que ne l’a fait n’importe quelle autre période dans le passé. La nouvelle Amérique latine faisait ses débuts, plus équitable qu’avant, politiquement stable, et économiquement prometteuse, voir dans certains cas, prospère.

    En effet, les Etats-Unis se sont retrouvés face à une réalité différente, leur retour ayant d’abord été bien accueillis, même par Chavez lui-même. Obama a utilisé un langage qui a apaisé beaucoup de craintes et pouvait s’avérer prometteur.

    « Parfois nous avons cherché à imposer nos conditions. Mais je m’engage devant vous à ce que nous cherchions une association équilibrée. Il n’y a pas d’associé principal et d’associé secondaire dans nos relations ; il y a simplement un engagement basé sur le respect mutuel et les intérêts communs et les valeurs partagées, » a déclaré Obama le 19 avril au Sommet des Amériques, au plaisir et au soulagement de son auditoire.

    Est-ce que cela signifiait la fin des coups de force, des interventions militaires, des sanctions économiques, de l’intimidation politique et toutes les formes de coercition qui ont régi une grande partie des rapports entre les deux hémisphères durant tant d’années ? Assurément, comme les dirigeants latino-américains, ou au moins la plupart d’entre eux, ont voulu le croire.

    Et pourtant, le président démocratiquement élu du Honduras, Manuel Zelaya a été renversé le 28 juin. C’était un coup classique de junte latino-américaine. Le dirigeant populaire a été escorté encore en pyjama et expulsé vers un autre pays. Le chef du coup de force, Roberto Micheletti, a pris toute une série de mesures draconiennes, commençant par l’installation d’un nouveau gouvernement fait d’alliés et de copains - avec la bénédiction de l’oligarchie locale - et terminant avec la déclaration de l’état d’urgence limitant les libertés civiles. Après plusieurs tentatives et beaucoup d’épisodes dramatiques, Zelaya est revenu dans son pays et est maintenant confiné à l’ambassade brésilienne dans Tegucigalpa, encerclé par une armée qui ne fait que représenter les très riches d’un pays très pauvre : les oligarches et les généraux.

    D’une certaine manière, le coup de force au Honduras met en lumière le nouvel ordre dans le continent, comme l’ont prouvé l’unité entre beaucoup de pays latino-américains, la permanence de leurs organisations régionales, et l’influence croissante des gouvernements démocratiquement élus. Mais il a également mis en lumière la difficile position du gouvernement des États-Unis : condamnant le coup d’un côté (ce qu’a fait le Président Obama, et même clairement) et condamnant de l’autre l’action courageuse de Zelaya (ce qu’a fait Hillary Clinton, et tout aussi clairement.) Clinton a décrit l’action de Zelaya comme « inconsidérée. » Elle n’était pas la seule, naturellement, puisque l’ambassadeur des États-Unis à l’Organisation des États Américains, Lewis Amselem, a déclaré que le retour de Zelaya était « irresponsable et stupide. » Zelaya devrait cesser « d’agir comme s’il se tenait le premier rôle dans un vieux film, » a-t-il recommandé. Pire encore, les Républicains aux Etats-Unis - qui considèrent les respnsables du coup de force comme des alliés de confiance qui leur rappellent leurs alliés du passé - se précipitent dans la capitale hondurienne, voulant dangereusement légitimer comme hommes d’Etat les dirigeants du coup de force.

    Entre la posture « anti-coup » d’Obama, et la rhétorique anti-Zelaya de son propre Département d’État (et la stupidité républicaine à propos du « retour » de leur pays en Amérique latine), la position des Etats-Unis manque de clarté, quelque chose de dangereux à un moment où l’Amérique latine s’était attendue à une claire rupture avec les Etats-Unis du passé, et à un « un engagement basé sur le respect mutuel et les intérêts communs et les valeurs partagées. » Le Président Obama peut être sincère, mais il doit s’assurer qu’il agit selon ses promesses, pas dans l’intérêt de l’Amérique latine mais pour les futurs rapports de son propre pays avec cette partie du monde. Quant à l’Amérique latine elle-même, les répercussions du siège de l’ambassade brésilienne et le futur de la démocratie au Honduras créeront un précédent terrible dans une période d’espoir, ou serviront alors de preuve que les fantômes du passé ne hanteront plus l’Amérique latine, quelle que soit la façon dont s’activent les généraux.


    * Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est écrivain et publie pour PalestineChronicle. Ses écrits sont publiés par de nombreux journaux, quotidiens et anthologies à travers le monde. Son dernier livre : La Seconde Intifada : une chronique du combat du peuple (Pluto Press, Londres) et son prochain : Mon Père était un combattant de la liberté : l’histoire non dite de Gaza (Pluto Press, London).

    Du même auteur :

      Le théâtre sur le nucléaire iranien est censé détourner notre attention - 14 octobre 2009
      La justice cette fois ? Le rapport Goldstone va-t-il être transmis ? - 21 septembre 2009
      Pour les Etats-Unis, un gel de la colonisation juive en Palestine n’est plus un préalable - 7 septembre 2009
      Lutter pour le droit de marcher ... - 5 septembre 2009
      Les cerf-volants de Gaza - 26 août 2009
      Fatah : nouveau début ou fin imminente ? - 20 août 2009

    SOURCE INFO PALESTINE 


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  • Si même les mots nous abandonnent.

    Viktor DEDAJ

    Ce matin (16/10) sur France-Inter, j’ai entendu le chroniqueur Bernard Guetta citer longuement (et avec son ton de "je sais tout et je daigne partager une parcelle de mon intelligence avec vous") l’article d’un ancien haut-fonctionnaire de l’administration Bush, qui parlait de l’Iran. Citer comme source d’information un haut-fonctionnaire, sans prendre de précautions, il faut le faire. Citer un haut-fonctionnaire US, sans ricaner, ça craint. Citer un haut-fonctionnaire US parlant de l’Iran, sans porter un masque, c’est l’exploit. Mais citer un haut-fonctionnaire US de l’administration Bush parlant de l’Iran, il suffit de s’appeler Guetta.

    Et vous me demandez encore d’où vient cet étrange sentiment que plus rien n’a de sens dans nos médias ?

    Imaginez un monde où même le langage serait soumis « aux lois du marché ». Un monde où régnerait une régulation naturelle du vocabulaire par « la main invisible ». Un monde où les mots n’auraient de valeur qu’en fonction de « l’offre et la demande ». Un monde où il n’y aurait plus d’Angelys, plus de Belmont, plus de Stellard, mais juste des « poires ». Imaginez.

     - Je n’aime pas les Angelys .
     - Ah ? Tu n’aimes pas les poires ?
     - Si, j’aime les Stellard .
     - Tu viens de dire que tu n’aimais pas les poires !
     - Non, j’ai dit que je n’aimais pas les Angelys.
     - Les Angelys, les Stellard, ce sont des poires !

    Un monde où seul un happy few connaîtrait le sens d’Ariane, de Belle du Havre et de Tentation, les autres se contentant de dire « pomme ». Imaginez ce monde de libre concurrence où « pomme », « poire » et même « banane » seraient à leur tour supplantés par le plus rentable « fruit ». Imaginez.

     - Je n’aime pas les pommes.
     - Ah ? Tu n’aimes pas les fruits ?
     - Si, j’aime les bananes.
     - Tu viens de dire que tu n’aimais pas les fruits !
     - Non, j’ai dit que je n’aimais pas les pommes.
     - Les pommes, les bananes, ce sont des fruits !

    Dans un tel monde, la résignation serait tentante. Soupirer et passer à autre chose vous épargnerait moult empoignades stériles. Mais comme vous n’êtes pas fait pour ce monde au rabais perpétuel, vous persistez et vous arrivez même parfois à faire comprendre que ça y’en être une pomme, ça une poire, là une banane, et le gros là y’en a s’appeler pastèque. Compris ? « Ben ouais, des fruits. T’aime pas les fruits, c’est bien ce que je disais ».

    Dans un tel monde, le taux de criminalité crèverait le plafond.

    Un monde où l’ignorance - feinte ou sincère - serait la règle, où celui qui sait parfaitement de quoi il parle serait sans cesse sommé de s’expliquer, non, pire encore, de se justifier.

    Ce monde là serait un monde fait pour les bonimenteurs et escrocs en tous genres qui se glisseraient en profitant de la confusion. Un monde où les mots prendraient le sens qu’on aura bien voulu leur donner selon les circonstances et les enjeux. Imaginez.

     - Tu manges quoi ?
     - Un fruit.
     - On dirait une pomme.
     - T’en veux ?
     - Fais voir. Y’a marqué « Monsanto » dessus. Et ça n’a pas tellement un goût de pomme.
     - Bah... du moment que ça a le goût de fruit...
     - Tu ne vas pas manger ça ?
     - Ben si. A la fin, j’adore sucer le noyau.
     - Il n’y a pas de noyau dans une pomme.
     - Et ça, c’est quoi ?
     - ...
     - Mince. Il est tombé dans ses pommes.

    Imaginez un monde où le mot d’esprit serait mieux côté que le mot juste. Où le mot juste se verrait remplacer par juste un mot. Où l’idée ne serait qu’un emballage et le concept une denrée rare. Ou la confusion serait mieux entretenue qu’une autoroute à péage.

    Un monde où le méchant « prisonnier politique » céderait sa place au gentil « terroriste emprisonné.  » Un monde où le sauvage « torture » serait remplacé par le civilisé « interrogatoire poussé ». Un monde où le vilain « flicage » se verra avantageusement remplacé par le plus soyeux « sécurité ». Un monde où le barbant « philosophe » céderait la scène au plus sexy « Bernard-Henry Lévy ». Un monde où le concept trop tortueux de « gauche » serait violenté puis délaissé en faveur de « Parti Socialiste  ». Un monde où les criminels financiers de haut vol ne feraient même plus l’effort de s’en cacher. Un monde où une puissance violente et meurtrière se verrait couramment requalifiée de « démocratie ».

    Dans un tel monde imaginaire on verrait éclore des situations ubuesques (*)

    Un monde d’une telle médiocrité intellectuelle que si l’on n’y prend garde, pourrait voir fleurir un jour des échanges normalement inimaginables, tels que celui-ci :

     - Je suis antisioniste
     - T’aimes pas les juifs ?

    Si un tel monde devait advenir, un monde où même les mots nous auraient abandonnés, c’est que les futurs hommes du passé que nous sommes auront échoué.

    Viktor Dedaj
    « une fois l’avenir passé, le futur n’est plus très loin. »


    (*) des situations ubuesques telles que... (mais la liste est ouverte et le lecteur est invité à compléter)

     - Le bombardement de l’Afghanistan pour libérer les Afghans que même parfois ils viennent se réfugier chez nous pour échapper aux bombes et aux méchants mais là c’est pas du jeu alors on les renvoie chez eux se faire bombarder - allez hop, allez vous faire bombarder comme tout le monde, pas de favoritisme, parce que notre devise « Liberté, Egalité, Fraternité » n’est pas faite pour les chameaux. (je parle évidemment de l’Ouganda, parce que c’est pas en France qu’une telle chose arriverait)

     - Un programme de vaccination de la population avec un vaccin n’ayant pas été testé pour la protéger contre un risque de pandémie ou plutôt contre le risque d’un risque qu’on aimerait bien qu’il soit avéré sinon de quoi aurions-nous l’air ? (je parle évidemment du Botswana, parce que c’est pas en France qu’une telle chose arriverait)

     - La promotion sans vergogne d’un fils de président encore boutonneux élu dans une circonscription fortunée par des neuneus friqués (je parle évidemment du Gabon, parce que c’est pas en France qu’une telle chose arriverait)

     - Trois personnalités du monde politico-médiatique ayant comblé à la hussarde le fossé des générations seraient solidement défendus par leurs pairs (et ils en avaient) comme s’ils avaient inventé le vaccin contre la bêtise sous prétexte que l’un est ministre de la Culture, le deuxième un cinéaste réputé et le troisième un ex-soixante huitard dirigeant d’un mouvement « écologiste ». (je parle évidemment de la Corée du Nord, parce que c’est pas en France qu’une telle chose arriverait)

     - Une méga-faillite provoquée par des méga branquignolles ne provoque pas la moindre remise en cause ni le moindre licenciement pour incompétence avérée. Ah oui, le paradoxe ici, c’est qu’on les appelle encore des spécialistes et leur opinion aurait la moindre importance. (je parle évidemment du royaume de Phing Lang, parce que c’est pas en France qu’une telle chose arriverait)

     - Un candidat à la présidence de la République se faire élire sur un programme bidon et l’affirmation d’une moralité et d’une éthique qui seront tous consciencieusement piétinés une fois au pouvoir et hissant l’art de la manipulation aux sommets en provoquant tous les 15 jours un pseudo-scandale ou une affaire à la con tandis que les médias font « bêêê, bêêê » (je parle évidemment de la France, parce que c’est pas dans une démocratie qu’une telle chose arriverait)

     - La remise d’un Disque d’Or au gamin qui vient tout juste de remporter la « Nouvelle Star » ou – alternative encore plus cocasse – la remise du prix Nobel de la Paix à Obama. (je parle évidemment de Neptune, parce que c’est pas sur la Terre qu’une telle chose arriverait)

     

    *****

    * Conspuer les résultas des élections en Iran sans apporter la moindre preuve d’irrégularité et flagorner celles frauduleusement avérées de l’Afghanistan ...

    *S’accommoder d’un coup d’état fasciste au Honduras et s’acharner sur des présidents latino-américains légitimes et élus par les peuples ...

    *L’élection de Miss SDF ... qui bénéficiera d’un logement .... pendant un an, OUAIS ! (Cela se passe en Belgique, évidemment, cela n’a donc rien à voir avec ce qui se fait en France ...)

    * Changer le nom d’un Traité rejeté par le peuple lors d’un référendum et le faire ratifier ensuite par voie parlementaire ...

    SOURCE LE GRAND SOIR 


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